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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Philippe Sollers/Josyane Savigneau...

17 Avril 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Josyane Savigneau : Et d’abord, des amis, en avez-vous ? Plutôt des hommes ou plutôt des femmes ?

 

Philippe Sollers : Les deux. Est-ce à égalité ? Je ne sais pas, je ne compte pas. Ce que j’affirmerais dans les deux cas, c’est que ce sont des camarades de combat. Autrement dit, je ne fais pas attention à autre chose qu’à leur violent désir de liberté, entravé par les clichés et les opinions sociales.

 

Jo. S : Si nous sommes amis, pourquoi le sommes-nous depuis si longtemps, trente ans maintenant?

 

Ph. S : Parce que nous sommes des camarades de combat. Je ne suis pas sûr qu’on comprenne bien la formule.

 

Jo. S : Pourquoi avons-nous un combat commun, vous et moi ?

 

Ph. S : Parce qu’on déteste le mensonge social. Ça suffit. Ce n’est même pas une question d’opinion ou de positionnement politique. Quelqu’un qui a bien identifié la façon dont la société l’empêcherait d’être libre, ça se fait très tôt, j’allais dire au berceau. Alors ceux-là, ou celles-là, s’ils tiennent bon sur leur désir, deviennent automatiquement des camarades de combat. Je ne vais pas aligner ces camarades de combat pour faire une attaque de type militaire. Mais le combat spirituel, comme dit Rimbaud, demande des qualités considérables. « Il me sera loisible de posséder la vérité, dans une âme et un corps », écrit-il dans Une saison en enfer. Remarquable camarade de combat, Rimbaud.

 

Philippe Sollers - Josyane Savigneau - Une conversation infinie (Bayard)

 

Exceptionnellement dans cette rubrique, j'offre à Josyane Savigneau et Philippe Sollers ces 9 minutes 48 secondes d'infini, suspendues à une voix et à une musique... 

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Dédoublements (CP/CE1 Rep+) : Un mauvais choix selon une étude...

17 Avril 2019 , Rédigé par Café Pédagogique Publié dans #Education

Dédoublements (CP/CE1 Rep+) : Un mauvais choix selon une étude...

EXTRAIT

Et si E. Macron et JM. Blanquer avaient choisi la mauvaise voie ? Selon une étude publiée par le Journal of the European Economic Association (N° de décembre 2018), l'utilisation d'un second professeur ou d'un assistant, ce qu'on appelle en France un maitre +, a un impact très positif sur les résultats scolaires des enfants défavorisés. Cet effet a été évalué jusqu'à 30 mois après la fin du dispositif. Il est durable. Pour les auteurs, Simon Calmar Andersen et Helena Skyt Nielsen de l'Aarhus University, Louise Beuchert (VIVE) et Mette Kjærgaard Thomsen (université du sud Danemark), "l'utilisation  d'un maitre + est au moins aussi efficace que la réduction de la taille des classes. Or c'est une intervention beaucoup plus flexible capable de s'adresser à un seul groupe d'élèves pour des périodes limitées". Alors que le gouvernement a choisi de supprimer les maitres + pour assurer les CP et Ce1 dédoublés en éducation prioritaire, cette étude apporte des arguments solides pour interroger ce choix.

 

Le choix des dédoublements en éducation prioritaire ... puis partout

 

Pour améliorer le niveau scolaire des enfants défavorisés, le ministre de l'éducation nationale applique la promesse électorale d'E Macron : le dédoublement des classes de CP et CE1 de l'éducation prioritaire. Selon le ministère,  ces dédoublements consommeront 12 000 postes quand ils seront terminés ce qui devrait être le cas à la rentrée 2019.

 

Mais de nouvelles mesures de réduction du nombre d'élèves par classe devraient suivre. Selon Challenges, le président de la République devrait annoncer prochainement la limitation de toutes les classes , de la GS de maternelle au CE1, à 24 élèves. La moitié des classes des maternelles publiques  comptent plus de 24 élèves et 38% des classes de l'école élémentaire. Des taux encore plus élevés existent dans le privé s'il était inclus dans cet engagement. Cette extension devrait encore consommer des milliers de postes. Au total le ministère pourrait bien consacrer près de 20 000 postes à ces dédoublements.

