Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Ecrit en 2007... "Janvier 2015..." - Un rêve qui aurait pu devenir réalité...

3 Janvier 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Ecrit en 2007... "Janvier 2015..." - Un rêve qui aurait pu devenir réalité...

J'avais écrit ce texte en janvier 2007... Imaginant l'avenir...

Janvier 2015...

J'ouvre la porte de mon bureau. Il est neuf heures, un lundi matin de janvier 2015. C'est l'une de mes dernières années de ce métier qui m'a tant apporté. Comme chaque début de journée, je consulte mes mails. Des collègues avec lesquels nous sommes en liaison constante me font part de leurs expériences, de leurs succès et échecs. Le Centre National de Recherche et de Documentation Pédagogique nous fait parvenir sa lettre hebdomadaire accompagnée d' adresses de sites/ressources. Je m'y suis abonné comme 95% des collègues du collège et de France, d'après les dernières statistiques. C'est un formidable soutien une mine d' informations, d'idées partagées, de débats, de contributions venues de l'étranger même. Chaque enseignant dispose d'un correspondant.

Les trois notes du carillon indiquant le début des séances de travail résonnent dans les couloirs. Avec une professeur de mathématiques, je me rends dans ma salle, disposée, celle-là, en amphithéâtre, pour une intervention sur l'Histoire de sa discipline. Les élèves auront, grâce aux ordinateurs individuels dont chacun dispose en plus des classeurs, la possibilité d' effectuer leurs recherches, de commencer leur dossier, de choisir leurs documents servant d' illustrations. Tout cela sous notre autorité bien entendu et dans le respect des consignes. Après une trentaine de minutes de débat, de discussion pendant laquelle les intervenants s'écoutent et se répondent, chacun se plonge dans son travail. On entend seulement le cliquetis des claviers, quelques discussions aussi sans que cela gène qui que ce soit. Ce n'est pas « le meilleur des mondes » Non, simplement une séance de travail, de recherche, de réflexion partagée.

« Monsieur, j'ai terminé. Je peux me rendre à la bibliothèque ? »

Sur une séance d' une heure trente, nos élèves doivent, c'est la règle, rester une heure. Ensuite, ils ont la liberté d'occuper leur temps comme bon leur semble à condition qu'il s'agisse d'une activité de travail.

Onze heures... J'ai rendez vous dans mon bureau avec deux élèves qui doivent me soumettre le résultat d'un « mémoire ». L'un d'eux est le tuteur du second. Ce dernier, en grandes difficultés, a choisi son tuteur et à intervalles réguliers, d'après un calendrier strict et discuté en commun avec les parents, doit respecter un programme de travail qui lui permettra de reprendre ensuite le rythme des cours. Aucune note, mais des appréciations et des corrections très détaillées viennent évaluer ses progrès. Nous passons quarante cinq minutes ensemble. Ils ont quatorze ans tous les deux... Il y a quelques années, jamais ils n'auraient eu l'opportunité de travailler de la sorte. Un élève en difficulté en sixième restait souvent en difficultés jusqu'en troisième ! « De toute façon, il ne s'en sortira pas ! » entendait-on   souvent.

Treize heures... J'ai le choix de rester au collège pour prévoir et organiser des rendez vous avec des parents, de futurs intervenants, répondre à mon courrier électronique, préparer mes cours ou corriger des travaux. Les notes seront directement transmises aux élèves sur leur « boite de notes » et, bien entendu, une correction sera établie avec eux. L'informatique n'a pas « remplacé » la parole. Elle n'est qu'un outil de travail au service de toutes et tous. Mais je peux aussi réunir un groupe d'élèves dont j'ai la responsabilité et qui a pris du retard dans telle ou telle activité. Ils sont « libres » à cette heure et jusqu'à seize heure. Chacun s'est réparti dans les ateliers d'activités choisies ou imposées en début d'année. Ils peuvent les interrompre à tout moment sur simple demande d'un enseignant. Et si deux collègues choisissent d'intervenir à la même heure, une rapide concertation règle ce petit souci. Je peux, si rien ne me retient, rentrer chez moi. Ou participer à une réunion de l' équipe pédagogique, partielle ou totale, selon les besoins et urgences du moment. Jamais le chef d'établissement n'intervient dans ce domaine. Les enseignants sont maîtres de leur pratique pédagogique. Seuls les conseils de classes permettent d'échanger avec notre principal. Ou, enfin, recevoir un professeur d'école... Nous travaillons aussi avec eux depuis quelques années. On se parle...

