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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Albert Camus - La Peste...

21 Mars 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le mot de « peste » venait d’être prononcé pour la première fois. A ce point du récit qui laisse Bernard Rieux derrière sa fenêtre, on permettra au narrateur de justifier l’incertitude et la surprise du docteur, puisque, avec des nuances, sa réaction fut celle de la plupart de nos concitoyens. Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. Le docteur Rieux était dépourvu, comme l’étaient nos concitoyens, et c’est ainsi qu’il faut comprendre ses hésitations. C’est ainsi qu’il faut comprendre aussi qu’il fut partagé entre l’inquiétude et la confiance. Quand une guerre éclate, les gens disent : « Ça ne durera pas, c’est trop bête. » Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. Nos concitoyens à cet égard, étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions. Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux.

Même lorsque le docteur Rieux eut reconnu devant son ami qu’une poignée de malades dispersés venaient, sans avertissement, de mourir de la peste, le danger demeurait irréel pour lui. Simplement, quand on est médecin, on s’est fait une idée de la douleur et on a un peu plus d’imagination. En regardant par la fenêtre sa ville qui n’avait pas changé, c’est à peine si le docteur sentait naître en lui ce léger écœurement devant l’avenir qu’on appelle inquiétude. Il essayait de rassembler dans son esprit ce qu’il savait de cette maladie. Des chiffres flottaient dans sa mémoire et il se disait que la trentaine de grandes pestes que l’histoire a connues avait fait près de cent millions de morts. Mais qu’est-ce que cent millions de morts ? Quand on a fait la guerre, c’est à peine si on sait déjà ce qu’est un mort. Et puisqu’un homme mort n’a de poids que si on l’a vu mort, cent millions de cadavres semés à travers l’histoire ne sont qu’une fumée dans l’imagination. Le docteur se souvenait de la peste de Constantinople qui, selon Procope, avait fait dix mille victimes en un jour. Dis mille morts font cinq fois le public d’un grand cinéma. Voilà ce qu’il faudrait faire. On rassemble les gens à la sortie de cinq cinémas, on les conduit sur une place de la ville et on les faits mourir en tas pour y voir un peu clair. Au moins, on pourrait mettre alors des visages connus sur cet entassement anonyme. Mais, naturellement, c’est impossible à réaliser, et puis qui connaît dix mille visages ? D’ailleurs, des gens comme Procope ne savaient pas compter, la chose est connue. A Canton, il y avait soixante-dix ans, quarante mille rats étaient morts de la peste avant que le fléau ne s’intéressât aux habitants. Mais, en 1871, on n’avait pas le moyen de compter les rats. On faisait son calcul approximativement, en gros, avec des chances évidentes d’erreur. Pourtant, si un rat a trente centimètres de long, quarante mille rats mis bout à bout feraient…

Mais le docteur s’impatientait. Il se laissait aller et il ne fallait pas. Quelques cas ne font pas une épidémie et il suffit de prendre des précautions. Il fallait s’en tenir à ce qu’on savait, la stupeur et la prostration, les yeux rouges, la bouche sale, les maux de tête, les bubons, la soif terrible, le délire, les taches sur le corps, l’écartèlement intérieur, et au bout de tout cela… Au bout de tout cela, une phrase revenait au docteur Rieux, une phrase qui terminait justement dans son manuel l’énumération des symptômes : « Le pouls devient filiforme et la mort survient à l’occasion d’un mouvement insignifiant. » Oui, au bout de tout cela, on était pendu à un fil et les trois quarts des gens, c’était le chiffre exact, étaient assez impatients pour faire ce mouvement imperceptible qui les précipitait.

Le docteur regardait toujours par la fenêtre. D’un côté de la vitre, le ciel frais du printemps, et de l’autre côté le mot qui résonnait encore dans la pièce : la peste. Le mot ne contenait pas seulement ce que la science voulait bien y mettre, mais une longue suite d’images extraordinaires qui ne s’accordaient pas avec cette ville jaune et grise, modérément animée à cette heure, bourdonnante plutôt que bruyante, heureuse en somme, s’il est possible qu’on puise à la fois être heureux et morne. Et une tranquillité si pacifique et si indifférente niait presque sans effort les vieilles images du fléau, Athènes empestée et désertée par les oiseaux, les villes chinoises remplies d’agonisants silencieux, les bagnards de Marseille empilant dans des trous les corps dégoulinants, la construction en Provence du grand mur qui devait arrêter le vent furieux de la peste, Jaffa et ses hideux mendiants, les lits humides et pourris collés à al terre battue de l’hôpital de Constantinople, les malades tirés avec des crochets, le carnaval des médecins masqués pendant la peste noire, les accouplements des vivants dans les cimetières de Milan, les charrettes de morts dans Londres épouvanté, et les nuits et les jours remplis, partout et toujours, du cri interminable des hommes. Non, tout cela n’était pas encore assez fort pour tuer la paix de cette journée. De l’autre côté de la vitre, le timbre d’un tramway invisible résonnait tout d’un coup et réfutait en une seconde la cruauté et la douleur. Seule la mer, au bout du damer terne des maisons, témoignait de ce qu’il y a d’inquiétant et de jamais reposé dans le monde. Et le docteur Rieux, qui regardait le golfe, pensait à ces bûchers dont parle Lucrèce et que les Athéniens frappés par la maladie élevaient devant la mer. On y portait les morts durant la nuit, mais la place manquait et les vivants se battaient à coups de torches pour y placer ceux qui leur avaient été chers, soutenant des luttes sanglantes plutôt que d’abandonner leurs cadavres. On pouvait imaginer les bûchers rougeoyants devant l’eau tranquille et sombre, les combats de torches dans la nuit crépitante d’étincelles et d’épaisses vapeurs empoisonnées montant vers le ciel attentif. On pouvait craindre…