 

Rappelons que jusque là, le ministère a financé ces mesures de dédoublement en fermant des classes dans le rural ou en maternelle. Il a aussi puisé largement dans les "maitres +", un dispositif initié par le gouvernement précédent qui consiste à affecter un enseignant supplémentaire dans des écoles de l'éducation prioritaire pour intervenir avec un autre enseignant soit auprès de certains élèves soit en divisant la classe en deux temporairement. Des 4000 postes initiaux seulement 1496 subsistaient à la rentrée et la moitié devraient encore disparaitre à la rentrée 2019.

 

Des résultats décevants

 

Or les résultats de ces dédoublements ne sont pas fameux. Selon une étude de la Depp (division des études du ministère) publiée en janvier dernier, on constate une baisse de la proportion d'élèves en très grande difficulté dans les classes de rep+ dédoublées. "Le dispositif permet une baisse de cette proportion d'élèves de 7.8% pour le français et de 12.5% en maths", déclare l'étude. Autrement dit, sur 60 000 élèves de Rep+, 24 000 auraient du être en grande difficulté. Avec le dispositif il y a 2000 élèves de moins en très grande difficulté en français et 3000 en maths. Il en reste quand même 22 000 et 21 000 en grand difficulté.

 

Une étude de A Bouguen, J Grenet et M Gurgand, publiée à la rentrée 2017, avait conclu à l'efficacité des dédoublements de CP. " Le dédoublement de la taille des classes (de 24 à 12 élèves par classe) conduirait, d’après les études recensées dans cette note, à une amélioration des performances scolaires comprise entre 20 % et 30 % d’un écart-type", disait-elle. Or l'étude de la Depp publiée le 23 janvier évoque des écarts types de 8% en français et 13% en maths, soit nettement en dessous des résultats attendus.

 

De plus, l'étude ne donne pas de résultats à moyen ou long terme. Or les dédoublements en Cp et Ce1 sont rendus possibles par la récupération de postes aux autres niveaux. Même en éducation prioritaire il faut augmenter le nombre d'élèves par classe en maternelle comme après le Ce1 pour trouver les postes des dédoublements. Autrement dit l'élève risque fort d'avoir une situation scolaire dégradée avant le CP et après le Ce1.

(...)

F Jarraud

Suite et fin en cliquant ci-dessous

 

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La suppression de l'ENA: un ''excès d'honneur et d'indignité''?...

17 Avril 2019 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education

La suppression de l'ENA: un ''excès d'honneur et d'indignité''?...

Cet excès d'honneur et d'indignité est arrivé aussi aux Jésuites, ce qui a pu en faire des «boucs émissaires» commodes à certains moments de notre histoire.

Sous l'Ancien Régime en particulier, les ''Jésuites'' ont pu être, eux aussi, les conseillers privilégiés des puissants (et de la royauté en particulier); et c'est finalement un roi en principe ''très chrétien'' (Louis XV) qui a signé leur expulsion de France en 1764.

Le piquant est que celui qui ordonnerait la suppression de l'ENA si l'on en croit la presse - Emmanuel Macron - est non seulement un ancien énarque mais aussi un ancien élève du ''collège jésuite La Providence'' d'Amiens. Un cumulard et un connaisseur en l'espèce s'il en est.

Mais peut-être ne sait-il pas quel a été le sens originel dévolu à la création d'une telle école, créée effectivement à la Libération par Michel Debré et Charles de Gaulle, mais conçue d'abord au moment du Front populaire par Jean Zay dans l'intention fondamentale de tenter d'éviter au mieux le népotisme dans le recrutement des très hauts fonctionnaires.

Avant la question de la démocratisation du recrutement des hauts fonctionnaires (et de leur capacité d'écoute) , il y a d'abord celle de limiter au maximum le népotisme. Il ne faudrait pas l'oublier au moment d'envisager la suppression de l'ENA: quelles garanties offrir à ce sujet dans ce qui serait mis en place, à sa place?

Bien sûr, beaucoup a été dit sur les limites de cette école, et non sans raison. Mais il y a manifestement un ''excès d'honneur et d'indignité'' à en faire la responsable essentielle des dysfonctionnements que l'on peut constater. Cela relève plus de la commodité  politicienne que d'une grande politique refondatrice d'avenir. La politique du ''bouc émissaire'' ne grandit pas celui qui la mettrait en oeuvre; d'autant qu'il ne serait pas à la place éminente nécessaire pour la mener s'il n'était pas passé par un collège jésuite et surtout l'ENA. Un ''excès d'honneur et d'indignité''' avez-vous dit? Mais pour qui finalement.

