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Vivement l'Ecole!

Nova... Antonio Carlos Jobim...

26 Mars 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Honoré de Balzac...

26 Mars 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Eh ! bien, si,pour une femme, le bonheur est d'être aimée, adorée, d'avoir un ami à qui elle puisse confier ses désirs, ses fantaisies, ses chagrins, ses joies ; se montrer dans la nudité de son âme, avec ses jolis défauts et ses belles qualités, sans craindre d'être trahie ; croyez-moi, ce cœur dévoué, toujours ardent, ne peut se rencontrer que chez un homme jeune, plein d'illusions, qui peut mourir sur un seul de vos signes, qui ne sait rien du monde et n'en veut rien savoir, parce que vous devenez le monde pour lui.

Honoré de Balzac - Le Père Goriot

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Quand des parents votent pour un retour aux 4 jours et demi à l'école...

26 Mars 2019 , Rédigé par Le Télégramme de Brest Publié dans #Education

Quand des parents votent pour un retour aux 4 jours et demi à l'école...

EXTRAIT

La semaine dernière, les parents d’élèves avaient appelé à une vaste consultation pour déterminer quel rythme leur convenait le mieux. Dans le brouhaha de la semaine passée, les retours se sont faits paisiblement jusqu’au dépouillement du jour, et qui montre une nette majorité pour la semaine à cinq matinées.

Et si c’était ça la démocratie ? La semaine dernière, loin de la foule déchaînée, une poignée de parents a imaginé un questionnaire à remettre à chaque famille pour tenter de prendre une sorte de photographie des volontés du moment. À l’époque, la mairie avait encore la volonté de fixer les TAP sur la pause méridienne, ce qui ne semblait pas convenir. « Nous avons alors entrepris ce sondage qui n’a rien de réglementaire, bien sûr », sourit Aline Saraiva, mère d’élève à l’école Langevin. Deux voies de réponses étaient alors prévues : soit en ligne, soit sur papier.

(...)

Steven Le Roy

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A Lire... "Sortie de rails"... Cette autre hyper violence dont personne ne parle...

26 Mars 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Société

A Lire... "Sortie de rails"... Cette autre hyper violence dont personne ne parle...

EXTRAIT

Ambitieux mais surmené par un système défaillant, cet ouvrier qui bossait pour la SNCF et la RATP a passé onze ans à trimer dans le noir et la crasse. Après avoir craqué, il publie un livre où il raconte la violence de son quotidien précaire, souvent frôlé par la mort.

Un matin, une fille à moitié nue, avec laquelle Léon, en peignoir, avait passé un moment câlin, lui a balancé «T’es un bobo», ou quelque chose du genre. Appartement dans le XVIIIe arrondissement de Paris, technicien dans une grosse boîte, fiche de paie qui le calait pile aux portes de la petite bourgeoisie et, de surcroît, musicien sur son temps libre. Et puis Léon, belle gueule, baroudait souvent le jour dans les rues de la capitale. «C’est très drôle : pour les gens, c’est synonyme de glandeur ou de rentier…»

Au vrai, bobo charbonneur, Léon travaillait la nuit, sur les voies ferrées et les lignes de métro, entre les odeurs à désespérer les narines et les moments de risque sans filet, où des ouvriers laissent parfois des doigts ou plus. Beaucoup plus. Le grand bonhomme entretenait, câblait, et quand il prit du galon, déléguait à des intérimaires qui se démerdaient comme lui quand il était précaire : pas vraiment préparés, trop peu encadrés, dans le jus profond. Quand Léon se mouchait, c’était parfois tout noir, et le turbin avait esquinté ses doigts de pieds. Sang sous les ongles fissurés : le ballast qu’il arpentait avec ses chaussures de sécurité ne pardonnait rien en hiver. Ce qu’il en dit : «Le travail tue… On le sait, mais on n’a pas le choix. Tu travailles, tu gravis les échelons pour avoir une vie. La maison, la voiture, les voyages… et puis tu te rends compte que ce n’est pas ce qui t’apporte forcément une meilleure existence.»

