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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Clémentine Autain...

24 Février 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Clémentine Autain...

Je t’avais rangée, je m’étais arrangée mais il faut toujours que quelqu’un ou quelque chose me ramène à toi, c’est épuisant. Dans ma voiture avec Radio Nostalgie, je revenais d’un enterrement quand j’ai réalisé qu’il y a trente ans, nous t’avions enterrée sans un mot. Je n’avais jamais pensé à ce silence, pourtant si étrange. C’est le contraste avec les obsèques d’Annette qui m’a brusquement sauté à la gorge.

Annette était une femme élégante, généreuse, une mère comme j’en ai tant rêvé, de celles qui beurrent les tartines le matin et n’oublient pas de signer les mots sur le carnet de correspondance. À force de passer mes vacances dans leur maison cévenole, de partager les parties de tarot ou les pizzas, nos vies se sont entremêlées. C’est une famille à laquelle je me sens reliée – et j’aime bien me sentir reliée. Annette a été emportée par une embolie cérébrale à soixante-dix-huit ans. Ce n’est pas scandaleux de mourir à cet âge-là mais sa mort m’a remplie de chagrin. Et puis c’est triste un enterrement, tout simplement triste de ne plus revoir un être que l’on a aimé.

Avant la cérémonie, j’ai observé les regards échangés avec cet air emprunté que l’on a souvent dans ces circonstances : les gens ont tendance à baisser les yeux et à s’embrasser fort sans savoir quoi dire. Un parfum de malaise emplit l’atmosphère. La mort a beau être d’une banalité à crever, elle donne des vertiges aux vivants. À côté de moi, Isabelle pleurait sans discontinuer. Je lui tenais fermement le bras, comme une grande sœur qui veille au grain, tout en levant les yeux au ciel pour qu’ils ne ressemblent pas aux siens – un peu de tenue. Isabelle a demandé un mouchoir à sa mère, une amie d’Annette, en s’esclaffant dans un rire de larmes : Ça sert à ça une mère ! C’est possible. Moi je me demande souvent à quoi sert une maman.

L’hommage a commencé devant la tombe de la défunte, les récits se sont enchaînés, presque entremêlés. Les voix des uns et des autres éclairaient un seul et même portrait. Les vagues de mots ont harmonisé nos chagrins et tissé une mémoire commune. Les enfants, devenus parents à leur tour, ont remercié leur maman pour ce qu’elle leur a donné, pour l’homme heureux que je suis devenu, pour l’amour et l’attention qui n’ont jamais manqué. J’ai pensé que Jérôme et Antoine avaient enterré normalement leur maman. D’ailleurs, les Béraud forment une famille normale, selon l’idée que je me fais de la normalité et qui ne laisse pas de me fasciner.

Un peu plus tard, j’étais seule dans ma Peugeot, à l’arrêt, place Denfert, et j’ai pris conscience que toi, ma mère, tu étais partie sans un mot. Trois décennies se sont écoulées et j’ai découvert au détour d’un feu rouge ce silence assourdissant : aucune parole n’a été prononcée lors de ton enterrement. Des dizaines et des dizaines de personnes sont venues te rendre hommage et déposer à tour de rôle une rose rouge dans ton caveau mais aucun mot n’a été prononcé, aucun témoignage n’a pu être partagé. Le récit commun était-il introuvable ? L’hommage impossible ?

Clémentine Autain - Dites-lui que je l'aime

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Amendement « Drapeau » : les nouveaux alchimistes de l’éducation...

24 Février 2019 , Rédigé par AOC Publié dans #Education

Amendement « Drapeau » : les nouveaux alchimistes de l’éducation...

Stimulez chez l’élève cette zone D du cerveau (appelée communément zone Drapeau par les neurosciences). Chaque matin, appuyez sur le bon bouton. Si l’élève se montre rétif, stimulez et stimulez encore. La zone D est parfois rebelle, mais la stimulation répétée chaque jour garantit des résultats dits très satisfaisants dans 99,9% des cas. La voilà la solution ! Cette perspective a de quoi tous nous réjouir : l’école de l’intranquillité et des incivilités ne sera plus.