« Monsieur, je dois clore mon dossier d'orientation. Savez vous si les conseillers sont là aujourd'hui ? »

Chaque établissement dispose d'un ou deux conseillers d'orientation, formés pour cela, et à disposition des élèves comme des enseignants. C'est un « plus » incontestable ! Je me souviens des difficultés d'il y a dix ans ! Moi même me perdais souvent dans le dédale des filières et des moyens d'y parvenir, ou d'en sortir !

... « Monsieur, ça a sonné ! On vous attend ! »

Je sursaute ! Je reconnais la voix de Pierre ! Pierre ? Oh ! bon sang... Je me suis assoupi sur un canapé de la salle des professeurs et il vient me chercher ! J' ai cours ! Il est seize heures ! Mes vingt huit élèves de sixième me réclament ! Une heure en fin de journée pour une suite de leçons sur les compléments circonstanciels de lieu et de temps !

Nous sommes en janvier 2007... Tout reste à faire... TOUT !

« Allez Pierre ! On y va ! »

Christophe Chartreux

                       _____________________________________________________

Ce rêve aurait pu devenir réalité...

Hélas... Hélas...

Christophe Chartreux

Lire la suite

Les ravages du «en même temps»…

3 Janvier 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

Les ravages du «en même temps»…

Drôle de moment que fut cette dernière semaine de l’année. C’est peut-être la période où l’on s’est senti malgré soi le plus saisi par le «en même temps» dont on ne pouvait en même temps que constater les ravages. Pris dans la pince entre Noël et la Saint-Sylvestre, on hésite entre le passé et l’avenir, la tradition et la nouveauté. Ça sent le sapin et en même temps les jours rallongent, le gavage des oies est un supplice et en même temps le foie gras est un délice, les fêtes de famille nous gavent et en même temps on n’y coupe pas, gilets jaunes et jolie neige se partagent les conversations, engueulades et baisers sous le gui se disputent le temps imparti, l’année se termine amèrement et en même temps on espère beaucoup de la suivante. Est-ce la fin de quelque chose ou bien le début d’autre chose ? Les deux. Si 2018 rimait avec «les carottes sont cuites», 2019 rime avec neuf - sang neuf, an neuf -, avec teuf (au moins le premier jour), avec meuf (2019, année des meufs ? On n’y croit plus trop, en même temps) mais aussi avec bœuf (nerf de) et keuf (2019, année des keufs ? Plausible…). Les gilets jaunes réveillonnent sur les ronds-points parce qu’ils craignent que l’heure des fêtes ne signe leur défaite, et en même temps n’est-ce pas avant tout qu’ils jouissent ainsi d’une solidarité nouvelle, plus jubilatoire que l’ennui suintant de tous les écrans télé ? Mesure-t-on combien l’envie d’être ensemble compte dans les révolutions ? Révolution, souvenez-vous, c’était le titre du livre d’Emmanuel Macron, écrit pour nous présenter non son programme mais sa «vision». Prenant acte du «divorce entre le peuple et ses gouvernants», il refusait la sinistre alternance de la droite et de la gauche, inaugurant ainsi le règne du ni-ni - ni droite ni gauche - avant que l’on ne s’avise qu’il s’agissait là d’un vieux slogan fasciste. Lui fut alors préféré le et-et, le «en même temps» qui prétendait rejeter la pensée unique sans pour autant sombrer dans un centrisme mou. Mettant en avant la «complexité» du monde, Emmanuel Macron prônait la nuance, la dialectique. Il se voulait à la fois populiste et élitiste, humaniste et positiviste, social et libéral. «Il y en a qui aiment les cases, les idées bien rangées, eh bien moi, je continuerai à utiliser "en même temps"», martelait-il en 2017, suivi par tous ses militants.