«Douleur inconsciente»

Né en 1974, Léon Cornec (un pseudonyme) raconte dans Sortie de rails, publié début mars chez Robert Laffont, ses onze années passées dans une entreprise de sous-traitance, chargée par la SNCF et la RATP de veiller au bon fonctionnement des trains, métros et tramways. L’auteur ramène sa carrière à des histoires de rafistolage dans le noir : avec ses gars, ils bossaient avec des plans et du matériel qui ne correspondaient pas toujours au lieu à retaper. On l’a croisé dans une petite salle de réunion, chez son éditeur, où l’on précise que le récit est même un poil en deçà de la réalité. Quand ses mains ont tremblé, il a posé la gauche sur la droite. Et l’inverse. A l’origine, il voulait être rockeur, ou peintre. Cul-de-sac artistique. Pour remplir la gamelle, il s’est retrouvé à éviter les trains qui passent à ça de lui, à écouter les voyageurs au petit matin le maudire pour les retards, à regarder des camps de Roms voisins des voies et bourlinguer à droite à gauche en France. Jusqu’au burn-out. «C’était une douleur inconsciente, je crois. Quoique je m’étais mis à peindre, un peu avant de tout lâcher, des voies ferrées, des tunnels…»

En 2006, une agence d’intérim le dirige vers un géant de la sous-traitance ferroviaire, qu’il baptise «Htransport» dans le bouquin, où tous les prénoms et noms ont été changés. Ses chefs l’ont très vite à la bonne, il présente mieux que d’autres, même quand il se foire. Léon, idéaliste de prime abord, devint machine, tête brûlée, ça lui permettait d’être bien vu là-haut : «J’avais de l’ambition. Sinon, c’est long et on ne fait plus attention à toi, on peut tomber dans l’oubli.» Il commence par s’occuper de circuits électriques, tâche qu’il maîtrise à peine et qu’il apprend sur le tas autour de bonshommes rouillés bien comme il faut. «J’ai toujours pris plus de temps que les autres quand je travaillais. J’aimais bien le côté esthétique : un câblage joli, c’est la preuve que le type a réfléchi.» Ses débuts ont des allures de bizutage dégueulasse.

Entre autres anomalies, l’employé chargé de surveiller les trains qui arrivent et de prévenir les collègues occupés sur les voies est complètement bourré. Ce qu’il en pense : «Je crois qu’il faut forcément quelque chose pour tenir, des cachets, de l’alcool… Surtout quand tu es en déplacement. Quand tu n’as qu’une télévision, que tu es sans ta famille, que tu ne vois pas grandir tes enfants, dans le froid, il faut être costaud pour ne boire que de l’eau pétillante.» Il ajoute : «J’aurais pu parler de la coke.» Léon a sincèrement essayé, mais il est allergique. A Dijon, alors qu’il n’est pas encore installé, il manque de casser la gueule à Franck, supérieur qui braille et faux-cul impressionnant. Trop de cris, trop de remontrances. «J’ai pourtant tout fait pour être son ami.» Un jour, Franck demande à Léon d’aller lui chercher de l’essence alors qu’ils sont coincés en pleine cambrousse. Il roule à toute berzingue et revient fier comme Artaban avec le bidon. Franck lui propose alors un café. A l’échelle d’un gros saligaud comme lui, ce geste-là équivaut à une déclaration d’amour gravée sur un arbre.

(...)

Ramsès Kefi

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Présentation de l'éditeur

« Je retiens mon casque. Un train passe dans l'autre sens, défile à un mètre de nous comme un cheval fou. Je tremble. Les cailloux sautent et me frôlent. Je perds l'équilibre, pose un genou à terre. Le train s'éloigne. Nous avons eu de la chance. Je masque ma frayeur aux autres. Eux aussi, je pense. “Un train peut en cacher un autre !” s'écrie mon annonceur en rigolant. »

Embauché comme simple intérimaire par une grande entreprise ferroviaire, le jeune narrateur de ce roman va en gravir peu à peu les échelons. D'abord enthousiaste, motivé, il est vite confronté à une série d'invraisemblables défaillances : accidents graves, matériel vétuste, sous-qualification, alcoolisme, vols… Il n'en croit pas ses yeux. Au fil de ses déplacements, il découvre aussi une France plongée dans la misère. Des lieux désaffectés, lunaires, où zonent des populations oubliées, déglinguées. Avec un réalisme saisissant, Sortie de rails raconte le parcours halluciné d'un cheminot d'aujourd'hui.

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S’entraider c’est apprendre...

26 Mars 2019 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education

S’entraider c’est apprendre...

EXTRAIT

Pour enseigner en collectif et apprendre en mode coopératif, cinq professeures du collège Saint-Exupéry à Ambérieu-en-Bugey dans l’Ain, sont allées voir du côté des accorderies et de l’économie sociale et solidaire. Elles nous racontent un projet dont l’entraide est la clé de voûte.