Selon le député Les Républicains Eric Ciotti, « il est indispensable que le cadre scolaire soit le lieu privilégié au sein duquel les jeunes apprennent à respecter les valeurs de la République. » Il a donc proposé l’amendement suivant à la loi pour une école de la confiance : « Art. L. 111-1-2. – La présence de l’emblème national de la République française, le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge, du drapeau européen ainsi que des paroles du refrain de l’hymne national est obligatoire dans chacune des salles de classe des établissements du premier et du second degrés, publics ou privés sous contrat. »

Suite et fin en cliquant ci-dessous (pour abonnés)

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Hummel...

23 Février 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Virginia Woolf...

23 Février 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

J'ai déchiré tout mai et juin, dit Susan, et vingt jours de juillet. Je les ai déchirés, roulés en boule, pour qu'ils n'existent plus, il reste une lourdeur en moi. C'étaient des jours mutilés, comme des phalènes aux ailes rognées incapables de voler. Il ne reste que huit jours. Dans les huit jours, je descendrai du train, je serai sur le quai à six heures vingt-cinq. Je déroulerai ma liberté, et les restrictions qui froissent et qui plissent - temps, ordre et discipline, être ici et là à l'heure précise - exploseront. Le jour jaillira quand, ouvrant la porte, je verrai mon père avec ses guêtres, son vieux chapeau. Je tremblerai. J'éclaterai en sanglots. Le lendemain je me lèverai à l'aurore. Je sortirai par la porte de la cuisine. Je marcherai dans la lande. Les grands chevaux des cavaliers fantômes tonneront derrière moi et s'arrêteront soudain. Je verrai l'hirondelle raser l'herbe. Je me jetterai au bord de la rivière et je regarderai le poisson plonger et reparaître dans les roseaux. J'aurai les paumes des mains marquées par les aiguilles de pin. Je déferai, j'ôterai ce qui s'est formé ; la dureté d'ici. Car quelque chose a grandi en moi, au fil des hivers et des étés, sur les escaliers, dans les chambres. Je ne veux pas être admirée comme Jinny. Quand j'arrive, je ne veux pas que les gens lèvent les yeux avec admiration. Je veux donner, qu'on me donne, je veux la solitude, et découvrir ce que j'ai.

Je reviendrai par les sentiers frissonnants sous les voûtes des feuilles de noisetiers. Je passerai devant une vieille femme qui pousse un landau rempli de petit bois ; et devant le berger. Nous ne nous dirons rien. Je reviendrai par le jardin de la cuisine, et je verrai les feuilles de choux recourbées perlées de rosée, et la maison dans le jardin aux fenêtres aveuglées de rideaux. Je monterai jusqu'à ma chambre, et je prendrai mes affaires, enfermées avec soin dans l'armoire : mes coquillages ; mes œufs ; mes herbes rares. Je nourrirai mes colombes et mon écureuil. J'irai au chenil peigner mon épagneul. Et peu à peu, j'arriverai à la chose qui a grandi en moi. Mais la cloche sonne ; on passe son temps à traîner les pieds.

Virginia Woolf - Les Vagues

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Un million de contributions au grand débat?... Très loin de là... La preuve...

23 Février 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Politique

Un million de contributions au grand débat?... Très loin de là... La preuve...

EXTRAITS

Y a-t-il eu un million de contributions au grand débat, comme vanté par le gouvernement ?

(...)

"Le grand débat est un succès. La preuve ? « Un million de contributions » y ont été apportées depuis qu’il a été lancé, martèlent le gouvernement et la majorité. "

(...)

C'est vrai mais...

(...)

Autour de 243 000 contributeurs, dont 175 000 actifs

Contacté par Le Monde, le collège des garants un collectif d’experts censés « garantir l’indépendance du grand débat » – assure que 243 000 personnes s’étaient inscrites sur le site du grand débat. Parmi elles, 175 000 y ont réellement contribué ; 68 000 personnes se sont inscrites sans avoir, pour l’heure, apporté de contribution.

