Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Fabuleux: troisième distribution gratuite des «Fables» aux CM2... Par Claude Lelièvre

6 Juin 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Fabuleux: troisième distribution gratuite des «Fables» aux CM2... Par Claude Lelièvre

L'année dernière Blanquer était seul et s'était mis en avant à Versailles. Mercredi dernier, il a été plus discret et s'est allié et affiché avec Riester au Grand Palais. Mais on ne sait toujours pas en quoi cette ''opération ''est justifiée; et personne ne semble se soucier de ses effets sur les élèves.

Présentation officielle:

Mercredi 5 juin 2019, près de 600 élèves de CM2 auront la chance de se voir remettre l’édition 2019 du livre pour les vacances au Grand Palais de Paris. Ils seront accueillis par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, et Franck Riester, ministre de la Culture, accompagnés du dessinateur Voutch qui a illustré cette nouvelle édition.

L’opération « un livre pour les vacances » est organisé pour la troisième année consécutive. Les écoliers de CM2 vont recevoir un recueil des Fables de La Fontaine afin de les accompagner durant leurs vacances d’été. Après Joan Sfar, c’est le dessinateur Voutch qui a accepté de mettre son talent au service du projet cette année en illustrant vingt-six fables du livre pour les vacances.

10 h 00 : Arrivée des ministres et de Voutch

10 h 45 : Prise de parole de Franck Riester et de Jean-Michel Blanquer

11 h 05 : Distribution des fables par les ministres et photo avec les élèves

11 h 15 : Signature de la convention avec la Rmn – Grand Palais pour l’Éducation Artistique et Culturelle

11 h 25 : Point presse informelle: l'opération « un livre pour les vacances » est principalement menée par CANOPE (Réseau de création et d'accompagnement pédagogiques) avec le soutien du groupe La Poste. "

Point final, on n'en sait pas plus; et donc pas beaucoup sur cette ''opération''

Et si on demandait enfin des comptes au fabuleux Blanquer à propos de ses distributions gratuites des ''Fables ''de La Fontaine? (cf   mon article du 15 octobre 2018 paru dans ''Médiapart''):

"Première mouture. L'histoire commence en mai 2010, par une circulaire signée par le DGESCO (directeur de l'enseignement scolaires) qu'il était alors. « En cet été 2010, qui marque le lancement de cette opération, 178  000 élèves de CM1 recevront  « Un livre pour l'été ''. À la rentrée, les maîtres de CM2 conduiront des activités qui permettront aux élèves d'en parler avec leurs camarades, d'étudier le texte avec leurs enseignants. Il s'agit des Fables de La Fontaine […].. C'est la qualité du projet pédagogique qui sera le critère majeur de sélection des écoles qui pourront bénéficier de cette première dotation expérimentale ». C'est « expérimental ». Mais quels ont été les résultats de cette ''expérimentation'' ? Mystère !

Deuxième mouture. A peine installé à la tête du ministère de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer annonce urbi et orbi le 27 juin 2017 que 150 000 élèves de CM2 vont recevoir gratuitement les « Fables » de La Fontaine. Pourquoi en fin de CM2 (ce qui interdit pratiquement le suivi après les vacances, puisque ces élèves vont changer d'établissement) ? Pourquoi dans trois académies seulement  (Aix-Marseille, Nantes et Lille), mais dans tous les CM2 de ces académies ? On ne sait toujours pas! Ni quels ont pu être les résultats d’une telle « distribution ».

Troisième mouture. Va-t-il recommencer ? Mais oui ! Pourquoi ne pas reprendre une opération qui est si bien ''en marche'' (pour lui) ? Le 4 avril de cette année, en réponse à une interpellation de la députée (Modem) Géraldine Bannier qui interrogeait le gouvernement sur ses engagements « pour faire de la France un pays de lecteurs », le ministre de l’Education nationale a terminé en martelant: « nous redistribuerons des  « Fables »  de La Fontaine en juin prochain ». Et cette fois aux 800 000 CM2. Et cela a été fait ( ''ne riez pas, c'est avec notre pognon'', comme dirait Coluche). On n'arrête pas le progrès (de la dépense, si ce n'est de son utilité éducative) . Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer distribue tranquillement le ''Livre de l'été'' sans envisager quelque préparation ou suivi que ce soit, contrairement au DGESCO Jean-Michel Blanquer qui pensait cela tout à fait nécessaire pour que ces distributions puissent être utiles aux élèves...

Tout cela est tellement ''hénaurme'' que presque personne ne s'en est soucié jusqu'alors! Même pas le ''Canard enchaîné'' ou la ''Cour des comptes''. Il ne s'agit pas en l'occurrence de la pertinence ou non du choix des ''Fables'' de La Fontaine mais de la démarche pédagogique (si l'on peut dire) empruntée qui s'apparente au choix quasi désespéré de ''la bouteille à la mer'' . Quelle peut être son efficacité et son opportunité? Mystère persistant!"