Elles sont cinq à mener ce projet, âgées de 35 à 55 ans, enseignant dans des matières différentes. Véronique Bonjour enseigne depuis trente-quatre ans le français. Elle aime mener des projets artistiques et culturels car, dit-elle, « la notion de projet me tient à cœur ». Isabelle Balandrat est professeure de sciences-physiques, « très engagée dans le développement durable, une véritable militante », qui met en œuvre un club développement durable hors temps de cours, invite un réalisateur et des enfants du Ladakh (Inde) pour rencontrer ses élèves de 6e et 5e. Jeanne Archambault de Beaune enseigne l’anglais en veillant à distiller de l’innovation dans les pratiques. Katia Lepelletier, enseignante en mathématiques, est arrivée il y a deux ans au collège, amenant avec elle une approche par compétences et des usages développés du numérique. Sandra Piac complète le quintet. Professeure de technologie, elle possède l’expérience d’initiatives avec des entreprises.
 
Le projet est né de coïncidences. Les trois premières protagonistes s’inscrivent à une formation dont le thème leur semble lié au développement durable. Il s’agit en fait d’un stage sur l’économie sociale et solidaire. Les propos tenus font écho à une visite avec des élèves à l’accorderie d’Ambérieu-en-Bugey qui organise des trocs de compétences. Les collégiens s’étaient montrés très intéressés, déçus de ne pouvoir participer à l’initiative du fait qu’ils étaient mineurs. Les enseignantes décident d’explorer ce système d’échange de temps dans un cadre coopératif. Elles songent à « une entraide entre élèves pour progresser » dans leur collège, où beaucoup d’enfants issus de milieux défavorisés ont besoin de soutien scolaire.

Lorsqu’elles présentent leur projet initial devant le comité de pilotage de l’ESPER (l’Économie sociale partenaire de l’école de la République), il est jugé plus lié à la coopération qu’à l’économie. Alors, elles reprennent leur copie, pensent à une entreprise de fabrication de carnets à partir du papier récupéré dans l’établissement et recyclé. Les carnets pourraient être confectionnés pendant les cours de technologie. L’idée s’inspire à la fois d’une expérience antérieure du club développement durable et d’une entreprise sociale et solidaire créé au Lycée Quinet de Bourg-en-Bresse. Un élève bénéficiant de l’entraide scolaire pourra donner à son tour du temps soit pour aider un autre collégien, soit pour participer à l’entreprise.

« En tant que professeure principale de 3e, j’ai vu là à la fois un "parcours citoyen" et un "parcours avenir" en mêlant l’idée d’entraide et le fonctionnement d’une entreprise. On souhaitait travailler dans la préparation de l’après 3e en offrant à chacun une place dans ce projet collectif, pour la réussite de tous, celles des élèves "performants" qui pourront développer leurs talents d’explicitation, et ceux plus en difficultés qui reprendront confiance en osant exprimer leurs difficultés et en les surmontant.  » explique Véronique Bonjour.

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Monique Royer

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Tom Waits...

25 Mars 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Liu Xiaobo... Ecrivain dissident chinois... Prix Nobel...

25 Mars 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"Aujourd’hui l’indignité de la Chine, c’est précisément la belle union de la laideur de la terreur totalitaire, de l’horreur de la lâcheté humaine et de la hideur de la cupidité, c’est un summum de médiocrité jamais atteint auparavant et qui ne sera jamais dépassé."

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Le système démocratique produit par le processus de modernisation – la règle de la majorité – est un jeu de sécularisation centré sur les échanges d’intérêts, et même sur la généralisation de la médiocrité. Mais, premièrement, les échanges d’intérêts doivent suivre des règles claires, des règles d’échange justes, garanties par la loi à l’extérieur et par la conscience à l’intérieur. Or, en Chine, l’intérêt a remplacé la loi et la conscience pour devenir le seul pilier du système de gouvernement par les hommes, du règne de l’impudeur et du manque de respect pour les lois. Deuxièmement, la valeur fondamentale qui soutient le système démocratique – la liberté – est une qualité noble innée qui transcende la mesquinerie. Sans un système de valeurs qui accorde la priorité à la liberté, la démocratie non seulement peut aboutir à élire des tyrans comme Hitler, ou à la dictature d’un homme ou d’un parti au nom du peuple, mais elle peut aussi aboutir à l’absorption des qualités de noblesse, de dignité et de beauté par la médiocrité de la majorité anonyme.