Le problème est que cet «en même temps» a montré ses limites. Peut-on en même temps aimer et mépriser ? Promettre et trahir ? Etre sourd et écouter ? Humilier et soutenir ? Le paradoxe est que ce slogan macronien semble avoir engendré les manifestations qui lui sont hostiles en même temps qu’elles le reprennent. Ses opposants sont les enfants de son «en même temps». L’union des contraires est forte lorsqu’elle rassemble jeunes et vieux, chômeurs et retraités, ménagères et routiers, syndiqués et apolitiques. Mais que dire lorsque s’intriquent le bon et l’ignoble ? En effet, les aspirations légitimes des gilets jaunes cohabitent avec des revendications insupportables. Peut-on réclamer plus de justice sociale et en même temps rêver de jeter tous les étrangers dehors ? Brandir le drapeau français en même temps que des banderoles antisémites ? Etre pacifiste et violent ? Prétendre au pouvoir et piétiner le processus électoral ? Développer une réflexion cohérente en même temps que des thèses complotistes ? Croire au complot qui cette année fait tomber l’attentat de Strasbourg juste après l’acte V et Noël pile pendant la contestation ? Comme le dit l’humoriste Haroun : «Surprise ! Y a des cons chez les pauvres !» Sûrement pas autant que de salauds chez les riches, mais en même temps… A force de détester les idées bien rangées, ne fait-on pas de la place aux idées bien dérangées ? Quand les extrêmes, unis par les mêmes fantasmes haineux, font bonnet blanc et blanc bonnet, le totalitarisme a de beaux jours devant lui, et le jaune vire au brun. Assez d’entendre dire que les antisémites, homophobes, xénophobes sont minoritaires au sein du mouvement. On ne peut pas être minoritaire et en même temps faire tant de bruit. Avoir un leader qui soutient Alain Soral, faire des quenelles à tout va, et en même temps être un type bien. A bas la confusion des «en même temps» ! En 2018, accusé d’avoir humilié les «Gaulois réfractaires» lors d’un voyage au Danemark, Macron avait plaidé l’humour… et l’amour. En même temps, «je les aime, ces tribus gauloises», avait-il assuré. Au seuil de l’an neuf, le Gaulois lui répond : si tu m’aimes tant, prouve-le.

Cette chronique est assurée en alternance par Thomas Clerc, Camille Laurens, Tania de Montaigne et Sylvain Prudhomme.

Camille Laurens Ecrivaine

Lire la suite

«Stylos rouges» en manque de «reconnaissance» et «en colère»... Par Claude Lelièvre...

3 Janvier 2019 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education

«Stylos rouges» en manque de «reconnaissance» et «en colère»... Par Claude Lelièvre...

C’est du moins ce qui apparaît au premier plan lors d’une interview récente de Jennifer, membre du groupe de six enseignants créé à la mi-décembre : « On n’est ni reconnus par notre employeur ni par la société. »

On le sait, six enseignants du primaire et du secondaire ont créé ce groupe des « Stylos rouges en colère » sur Face-Book à la suite de l'intervention télévisée du président de la République à la mi-décembre 2018 lorsqu'ils ont constaté qu'Emmanuel Macron n'avait pas eu un mot pour les enseignants (alors qu'il citait d'autres catégories de fonctionnaires à prendre en compte et à valoriser). Ils ont été rejoints depuis par plus de quarante mille enseignants.