Ces 175 000 personnes actives sur la plate-forme ont en fait contribué de deux manières différentes :

  • une partie d’entre elles ont répondu aux « questions rapides » proposées par le site du grand débat. Il s’agit d’une dizaine de questions à choix multiples dont les réponses et le nombre de répondants n’ont pas été rendus publics pour le moment ;

  • d’autres internautes ont soumis leurs propositions dans les quatre formulaires thématiques, qui font notamment l’objet de réponses écrites. Ces données ont été rendues publiques et compilées sur le site data.gouv.fr – la plate-forme ouverte des données publiques. Leur mise à disposition en open data a permis au Monde de comptabiliser les contributions de manière indépendante au 17 février, date de la dernière mise à jour des données. Au moment de ce pointage, la plate-forme avait enregistré 122 309 contributeurs différents. Chacun d’entre eux correspond à un compte unique créé sur le site granddebat.fr. Cela représente l’équivalent de 0,2 % de la population française et de 0,3 % des inscrits sur les listes électorales (47,4 millions en 2017).

(...)

Des niveaux de contribution très variables

Comment le gouvernement parvient-il à comptabiliser un million de contributions ?

Sur la base des données rendues publiques sur data.gouv.fr, nous avons recensé quelque 250 000 contributions, c’est-à-dire des formulaires qui ont donné lieu à des réponses écrites. Pour parvenir au chiffre d’un million de contributions, il faut ajouter les 780 000 réponses aux questions rapides, selon les chiffres affichés sur le site du grand débat. Concrètement, le « million » de contributions mis en avant par le collège des garants du grand débat et le gouvernement correspond donc bien à une réalité.

Cependant, le fait que plus de trois contributions sur quatre soient des réponses aux « questions rapides » relativise l’ampleur du succès dont se vante le gouvernement, ces formulaires demandant assez peu d’implication.

(...)

L’examen des 243 000 contributions qui permettent des réponses plus détaillées laisse par ailleurs entrevoir des copies au niveau très variable. Selon nos relevés, plus d’un répondant sur deux (57,6 %) n’a rempli le formulaire correspondant qu’à une seule thématique, sur les quatre proposées. Seuls 12,8 % ont répondu aux quatre.

Par ailleurs, rien n’empêche une même personne de répondre plusieurs fois aux questionnaires détaillés – ce n’est cependant pas le cas pour les questions rapides. Selon notre décompte, on compte autour de 50 000 contributeurs uniques sur chacun des quatre grands thèmes du débat, soit autour de trois à quatre fois moins que pour les questions rapides sur les mêmes thèmes.

(...)

...

Sur les quelque 4 millions de réponses aux 72 questions « ouvertes » des différents questionnaires, 1,8 million sont totalement vides et 800 000 comportent moins de 10 mots. 15 % des contributeurs ont écrit moins de cent mots dans la totalité de leurs contributions.

Adrien Sénécat et Maxime Ferrer

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Loi Blanquer: un projet de loi qui en dit long...

23 Février 2019 , Rédigé par Snuipp-FSU Publié dans #Education

Loi Blanquer: un projet de loi qui en dit long...

Marqué par une restructuration majeure de l’organisation de l’école et un autoritarisme manifeste distillé au fil de ses articles, le projet de loi dit de « l’école de la confiance » ne s’attaque à aucune des difficultés du système éducatif. Au contraire, il risque bien de les creuser. Le SNUipp-FSU ne laissera pas faire.

Pour un ministre qui dès son installation rue de Grenelle avait claironné que son nom ne serait pas associé à une énième loi sur l’école, Jean-Michel Blanquer se distingue. Car projet de loi il y a bel et bien. Et annoncé à l’origine pour donner un cadre législatif à l’instruction obligatoire dès 3 ans, il a enflé au fil des semaines pour devenir, à l’issue des débats à l’Assemblée nationale, un tout cohérent qui inquiète à bien des égards.