Selon les normes de la démocratie, la majorité jouit d’une légitimité naturelle et, quand elle se mobilise, elle est capable de se sacrifier pour n’importe quel idéal, même un idéal utopique, de se faire l’instrument d’un arriviste et de se transformer sans hésiter en bourreau qui fait couler des fleuves de sang. La Chine n’a jamais manqué de tradition de « grande démocratie » caractérisée par la rébellion des masses, mais elle n’a jamais eu de tradition démocratique accordant la priorité à la liberté ; il est difficile de penser à la liberté quand on n’a pas de quoi manger à sa faim.

Face à la médiocrité représentée par la primauté de l’intérêt, la noblesse de la primauté de la liberté ne peut venir que d’une minorité d’élites ; seule la liberté peut garantir que cette minorité dotée de qualités de noblesse ne sera pas engloutie par les intérêts mesquins et la médiocrité. Depuis la disparition des aristocrates des temps anciens, la qualité d’une société moderne se juge à la capacité d’une minorité de contrebalancer la majorité dans un système qui accorde la primauté à la liberté. Cette minorité d’élites se préoccupe du sort des faibles et critique le pouvoir politique, elle sait aussi résister aux goûts des masses, c’est-à-dire qu’elle conserve son autonomie et son esprit critique vis-à-vis à la fois du pouvoir et des masses, supervise le gouvernement par la critique et guide les masses. C’est cet élément essentiel qui garantit l’élévation continue des qualités d’une société.

Plus d’un étranger m’a souvent demandé : « Comment se fait-il que, du jour au lendemain, on ne parle plus d’un événement aussi grave que le 4 Juin, auquel tant de gens ont participé, où tant de gens ont trouvé la mort ? Les massacreurs peuvent-ils donc vraiment tuer le sens de la justice ? Qu’est-ce que c’est donc que cette Chine ? »

Deng Xiaoping a acheté la mémoire des masses avec ses promesses d’« aisance relative », et non seulement d’innombrables tragédies historiques ont été oubliées, mais même les cas récents les plus atroces ont été affadis au point de disparaître presque complètement. Dans cette atmosphère d’abrutissement et d’amnésie de toute la nation, les élites ont créé une « philosophie du porc » pour collaborer avec l’idéologie dominante. Celle-ci s’adapte fort bien au discours hégémonique qui place « l’édification de l’économie au centre » : elle met toute sa sagesse au service de la « philosophie de l’aisance relative » pour prouver que le seul moyen de développer l’économie consiste à maintenir la stabilité, et démontre la rationalité des échappatoires du type du « droit à l’absence d’histoire ». En un mot, elle explique comment faire pour que les porcs s’endorment quand ils sont rassasiés, et mangent quand ils se réveillent ; elle les maintient au mieux au stade des besoins primaires, alimentaires et sexuels, sans leur laisser le droit à de plus grandes ambitions. Étant donné le système actuel en Chine, toute décision sur la réforme est une décision politique, et tout discours sur les sciences humaines doit faire écho à la contrainte que fait peser le caractère tyrannique du système sur le champ. Comment obtenir que la réforme économique ne subisse pas la pollution de la politique ?

En économie, la théorie étatiste du « centre fort », l’économie centriste de la « faction des conseillers du prince » et de la « faction de l’état-major » est une composante de la cynique « philosophie du porc ». Même parmi la toute petite minorité d’intellectuels qui continuent de prôner le libéralisme, certains affirment à grands cris que l’héritage libéral doit beaucoup au conservatisme anglo-américain, que la « liberté négative » est le seul libéralisme orthodoxe, et sous-entendent que le 4 Juin1 est un exemple récent de radicalisme politique et de mise en œuvre de la « liberté positive ». Dans « le développement du cynisme », Hu Ping2 a magistralement analysé les « libertés négatives » aux couleurs de la Chine, je reprendrai ici l’essentiel de ses idées.