Mais ce vertige ne tenait pas devant la raison. Il est vrai que le mot de « peste » avait été prononcé, et il est vrai qu’à la minute même le fléau secouait et jetait à terre une ou deux victimes. Mais quoi, cela pouvait s’arrêter. Ce qu’il fallait faire, c’était reconnaître clairement ce qui devait être reconnu, chasser enfin les ombres inutiles et prendre les mesures qui convenaient. Ensuite, la peste s’arrêterait parce que la peste ne s’imaginait pas ou s’imaginait faussement. Si elle s’arrêtait, et c’était le plus probable, tout irait bien. Dans le cas contraire, on saurait ce qu’elle était et s’il n’y avait pas moyen de s’en arranger d’abord pour la vaincre ensuite.

Le docteur ouvrir la fenêtre et le bruit de la ville s’enfla d’un coup. D’un atelier voisin montait le sifflement bref et répété d’une scie mécanique. Rieux se secoua. Là était la certitude, dans le travail de tous les jours. Le reste tenait à des fils et à des mouvements insignifiants, on ne pouvait s’y arrêter. L’essentiel était de bien faire son métier.

Albert Camus - La Peste

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Dans l'intimité de Marcel Proust...

21 Mars 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Littérature

L’Agenda 1906 de Marcel Proust est un document unique, entièrement inédit. C’est un carnet de travail que l’écrivain a utilisé en 1909 puis en 1913 pour y noter des vérifications à faire en vue de son roman, mais aussi un surprenant carnet intime...

Il se présente sous la forme de notes plus ou moins développées, renvoyant allusivement à divers passages de ses cahiers, carnets et placards. Il est à ce titre représentatif de la méthode de travail "rayonnante" de Proust. Il comprend aussi une véritable curiosité, peut-être d’ordre autobiographique : les notes, datées 11-14 août, d’une filature dans Paris, qui reste à élucider.

Une présentation enregistrée en mars 2015, dans le cadre du cycle "Trésors du patrimoine écrit".

Guillaume Fau, conservateur en chef au département des Manuscrits, Bibliothèque nationale de France

Nathalie Mauriac, directrice de recherche et responsable de l’équipe Proust, Institut des textes et des manuscrits modernes 

Pyra Wise, ITEM‑CNRS

Françoise Leriche, ITEM-Université de Grenoble. 

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Les intellectuels sont-ils morts ? par Christian Salmon, Pierre Rosanvallon et François Dosse...

21 Mars 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

65 intellectuels ont questionné Emmanuel Macron dans le cadre du grand débat national. Alors on s'interroge : qu'est-ce qu'un intellectuel ? A-t-il aujourd'hui disparu, comme le soutient régulièrement l'opinion publique ? Trois intellectuels donnent leurs propres éléments de réponse.

 

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Golriz Ghahraman, députée, a livré un discours particulièrement poignant au Parlement néo-zélandais... Elle est musulmane...

20 Mars 2019 , Rédigé par Brut Publié dans #Education

"Elle a fui l'Iran et la guerre. Elle a été accueillie par la Nouvelle-Zélande. 5 jours après l'attaque terroriste de Christchurch, la députée néo-zélandaise Golriz Ghahraman a livré un discours particulièrement poignant au Parlement."

La traduction est à lire ci-dessous

https://twitter.com/brutofficiel/status/1108420303695347714

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Victor Jara...

20 Mars 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Victor Jara...

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Coup de coeur... Pablo Neruda...