Ce n'est pas la première fois que se développent des mouvements hors des organisations syndicales (on peut citer par exemple les coordinations contre la mise en place de maîtres-directeurs en 1986, ou bien le mouvement des ''désobéisseurs'' contre certains des aspects de la politique menée par Xavier Darcos dans le primaire en 2008). Mais c'est la première fois que cela prend cette forme et que, par delà des revendications assez classiques (revalorisation des salaires et abaissement du nombre d'élèves par classe notamment), est mis en avant le manque de « reconnaissance » ou de « considération », aussi bien de la part du pouvoir en place que de la « société ».

Jennifer, professeure des écoles et modératrice du groupe sur Face-Book insiste : « On a tellement d'étiquettes qui nous ont été collées. La première, c'est qu'on est tout le temps en vacances. Au final, on se sent complètement abandonnés. Beaucoup craquent. Dans les témoignages que l'on a, c'est assez désolant. »

Selon l'étude Talis de l'OCDE datant de 2014, seulement 5 % des professeurs de collège français estimaient que leur métier était valorisé dans la société. C'était le taux le plus faible (à comparer au taux moyen de 31 % dans l'ensemble des pays de l'OCDE).

À vrai dire, le sentiment des enseignants de n'être pas reconnus vient de loin ; et il est pour le moins paradoxal (surtout s'il s'agit de la « société » dans son ensemble) si l'on en juge par nombre de sondages (qui vont dans le même sens en l'occurrence).

Comme je l'ai déjà écrit dans un article paru dans Slate le 5 novembre 2016 (et je persiste et je signe) : toutes les études pointent depuis plusieurs années que les enseignants estiment très majoritairement avoir « une activité professionnelle qui passionne » et « faire un travail utile pour la société » ; mais ils disent « manquer de reconnaissance » et « se sentent incompris » de leur entourage, ou de la société en général. Et pourtant, on ne retrouve pas ce déficit de considération dans les enquêtes auprès des Français. Un sondage CSA de 2014 indiquait que, pour près de huit Français sur dix, enseignant est un « métier d'avenir ». 81 % des sondés disaient avoir de la « considération » pour eux et « une image positive du métier », et que les trois-quarts seraient fiers que leur enfant devienne enseignant. Un sondage CSA effectué fin juin 2005 indiquait d'ailleurs que le « tiercé gagnant » des métiers que les Français recommanderaient à leurs enfants si ceux-ci leur demandaient conseil serait dans l'ordre : médecin (43 %), ingénieur (35 %) et enseignant (33 %) ; loin devant avocat (26 %) ou commissaire de police (15 %).

Le sentiment dominant chez les professeurs – et depuis longtemps – est de n'être pas estimé à leur juste valeur. Il y a déjà un demi siècle, en 1965, ils pensaient massivement être peu reconnus (et, par exemple, de ne bénéficier de l'estime que de moins de 15 % des commerçants, industriels ou militaires). Et pourtant : un sondage IFOP montrait dès 1959 que si la considération du public les plaçait après les médecins, ils étaient presque à égalité avec les ingénieurs, et devant, déjà, les notaires ou les officiers. En 1972 : une étude indiquait que la très grande majorité des enseignants estimaient que leur prestige avait reculé ; et, en 1977, une enquête de la SOFRES soulignait que plus des trois quarts des professeurs pensaient que le prestige de leur métier était faible ou nul (fin de l'extrait de mon article sur Slate du 5 novembre 2016).

Cela signifierait-il que le mouvement entrepris par les « Stylos rouges en colère » n'aurait aucun sens ? Pas le moins du monde. Ce qui précède devrait au contraire les encourager, car les enseignants ont à leur crédit beaucoup plus de considération (et donc de soutien potentiel) qu'ils ne l'imaginent. Mais, venant du côté gouvernemental, il y a en effet bien du souci à se faire : il y a de fortes chances que les enseignants fassent partie des « dindons de la farce » de la conjoncture actuelle. La question scolaire ne fait pas partie des priorités d'Emmanuel Macron (même sur le plan symbolique: le rang protocolaire de l'ordre des citations des ministres lors des trois présentations des trois gouvernements successifs a mis régulièrement Jean-Michel Blanquer à la plus basse place du ministère de l'Education nationale sous la cinquième République ; et il est pourtant prisé personnellement par le chef de l'Etat..). Il en est de même (comme cela a été justement relevé par les « Stylos rouge en colère »), pour ce qui concerne l'absence totale de référence aux enseignants dans les annonces faites par Emmanuel Macron le 11 décembre dernier...