Claude Lelièvre

Lire la suite

Education - "Il y a des réformes qui marquent des points" (Enquête CEDRE 2016)

6 Juin 2019 , Rédigé par Le cafe Pedagogique Publié dans #Education

Education - "Il y a des réformes qui marquent des points" (Enquête CEDRE 2016)

EXTRAITS

Il y a des réformes qui marquent des points. Celle de l'enseignement des langues le faut au moins pour l'apprentissage de l'anglais. On le savait depuis la publication des premiers résultats de l'enquête CEDRE menée par la Depp (division des études du ministère) en 2017. La Depp publie un rapport complet qui donne à voir aussi bien les pratiques de classe et leur évolution que celles des élèves en dehors de la classe. Si le niveau progresse c'est bien que les enseignants ont fait évoluer leurs pratiques pédagogiques.

Des progrès à l'école...

Menée en 2016, l'enquête CEDRE étudie de façon précise les compétences d'un échantillon d'élèves en fin d'école et fin de collège. La publication de la Depp donne des exemples d'items proposés lors des évaluations. Une partie d'entre eux proviennent des évaluations de 2004 et 2010. On a ainsi sur 12 années une idée précise de l'évolution de l'enseignement de l'anglais.

A l'école, l'évaluation marque une stabilité dans le niveau en compréhension de l'oral mais une hausse importante de la compréhension de l'écrit. "A l’oral, on note une évolution différenciée des performances, selon le degré de complexité des compétences évaluées. A titre d’exemple, lorsqu’il s’agit de reconnaître à l’oral le lexique le plus courant et quelques expressions figées mémorisées (« connaître et reconnaître »), les élèves de 2016 sont aussi performants que ceux de 2010 (70 % en 2016 et 71 % en 2010). En revanche, ils sont un peu moins nombreux qu’en 2010 à maîtriser les compétences orales plus complexes telles que « dégager les principales informations» (72,3 % en 2016 contre 74,3 % en 2010)... A l'écrit, on note " une différence de réussite selon la complexité en jeu. Comprendre du lexique de la vie quotidienne ou de courtes phrases dans des textes écrits pose de moins en moins de problèmes aux élèves du primaire, qui réussissent mieux qu’en 2010 et a fortiori qu’en 2004 (64,9 % en 2016 contre 62,4 % en 2010 et 61,9 % en 2004). C’est la démarche de construction du sens à partir d’indices pluriels et variés qui pose davantage problème aux écoliers : 61,5 % en 2016 contre 62,4 % en 2010, soit une différence de réussite de 3,5 points entre les deux compétences". Il apparait que les filles sont meilleures que les garçons. Surtout l'écart selon le profil social des élèves augmente.

(...)

Au collège les progrès sont nets...

La compréhension de l'oral progresse nettement. "On constate une nette progression des taux de réussite globale aux items communs 2010-2016 en compréhension de l’oral : 58,5 % de réussite contre 50,9 % en 2010, soit plus de 7 points à six années d’intervalle. Une analyse plus fine des compétences évaluées indique pour l’ensemble des élèves une hausse significative des performances : plus 7 points pour « repérer l’information explicite » (53,3 %) et pour « construire le sens » (61,6 %). Cette dernière compétence est plus difficile à maîtriser car l’élève ne peut s’appuyer que sur ses connaissances linguistiques pour accéder au sens ; il ne peut pas avoir recours à des stratégies compensatoires ou des compétences transversales". On observe un net écart selon la composition sociale des collèges au détriment de splus populaires. En compréhension de l'écrit les progrès sont encore plus importants qu'à l'oral.

Et en lien avec le premier degré...

Comment l'expliquer ? " D’une manière générale, plus les élèves ont commencé tôt l’apprentissage de l’anglais, meilleurs ils sont en fin de 3e. Cette tendance s’observe de manière encore plus marquée pour les élèves évalués en 2016". Mais la Depp émet un doute . " En effet, les activités langagières auxquelles les élèves sont le plus entraînés à l’école sont la compréhension et l’expression orales. Comment le nombre d’années d’apprentissage en primaire peut-il jouer à ce point et rendre les élèves plus performants en compréhension de l’écrit en fin de 3ème ?"

"Le temps et la qualité d’exposition à la langue en dehors des cours peut également avoir joué un rôle prépondérant dans la hausse des résultats depuis 2010", note la Depp. En effet le pourcentage d'élèves qui regardent souvent des émission ou des vidéos en anglais a nettement augmenté : de 4 à 16% pour ceux qui regardent plus d'une fois par semaine par exemple.

(...)

F Jarraud

L'enquête Cèdre

Ses premiers résultats en 2017

Conférence de consensus Cnesco

L'enseignement intensif au primaire au Québec

Les réformes de BLanquer pour l'apprentissage des langues

Billet complet à lire en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Revue de Presse Education... Inégalités — Grève du bac — Orientation...

6 Juin 2019 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education... Inégalités — Grève du bac — Orientation...

Il sera surtout question d’inégalités concernant les élèves et les enseignants, de la grève du bac et d’orientation.