Silence dans les rangs

D’entrée, le cadre est posé. Le ministre avait bien promis de modifier l’article 1 de son projet de loi pour lever toute ambiguïté sur une possible volonté de mise au pas des enseignants. Il n’en a finalement rien été. Et bien que paraissant de peu de portée, sa rédaction introduit une réelle volonté de contrôle de l’expression des personnels. Les voilà prévenus…

Des étrennes pour le privé

La mesure annoncée par le président de la République à l'occasion des Assises de la maternelle était à l’origine de cette loi : le passage de l’instruction obligatoire de 6 à 3 ans. Une mesure assez symbolique a priori - 98% des enfants de 3 ans sont déjà à l’école - sauf peut-être dans certains départements d’Outremer où déjà la scolarisation effective de tous les enfants à 6 ans est à la peine. Mais « le diable »  se cache dans les détails et c’est l’obligation de financement des écoles privées sous contrat par les communes qui se trouve ainsi étendue aux élèves d’âge maternel.
C'est un cadeau estimé à 150 millions d’euros aux écoles privées que les municipalités vont devoir sortir de leurs poches déjà bien écorchées. Et un financement qui risque de se faire en baissant le budget consacré aux écoles publiques.

Des usines du socle

On ne l’avait pas vu venir, et c’est pourtant une disposition majeure du projet de loi, un amendement introduit en catimini à l’occasion de la discussion en commission parlementaire institue les « établissements publics locaux  des savoirs fondamentaux » (EPLSF). Des structures regroupant administrativement dans un même établissement, collège et écoles de la même zone de recrutement.
La direction de ces EPLESF serait confiée au chef d'établissement du collège exerçant à la fois les compétences du premier et du second degré. à ses côtés exercera un chef d'établissement adjoint chargé des classes du 1er degré, issu du 1er degré et dont le recrutement sera fixé par décret.
L'objectif est d'en finir avec la direction d'école sous sa forme actuelle, en introduisant un statut hiérarchique dans le premier degré, en dépossédant une partie des actuels directeurs de leurs missions et en les renvoyant dans leur classe.
Par ailleurs, la dénomination même de ces nouveaux établissements interroge. Limiter la mission des écoles à la transmission du « lire, écrire, compter et respecter autrui », les fondamentaux du ministre, témoigne d’un réel manque d’ambition.
Il reste bien loin de satisfaire aux exigences d’un solide socle commun de connaissances, de compétences et de culture indispensable à la formation des futurs citoyens.
Mais il est vrai qu’à côté de ces établissements, la loi prévoit également la création d’établissements publics internationaux (EPLEI), offrant un cursus d’élite aux happy few. Curieuse conception de « l’élévation du niveau général » et de « la justice sociale » proclamées par Jean-Michel Blanquer lors du vote à l’Assemblée.

Les délices de l’auto-évaluation

Sans doute surpris par la levée de bouclier suscitée par la disposition, le ministre est néanmoins resté droit dans ses bottes, supprimant sans autre forme de procès le Cnesco, organisme indépendant d’évaluation du système scolaire. Un organisme pourtant unanimement salué pour la qualité de son travail, avec notamment ses remarquables conférences de consensus qui permettaient de croiser apports de la recherche et expérience des acteurs pour faire avancer l’école.
Le Cnesco sera remplacé par un Conseil d’évaluation de l’école (CEE), directement rattaché au ministère qui nommera dix de ses membres sur quatorze. Il sera dès lors aisé pour le ministre d’obtenir les bonnes réponses aux seules questions qu’il se sera posé à lui-même.
Reste que c’est bien d’un pilotage du système éducatif par les résultats, d’un encadrement étroit des pratiques pédagogiques, qu’il est question. Avec pour corollaire une mise en concurrence des établissements et pour les enseignants une dépossession de leur liberté pédagogique ainsi que la rémunération au mérite.

Formation initiale : la mèche est allumée

Le projet de loi supprime les Espé et les remplace par les « Inspe » (Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation) dont les directeurs seront directement nommés par le ministre. Une autre forme de mise au pas pour mettre en place un référentiel de formation aux objectifs méconnus mais pour lequel le ministre a obtenu un blanc-seing des députés. La partie émergée d’une vaste réforme de la formation initiale à venir, dont à ce jour n’est formalisé qu’un aspect : le pré-recrutement d’assistants d’éducation qui pourraient faire la classe en M1. Une façon comme une autre de résoudre les problèmes de remplacement à moindre coût.