La traduction chinoise des termes d’Isaiah Berlin pour différencier les deux libertés pose elle-même problème. Dans l’original, les termes sont « negative liberty » et « positive liberty » que l’on pourrait traduire par liberté dont la caractéristique est de refuser, et la liberté dont la caractéristique est d’affirmer, mais on peut aussi utiliser les termes « xiaoji ziyou » et « jiji ziyou » ; on a tenu à utiliser cette dernière traduction. Mais si on le retraduit en anglais, cela devient « passive liberty » (liberté passive) et « active liberty » (liberté active). Cette traduction, qui choisit plutôt « liberté passive » que « liberté négative », est très révélatrice. Car en chinois, le terme xiaoji fait immédiatement penser au terme « passif », à « éviter ». Aussi, si on prend au pied de la lettre, en utilisant pour désigner la liberté négative le terme qui signifie « éviter la réalité », on fait un peu la même chose que Mao lorsqu’il définissait le libéralisme dans son article intitulé Contre le libéralisme : « On se désintéresse complètement de tout ce qui ne vous concerne pas ; même si l’on sait très bien ce qui ne va pas, on en parle le moins possible ; en homme sage, on se met à l’abri et on a pour seul souci de n’être pas pris soi-même en défaut3. » Sous la plume de nos libéraux, le libéralisme occidental devient extrêmement cynique, c’est cela le « libéralisme aux couleurs de la Chine ».

Puisque, pour le libéralisme orthodoxe, le meilleur gouvernement est celui qui s’occupe du moins de choses, la politique dont les masses populaires s’occupent le moins est la meilleure politique ; puisque la liberté négative c’est « la liberté de ne pas intervenir dans les affaires d’autrui ou de ne pas forcer autrui à faire quelque chose » et ce n’est pas « la liberté… de faire quelque chose de sa propre initiative », nous n’avons pas besoin de nous battre pour obtenir quelque chose. Ainsi, la philosophie du retrait du monde de Laozi et Zhuangzi est gratifiée par les prétendus intellectuels libéraux du nom de libéralisme, ce qui est de la philosophie du porc à 100% – ceux qui ont été chassés vers la porcherie ou qui s’y sont enfuis attendent qu’on vienne les nourrir, voilà tout.

Or, l’histoire montre que partout où règne la liberté, que ce soit la « liberté négative » ou la « liberté positive », elle ne serait jamais advenue si quelqu’un n’avait pas pris l’initiative de se battre, d’agir pour l’obtenir. Même la liberté à l’anglaise, dont ces intellectuels parlent avec délectation, n’a été possible que parce qu’il y a eu la « glorieuse révolution ».

Et les intellectuels libéraux ? Leur mode d’action correspond à la mise en œuvre dans la pratique du prétexte de la « liberté négative ». Leur mode de vie respecte les règles, il n’a rien de libéral, certains d’entre eux sont même obsédés par leurs intérêts, ils ne font pas preuve du minimum de sincérité et de sens moral et ne risquent pas de provoquer leurs supérieurs.

Aussi, les milieux intellectuels libéraux soumis à des pressions répétées du gouvernement ne sauraient-ils ouvertement défier le pouvoir pour défendre leur droit à la liberté d’expression, et encore moins créer des groupes de pression de la société civile organisés ou para-organisés ; ils ne sauraient non plus lancer des appels collectifs en faveur des jeunes paysans auxquels on a coupé la langue, afin de défendre l’équité sociale. Leur libéralisme est cantonné dans leur bureau, chacun pour soi, et ils mènent une résistance par l’écrit, sur les bandes4, en ordre dispersé ; il n’y a aucune chance, quitte à perdre la face, que, par leurs actions, ils brisent ouvertement le mur de verre que les deux parties connaissent bien. Pour parler franchement, dans leur jeu avec le système existant qui dure depuis longtemps, ils ont, en leur for intérieur, établi une ligne rouge, qu’ils savent ne pas devoir franchir s’ils veulent que leur sécurité physique et leurs intérêts matériels soient garantis. Pourvu qu’il n’y ait pas d’appel public à l’action ni de résistance collective, le pouvoir ne réagira pas. Cette ligne rouge observée par les élites intellectuelles libérales est une autolimitation provoquée par l’intériorisation de la terreur externe, et équivaut à un engagement tacite envers le pouvoir.

La philosophie du porc, caractérisée par la polarisation sur l’économie et la primauté de l’intérêt, a entamé, sous prétexte d’introspection, une critique du radicalisme et l’élimination de l’idéalisme.

Le problème ne vient pas de l’importance de l’économie et de la richesse matérielle dans le monde réel, parce que la modernisation comporte en elle-même de fortes tendances à la sécularisation – ce que Max Weber a qualifié de « désenchantement » de la modernité. Il est tout à fait normal et rationnel, conforme au besoin naturel des personnes ordinaires et aux dispositions de la nature humaine elle-même, qu’après avoir vécu la période de Mao Zedong caractérisée par une extrême pénurie matérielle, digne de l’ascétisme des moines bouddhistes, et « une révolution violente allant jusqu’au fond de l’âme », les Chinois se tournent vers une vie fondée sur l’intérêt économique et la jouissance matérielle. Il n’y a pas si longtemps, on nous a privés par la force du droit de poursuivre le bonheur séculier ; or nul n’a le droit de dépouiller les gens ordinaires de ce droit. Toutefois, l’apparition dans les élites chinoises de l’hédonisme, qui accorde la primauté à l’économie, n’est pas le produit naturel de difficultés d’existence, mais la conséquence de leur soumission à la terreur institutionnalisée.