Inégalités

Commençons par ce qui concerne les élèves
L’essentiel des inégalités d’éducation Le tour de la question
Les inégalités sociales ont-elles un effet sur le destin scolaire des élèves ? L’éducation continue-t-elle de se démocratiser ? Filles et garçons sont-ils à égalité dans leurs études ? L’essentiel du chapitre « Éducation » du Rapport sur les inégalités édition 2019, de l’Observatoire des inégalités.”

L’éducation prioritaire n’est plus pilotée (1) Par Marc Bablet sur son blog : Le blog de Marc Bablet
Depuis l’arrivée du ministre Blanquer, l’éducation prioritaire n’est plus pilotée. Il n’y a de communication que sur le dispositif des CP et CE1 dédoublés qui donnent lieu à une transmission d’instructions descendantes autoritaires comme on en a rarement vu.”

Les élèves défavorisés ne profitent pas assez de l’éducation prioritaire par Christel Brigaudeau et Christine Mateus
L’Observatoire des inégalités a rendu mardi soir son dernier rapport. Parmi les chantiers majeurs : les élèves défavorisés. 73 % ne disposent d’aucune aide particulière car ils étudient dans des établissements sans moyens supplémentaires.”

Elèves défavorisés : « Les familles n’osent pas demander des aides »
Philippe Sauzedde, principal d’un collège du Loir-et-Cher, détaille la manière dont son établissement accompagne les élèves défavorisés.”

Pour un Grand Paris de l’éducation
Anne Lebreton, candidate à l’investiture LREM pour les municipales 2020 à Paris, veut que la métropole du Grand Paris se donne pour ambition qu’aucun enfant ne quitte le primaire sans maîtriser les compétences fondamentales.”

L’éducation populaire, remède aux fractures françaises ? Par Hélène Girard
Dans un rapport adopté le 28 mai dernier, la section éducation-culture-communication du Conseil économique, social et environnemental (Cese) appelle l’Etat et les collectivités locales à réinvestir le champ de l’éducation populaire. Un secteur avec lequel le ministère de la Culture tente de renouer.”

Et concernant les enseignants
Bilan social du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse 2017-2018 - Enseignement scolaire Personnels - Statistiques - publications annuelles - Édition 2019
Le Bilan social national de l’enseignement scolaire dresse un panorama de l’ensemble des personnels enseignants et non enseignants du ministère de l’Éducation nationale au cours de l’année 2017-2018.
Il présente des indicateurs dans divers domaines : effectifs et caractéristiques des agents, recrutement, rémunération, carrières, conditions de travail, retraite, etc.
À partir d’informations statistiques objectives, le Bilan social offre une vision à la fois globale et détaillée du potentiel humain du ministère. Il vise à nourrir la réflexion des acteurs du système éducatif et de la fonction publique comme celle du grand public
.”

La carrière des enseignants en Europe Personnels - Note d’information - N°19.19 - juin 2019
Le troisième rapport du réseau Eurydice sur les enseignants publié en 2018, et relatif aux données institutionnelles de l’année scolaire 2016-2017, s’intitule Les carrières enseignantes en Europe : accès, progression et soutien. Dans le bilan qu’il fait de la profession enseignante en Europe, marquée par des problèmes de pénurie de personnels qualifiés dans certaines disciplines et certains territoires, il fait ressortir les tendances suivantes : en matière de gouvernance, le rôle d’employeur des enseignants est confié aux établissements scolaires dans plus d’un tiers des 43 systèmes éducatifs du réseau Eurydice ; le statut d’enseignant « fonctionnaire », tout aussi répandu que celui de contractuel, est différemment défini selon les pays ; une quotité annuelle de temps est définie pour la formation continue dans près de la moitié des systèmes éducatifs européens ; la moitié des pays offrent à leurs enseignants des perspectives d’évolution professionnelle ; des dispositifs d’évaluation divers sont conçus pour inciter les enseignants à faire preuve de performances professionnelles tout en leur fournissant un retour sur leurs pratiques.”

Grève du bac

Grève du bac : l’épreuve de force Chronique de Philippe Watrelot ancien président du CRAP-Cahiers Pédagogiques
Plusieurs syndicats enseignants appellent à une grève de la surveillance des épreuves de philosophie le 17 juin, premier jour du baccalauréat, pour protester contre les réformes du ministre de l’Education. Il s’agit, rappellent-ils, d’une grève de la surveillance et non des corrections. « On veut envoyer un signal pour dire à Jean-Michel Blanquer qu’il n’a rien écouté », a indiqué Frédérique Rolet, représentante du Snes-FSU.”

Baccalauréat. Pourquoi un appel à la grève le premier jour de l’examen ?
Une dizaine de syndicats enseignants appellent à boycotter la surveillance des épreuves le 17 juin, premier jour des écrits. Ils veulent envoyer un message fort au ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer. Leur objectif : ouvrir les discussions avec le ministre autour de ses réformes de l’école et du lycée.”