Réforme territoriale : l’ordonnance est avancée

Revenant sur la fusion des quelque trente académies en treize rectorats de région, le ministre semble souhaiter conserver un recteur par académie. La répartition des attributions entre ceux-ci et les super-recteurs de région reste en revanche à définir. Pour ce-faire, blanc-seing lui est donné, il pourra procéder par ordonnances et donc faire à peu près ce qu’il veut.
Il en ira de même pour pouvoir modifier la composition et les attributions des conseils académiques et départementaux de l’Éducation nationale, (CAEN et CDEN), consultés sur l’organisation du système éducatif dans les territoires (la carte scolaire notamment).

Indispensable mobilisation de la communauté éducative

Ce projet de loi, initialement conçu pour acter l’obligation scolaire à 3 ans prend aujourd’hui une tout autre dimension. Pour le SNUipp-FSU, il dessine les contours d’évolutions structurantes à bien des égards très contestables. Il fait par ailleurs l’impasse sur le traitement des difficultés bien réelles de l’école, n’ouvrant pas le moindre horizon à une démocratisation de la réussite scolaire pour tous les élèves. C’est désormais aux sénateurs d’en débattre à partir de début avril et le syndicat entend bien les alerter sur les multiples dangers de cette loi.
Quoi qu’il en soit, la mobilisation de l’ensemble des personnels et des partenaires de l’école est à l’ordre du jour du SNUipp et de la FSU. Ils s’adressent dès à présent à l’ensemble de la communauté éducative en ce sens pour en définir ensemble les modalités.

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A Paris, la deuxième journée de grève de l’école pour le climat est un succès...

23 Février 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #climat

A Paris, la deuxième journée de grève de l’école pour le climat est un succès...

Plusieurs milliers de lycéens ont défilé vendredi pour le climat à Paris. Cette deuxième manifestation a été marquée par la présence de Greta Thunberg, la jeune Suédoise à l'origine d'un mouvement désormais mondial : « On continuera à faire grève chaque semaine jusqu’à ce que les politiques agissent. »

En plein pic de pollution – ce qui entraîne une baisse de la vitesse autorisée, sauf si l’on est secrétaire d’État à l’écologie –, plusieurs milliers de lycéens et étudiants ont défilé vendredi 22 février dans les rues de Paris pour cette deuxième journée de « grève de l’école pour le climat ». Une journée un peu particulière, puisqu’elle se passait sous l’égide de la Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, à l’origine de ce mouvement à l’automne dernier dans son pays, mais aussi d’initiatrices belges, anglaise et allemande.

Tôt dans la journée, quelques dizaines de lycéens s’étaient rendus devant la Caisse des dépôts et consignations, dans le VIe arrondissement de Paris, pour dénoncer le fait que l’épargne des Français puisse être utilisée pour des projets non climatocompatibles. 

Un peu plus tard, une nuée de caméras se trouvait place de la République pour accueillir Greta Thunberg, les Belges Anuna de Wever, Kyra Gantois et Adélaïde Charlier, l’Allemande Luisa Neubauer et l’Anglaise Anna Taylor. Rendez-vous était pris avec des lycéens de Montreuil pour échanger sur les mobilisations en cours. Jeudi, des dizaines de milliers de lycéens ont de nouveau défilé en Allemagne et en Belgique. Outre la France la semaine passée, le mouvement a également gagné le Royaume-Uni. 

La dizaine de lycéens français et leurs invitées européennes, ainsi que le cinéaste Cyril Dion, la militante écologiste de Notre affaire à tous Marie Toussaint, ou encore Nicolas Haeringer de 350.org, semblaient perdus devant la meute de journalistes, photographes et cameramen. La militante indienne Vandana Shiva (en entretien ici sur Mediapart) est venue dialoguer avec Greta Thunberg, tandis que le photographe Yann Arthus-Bertrand passait une tête.

Tout ce petit monde s’est ensuite rendu place de l’Opéra, départ annoncé de la manifestation. Quelques milliers de lycéens (et aussi quelques étudiants et des « moins jeunes ») se trouvent déjà sur place vers 13 heures, massés sur les marches du palais Garnier.