20 Mars 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Mienne, que ton sommeil repose en mon sommeil.
  Amour, douleur, travaux, c’est l’heure de dormir.
  Et dans la nuit tournant sur ses roues invisibles comme l’ambre endormi contre moi tu es pure.
  Nulle autre, amour, ne dormira avec mes rêves.
  Tu iras, nous irons, sur l’eau du temps, ensemble. 
  Et dans l’ombre avec moi nulle autre voyageuse que toi, lune et soleil, toujours mon immortelle. 
  Ouvertes sont tes mains et leurs poings délicats, de doux signes sans but en sont déjà tombés tes yeux se sont fermés comme deux ailes grises. 
  Que filent leur destin la nuit, le vent, le monde, moi je ne suis en toi que cette eau qui m’emporte et sans toi je ne suis plus rien de plus que ton rêve.

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"Je ne t'aime pas telle une rose de sel, topaze, œillets en flèche et propageant le feu :
  comme on aime de certaines choses obscures, c'est entre l'ombre et l'âme, en secret, que je t'aime.
  Je t'aime comme la plante qui ne fleurit, qui porte en soi, cachée, la clarté de ces fleurs, et grâce à ton amour vit obscur en mon corps le parfum rassemblé qui monta de la terre 
 Je t'aime sans savoir comment, ni quand, ni d'où, je t'aime sans détour, sans orgueil, sans problèmes: 
  je t'aime ainsi, je ne sais aimer autrement, 
 Je t'aime ainsi, sans que je sois, sans que tu sois, si près que ta main sur ma poitrine est à moi, et si près que tes yeux se ferment quand je dors."

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"Si proche que ta main sur ma poitrine est mienne,
 Si proche que tes yeux se ferment sur mes rêves."

Pablo Neruda - La centaine d'amour

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L’hypothèse d’une ouverture des stades pour PARQUER les gilets jaunes a bien été évoquée à plusieurs reprises...

20 Mars 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Histoire

L’hypothèse d’une ouverture des stades pour les gilets jaunes qui ne respecteraient pas l'interdiction de manifester a bien été évoquée à plusieurs reprises cette semaine dans «l'Info du vrai».

Question posée par JahKaya le 19/03/2019

Bonjour,

Le 19 mars, un tweet signé @MauvaisCoton, est partagé près de mille fois. On peut y lire : «Bon. Je viens d’entendre Yves Calvi regretter qu’il n’y ait pas des stades comme au Chili de Pinochet pour parquer les gilets jaunes arrêtés.»

Ces propos n’ont pas été tenus tels quels par Yves Calvi. Mais l’hypothèse d’une ouverture des stades pour parquer les gilets jaunes a bien été évoquée à plusieurs reprises, lundi et mardi, dans l’Info du vrai.

C’est le journaliste de Marianne, Laurent Valdiguié, invité de l’émission de lundi, qui met le sujet sur la table. Evoquant les interdictions de manifestations, il explique qu’une telle décision impliquerait que tous les manifestants soient interpellés… et poserait donc la question de l’endroit où les mettre. Une réflexion qui explique, selon lui, les réticences du préfet de Paris. «Michel Delpuech [préfet de Paris limogé et remplacé après les manifestations de samedi sur les Champs, ndlr] était plutôt contre l’interdiction de manifester, parce qu’il faudra réouvrir le Stade de France, ou le Parc des Princes

Pour étayer son propos, Laurent Valdiguié prend pour exemple la journée du 8 décembre. «Ce jour-là, ils ont interpellé 800 personnes. Pour interpeller 800 personnes, sur une journée à Paris, ça veut dire qu’il faut préparer tous les locaux de garde à vue de tout Paris, et toute la petite couronne.»

Yves Calvi enchaîne alors ainsi : «Vous vous rendez compte de ce que vous êtes en train de nous expliquer ? En gros, vous dites que l’on n’est pas capable de faire régner l’ordre dans un pays démocratique. Nous ne sommes pas au Chili dans les années 70, je suis désolé.»

Valdiguié : «Heureusement.»

Calvi : «Bah oui !»

Quelques minutes plus tard dans l’émission, Laurent Valdiguié remet le sujet sur la table, avec toujours le même argumentaire : «La décision d’interdire les rassemblements à Bordeaux, devant le Capitole, à Toulouse et sur les Champs-Elysées, si elle doit être appliquée, ça peut conduire – si 10 000 personnes viennent – à réouvrir le Parc des Princes, le samedi après-midi, pour parquer des contrevenants à l’interdiction de manifester.»

Le retour des stades, le lendemain

Le lendemain, dans l’émission de mardi, alors que l’historien Hervé Le Bras réagit à la proposition de Macron d’interdire certains périmètres lors des manifestations, Calvi revient sur le débat de la veille. En ces termes :

«La question, elle est simple, et elle a été évoquée par nos invités hier. Si, en effet, les périmètres sont franchis, on doit procéder à des arrestations. Et ces gens-là, à un moment, l’acte de police, et des policiers, il consiste à mettre des gens… La seule solution, c’est dans un stade, avec tout ce que sur le plan historique et imaginaire, ça provoque. Après, on pourrait dire qu’aujourd’hui, ils sont prévenus.»