Orientation

A l’Assemblée nationale, E. Philippe a répondu à une question de Jean-Christophe Lagarde intitulée : Orientation scolaire et réforme de la haute fonction publique
Un extrait de sa réponse : “Pour ce qui concerne les choix à effectuer en fin de classe de seconde, nous ne voulons pas créer un système qui impose aux lycéens de faire des choix qui conditionneraient ou qui prédétermineraient leur orientation dans l’enseignement supérieur ou dans le monde professionnel. Vous savez que l’ancien système, celui que vous et moi avons connu, consistait très souvent à demander aux jeunes gens de choisir très tôt entre la filière scientifique, la filière économique et la filière littéraire. Une fois ce choix effectué, ce système ne permettait que très marginalement une réorientation au moment de l’accès à l’enseignement supérieur. C’est notamment ce à quoi nous avons voulu mettre un terme en prévoyant des modules beaucoup plus variés. Cela nous semble à la fois plus intelligent pour le lycéen, et beaucoup plus intelligent pour l’étudiant futur, car nous avons constaté que la diversité des formations des lycéens constituait un gage de qualité de l’enseignement supérieur.
La plus grande diversité des matières choisies en classes de première et de terminale sera un gage de qualité accrue pour les professeurs et pour les formations de l’enseignement supérieur. Il ne s’agit donc pas du tout de prédéterminer, dès la fin de la seconde, des choix professionnels, mais, au contraire, d’ouvrir la possibilité de choix futurs
.”
Le Café pédagogique signale cette réponse sous le titre : Orientation : E. Philippe promet la liberté de choix des lycéens
Titre un peu exagéré. Il me semble que E. Philippe ne fait pas cette promesse. Par contre le commentaire de fin de présentation par le Café me semble plus juste :
La plus grande diversité des matières choisies en classes de première et de terminale sera un gage de qualité accrue pour les professeurs et pour les formations de l’enseignement supérieur. Il ne s’agit donc pas du tout de prédéterminer, dès la fin de la seconde, des choix professionnels, mais, au contraire, d’ouvrir la possibilité de choix futurs" “Une affirmation osée mais couverte par le secret des algorithmes des établissements d’enseignement supérieur.”

Le cadre et le partage des territoires de l’orientation
Après ma lecture à chaud[1] du cadre national de référence entre l’État et Régions de France ainsi que la publication de ma tribune sur le Monde.fr où je m’interroge sur la conception de l’orientation qui « inspire » le ministère : « L’Etat français considère-t-il encore l’orientation scolaire comme relevant de sa responsabilité ? », je vais essayer de repérer ce qui se dessine.”

Grandes écoles : « Faire de la diversité sociologique une fin en soi me paraît contestable » estime le président de l’association des anciens élèves de l’ENA Par Laure-Anne Elkabbach
“Invité de l’émission « On va plus loin », Daniel Keller, président de l’association des anciens élèves de l’ENA, explique pourquoi il n’est pas en faveur de la discrimination positive.”

Bernard Desclaux

Lire la suite

Marin Marais...

5 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de coeur... John Dos Passos...

5 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

«  Le visage d’hommes qui sont restés longtemps en prison a quelque chose  d’étrangement figé, sous les yeux. Le visage qui est resté longtemps en  prison ne perd jamais cette tension sous les yeux. Sacco est dans la  prison du comté depuis six ans, toujours à attendre, à attendre le  procès, à attendre de nouvelle preuves, à attendre que l’on défende les  motions, à attendre la sentence, attendre, attendre, attendre. La prison  de Dedham est un beau bâtiment, entouré de pelouses, masqué par des  arbres qui agitent leurs feuilles sous le ciel de juin. Dans le bureau  du directeur, les visages se reflètent sur le vernis brun clair, tout  est tellement propre qu’on pourrait manger par terre. À l’intérieur, le  grand salon de réception est aéré, plein de lumière. Les barreaux  brillent du reflet des feuilles du printemps, une fraîche lumière d’un  vert tendre illumine tout. À travers les barreaux, on voit les arbres  qui se balancent et les nuages de juin qui parcourent le ciel comme du  bétail dans un pré sans barrières. C’est une cage à canaris terriblement  compliquée. Pourquoi les oiseaux ne chantent-ils pas dans cette verte  volière? Le directeur vous indique poliment un siège et, tandis que vous  attendez, vous remarquez une odeur, une odeur qui n’est ni verte ni  fraîche, l’odeur usée, lourde et graisseuse des bas-fonds, des baraques  de l’armée, mais plus lourde, plus désespérée.

De l’autre côté du  couloir, un vieil homme est assis sur une chaise, un gros homme, au  corps en poire, bras ballants, yeux fermés, son visage a l’air d’un  ballot de journaux humides. Le directeur et deux hommes en noir sont  debout à côté de lui et le regardent, désarmés.