Les slogans fusent de toutes parts, tandis que les écriteaux disent l’urgence climatique de façon plus ou moins drôle ou plus ou moins dramatique. « Écologie libérale, mensonge du capital » est scandé avant « On nique pas sa mer », ou bien « Moins de riches, plus de ruches » et même, moins attendu, le traditionnel « Ah ! Ah ! Anti, anticapitalistes ». L’ambiance est bonne, sous un soleil quasi printanier. 

Peu avant 13 h 30, le cortège s’ébranle. Une dame âgée, tailleur strict, applaudit. Les touristes s’arrêtent pour observer, prennent des photos. Perdue dans un carré de tête encadré par un jeune service d’ordre, Greta Thunberg est harcelée par les photographes. 

Dans le cortège, Diego et Pierre, 17 ans, du lycée Fénelon (VIe arrondissement). C’est leur première manifestation pour le climat, mais les deux élèves organisent régulièrement des AG depuis l’élection d’Emmanuel Macron, notamment au moment de la réforme permettant la sélection à l’université. « On gagne progressivement en expérience politique », explique Diego. À ses yeux, ces manifestations sont un « combat pour tout le monde ». Son ami Pierre poursuit : « C’est soit on survit, soit on apprend à nager. » En arrière-fond, on entend « Macron, t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ».  

Un peu plus loin, Rym et Milade, toutes deux âgées de 18 ans, participent elles aussi à leur première mobilisation pour le climat. Elles viennent du lycée Sophie-Germain, dans le IVe arrondissement. Milade défile pour les ours polaires, les phoques, bref, « tout ce qu’on ne voit pas forcément et qui [lui] brise le cœur ». Sa copine Rym poursuit : « Les multinationales ont un impact, elles nous tuent à petit feu. » « Dans cinquante ans, qu’est-ce qu’on va manger ? », enchaîne Milade. Toutes deux affirment que leurs parents les soutiennent complètement.

Pour Elliot Lepers, initiateur de l’initiative « Il est encore temps », ces marches de lycéens sont « des exemples dont on a besoin ». « Tout ça permet de nous chauffer pour le 15 mars », ajoute-t-il, en référence au mouvement mondial de grèves pour le climat annoncé ce jour-là. « C’est un véritable printemps climatique et social qui se profile », conclut-il. 

Nicolas Haeringer, organisateur mondial pour l’ONG 350.org, va dans le même sens. « C’est le genre de moment qui va marquer le basculement dans la construction d’une mobilisation », estime celui qui milite pour le climat depuis une vingtaine d’années. « Ces jeunes disent “À quoi bon aller à l’école ? On ne veut plus faire semblant” et c’est une très bonne chose, ça doit aussi nous bousculer. » « On a essayé pendant des années de monter des mobilisations, mais à présent on doit suivre et c’est vraiment bien », conclut-il. 

Le cortège est arrivé place de la République. Un camion du syndicat Sud monte une sono pour écouter les invitées européennes de cette journée. Luisa Neubauer lance : « Vous les jeunes, vous assurez ! Je vous passe un message des milliers d’Allemands qui ont manifesté hier, ils vous disent bonjour parce que ce mouvement est mondial. » « Continuez et surtout ne vous arrêtez pas, ajoute la Belge Adélaïde Charlier. Continuez au-delà des frontières et des frontières linguistiques. » « Ce n’est pas un pays, pas deux pays, c’est toute la planète qui se lève », s’enthousiasme l’Anglaise Anna Taylor.

Greta Thunberg se présente timidement, comme si quelqu’un ici pouvait ignorer qui elle est. « Des dizaines de milliers de jeunes se mobilisent dans le monde en ce moment même. On se soutient entre nous et on continuera à faire grève chaque semaine jusqu’à ce que les politiques agissent et nous donnent un futur. »

« Le mouvement enfle sans cesse et les politiques ne pourront plus nous ignorer », ajoute l’Allemande Anuna de Wever. En fait d'action, les politiques français ont plutôt passé leur journée à tenter de récupérer le mouvement. Par exemple François de Rugy, qui dans deux tweets a souhaité la « bienvenue en France » à Greta Thunberg, expliquant qu'il s'agissait du « pays d’Europe qui émet le moins de CO2 avec la Suède » et dans lequel « le gouvernement est déterminé à aller plus vite, plus loin, plus fort pour le climat en transformant son économie et en mobilisant ses citoyens ». En fin de journée, le président de la République Emmanuel Macron a même reçu la jeune Suédoise.