Claude Lelièvre

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Education dans le 93, ou la politique de la corde coupée...

17 Avril 2019 , Rédigé par Libération Publié dans #Education

Education dans le 93, ou la politique de la corde coupée...

Après l'agression d'une enseignante à Saint-Denis, une réponse uniquement sécuritaire est vouée à l'échec. En Seine-Saint-Denis, le service public d'éducation souffre avant tout d’un manque structurel de moyens.

Les médias se sont largement fait l’écho d’un incident grave survenu au collège Elsa-Triolet, jeudi, à Saint-Denis : un adolescent, après avoir escaladé la grille du collège pour s’introduire dans une classe, a braqué une enseignante avec un pistolet factice en tirant à plusieurs reprises des billes en direction de son visage. Heureusement, elle a pu se protéger et ne pas être blessée. Légitimement, cet événement a provoqué un effet de sidération. Le lendemain, les personnels du collège ont décidé d’arrêter le travail. Comment peut-on en arriver là ?

La réponse de l’institution est facile à prévoir : lutte contre la délinquance avec sûrement l’annonce de quelques mesures sécuritaires. Mais comme le montre la répétition de ce type d’événements ces derniers mois au lycée Paul-Eluard, aux collèges La Courtille (Saint-Denis) et Diderot (Aubervilliers), ça ne risque pas de changer radicalement cette situation.

L’Etat se retire

Il est en effet impossible de ne pas réinscrire cet incident grave dans un contexte territorial où les tensions économiques – un des départements les plus pauvres – et scolaires sont les plus exacerbées. A Saint-Denis, et plus largement dans le 93, le service public d’éducation souffre d’un manque structurel de moyens que dissimule de plus en plus mal la politique d’éducation prioritaire : là où l’Etat était historiquement moins présent, désormais il se retire. C’est ce qu’a montré le rapport parlementaire de mai 2018 sur «l’évaluation de l’action de l’Etat dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis».

Pour exemple, le collège Elsa-Triolet a perdu 10% d’heures d’enseignements depuis 2012 alors que les effectifs ont augmenté de 100 élèves. Le taux d’encadrement y est bien trop faible : deux assistants d’éducation pour 89 élèves et deux conseillers principaux d’éducation (CPE) pour 578 élèves. Face aux jeunes en difficultés scolaires, les moyens manquent pour les soutenir et combler les problèmes d’apprentissage. Reste alors la réponse répressive. Chaque jour dans le département plusieurs centaines d’élèves sont sous le coup d’une exclusion temporaire de leur collège. Autrement dit, l’équivalent d’un «collège fantôme» par jour. L’élève ayant commis cet acte est d’ailleurs un ancien élève du collège, exclu il y a deux ans.

Difficultés non surmontées

Dans ce contexte on pourrait même envisager que ce type de violence ait lieu plus régulièrement si des milliers d’agents statutaires et précaires, présents quotidiennement dans ces établissements populaires (enseignants, agent de service, surveillants, CPE, Atsem, AVSH, assistantes sociales, infirmières), ne tentaient pas de faire face malgré le manque criant de moyens.

L’exemple de cet ancien élève au parcours scolaire chaotique le montre bien, les violences contre l’institution scolaire et leurs représentants ont une spécificité : elles sont d’abord, toujours et systématiquement le résultat de difficultés non surmontées dans les apprentissages. A cet égard, la France se caractérise par une dégradation continue des acquis de ces élèves depuis quinze ans, à la fois dans la maîtrise de la culture écrite et dans les exercices de numération.

Cette dégradation des capacités de l’école à transmettre les savoirs décisifs affecte plus spécifiquement les élèves des milieux populaires, surreprésentés en Seine-Saint-Denis. La politique actuelle du ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, n’infléchira pas cette situation. Pire, la réforme en cours va accentuer la concurrence entre établissements et la compétition scolaire entre les élèves. Qu’on ne s’y trompe pas, en réduisant chaque année toujours davantage les moyens, notamment dans les territoires populaires, cette politique gouvernementale n’est pas seulement celle des premiers cordés ; elle est désormais celle de la corde coupée.