Enfin, Sacco sort de  sa cellule et vient s’asseoir à côté de moi. Deux hommes assis l’un à  côté de l’autre sur un banc dans une cage à oiseaux verte. Quand il en  aura envie, l’un d’entre eux se lèvera et s’en ira, s’en ira dans cette  belle journée de juin. L’autre retournera dans sa cellule à attendre. »

John Dos Passos, Devant la chaise électrique. Sacco et Vanzetti: histoire de l'américanisation de deux travailleurs étrangers (1927), Gallimard « Arcades », 2009, trad. Alice Béja

Lire la suite

A Voir... "Piranhas" -

5 Juin 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Cinéma

Adapté d’un roman de Roberto Saviano, le film suit des ados truands au service de la Camorra, du bas de l’échelle à l’ivresse des sommets, et s’attarde sur la belle insatisfaction de l’enfance.

(...)

Marius Chapuis

Piranhas de Claudio Giovannesi avec Francesco Di Napoli, Ar Tem, Alfredo Turitto… 1 h 52.

Lire la suite

L'imagination qu'on tue en silence...

5 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique

L'imagination qu'on tue en silence...

La France, depuis mai 2017, depuis l’avènement « Macron », manque singulièrement d’imagination.

Je m’amuse souvent sur les réseaux sociaux. Sur Twitter en particulier que je squatte plus que de raison. L’affaire « Benalla », pendant l’été 2018, a provoqué un tsunami de micromessages. Parmi eux, ceux des soutiens du président de la République. Quelle tristesse de lire cette suite de copiés-collés d’éléments de langage, sans même que les ministres, secrétaires d’Etat, députés, autres élus et soutiens divers prennent la peine d’inclure quelques variantes pour masquer la martingale. Certains de leur toute-puissance, ils méprisent l’imagination.

Ce ne sont pas les « ouvrages » - gloire à l’inventeur des guillemets - parus après l’élection du dernier locataire de l’Élysée qui ont relevé le niveau. Les Brice Couturier, Régis Debray, Olivier Duhamel, Pierre-André Taguieff, Philippe Reynaud, Alain Touraine et bien d'autres ont tous taquiné leur souris – on ne trempe plus sa plume – pour proposer des dithyrambes plus ou moins enamourés. Laissant peu de place au rêve, la « Macronie » a installé sa « start-up nation » qui est à l’imagination ce qu’André Rieu est au violon : une faute de goût.

Pour tuer l’imagination, le pire des crimes, le candidat Macron a usé d’un subterfuge...

Ce subterfuge tient en une expression : « En même temps ». Celle-ci élimine l’altérité, la confrontation, le débat contradictoire. Vous vous trouvez embrassés dans une opinion généralisante, enveloppante, attrape-tout. Cette expression, tic de langage mais aussi arme de destruction massive, fut reprise par la journaliste Apolline de Malherbe pour titrer une émission régulière de BFM TV. C’est dire son succès.

Quelques exemples:

Le candidat et Président Macron, c’est l’homme « favorable à une intervention militaire en Syrie et en même temps qui refuse le départ immédiat de Bachar el Assad ».

Qui « invite à renforcer nos frontières et en même temps à répondre pleinement de notre devoir d’accueil ».

Qui « veut multiplier les investissements d’avenir et en même temps faire preuve de sérieux budgétaire. »

Je pourrais écrire un livre entier en collationnant les phrases prononcées ou écrites par Emmanuel Macron, utilisant toutes l’expression « En même temps ».

L’imagination, l’invention, le débat, la dispute disparaissent peu à peu dans un monde neutre, plat. Une banquise uniforme, monocolore. « Ni droite ni gauche »… «Plus de clivages »… Ne pas adhérer à la Macronie, c’est être déviant. C’est ne pas comprendre que l’avenir n’appartient pas à celles et ceux qui s’opposent, qui contredisent, qui projettent autre chose que l’horizon d’attente imposé par le « chef ». Le déviant contestataire n’a pas sa place en France macronienne. Il empêche la construction d’un pays lisse d’où sont absents les opposants, tous rangés dans le camp des extrémistes. D’où est absente l’imagination

C’est dangereux l’imagination pour un pouvoir tel que celui qui s’installe sous nos yeux.

Il est pourtant si doux, si nécessaire et vital, dans un monde où souvent la réalité est sombre, de coudre ensemble les fils de l’élégance, de la poésie et du rêve…

À la place de l’imagination, Emmanuel Macron et ses affidés nous proposent le « rien ». À l’intérieur de ce « rien », la Macronie offre des images auxquelles nous sommes priés d’adhérer. Elles nourrissent les médias et réseaux sociaux. Elles provoquent immanquablement des commentaires au kilomètre, aussi inutiles et vains que les images elles-mêmes. Mais elles occupent des « parts de cerveaux disponibles » pour reprendre une formule devenue tristement célèbre. La critique s’efface. Le rêve disparaît. L’imagination est morte ! Vive la start-up nation, ses slogans et son peuple de « collaborateurs » ! Soyez consentants, ne vous occupez de rien, nous créons POUR vous ! Malheur évidemment aux vaincus. Car il y en aura mais de ceux-là, il n’est jamais question en Macronie.

Un cauchemar ! Le petit monde de l’arrivisme érigé en système ayant pour seules « valeurs » l’activisme et l’efficacité.