Aujourd’hui l’indignité de la Chine, c’est précisément la belle union de la laideur de la terreur totalitaire, de l’horreur de la lâcheté humaine et de la hideur de la cupidité, c’est un summum de médiocrité jamais atteint auparavant et qui ne sera jamais dépassé. Bien sûr, je ne veux pas dire qu’il n’y a absolument aucun libéral qui ose briser ce mur de verre, mais qu’une personne comme le vieux Li Shenzhi5 représente un cas isolé, et que les élites libérales dans leur ensemble n’osent pas s’inspirer de son exemple. Je ne veux pas non plus dire que ces dernières années les intellectuels libres n’ont rien accompli, mais simplement souligner la situation concrète dans laquelle ils se trouvent. Ces dernières années, ils ont remporté des succès indéniables en ce qui concerne l’écriture de l’histoire, la mise en évidence des problèmes actuels et la propagation des idées libérales.

Si tragique que soit l’échec du 4 Juin, il a tout de même révélé la bonté, le sens de la justice et l’esprit de sacrifice des gens ordinaires ; car, enfin, la fin d’une jeune vie de dix-sept ans a éveillé la conscience profondément endormie de deux intellectuels ayant grandi sous l’enseignement du PCC, et les a conduits à rassembler un groupe de victimes6 ; elle a au fond permis aux gens de comprendre la nature du pouvoir despotique et de ne plus croire à la légitimité morale du PCC ni à sa propagande idéologique ; elle a tout de même abouti à la création d’un mouvement d’opposition de la société, public et durable ; elle a, pour la première fois depuis que le PC est au pouvoir, suscité l’apparition d’un vieux communiste7 qui, de son plein gré et pour des raisons morales, a abandonné sa position de secrétaire général, le pouvoir et les privilèges qui lui sont associés, et a conduit un grand nombre de membres des élites au sein du système sur la voie de la révolte. Tout cela deviendra une mémoire éternelle de la ferveur de la lutte pour la liberté et la dignité ; ou, en d’autres termes, jusqu’à ce jour et à l’avenir, elle représentera le plus précieux encouragement moral de notre vie, car elle a enfin fourni à notre nation lâche et médiocre une occasion de se comporter avec courage, dignité et noblesse.

On ne peut se résoudre à une vie de porc, l’homme a besoin de liberté

Sous la dictature du parti unique où le pouvoir fort peut toujours priver les citoyens de leurs droits fondamentaux, pour établir un système libre où chacun a le droit d’être égoïste et de poursuivre le bonheur séculier, il faut s’appuyer sur la noblesse et l’altruisme et sur le sens de la justice de l’humanité. Pour gagner la liberté négative qui permet d’éviter les interventions et la contrainte de la part d’autrui, il faut avoir un esprit libre consistant à prendre l’initiative et à se battre pour arriver à ses fins. Nous avons besoin de pain mais, en tant qu’êtres humains, nous avons encore plus besoin de liberté. Ces hommes qui ne se résignent pas à la vie de porc, ces passionnés qui veulent encore rassembler les ressources morales de la Chine avec leur sens moral et leur courage, doivent être dotés d’une noblesse innée, et conserver l’espoir face à une situation presque désespérante de ruine de la morale.

Dongxiang, septembre 2000.

Liu Xiaobo - La philosophie du porc

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Mon idée pour la France : doter notre pays d’une « constitution éducative »

25 Mars 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Mon idée pour la France : doter notre pays d’une « constitution éducative »

Dans les revendications des « gilets jaunes » comme dans les réponses du gouvernement, elle est la grande absente. L’éducation est à peine évoquée par le président de la République dans sa lettre ouvrant le « grand débat »… Cette absence révèle le sens profond de la crise que nous traversons : ayant perdu le souci de la transmission et le goût de l’avenir, nous nous enfermons dans un présent sans racines ni horizons. Ce faisant, nous délaissons nos responsabilités à l’égard des jeunes générations.