Cordialement

Robin Andraca

Envie de vomir!

"Yves Calvi a-t-il regretté qu'on n'ouvre pas les stades pour parquer les gilets jaunes ?" via

Lycéen je me suis battu, avec d'autres, contre Pinochet et ses stades-mouroirs!

Vous n'êtes que des salauds!

Christophe Chartreux

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Ce que Najat Vallaud-Belkacem disait, faisait... A comparer avec la politique éducative actuelle... (Fin de l'état de grâce)

20 Mars 2019 , Rédigé par Najat Vallaud-Belkacem Publié dans #Education, #Politique, #Blanquer

Ce que Najat Vallaud-Belkacem disait, faisait... A comparer avec la politique éducative actuelle... (Fin de l'état de grâce)

Il semblerait que l'état de grâce dont bénéficiait le Ministre de l'Education Nationale ne soit plus qu'un souvenir.

Je n'ai personnellement jamais cru à cet état de grâce.

Il n'existait que chez les électeurs de droite (donc les macroniens), soutenus par quelques éditorialistes matinaux et/ou omniprésents sur les plateaux des talk-show, béats d'admiration pour le "Ministre le plus populaire du gouvernement".

CC

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C'était en octobre 2018

EXTRAITS (Le surlignage est réalisé par mes soins/CC)

Najat Vallaud-Belkacem
Paris, mai 2017.

Au moment de quitter le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, je souhaite livrer quelques réflexions issues de mon expérience qui n’ont pas d’autre ambition que de servir, dans un état d’esprit républicain, ce que je crois être l’intérêt général dans le cadre d’une alternance démocratique qui doit marquer des changements, mais aussi une certaine forme de continuité dans les politiques publiques.

Je ne souhaite rien d’autre, en effet, que la réussite des prochains gouvernements dans les réformes qu’ils entreprendront pour faire progresser l’École de la République, assurer la réussite de tous et vaincre des inégalités qui altèrent la confiance que chacun des citoyens porte en elle.

(...)

Depuis 2012, nous avons ainsi pour la première fois depuis plus de dix ans investi massivement dans l’École pour faire de l’éducation le premier budget de la Nation, avec la création de 60 000 postes, le rétablissement de la formation des enseignants, la priorité à l’école primaire et à l’acquisition des fondamentaux, la refonte des programmes de la scolarité obligatoire, la réforme du collège, la carte des langues vivantes, la refondation de l’éducation prioritaire et la mise en place d’une politique durable pour l’école rurale, la lutte contre le décrochage, la revalorisation de l’enseignement professionnel mais aussi la refonte des cursus de l’enseignement supérieur et l’augmentation sans précédent du nombre d’étudiants boursiers qui accèdent à l’enseignement supérieur.

Qui peut aujourd’hui nier que cet effort inédit par son ampleur et son caractère global était nécessaire, et qu’il doit trouver une prolongation plutôt qu’une négation ?

(...)

Parce que nous sommes entrés dans une société de la connaissance, nous devons renforcer et systématiser les liens entre la (les) recherche(s) en éducation, d’une part, et la formation – initiale et continue – des enseignants et les pratiques pédagogiques, d’autre part. C’est le sens du travail que j’ai engagé autour d’une alliance de recherche en éducation.

(...)

Depuis 2012, la formation initiale en alternance a été rétablie et plus de 60 000 futurs professeurs sont désormais en formation chaque année dans les Espe au sein des universités, au plus près des lieux où les savoirs sont interrogés. La formation continue a été relancée en commençant par les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire et la réforme du collège. 320 000 enseignants du 1er degré ont été formés aux nouveaux programmes ; 170 000 enseignants de collèges ont été formés aux nouveaux programmes, aux nouveaux dispositifs et aux usages pédagogiques du numérique à hauteur de cinq jours en moyenne en 2015-2016. Près de 200 M€ ont été consacrés, rien que sur l’année 2016, au financement de la transition numérique et 72 M€ à la formation continue des enseignants, soit 75 % de plus par rapport à 2012.

(...)

... Nous avons commencé à recréer les postes de remplaçants indispensables pour autoriser le départ en formation de nos enseignants avec 1 500 emplois de remplaçants supplémentaires dans le 1er degré et des centaines de nouveaux emplois dans le 2d degré.

Mais ce n’est pas tout : nous devons aussi être capables d’attirer les bons enseignants là où les apprentissages des élèves y sont plus difficiles. Avec la réforme de l’éducation prioritaire, nous avons doublé l’indemnité perçue par les personnels exerçant dans les Rep+ et augmenté de 50 % celle perçue en Rep. Ces personnels bénéficient d’un accès plus rapide à la hors-classe et sont éligibles à la nouvelle classe exceptionnelle. L’efficacité de ces mesures devra faire l’objet d’une évaluation constante afin d’en assurer le succès, mais aussi envisager et mettre en œuvre tous les dispositifs complémentaires qui s’imposeront.