Un cauchemar ! Le petit monde où ne règnent plus que les trois « extrêmes » : l’extrême gauche, l’extrême droite et l’extrême centre macronien. Les foules sidérées ayant cru naïvement au discours simplistes du candidat-président: "Ni droite ni gauche"; quelques élus de droite et de gauche ayant cédé aux chants des sirènes libérales pour rejoindre un "mouvement d'intérêts" à défaut d'être un "parti de convictions".

Un cauchemar où, sans que personne encore s’en soit alarmé, le président de la République est imposé comme le maître des horloges. Même le temps incline la tête.

Que reste-t-il quand l’imagination est morte ? Tout ! Tout ce que celles et ceux voulant s’opposer à un modèle de société à ce point éloigné de l’humain auront à proposer.

À commencer par ces mots que j’écris… À commencer par la capacité qu’ont les Français de refuser ce qu’on leur impose… À commencer par dénoncer toutes les prétentions…

À commencer par ton regard croisé un jour… Ce jour où nous avons compris que les mots seraient souvent inutiles.

Nous ne maîtrisons rien mais nous comprenons tout…

Il nous reste une vie à imaginer...

Christophe Chartreux

Lire la suite

Rapport sur les inégalités : De l'école à la fac, un parcours marqué par les inégalités sociales...

5 Juin 2019 , Rédigé par Le Café Pédagogique Publié dans #Education

Rapport sur les inégalités : De l'école à la fac, un parcours marqué par les inégalités sociales...

EXTRAIT

Les inégalités sociales, à l'école, se portent bien. C'est ce que vient nous rappeler l'Observatoire des inégalités qui a publié le 4 juin son rapport, le troisième depuis 2015, alors que le sujet est relégué au second plan. Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer estime en effet l'avoir traité avec le dédoublement des classes de CP et de CE1 en éducation prioritaire. Au collège, les enfants d'ouvriers représentent un quart des élèves. En classes prépas il ne sont plus que 7%... Même si les enfants de milieux défavorisés vont aujourd'hui  plus loin dans les études et qu'ils en sortent plus diplômés, les écarts entre les milieux sociaux pèsent lourd à l'école française. Retour sur les chiffres du rapport, analysés avec finesse, qui dessinent un paysage bien injuste.

Les inégalités sociales se manifestent très tôt à l'école. Dès la maternelle, souligne le rapport, " la France fait démarrer un système de compétition entre les enfants et introduit très vite des apprentissages formels ". Or les élèves de milieux favorisés, avec des parents souvent diplômés, connaissant les codes de l'école, y sont bien  mieux préparés.

L'écart entre milieux sociaux est ainsi mesurable dès le primaire. En CE2, le quart des élèves les moins favorisés obtient des notes de  58 sur 100 en français et de 57 sur 100 en maths, contre respectivement 87 et 85 sur 100 pour le quart des élèves les plus favorisés socialement.

Biais social

A l'entrée en sixième, un enfant d'ouvriers sur dix arrive avec déjà au moins un an de retard car il a redoublé, contre moins de 2% des enfants de cadres supérieurs. Une partie du destin scolaire est déjà jouée pour certains et l'école paraît bien impuissante à assurer des chances égales à tous.

Illustration du biais social qui peut exister, la composition des Segpa, ces classes à part dans les collèges, réservées aux  enfants en grandes difficultés : plus de 80% des élèves y sont issus de milieux défavorisés, souligne le rapport. A moins de considérer qu'ils sont moins intelligents et moins capables que les autres, le milieu social a pesé dans leur orientation. On sait qu'à niveau scolaire égal - ici un niveau très faible -, un enfant d'une famille favorisée, socialement et culturellement, sera moins souvent "orienté" en Segpa ou, après la troisième, vers le professionnel.

Point de bascule

C'est à la fin du collège que se trouve " le point de bascule entre les catégories sociales", souligne le rapport. En effet jusqu'en troisième, scolarité obligatoire oblige, les élèves reflètent la composition sociale de la population. Un véritable " tri " s'opère lors du passage au lycée sur la base du niveau scolaire, mais où l'origine sociale pèse lourd.

Au collège, les enfants des catégories défavorisées représentent 41,7% des élèves. Ils ne sont plus que 31% en seconde générale et technologique. A l'inverse, les enfants de milieux très favorisés, qui étaient 19,7% au collège, se retrouvent 27,7% en seconde générale et techno. Du collège au lycée, la part des premiers s'est ainsi réduite de 25%, celle des second a bondi de 50%.

Dans le professionnel, c'est la tendance inverse :  les catégories populaires sont sur représentées. Alors qu'il représentent un quart des collégiens, les enfants d'ouvriers sont plus d'un tiers (36%) des bacheliers professionnels et 38% des élèves de CAP.

L'Observatoire des inégalités se fait un point d'honneur à ne pas tomber dans la caricature et à introduire des nuances, se plaît à souligner son président Louis Maurin. Le rapport rappelle ici " la forte progression dans l'accès en seconde générale des élèves d'origine sociale défavorisée, surtout dans les années 1970 et 1980 ".