Claude Lelièvre

Commentaire:

Dommage que ce mouvement, dans sa charte publiée sur sa page Facebook, demande:

- plus de sanctions pour les élèves

- le retrait - entre autres - de la réforme du collège (pourtant déjà tellement détricotée)

CC

Lire la suite

Quelle liberté d’expression des profs sur les réseaux sociaux?...

3 Janvier 2019 , Rédigé par Slate - Louise Tourret Publié dans #Education

Quelle liberté d’expression des profs sur les réseaux sociaux?...

C'était en novembre 2018...

CC

                            ________________________________________________

EXTRAITS

Il faut se méfier de celles et ceux qui voudraient nous faire croire que les profs ne sont pas censés avoir d’opinion sur ce qui se passe dans l’Éducation nationale.

Peut-on tout dire de son métier et de sa vie professionnelle? Peut-on critiquer publiquement son employeur? Et qu’en est-il si ce dernier n'est autre que l’Éducation nationale et que vous appartenez aux quelque 881.400 profs qui la composent? Pour suivre beaucoup de comptes d’enseignantes et enseignants sur les réseaux sociaux, je constate qu’ils sont nombreux à ne pas s’en priver. Certains parlent des élèves, parfois pour les juger et en dire du mal –ce qui peut interroger sur leur manque de bienveillance– mais la plupart s’en prennent plutôt à leur hiérarchie ou carrément à l’institution qui les emploie.

C’est ce qu’on a pu remarquer avec la diffusion massive du hashtag #Pasdevague après le fait divers qui a secoué l’école le 21 octobre dernier: un élève avait pointé une arme factice sur une professeure. La scène, filmée par un autre élève, a été diffusée sur les réseaux sociaux et a secoué l’opinion publique. Rapidement, massivement et sous la formule commune du mot-clé #Pasdevague, des personnels enseignants ont exprimé leur colère, se sont plaints, ont fait le constat amer du manque d’écoute et de soutien dans leur établissement.

Ils ont parfois dit du mal des élèves et finalement, on a vite compris que dans ces témoignages disparates, tout le monde n'exprimait pas la même chose. En particulier concernant le regard porté sur les élèves: certains profs étaient dans la déploration, d’autres dans la colère, d’autres encore dans la compréhension.

(...)

Faut-il apprendre pour autant aux professeures et professeurs à se servir des réseaux sociaux? Pas plus qu’à n'importe qui. Concernant le rapport à leur métier, le droit existe et il est bien connu. Maître Valérie Piau, avocate spécialiste en droit de l’éducation, autrice du Guide Piau, les droits des élèves et des parents d’élèves (éditions L’Étudiant) n’a pas connaissance de condamnations relatives à l’usage des réseaux sociaux pour les personnels enseignants et se réfère au Code de l’éducation:

«Concernant les recommandations et règles qui entourent leur expression publique, on est du côté de la “réserve des fonctionnaires”, il s'agit de la manière dont on s'exprime, avec mesure, plutôt que du fond. Ainsi c’est l'injure et la diffamation, et non la critique, qui sont condamnables.» Comme pour tout le monde, en fait.

(...)

Louise Tourret

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Ecole : à Chilly-Mazarin, l’enfance à cœur...

3 Janvier 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Ecole : à Chilly-Mazarin, l’enfance à cœur...

En ce début d’année, «Libération» continue de suivre des personnes engagées dans un combat local. Aujourd’hui, Fatima Souchi, directrice d’école, qui se bat pour le bien-être de ses élèves et de leurs familles.