Pourtant, l’éducation est la meilleure façon de réconcilier ceux qui s’angoissent pour la fin du mois et ceux qui s’inquiètent de la fin du monde. A ceux qui se sentent délaissés par les bouleversements du siècle, elle peut ouvrir de nouvelles perspectives. Pour eux et leurs enfants. A un pays essoufflé, qui doute de lui-même dans la mondialisation, elle peut offrir un nouveau dessein, plus enthousiasmant que la course à la croissance matérielle. Il est illusoire de croire qu’un taux de croissance ou de prélèvements obligatoires suffira à redonner son élan à notre pays. Surtout lorsqu’on intègre les limites environnementales qui nous obligent à inventer un nouveau modèle.

Engager un effort massif et collectif en faveur de l’éducation est la seule réponse pour sortir par le haut de cette crise. Il ne s’agit pas de faire de l’éducation une « priorité », mais le cœur d’un nouveau projet pour la France. Et si, plutôt qu’une « start-up nation », nous construisions ensemble une société éducatrice, où chacun s’engagerait dans une grande alliance en faveur des nouvelles générations : citoyens, familles, écoles, collectivités locales, associations, entreprises, syndicats…

L’éducation dans la Constitution

Pour donner corps à cette volonté, il faut donner une « constitution éducative » à la France, à l’image de la Charte de l’environnement, adossée à la Constitution en 2004. Cette Charte a permis d’intégrer dans notre bloc de constitutionnalité plusieurs principes fondamentaux visant à sauvegarder l’environnement, comme le principe du « pollueur-payeur » ou le principe de précaution.

Il manque dans notre droit un texte portant la même ambition pour l’éducation, et énonçant les grands principes sur lesquels s’entend le peuple français en matière éducative, et pas seulement scolaire. Prenons le bloc de constitutionnalité : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ne dit rien sur l’éducation. Le préambule de la Constitution de 1946 et la Constitution de 1958 évoquent un peu l’enseignement. A un niveau inférieur, on trouve bien un code de l’éducation… mais il n’est consacré qu’à l’école et à l’enseignement supérieur. Pour le reste, quelques éléments sont éparpillés dans le code civil et le code de la famille. Finalement, le texte le plus riche est une convention internationale : celle des droits de l’enfant.

Pourtant, il serait vraiment utile qu’un texte exprime « ce que nous voulons pour l’éducation » et la responsabilité de chacun des membres du corps social à l’égard des jeunes. Cette charte de l’éducation aurait une grande vertu : formuler les fondamentaux sur lesquels nous nous entendons pour éviter les mouvements de balancier à chaque alternance. S’agissant des politiques éducatives, notamment pour l’éducation nationale, nous sommes souvent flous sur les finalités mais trop précis sur les modalités d’application, comme s’il y avait un seul modèle pour répondre à tous les défis… Il faudrait inverser la logique : plus de clarté sur les grands principes qui guident nos politiques éducatives ; davantage de diversité et de confiance accordée aux acteurs éducatifs pour les réaliser.

Avec la Charte de l’environnement, la République s’est intéressée à la planète que nous allons laisser à nos enfants. Avec la charte de l’éducation, elle affirmera son engagement pour les enfants que nous laisserons à la planète. Une belle ambition afin de ressouder un pays divisé. Une belle façon de témoigner notre reconnaissance envers les acteurs éducatifs et notre confiance dans la jeunesse.

Anne-Catherine Baseilhac, est directrice du développement du think tank VersLeHaut, dédié aux jeunes et à l’éducation.

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Les écoles invitent des banquiers à parler argent dans les classes...

25 Mars 2019 , Rédigé par Les Echos Publié dans #Education

L'opération « J'invite 1 banquier(e) dans ma classe » débute ce lundi et va s'étendre jusqu'à la fin juin. Elle vise à sensibiliser les enfants à l'éducation financière. L'an dernier, 14.000 écoliers avaient participé.

« On écoute la banquière ! » Dans sa classe de CM2, Elma doit ramener le calme, après une heure de jeu jusque-là sans chahut. Les 25 élèves de cette école du 19e arrondissement de Paris se sont affrontés par équipe à l'occasion d'une sorte de jeu de l'oie financier, en présence de Marie-Anne Barbat-Layani, la patronne de la Fédération bancaire française (FBF).

L'école participe une semaine avant son ouverture officielle à la cinquième édition de l'opération « J'invite 1 banquier(e) dans mon école ». L'an dernier, plus de 14.000 élèves avaient participé à cette initiative qui voit des enseignants initier les enfants à la gestion de son budget, avec l'appui d'un professionnel de la banque.