(...)

Véronique Soulé

Rapport sur les inégalités en France, édition 2019, Observatoire des inégalités, 9 €, 175 p., en vente sur inegalites.fr

Suite et fin en cliquant ci-dessous

Lire la suite

L’éducation prioritaire n’est plus pilotée (1)...

5 Juin 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

L’éducation prioritaire n’est plus pilotée (1)...

EXTRAIT

Depuis l’arrivée du ministre Blanquer, l’éducation prioritaire n’est plus pilotée. Il n’y a de communication que sur le dispositif des CP et CE1 dédoublés qui donnent lieu à une transmission d’instructions descendantes autoritaires comme on en a rarement vu.

Le ministre annonce depuis bien longtemps déjà qu’il veut modifier la politique d’éducation prioritaire pour « la rendre plus efficace ». « Les Échos » ont donné à lire cette citation : « Les moyens considérables qui sont mis par la France dans son éducation prioritaire doivent être beaucoup plus efficaces dans le futur, et la philosophie est de se dire comment les moyens doivent, non pas indemniser la difficulté, mais stimuler la réussite et permettre de se fixer des objectifs », affirme Jean-Michel Blanquer. La formule d’une éducation prioritaire qui actuellement « indemnise la difficulté » est particulièrement  insultante pour l’ensemble des collègues qui travaillent en éducation prioritaire. Quant à dire que les moyens mis sont considérables, même s’ils ont significativement augmenté en 2015 avec la mise en place des REP+, des « plus de maîtres que de classes » puis en 2017 avec les CP dédoublés, ils sont encore assez loin de ce que recommandait l’OCDE dès 2013 qui proposait de consacrer 0.13% de PIB à l’école en éducation prioritaire.

On sait que le ministre a demandé un rapport à Pierre Mathiot et Ariane Azema encore en cours de travail pour une publication en juin 2019. On sait bien que ce rapport ne sera publié que s’il a l’heur de plaire au ministre et de lui permettre de développer la politique néo libérale à laquelle il aspire. (Voir ce que j’en disais déjà en octobre).

En attendant, ce que l’on commentera ou pas en juin,  on voit bien qu’il n’y a plus de pilotage de l’éducation prioritaire au niveau national et manifestement certains recteurs accentuent le mouvement au niveau académique. Ce billet et les suivants vont donc être consacrés à tous les signes de cet abandon institutionnel.

Une circulaire de rentrée indigente en ce qui concerne l’éducation prioritaire

La circulaire de rentrée publiée au BOEN n’évoque l’éducation prioritaire que pour rappeler les CP et CE1 à 12, rappeler les dédoublements à venir en grande section et évoquer les petits déjeuners et les cités éducatives. Aucune réflexion sur la conduite des apprentissages, sur la formation et sur le travail collectif en réseau spécifique à l’éducation prioritaire. Aucune conception positive de l’action pédagogique à conduire dans ces écoles et collèges. Les recommandations qui l’accompagnent sont muettes sur ces questions. En outre la partie consacrée à l’éducation prioritaire est inscrite dans la partie IV de la circulaire consacrée à « Cultiver le plaisir d’être ensemble » ce qui est un comble pour l’éducation prioritaire qui justement vit au quotidien la ségrégation. En outre comme on pouvait s’y attendre le dispositif ministériel trouve désormais sa pleine traduction (avant la publication du rapport commandé à Mathiot et Azema qui pourtant devait faire des propositions sur ces points, ce qui montre, s'il en était besoin, le peu de cas qui est fait du travail commandé ) dans cette formulation : « Assurer l’équité entre tous les territoires de la République », où les problèmes des quartiers populaires et ceux du rural sont traités au même niveau, comme s’ils étaient de même nature et comme s’il s’agissait d’abord de problèmes éducatifs alors qu’il s’agit de problèmes d’abord économiques et sociaux. Je rappelle que j’ai écrit un billet  pour dénoncer cette manière de considérer les quartiers populaires comme des territoires parmi d’autres. Et on trouvera également à ce sujet un article dans la prochaine livraison de la revue de l’AFAE à paraître, le numéro 162 consacré aux territoires éducatifs.