Prochaine étape pour le mouvement climatique français : autour du 15 mars. Le 14 mars, une première partie du recours de « l’Affaire du siècle » contre l’État en inaction climatique devrait être déposée. Le lendemain, une mobilisation mondiale de grève des jeunes pour le climat est prévue. Tandis que le 16 mars, une mobilisation mondiale pour le climat est également à l’agenda. Le même jour que la fin de l’ultimatum posé à Macron par les gilets jaunes…

Christophe Gueugneau

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Coup de coeur... Paul Valéry...

22 Février 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Philosophie

Je n’hésite jamais à le déclarer, le diplôme est l’ennemi mortel de la culture. Plus les diplômes ont pris d’importance dans la vie (et cette importance n’a fait que croître à cause des circonstances économiques), plus le rendement de l’enseignement a été faible. Plus le contrôle s’est exercé, s’est multiplié, plus les résultats ont été mauvais.

Mauvais par ses effets sur l’esprit public et sur l’esprit tout court. Mauvais parce qu’il crée des espoirs, des illusions de droits acquis. Mauvais par tous les stratagèmes et les subterfuges qu’il suggère ; les recommandations, les préparations stratégiques, et, en somme, l’emploi de tous expédients pour franchir le seuil redoutable. C’est là, il faut l’avouer, une étrange et détestable initiation à la vie intellectuelle et civique.

D’ailleurs, si je me fonde sur la seule expérience et si je regarde les effets du contrôle en général, je constate que le contrôle, en toute matière, aboutit à vicier l’action, à la pervertir... Je vous l’ai déjà dit : dès qu’une action est soumise à un contrôle, le but profond de celui qui agit n’est plus l’action même, mais il conçoit d’abord la prévision du contrôle, la mise en échec des moyens de contrôle. Le contrôle des études n’est qu’un cas particulier et une démonstration éclatante de cette observation très générale.

Le diplôme fondamental, chez nous, c’est le baccalauréat. Il a conduit à orienter les études sur un programme strictement défini et en considération d’épreuves qui, avant tout, représentent, pour les examinateurs, les professeurs et les patients, une perte totale, radicale et non compensée, de temps et de travail. Du jour où vous créez un diplôme, un contrôle bien défini, vous voyez aussitôt s’organiser en regard tout un dispositif non moins précis que votre programme, qui a pour but unique de conquérir ce diplôme par tous moyens. Le but de l’enseignement n’étant plus la formation de l’esprit, mais l’acquisition du diplôme, c’est le minimum exigible qui devient l’objet des études. Il ne s’agit plus d’apprendre le latin, ou le grec, ou la géométrie. Il s'agit d’emprunter, et non plus d’acquérir, d’emprunter ce qu’il faut pour passer le baccalauréat.

Ce n’est pas tout. Le diplôme donne à la société un fantôme de garantie, et aux diplômés des fantômes de droits. Le diplômé passe officiellement pour savoir : il garde toute sa vie ce brevet d’une science momentanée et purement expédiente. D’autre part, ce diplômé au nom de la loi est porté à croire qu’on lui doit quelque chose. Jamais convention plus néfaste à tout le monde, à l’Etat et aux individus (et, en particulier, à la culture) n’a été instituée. C’est en considération du diplôme, par exemple, que l’on a vu se substituer à la lecture des auteurs l’usage des résumés, des manuels, des comprimés de science extravagants, les recueils de questions et de réponses toutes faites, extraits et autres abominations. Il en résulte que plus rien dans cette culture altérée ne peut aider ni convenir à la vie d’un esprit qui se développe.

Paul Valéry, Le bilan de l'intelligence (1935), in Variété, Œuvres, t. 1, Gallimard, Pléiade, p. 1076. 

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De Macron à une amie...