Son regard se tourne en direction d’un homme, qui l’attend au coin de la rue. «Ce monsieur là-bas, on lui a coupé l’électricité. Il a trois enfants, l’aîné est autiste.» Fatima Souchi, 50 ans, est debout devant les grilles de son établissement, l’école élémentaire Louis-Pasteur à Chilly-Mazarin, dans l’Essonne. C’est la directrice. Son entourage a beau lui répéter que ce qui se passe à l’extérieur de son établissement ne la concerne pas, elle n’écoute pas. «J’ai passé deux heures en ligne avec le fournisseur d’énergie pour un étalement de la dette. Ils n’ont rien voulu entendre.» Elle racontera la fin de l’histoire dans son salon, le lendemain de Noël. «J’ai payé la facture. 1 500 euros avec mes sous. Que faire d’autre ? Les laisser comme ça, dans le noir, avec le gamin autiste en crise de panique ? Non, je ne pouvais pas, c’était inhumain. Il me remboursera petit à petit.»

«Missions invisibles»

Fatima Souchi fait partie de ces personnels de l’Education nationale qui s’investissent au-delà de leurs fonctions. Sans même avoir conscience de faire quelque chose d’exceptionnel. «Bien sûr, personne ne me demande de faire ça. Je ne suis ni psy, ni assistante sociale, ni juriste. Mais je vois l’enfant derrière. C’est lui ma mission. S’il a trop de problèmes à la maison, il ne peut pas apprendre.»

L’école Pasteur est un grand établissement avec 402 élèves, en majorité des enfants d’ouvriers et travailleurs pauvres. De ceux abonnés au découvert bancaire dès le 10 du mois, aux factures impayées et repas sautés. De ceux qui vivent dans cette angoisse permanente de perdre pied, en équilibre sur un fil.

A lire aussi Le délitement sans fin de la médecine scolaire

Alors Fatima Souchi déborde régulièrement du cadre. Elle appelle ça «mes missions invisibles». Elle tend l’oreille à la récré, à la cantine, apporte à l’école les vêtements trop petits de ses neveux et nièces, «comme on fait dans beaucoup d’écoles». Elle appelle les parents dès qu’elle suspecte quelque chose qui cloche. «C’est juste que je refuse de ne pas voir.» Ne pas voir, par exemple, cet enfant qui rentre tout seul chez lui à midi alors que jusque-là il venait à la cantine. Souvent la même histoire : «Les parents se retrouvent dans le rouge, au bord de la dégringolade, avec la peur que les huissiers débarquent. Alors ils arrêtent la cantine et les enfants rentrent manger un plat de pâtes dans le meilleur des cas.» Elle marque un temps : «Tant que je serai directrice, tous les enfants mangeront comme il faut à midi. Je ne conçois pas les choses autrement dans notre pays.» Elle parle avec aplomb. «L’école est le dernier rempart, le dernier service public de proximité. Et donc nous sommes en première ligne.»

Régulièrement, elle se pose sur le trottoir devant l’école pour montrer aux parents qu’elle est là, disponible. Certains viennent d’eux-mêmes, comme cette mère sans-papiers qui voulait inscrire sa fille handicapée à l’école. «Je l’entends me dire : "Ma fille n’a pas de fauteuil roulant mais ne vous inquiétez pas, elle rampe." Je lui explique que ce n’est pas possible, par dignité. Mais après ? Un "Débrouillez-vous, revenez avec un fauteuil" ? Non, je représente l’Etat français. Je suis une courroie de transmission, je les oriente vers les services pour les aider. Sauf qu’il y en a de moins en moins.»