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Education - «Monsieur le Ministre, prenez la sage décision d’annuler cette réforme»...

25 Mars 2019 , Rédigé par Liberation - FCPE Publié dans #Education

Education - «Monsieur le Ministre, prenez la sage décision d’annuler cette réforme»...

Un peu partout, des profs se mobilisent, avec des modes d'action variés, pour alerter sur les effets pervers de la réforme du lycée qui accompagne le nouveau bac. L'une des inquiétudes majeures : l'aggravation (encore) des inégalités territoriales et sociales

«Monsieur le Ministre, prenez la sage décision d’annuler cette réforme»

La FCPE Paris, l'une des fédérations de parents d'élèves, écrit une lettre ouverte à Jean-Michel Blanquer. Assez cash. «Chaque jour, les remontées du terrain attestent de la non viabilité d’une telle réforme. Les grandes promesses de progrès pour les apprentissages, les formations et les orientations sont piétinées.»

Pour en savoir plus :

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La FCPE Paris publie, par communiqué de presse en date du 25 mars 2019, une Lettre ouverte au Ministre Jean-Michel Blanquer sur la réforme du lycée. Sa demande est claire, résumée dans le titre de cette lettre : « Réforme du lycée : Monsieur le Ministre, prenez la sage décision de l’annuler ! »

Aujourd’hui, à trois mois de la fin de l’année scolaire, personne ne voit comment la réforme du lycée et du futur baccalauréat va se mettre en place. Elèves, parents, enseignants, personnels de direction : tous sont dans le flou le plus total face à une réforme précipitée, qui entend se déployer sans concertation ni moyens.

Chaque jour, les remontées du terrain attestent de la non viabilité d’une telle réforme. Les grandes promesses de progrès pour les apprentissages, les formations et les orientations sont piétinées. Et la note publiée par la DGESCO le 6 mars dernier confirme que le principe du libre choix des élèves pour les enseignements de spécialité est en fait cadré et dévitalisé par une double règle bien plus forte : la gestion administrative et la logique comptable.

Dès le mois de décembre dernier, la FCPE Paris demandait un moratoire sur les réformes en cours, en premier lieu celle du lycée, et appelait à nouveau de ses vœux un « Grenelle de l’Education », exigence adoptée en congrès national de la FCPE en juin 2018. Aujourd’hui, ce n’est plus une demande ni un vœu, c’est une urgence pour toutes celles et ceux qui se sont penchés sur la situation. Oui, Monsieur le Ministre, il y a urgence à raccrocher cette réforme imposée précipitamment, une réforme qui se met en place au détriment de la pédagogie et de la réduction des inégalités scolaires, sociales et territoriales, sans qu’aucun dialogue n’ait pu avoir lieu, ni avec le monde enseignant ni avec les fédérations de parents d’élèves.

Outre la carte des spécialités qui n’était pas connue lorsque les élèves actuellement en classe de seconde ont fait leur choix de lycée en juin 2018, il n’y a aucune assurance qu’ils pourront choisir leurs trois enseignements de spécialité. Pire encore, on voit poindre la reconstitution des anciennes séries au travers de « menus » déjà préparés, si ce n’est imposés.

Un exemple illustre parfaitement la précipitation que nous dénonçons : la spécialité « Numérique et Science Informatique » ne dispose pas d’enseignants. Le gouvernement a, pour preuve, fait l’annonce de la création d’un CAPES pour 2020. Voilà, tout est dit !

Faut-il aussi vous rappeler les ambitions initiales sur le Bac-3/Bac+3 ? A ce jour, le lien de votre réforme du lycée avec l’enseignement supérieur est un angle mort coupable qui risque de sacrifier une génération entière. Cette réforme était censée améliorer l’entrée dans le supérieur mais à ce jour les attendus des formations ne sont ni communiqués ni accessibles aux élèves.

Monsieur le Ministre, prenez la sage décision d’annuler cette réforme. Pas un seul établissement parisien n’est épargné par l’inquiétude et l’incompréhension face à l’improvisation qu’ils observent et subissent. La FCPE Paris estime que les élèves français méritent mieux : une « copie neuve » pour une future et nouvelle réforme du lycée à la rentrée 2020 qui serait cette fois-ci réellement co-construite avec l’ensemble de la communauté éducative et qui mettrait au cœur de ses priorités des logiques pédagogiques portées par les moyens indispensables à leur réussite.

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