(...)

L’École des savoirs fondamentaux réunit aujourd’hui l’école élémentaire et le collège. Or les tout premiers apprentissages démarrent dès l’école maternelle. C’est pourquoi, je suggère de revoir maintenant l’âge de la scolarité obligatoire en le faisant débuter à 3 ans, en amplifiant dans le même l’effort de scolarisation précoce, dès 2 ans, qui a été conduit dans les territoires les plus fragiles. C’est par un apprentissage progressif de la petite section de maternelle jusqu’à la classe de 3e, c’est par le lien pédagogique toujours renforcé entre l’école maternelle et l’école élémentaire, puis entre l’école élémentaire et le collège que tous les élèves de France parviendront à une véritable maîtrise du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

(...)

J’ai, en particulier, la conviction qu’il faudra poursuivre le développement du dispositif Plus de maîtres que de classes au cycle 2 et l’élargir au cycle 3 : le maître surnuméraire est un appui à la différenciation pédagogique et permet notamment que les élèves en difficulté ne soient plus extraits des classes. Alors que sa mise en œuvre fait l’objet d’un consensus large dans la communauté éducative, en favorisant l’autonomie et l’accompagnement personnalisé des élèves qui en ont le plus besoin, toute remise en cause précipitée serait un grave recul.

(...)

La réflexion sur ce que doit être l’autonomie des établissements se poursuivra, mais il ne faudra pas omettre l’enjeu d’une gouvernance plus horizontale, qui fasse davantage confiance à ses professionnels, qui leur laisse prendre plus d’initiatives. J’ai ainsi engagé la simplification des tâches administratives des directeurs d’école, l’amélioration de leurs décharges et la mise à disposition d’assistants administratifs. Ces derniers sont aujourd’hui des contrats aidés. Comme nous l’avons fait pour les assistants de vie scolaire progressivement transformés en accompagnants d’élèves en situation de handicap au statut pérenne, il m’apparaîtrait très vertueux à l’avenir de procéder à cette pérennisation pour les assistants administratifs et d’éducation.

(...)

Nous avons agi partout, y compris là ou tant d’autres avaient renoncé : dans les 1 095 réseaux d’éducation prioritaire et dans les 450 lycées les plus fragiles, les moyens et le nombre d’adultes sont renforcés. Tous les territoires fragiles sont aidés : en Seine-Saint-Denis, 1 566 postes auront été créés depuis 2012. Pour les écoles de l’académie d’Aix-Marseille, nous avons créé 1 129 postes dans le 1er degré pour 11 800 élèves de plus : 1 enseignant supplémentaire pour 10 élèves de plus. Pour les écoles de l’académie de Créteil, nous avons créé 2 713 postes dans le 1er degré pour 23 168 élèves de plus : 1 enseignant supplémentaire pour 9 élèves de plus. Pour les écoles de l’académie de Lille, nous avons créé 835 postes dans les écoles alors même que le nombre d’élèves reculait de 5 200. C’est un choix clair, concret que j’ai porté : mettre plus d’enseignants, baisser le nombre d’élèves par classe dans les territoires qui le nécessitent. C’est cela l’égalité des chances en actes.

Pour les lycées et lycées professionnels relevant de l’éducation prioritaire, ainsi que pour ceux qui scolarisent les élèves les plus défavorisés, une réforme d’ampleur sera nécessaire. Elle devra à la fois être cartographique pour actualiser la liste des établissements, financière et pédagogique, avec l’élaboration d’un référentiel permettant d’atteindre les ambitions fixées à l’éducation prioritaire. Dans cette attente, j’ai mobilisé 450 ETP pour la prochaine rentrée scolaire et pris les dispositions pour sécuriser jusqu’en 2019 les indemnités des enseignants de ces lycées et leurs droits pour mutation.

Je souhaite aussi insister sur l’importance d’amplifier encore la politique de mixité sociale au collège. Voilà une politique construite à partir des acteurs de terrain, fondée sur l’autonomie, la confiance et la responsabilité. Une politique qui fait l’objet d’une évaluation et d’un accompagnement scientifiques rigoureux. Une politique qui crée des solutions à partir d’une analyse partagée des acteurs concernés, sans chercher à imposer telle ou telle modalité. À ce jour, 47 départements sont engagés au sein de 82 territoires pilotes qui concernent 249 collèges. En dépit de tous les scepticismes, la dynamique est réelle et les réussites incontestables sur le terrain. Toutefois, il faudra maintenir l’impulsion nationale et l’implication au plus haut niveau du ministère pour la prolonger.

(...)