La priorité qui avait été donnée par la gauche à l’accueil des moins de trois ans est cassée au profit de l’école obligatoire à trois ans avec des formules jésuitiques remarquables : « Cette mesure vise à offrir à 25 000 élèves supplémentaires, parmi les plus défavorisés, un cadre d'enseignement propre à réduire les inégalités. » Ceci alors que c’était justement la prise en compte des enfants des milieux populaires dès deux ans qui était de nature à contribuer à réduire les inégalités en les familiarisant plus tôt avec les règles du jeu scolaire et en leur donnant ainsi de l’avance sur d’autres. Quant au fait que ce sont des enfants de milieux défavorisés qui sont principalement non scolarisés à trois et quatre ans, cela s’explique essentiellement par des raisons sociales liées au travail des femmes moins fréquent dans les quartiers populaires. L’ UNAF estimait en 2013  qu’il manquait entre 350 000 et 400 000 places pour l’accueil des jeunes enfants. On peut douter que, malgré les déclarations de monsieur Blanquer, le nombre de places en crèche ait augmenté. Ce ministre est en effet très fort pour promettre des places dans des lieux d’accueil qui ne sont pas de sa responsabilité mais de celle des collectivités territoriales. De la même manière qu’en 2012 il avait tenté de faire pression pour les internats d’excellence, ce qui s’était traduit par un désengagement des dites collectivités qui avait eu pour conséquence que le ministre avait réalisé des établissements d’État qui pèsent toujours aujourd’hui sur le budget de l’éducation nationale. On pourra se reporter à mon billet sur le sujet de l’internat qui a peut être eu le mérite de contribuer avec d’autres à arrêter le ministre dans sa volonté de reprendre cette perspective malvenue alors qu’il avait déclaré en décembre qu’un excellent rapport qui lui a été remis mais qui n’est pas publié devait lui permettre de relancer cette perspective.

(...)

Marc Bablet, Inspecteur d'académie, inspecteur pédagogique régional retraité

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

Lire la suite

L'école doit s'arrêter sur le silencieux...

4 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

L'école doit s'arrêter sur le silencieux...

"D'une rive à l'autre"... "D'un jour à l'autre"... "D'un chapitre à l'autre"... "D'une seconde à l'autre"... Autant de lieux et de moments qui nous font passer d'un état à un autre... Cette transformation liée à un "passage", nous la voyons, l'analysons, l'assimilons avant d'autres passages, d'autres changements...

Mais, nous ne voyons pas l'essentiel. C'est à dire le "à"... Ce moment qui sépare deux lieux, deux instants, deux êtres, deux états. Ce "à", c'est le pont qui relie deux rives mais dont l'utilité principale est ailleurs  : permettre aux êtres des deux rives de se rencontrer en son milieu.

Dans toutes transformations, dans tous passages, il y a ce lieu, ce moment, ce temps, invisible, inaudible, imperceptible, véritable trou noir ou silence entre deux notes d'une symphonie dont on attend la suite quand il faudrait goûter le moment où il semble ne rien se passer quand au contraire c'est LA que tout se passe.

"Nous regardons le changement mais nous ne l'apercevons pas" disait Bergson.

La politique n'échappe pas au "non aperçu" des bouleversements successifs que les commentateurs les plus savants analysent avec justesse. Pourtant, l'Histoire a souvent démontré à quel point leurs travaux étaient contredits par le réel. Pourquoi  ? Parce que toujours ils oublient d'aller se perdre dans les "trous noirs" qui séparent les "moments" de l'Histoire. Dans le "D'un jour à l'autre", il y a le jour et l'autre, mais il y a le "à" qu'ils mettent de côté provoquant l'erreur dans l'interprétation. Ils suppriment les silences d'une sonate de Bach. Alors le paradoxe devient ahurissant, car supprimant le silence, on n'entend ni ne comprend plus rien!

L'Ecole, elle aussi, doit s'arrêter sur le "silencieux" (plutôt que l'invisible) qui existe entre deux exercices, entre deux réflexions, entre deux cours, entre deux classes. Cet "entre-deux" constitué de moments indépendants de nous comme de nos élèves, c'est la cristallisation ou la décristallisation, parfois la non-cristallisation, des constructions pédagogiques patiemment échafaudées mais inutiles si l'on ne sait pas prendre le temps d' "entendre les silences". Ces "silences", ces séparations, ces écarts, ces discontinuités qui, si on les oublie, si on n'en tient pas compte, nous feront découvrir, sans qu'on s'en soit aperçu, que le changement a eu lieu, en bien ou en mal. Et nous ne serons alors que les répliques muettes du personnage de Proust revoyant un camarade perdu de vue depuis des années et disant: "...il avait gardé bien des choses d'autrefois. Pourtant je ne pouvais comprendre que ce fût lui". (Le Temps Retrouvé). Proust ne dit pas qu'il ne le reconnait pas. Il dit bien qu'il ne peut COMPRENDRE que ce camarade était le même sans l'être, à jamais, tout à fait.

De la jeunesse à l'âge adulte... Tout s'est passé dans le "à", dans le "trou noir", dans le "silence"... 

Il est donc essentiel, AVANT d'obtenir le "J'ai compris" ou le "Je n'ai pas compris", et de s'en contenter, de prendre le temps d'analyser l'échancrure qui, non pas sépare, mais RELIE les moments de nos explications, de nos exercices et interrogations. C'est l'exploration de nos "trous noirs" qui permettra à nos élèves comme à nous-mêmes de prévenir les échecs, d'en comprendre les mécanismes et évitera à tous de s' étonner d'être passés d'une page "A" l'autre sans avoir pris le temps d'analyser et de comprendre ce que fut ce "A"...

Christophe Chartreux

Lire la suite
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 > >>