Etienne Penissat sociologue et parent d’élève à Saint-Denis , Simon Duteil enseignant au collège Elsa-Triolet et parent d’élève à Saint-Denis , Zélia Molinari enseignante au collège Elsa-Triolet , Cédric Hugrée sociologue

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Incendie de Notre-Dame... Souvenirs pédagogiques...

17 Avril 2019 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education, #Pédagogie

Incendie de Notre-Dame... Souvenirs pédagogiques...

Comment ne pas être touché par l’incendie qui a ravagé, lundi 15 avril 2019, la cathédrale Notre-Dame de Paris ? Édifice religieux classé au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1991, il est le monument le plus visité d’Europe. Jean-Michel Zakhartchouk l’a utilisé comme support de travail et y a accompagné ses élèves, il y a quelques années. Des souvenirs qu’il partage aujourd’hui pour les actuels « passeurs culturels » que sont les enseignants.

Le dramatique incendie du 15 avril a ravivé en moi des souvenirs de plusieurs travaux pédagogiques menés dans mon collège d’éducation prioritaire autour de Notre-Dame, la cathédrale et l’œuvre de Victor Hugo. Je me permets d’en évoquer certains échos, pour donner peut-être quelques idées à ceux qui voudraient, en cette triste occasion, jouer leur rôle de « passeurs culturels » auprès d’élèves, en les associant à la profonde émotion qui s’est emparée de tout un peuple (et au-delà de nos frontières).

Je citerai d’abord un projet long, dans le cadre d’un itinéraire de découverte, mené avec mon collègue d’histoire. Ce projet avait abouti à une représentation théâtrale d’après un texte écrit par les élèves, relatant l’histoire de la cathédrale, depuis les plans initiaux – les problèmes architecturaux à résoudre, la mobilisation de connaissances géométriques (empruntées en partie à des savants arabes andalous) –, jusqu’à l’époque moderne, celle des touristes sur le parvis et de la foule à l’intérieur. Nous nous étions inspirés du roman jeunesse de Jacqueline Mirande, Simon, bâtisseur de Cathédrales (Flammarion) et de nombreux documents dont des extraits de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, le tout relayé en histoire par les cours sur l’art gothique.

 

Une pièce de théâtre

 

J’étais, je l’avoue, assez heureux de voir l’implication des élèves dans la modeste pièce de théâtre inventée par la classe, et de constater le fait qu’aucun d’entre eux, souvent très éloignés de la culture catholique, n’avait refusé d’interpréter des rôles d’évêque ou de manier la crosse pour faire le geste de bénir la foule des fidèles.
Il était important aussi de montrer les évolutions de l’édifice religieux, et nous avions imaginé pour le final de la pièce un voyage dans le temps, ce qui donnait ce dialogue :

Narrateur : 
En trouvant une boule de cristal et en y plongeant son regard, une femme du Moyen Age s’est retrouvée devant Notre-Dame de Paris, mais au XXIe siècle.
La jeune femme : 
Où suis-je ? Quel étrange lieu ! Cet édifice serait… ma cathédrale ? Non, ce n’est pas possible, elle aurait donc tant changé ! Quelles sont ces effrayantes statues ? Qui pourrait me venir en aide ? (Attrapant les bras d’une passante)
Gente dame, pourriez-vous m’indiquer en quel lieu nous nous trouvons. Est-ce bien Notre-Dame ?
La passante :
Sorry, I don’t understand…
La jeune femme :
Ah, mais quel être êtes-vous ? Arrière Satan !
La jeune femme à une autre passante : 
Gentil sire, pourriez-vous m’indiquer en quel lieu nous nous trouvons. Est-ce bien Notre-Dame ?
Le passant
Comment, vous ne reconnaissez pas Notre-Dame ?
La jeune femme : 
Pourquoi êtes-vous vêtu de cette manière ?
Le passant :
Comment ça « de cette manière » ? Je suis habillé comme tout le monde. Par contre, vous, on voit croirait sortie tout droit du Moyen Age !