Au-delà de l’indispensable rétablissement de l’autorité des maîtres et de la transmission des principes laïques, renforcer la pédagogie de la laïcité nécessite d’agir sur tous les leviers pour permettre à nos élèves d’être capables de penser les savoirs dans leur contexte, dans leur environnement. C’est tout l’enjeu de l’esprit critique dans un contexte où se développent le complotisme, la radicalisation, la pensée en kit. L’enjeu des prochaines années sera d’actualiser sans cesse les contenus, les dispositifs ou actions proposés, les formations en lien avec les chercheurs pour adapter nos réponses à l’évolution rapide des nouvelles pratiques des élèves.

Il est plus que jamais besoin d’outiller nos élèves dans leur construction citoyenne. Nous avons pour cela démultiplié les partenariats avec les acteurs de la citoyenneté au sens le plus large pour bâtir de véritables alliances éducatives : associations, fédérations et grands mouvements d’éducation populaire engagés sur le terrain de la citoyenneté, de l’égalité filles-garçons et de la lutte contre les discriminations, institutions mémorielles, musées, acteurs sociaux, culturels et sportifs, professionnels des médias et de l’information, et tous ceux qui avec eux ont immédiatement proposé de nous aider dans cette mission. Nous avons créé un portail de ressources sur les valeurs de la République avec le concours de chercheurs, de penseurs, de praticiens et d’intellectuels parmi les plus reconnus pour la qualité de leurs travaux et réflexions.

(...)

La politique de lutte contre le harcèlement porte ses fruits. Les élèves se sentent bien à l’École dans leur immense majorité mais ce n’est pas encore le cas d’environ 10 % d’entre eux. Un tabou a donc été brisé dans ce domaine, mais nos efforts doivent se poursuivre, chaque jour, pour que le harcèlement cesse de détruire l’enfance et l’adolescence de certains de nos élèves. Ces violences reposent sur le rejet de l’autre, sa mise à l’écart, le refus de sa singularité. Éduquer prend ici tout son sens : dans la famille, à l’École, dans les médias pour que cessent ces violences répétées, subies. De même, il faut faire cesser les cyberviolences subies quotidiennement par de nombreuses jeunes filles et jeunes femmes mais aussi combattre les haines anti-LGBT. Une prise de conscience des élèves et de notre société est urgente : l’École a tout son rôle à jouer.

Parler de bien-être, c’est parler de la santé. Le parcours éducatif de santé relève en effet de la protection, de la prévention, mais aussi de l’éducation. Le Président de la République a engagé un plan national pour le bien-être et la santé des 11-21 ans. J’estime incontournable que les mesures expérimentées dans trois académies et par trois agences régionales de santé, puissent être menées jusqu’au bout et diffusées sur l’ensemble du territoire.

Garantir le bien-être des élèves, c’est aussi le moyen de lutter contre le décrochage. Redonner, à tous ceux qui l’ont perdu, le goût d’apprendre est essentiel. Dans ce domaine, je ne crois pas à la coercition, mais à l’accompagnement grâce à des dispositifs adaptés à la vie des jeunes d’aujourd’hui, au plus près des réalités de terrain. Pour cela, l’implication des enseignants est essentielle : un vaste programme de formation a été lancé en 2016 afin de mobiliser, autour de l’objectif de la prévention, l’ensemble des personnels intervenant dans la lutte contre le décrochage scolaire (enseignants, corps d’inspection, chefs d’établissement, responsables des réseaux « formation qualification emploi » et « référents décrochage scolaire » en établissement). Il s’agit de sensibiliser les professeurs aux signes précurseurs du décrochage (absentéisme, évolution soudaine du comportement, baisse des résultats scolaires, etc.). Cette action de prévention bénéficie aussi de la création du nouveau corps unique des psychologues de l’éducation nationale dont le rôle et les actions pour prévenir les ruptures scolaires et prendre en charge les jeunes sortis sans qualification ont été inscrits récemment dans leur circulaire de mission.

Les progrès qui ont été réalisés ces dernières années sont considérables, puisque moins de 100 000 jeunes étaient en situation de décrochage scolaire à la rentrée 2016, contre 136 000 il y a cinq ans. Et nous avons renforcé l’effort pour la prochaine rentrée, notamment pour favoriser le maintien au lycée en cas d’échec au bac, pour diminuer le nombre des décrocheurs jusqu’à 80 000.

(...)

Pour créer un lien plus étroit avec les parents, nos premiers alliés pour l’éducation et la réussite des enfants, nous avons posé les bases, au nom de la coéducation, de leur association plus étroite à la vie des écoles et établissements. Le statut du parent délégué, tant attendu, a été mis en place en 2016. Il structure la participation des parents dans les instances et la vie de l’école ou de l’établissement scolaire et facilite la reconnaissance de l’engagement des parents d’élèves délégués. La création des espaces parents permet désormais la mise en place d’un dialogue plus régulier tandis qu’avec la mallette des parents ou l’expérimentation du dernier mot laissé aux parents, j’ai voulu répondre aux demandes des parents, soucieux de transparence et de dialogue, de mieux comprendre l’École dans ses attentes, comme ses décisions.