22 Février 2019 , Rédigé par christophe

📷#pascaldiologent via @Dieppe_souvenir

📷#pascaldiologent via @Dieppe_souvenir

7 mai 2017… Un jeune homme de trente-neuf ans était élu huitième Président de la Ve République. Face à Marine Le Pen parvenue au second tour, profitant de la faiblesse d’une gauche épuisée, divisée, en manque de forces de conviction.

Alors, c’est ce jeune homme qui fut déclaré vainqueur. Pourtant sans le début de commencement d’un programme politique, d’un « projet », même si lui et ses communicants ont réussi l’exploit – aidés par quelques médias mainstream – de donner l’illusion qu’il en proposait un. Il y eut bien quelques analystes affirmant que tout cela était quand même très peu précis, très flou. Très vite isolés, puis disparurent des plateaux.

L’effet « sidération » se mettait en place. Il allait durer un an. Avant de commencer à s’effriter.

À Dieppe, la plage est de galets. Des millions de galets, puis du sable et la mer. De part et d’autre de la ville, des falaises dont certaines s’effondrent. Une ville de pêcheurs, d’hommes rudes et attachants. Ici pas de faux-semblant. Le chômage est une réalité. Les fins de mois sont difficiles. Mais ces femmes, ces hommes se plaignent rarement. Ils ne montrent pas leurs douleurs. Ils la vivent. Sans simulacre… Dans les cafés du port, ils parlent. Débattent. Se disputent. Ne leur parlez pas de Macron ! Vous pourriez les fâcher. Oui, c’est vrai, certains d’entre eux ont fait le choix de Marine Le Pen. Pas par conviction. Par découragement. Hélas, le « macronisme » continue d’entretenir ce découragement, l’augmente. Marion se prépare. 2022, c’est demain… C’est DEJA demain ! Elle aussi sait y faire pour séduire les « innocents »…

Ah la séduction !… C’est joli la séduction… Tu étais jolie au restaurant, le visage éclairé par le soleil couchant… Tu étais belle à Varengeville, admirative devant les vitraux bleus de Braque… Tu étais sublime, pieds nus dans la voiture… J’étais séduit… Mais je l’étais par une réalité vivante ! Aucun simulacre ! Aucun mensonge !

Or qu’avons-nous élu le 7 mai 2017 sinon l’incarnation du vide ? Abusés par une séduction vulgaire…

Avant de proposer – et ce n’est pas l’objet de ce texte trop court – des idées qui, ensemble, feront « programme », il convient de faire prendre conscience aux citoyens, y compris à celles et ceux ayant très sincèrement choisi Emmanuel Macron dès le premier tour de la présidentielle 2017, que la sidération ne peut plus durer ! Qu’il faut désormais rêver, bien sûr rêver, mais les yeux ouverts, la conscience aux aguets ! Il y va de la survie du débat politique, de la politique tout court. Le macronisme a la folle ambition d’abolir LE et LA politique. Pour une et une seule raison :

Le macronisme est un populisme, un totalitarisme intellectuel. Ni l’un ni l’autre ne supporte débats ou clivages.

Mon amie commanda une soupe de poisson…

Je crois te l’avoir déjà dit mais j’ai souvent relu les discours du candidat Macron. Ceux du Président aussi. Tous, sans exception, absolument tous sont suffisamment flous, imprécis pour que chacun y trouve à picorer. Pour que les médias trouvent à commenter, à organiser des plateaux-télés comme autant de plateaux-repas. Toutes et tous autour de la table et chacun choisit son sujet. Des paroles partout, tout le temps… Des critiques, nulle part, jamais. Emmanuel Macron « a raison » puisqu’il n’affirme jamais rien, ne prend jamais parti. Quand par-dessus tout cela, ses troupes copient-collent le vide et le diffusent, alors tu auras tout compris du macronisme: une immense opération d’hypnose collective. « Aie confiance » disait Kaa à Mowgli…

N’attendons ni Bagheera ni Sher Khan pour nous réveiller…

Laissons-nous séduire par la beauté d’un regard, la douceur d’une voix, les lumières d’un paysage au couchant, par cette femme qui sourit en regardant l’enfant… Son enfant…

Sans CHERCHER à séduire, elle…

Fuyons les simulacres et revenons au réel!

Christophe Chartreux

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