 

UNE VISITE

 

Mon second souvenir est, avec une autre classe de cinquième en français, celui de la visite du quartier de Notre-Dame, sur les traces de Quasimodo et Esmeralda, avec montée de la tour. Au sommet, nous avions lu un passage du roman hugolien, étudié en classe (dans l’édition abrégée de l’école des loisirs), en parallèle avec le visionnage du film de Jean Delannoy (1956) dans lequel on admire la formidable interprétation d’Anthony Quinn. Sans oublier le repérage des traces du roman tout autour, les noms de cafés, par exemple.

Je me souviens de ce jeune élève, pas facile d’ordinaire, clamant que c’était la plus belle sortie qu’il avait faite, sortie pourtant austère en apparence, sans rien de vraiment spectaculaire… Nous notions aussi le contraste entre le quartier tel qu’il était aujourd’hui (jusqu’à la fontaine des Innocents, près de la fameuse cour des Miracles) et ce qui était décrit par Hugo (avec une exactitude historique parfois douteuse, d’ailleurs).

Je n’ai plus d’élèves aujourd’hui, mais ce serait avec le même plaisir et certainement avec une grande émotion que je referais ce type de projet dans mes cours de français, avec la restriction, hélas, que la visite de l’intérieur de la cathédrale est désormais impossible, pour de nombreuses années sans doute.

Jean-Michel Zakhartchouk
Enseignant honoraire

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Bruce Springsteen... (Et Patti Scialfa)

16 Avril 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Philo en terminale, exit Marx et Freud?...

16 Avril 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Philosophie

Philo en terminale, exit Marx et Freud?...

Les notions de «travail» et d’«inconscient» ne figurent plus dans la proposition «provisoire» de programme récemment présentée aux professeurs de philosophie. La version finale sera connue le 6 mai. Mais pourquoi vouloir faire disparaître les «maîtres du soupçon» ?

Il est question que Marx et Freud disparaissent bientôt des programmes de philosophie de classe de terminale. La chose laisse perplexe. Marx et Freud sont (avec Nietzsche) les maîtres du soupçon qui, faisant rupture avec une longue tradition philosophique, ne mettent plus la conscience au cœur de leur pensée. Qu’on adhère ou non à leur abord du monde, tous deux ont, en cela, une formidable propension à éveiller l’esprit critique des jeunes générations. Et voici qu’à l’heure des grands débats, on les congédierait sans autre forme de procès ! Quelle mouche a donc piqué les auteurs de cette réforme qui devrait être entérinée par le Conseil supérieur des programmes (CSP) dans quelques jours

Sur le projet d’effacer Freud, risquons une hypothèse. Nul ne sait quels obscurs dédales cette réforme a empruntés avant de voir le jour. Seulement l’éviction de Freud trouve une singulière résonance avec les goûts du ministre Blanquer. On sait sa tendance à appliquer à l’Education nationale les idées de Stanislas Dehaene, qui fait du cerveau l’alpha et l’oméga de l’existence humaine. Songeons qu’il n’y a peut-être pas plus opposé à ce réductionnisme que la découverte freudienne de l’inconscient. Tandis que Stanislas Dehaene réduit l’esprit au cerveau, Freud avance, au contraire, que l’esprit se voit doublé de l’inconscient. Le réductionnisme du premier écrase l’esprit sur l’organisme ; la découverte du second lui fait gagner en profondeur, l’éveille, saisissant le mot d’esprit en ce qu’il a de plus vif. Mais il y a plus. Avec l’inconscient, Freud étend l’empire de la responsabilité plus loin qu’il ne l’a jamais été, puisque la responsabilité s’étend, avec lui, à l’inconscient y compris. Au contraire, rabattant l’esprit sur le cerveau, Stanislas Dehaene et ses amis réduisent la responsabilité à portion congrue puisqu’on ne saurait être responsable de son organisme et de son fonctionnement.

S’il est vrai que tout débat épistémologique débouche inévitablement sur un débat éthique, n’est-ce pas là que se situe l’enjeu véritable de la disparition de l’inconscient des enseignements de philosophie ? On peut le penser. L’enjeu est d’autant plus crucial que se sentir responsable de ce qui nous arrive dans l’existence est la condition sine qua non de tout acte qui porte à conséquence. A l’heure du triomphe du cerveau, exit Freud !