(...)

Je veux surtout lui dire à quel point le débat public sur l’éducation est piégé, et combien il est important de lui consacrer du temps, de l’énergie, de la patience et de la pédagogie pour que nos concitoyens perçoivent le sens de l’action conduite. Pour cela, il faudra affronter au quotidien, sans se désespérer ni rien mépriser, un bruit de fond fait de polémiques permanentes, de faits divers élevés au rang de généralités qui feront foi bien davantage que tous vos faits, chiffres et arguments toujours suspects de manipulation. Il faudra se battre, ligne à ligne, contre les difficultés de l’opinion, à voir et à tenir compte de ce qui réussit et qui fonctionne, ce qui constitue malgré tout la réalité d’ensemble de l’École aujourd’hui. Il faudra ne jamais renoncer à faire face aux fake news propagées par les réseaux sociaux en continu, aux procès d’intention, à la mauvaise foi caractérisée dans l’interprétation des études et enquêtes dont personne ne veut jamais comprendre qu’elles n’évaluent pas la mesure décidée en début de semaine, mais la réforme d’il y a dix ans. Tout cela ne devra pas venir à bout de vos nerfs et de votre capacité profonde à faire confiance à l’ensemble des acteurs de la communauté éducative, en dialoguant et en travaillant toujours avec elle, quelles que soient les circonstances, le contexte politique ou syndical. Affrontez tous les jours cette mer démontée du débat sur l’éducation en même temps que vous agissez car sinon, vous n’aurez plus qu’une seule chose à faire: rien. C’est arrivé à d’autres par le passé. Croyez-moi, persévérer dans l’action fera de vous un ministre de l’Éducation nationale heureux. Je vous souhaite courage, et réussite dans ce que vous entreprendrez.

Najat Vallaud-Belkacem,
Mai 2017

Commentaire

Outre l'honnêteté politique et intellectuelle remarquable contenue dans ce texte, il était essentiel de rappeler ce qui a été fait.

Najat Vallaud-Belkacem et avec elle, Vincent Peillon puis Benoit Hamon, ont porté un projet POUR l'Ecole.

Le discours politique actuel consiste trop souvent (toujours?) à laisser penser que rien n'a été réalisé avant l'élection d'Emmanuel Macron. C'est un déni du passé récent. C'est un mensonge.

L'actualité récente a entraîné, dans la précipitation, l'annonce de  mesures qui ne correspondent en aucun cas aux besoins des élèves, des enseignants, des personnels de direction, des parents. Il s'agit seulement de gesticulations politiques à destination de parents-électeurs. 

Le quinquennat précédent n'a sans doute pas TOUT réussi. Nul ne s'est jamais prévalu de la perfection. Mais chaque ministre de l'Education Nationale, entre 2012 et 2017, Najat Vallaud-Belkacem plus longtemps que ses deux collègues locataires de la Rue de Grenelle, a œuvré dans le souci de l'EDUCATION avant toute autre considération. 

Très loin heureusement des mesures strictement comptables déjà appliquées pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, mesures qui ont toutes démontré leur inefficacité.

Christophe Chartreux

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Faut-il parler du clitoris à l'école?... (Vidéo)

20 Mars 2019 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

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Université - Contre une scandaleuse antiphrase: «Bienvenue en France»...

20 Mars 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Université - Contre une scandaleuse antiphrase: «Bienvenue en France»...

L’augmentation spectaculaire des frais d’inscription dans les universités françaises imposés aux étrangers d’origine non-européenne va porter un coup fatal à la francophonie.

Tribune. Il y a beau temps que le mot «francophonie» ne désigne plus la défense frileuse ou agressive (c’est tout un) de la langue française. Mais une réalité : plus d’une langue – puisque partout où il est parlé, le français coexiste toujours avec une ou plusieurs autres langues. Et un projet : la valorisation de la pluralité, puisqu’à partir du commun dénominateur de la langue française, la diversité est l’objet même de son organisation institutionnelle.

C’est à cette francophonie-là que les mesures prises par antiphrase sous le nom de «Bienvenue en France» pour l’accueil des étudiants étrangers va porter un coup fatal, dans la mesure où l’augmentation spectaculaire des frais d’inscription dans les universités françaises imposée désormais aux étrangers d’origine non européenne risque de réduire drastiquement le nombre d’étudiants en provenance du Maghreb, d’Afrique francophone ou d’Haïti, incapables d’assumer des droits multipliés par seize.

L’effet d’éviction est déjà spectaculaire : dans certaines universités, les demandes d’admission en première année de licence pour la rentrée prochaine diminuent de moitié par rapport à l’an dernier. Et ne croyons pas que les doctorants, heureusement exonérés de ces augmentations, n’en seront pas affectés à terme, puisque la plupart d’entre eux ont déjà suivi un cursus de licence ou de master dans la même université – où ils ne viendront plus.

Ce n’est pas le doublement des bourses qui permettra à l’avenir d’accompagner la totalité de ceux qui souhaitent étudier en France, et plus généralement les étudiants francophones issus d’autres continents. Or c’est cette population qui est majoritairement accueillie en France pour ses études supérieures, puisqu’elle maîtrise suffisamment le français pour considérer cette langue comme le vecteur naturel de la transmission des savoirs. Gageons que l’introduction – qui ne peut être que partielle – d’enseignements en anglais en France ne modifiera pas en profondeur cette situation.

En proposant pour l’accueil des étudiants étrangers un système hybride de «droits différenciés», «Bienvenue en France» réussit ce tour de force : faire de l’université française une université payante pour les ressortissants de pays «pauvres», puisqu’à l’exception de ceux qui bénéficieront sur critères sociaux de bourses d’excellence, les étudiants issus du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou d’Haïti devront payer des droits d’inscription seize fois plus élevés que les autres.

Et gratuite (ou quasi gratuite) pour les ressortissants de pays «riches» – c’est-à-dire pour les Français, les Européens (auxquels il faut ajouter les Suisses et les Québécois en raison d’accords bilatéraux) – gratuite pour les ressortissants de pays riches, si l’on excepte les étudiants qui, émanant de pays tiers (la Chine, l’Inde…), seront, eux, appelés à assumer les «nouveaux frais différenciés».

C’est à ces derniers que les promoteurs de ce dispositif espèrent faire porter la charge de contribuer à résorber le sous-financement endémique de notre système universitaire, au prix d’un reniement des principes qui le caractérisaient jusqu’ici : un accueil universaliste, témoignant d’une nécessaire solidarité avec les pays qui ont la langue française en partage.

Quant à laisser les universités françaises libres de décider d’éventuelles exonérations, cela ne fera qu’ajouter à l’inégalité de traitement des étudiants une inégalité territoriale entre établissements, si – comme tout le laisse penser – l’incitation à accroître les ressources propres des établissements est le signal, au mieux d’une stagnation, et au pire d’un désengagement à venir dans le financement par l’Etat du service public de l’enseignement supérieur.

Mais au nom de quelle politique pourrions-nous accepter qu’un étudiant marocain, sénégalais ou haïtien doive payer en France des droits d’inscription seize fois plus élevés qu’un étudiant belge, suisse ou québécois ? Comment imaginer qu’ils puissent coexister, sans un sentiment profond d’injustice, dans les amphithéâtres d’un pays qui a fait de l’égalité des droits le maître-mot de son organisation sociale ?

Si la France occupe pour l’accueil des étudiants étrangers la quatrième position à l’échelle mondiale et la première hors pays anglophones, c’est aussi parce qu’elle ne s’inscrit pas dans le système libéral anglo-saxon et qu’elle apparaît comme un contre-modèle, abordable et de qualité, comme le montre parfaitement le baromètre de Campus France sur l’image et l’attractivité de la France.

Nous ne croyons pas un seul instant que la valeur d’un cursus se mesure au prix auquel il est proposé, tout en trouvant légitime de prendre en compte son coût pour la collectivité. Il est de notoriété publique que le financement du système français est insuffisant : la France dépense 14 000 euros par étudiant en moyenne, alors que la Suède lui en consacre 21 000.

C’est l’argent du contribuable français, certes, et c’est à lui, a priori, que doit profiter en priorité cet argent, mais l’argument par l’impôt a ses limites : au nom de quoi faudrait-il réserver prioritairement son affectation – en dehors des Français (bien sûr, qui y ont naturellement droit) – aux Européens et aux francophones du Nord, qui ne paient pas plus que ceux du Sud l’impôt national en France ?

Monsieur le président de la République, le message de sélection par l’argent fera, pour l’image de la France dans l’espace francophone, des dégâts plus considérables encore que le message porté naguère par la promotion de l’anglais dans l’enseignement supérieur. La scandaleuse antiphrase de «Bienvenue en France» ne peut pas devenir le mot d’ordre des universités. Renoncez à un dispositif illisible, inéquitable dans son principe et discriminant dans ses modalités d’application. Mais si vous tenez vraiment à faire payer les étudiants «riches» du Koweït, de Chine ou de Singapour, sauvez du moins ce qui peut – et doit – l’être : exemptez les ressortissants des pays francophones des augmentations prévues !

Yanick Lahens Ecrivaine , Ali Benmakhlouf professeur de philosophie à l'université de Paris-Est Créteil , Xavier North ancien délégué général à la langue française et aux langues de France.

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