Quid de Marx ? Risquons une autre hypothèse. Marx inspire encore l’extrême gauche, qui n’a pas renoncé à son influence. Or notre gouvernement sait avoir de redoutables opposants dans les rangs de cette gauche - la chose s’est révélée dès la dernière élection présidentielle, bien avant que les gilets jaunes ne s’illustrent. Faire sortir Marx des programmes de philosophie serait-il une façon de répondre à ceux que Marx inspire encore ? Et si tel était le calcul, croit-on vraiment étouffer la révolte (pour celle qui vient de la gauche) en la privant des moyens de penser son action ? Si telle était bien la visée de cet exit, il attesterait surtout d’une naïveté confondante. Non, la révolte ne meurt pas quand on lui retire les moyens de penser, elle devient seulement plus violente qu’elle ne l’est déjà, et plus haineuse aussi. Si l’ignorance excite la pulsion de mort (cf. Freud encore), elle ne concourt certainement pas à inhiber les penchants révolutionnaires des révoltés. On peut en outre n’être pas marxiste et considérer l’importance d’un tel philosophe !

Mais cela mis à part, faut-il vraiment ne rien savoir de Marx qui est le penseur critique du capitalisme à l’heure de son triomphe ? Faut-il ne rien savoir de Marx à l’heure de la plus grande refonte managériale de l’Education nationale, à l’heure où le ministère demande aux communes de financer désormais les écoles maternelles privées au même titre que les maternelles publiques ? Cette réforme remplirait donc les classes d’élèves pour vider les savoirs de leur contenu !

Pour ce qui concerne le seul domaine de la philosophie, qui n’est pas le seul domaine touché par cette réforme - loin s’en faut -, le nombre d’heures d’enseignement baisse, le nombre d’élèves par classe augmente (35 en terminale), et deux notions cruciales disparaissent.

Qu’on réduise à néant (ou quasi) les apports de Marx et de Freud pour la jeunesse de France n’empêchera ni l’inconscient de se manifester ni la révolte d’aspirer à la révolution. «E pur si muove», «Et pourtant elle tourne», affirmait Galilée alors qu’il venait d’abjurer.

Combattant Marx et Freud, ce n’est pas la psychanalyse ou le marxisme que Jean-Michel Blanquer atteint, c’est l’esprit des Lumières. S’il veut combattre Marx et Freud, qu’à cela ne tienne, qu’il le fasse. Il existe pour cela la voie du débat d’idées, celle de la joute intellectuelle, celle qui voit des thèses s’affronter. Mais pour emprunter la voie du débat, il faut connaître, même a minima ce qu’on combat - la classe de philosophie ne permet en réalité rien d’autre que ce minimum qui est, en fait, une nécessité absolue. Sans cela, le débat d’idées vire à la haine. Et nous en avons déjà notre dose de la haine !

Emmanuel Macron se souviendra-t-il enfin qu’un très grand nombre de ses électeurs l’a porté au pouvoir pour que la haine promise par l’extrême droite ne nous gouverne pas ? Aidera-t-il Jean-Michel Blanquer à retrouver ses esprits, afin qu’ils portent secours à son cerveau ? Car Jean-Michel Blanquer allégeant les programmes et alourdissant les conditions de travail des enseignants atteste d’abord qu’il est entré en guerre contre l’intelligence.

Anaëlle Lebovits-Quenehen membre de l’Ecole de la cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, directrice de publication de la revue «le Diable probablement»

 

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Edith Piaf... Notre-Dame de Paris...

16 Avril 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Chers amis... Rien ce jour...

16 Avril 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Chers amis,

Rien ce jour...

Je n'éprouverais aujourd'hui aucun plaisir à "nourrir" le blog comme je le fais quotidiennement.

Nous reprendrons demain... 

Quelques textes et musiques peut-être...

Et tout cela le jour de mes 61 ans...

Anecdotique et dérisoire remarque mais je me souviendrai intimement, charnellement, de cette nuit de feu comme de ces terribles 11 septembre 2001 et 13 novembre 2015. Il s'agissait alors d'attentats.

Hier il s'agissait, d'après ce que l'on sait au moment où j'écris ces mots, d'un "attentat du destin" contre un chef d'oeuvre de "pierres dentellières", d'un bûcher dans lequel disparaissait une part de notre Histoire commune.

Nous la reconstruirons...

Christophe Chartreux

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