Elle a le sentiment d’être de plus en plus seule. Au fil des ans, les services publics de proximité «disparaissent» : la maison des solidarités, qui abrite les assistantes sociales, ou le centre médico-psychologique qui ont déménagé plus loin par exemple. «Ils appellent ça du "redéploiement". Vu d’en haut, les décideurs maximisent les moyens, ça peut se comprendre. Mais ils ne mesurent pas les conséquences insidieuses. Traverser la rue pour demander de l’aide, c’est déjà dur, mais alors faire des kilomètres…» Elle soupire, pense à «tous ces partenaires» perdus. «Je connaissais les assistantes sociales, on travaillait ensemble, en étoile. On était efficaces. Il faut tout reconstruire. Ça prend du temps.» Pour le fauteuil roulant de la petite, elle a fini par avancer l’argent pour la location à la pharmacie. «Finalement, l’histoire s’est réglée grâce à l’intervention du médecin scolaire. J’ai été remboursée. Heureusement qu’elle est encore là, c’est mon dernier appui.» Une chance car les médecins scolaires ne sont pas assez nombreux et manquent souvent, surtout dans les territoires ruraux et défavorisés où la médecine générale est en crise.

Fille d’immigrés

Au sein de l’équipe enseignante, c’est parfois un peu compliqué. «Ça va mieux, mais quand je suis arrivée ici, des collègues trouvaient que je me mêlais de ce qui ne me regarde pas… Au détriment du reste. C’est vrai que ce temps passé à aider les familles, c’est des heures en moins pour m’occuper de l’équipe.» La première fois que l’on a rencontré Fatima Souchi, en octobre dernier, on était venu raconter l’histoire de Joseph, hébergé par le Samu social dans un hôtel et en bagarre avec la municipalité de Chilly-Mazarin qui refusait de scolariser ses trois enfants dans l’école voisine. Fatima Souchi les avait accueillis, sans hésiter, tenant tête à la mairie et à sa hiérarchie - «Les enfants n’ont pas à être mêlés aux problèmes des adultes», répète-t-elle.

Ce jour-là, elle était apparue toute discrète, devant le portail de l’école, presque effacée derrière la gardienne. On va la saluer. Elle se met à raconter dans un flot un peu décousu, ses dix frères et sœurs «qui ont tous bien réussi». Son frère commissaire de police, sa sœur professeure à l’université. Son père kabyle arrivé en France en 1946. Il collait des affiches pour l’indépendance de l’Algérie, c’est comme ça qu’il a rencontré sa femme. Elle parle de son enfance dans le Nord, à Tourcoing, fille d’immigrés, «de l’école de la République, qui nous a donné l’espoir de réussir. On nous répétait qu’en travaillant, on y arriverait. On y a cru et ça a marché. Cet espoir, je veux le transmettre aux enfants à mon tour. J’y crois».

Marie Piquemal

Lire la suite

The Doors...

2 Janvier 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de coeur... Gustave Flaubert...

2 Janvier 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Ce fut comme une apparition :

Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.

Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.

Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manœuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière.

Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites.

Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une petite fille, déjà grande. L'enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait de s'éveiller. Elle la prit sur ses genoux. " Mademoiselle n'était pas sage, quoiqu'elle eût sept ans bientôt ; sa mère ne l'aimerait plus ; on lui pardonnait trop ses caprices. " Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces choses, comme s'il eût fait une découverte, une acquisition.

Il la supposait d'origine andalouse, créole peut-être ; elle avait ramené des îles cette négresse avec elle ?

Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le bordage de cuivre. Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans ! Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber dans l'eau ; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit :

- " Je vous remercie, monsieur. "

Leurs yeux se rencontrèrent.

- " Ma femme, es-tu prête ? " cria le sieur Arnoux, apparaissant dans le capot de l'escalier.

Flaubert -  L'éducation sentimentale

Lire la suite

Quand Emmanuel Macron oublie les enseignants...

2 Janvier 2019 , Rédigé par christophe

Quand Emmanuel Macron oublie les enseignants...

Emmanuel Macron donne du grain à moudre aux «stylos rouges en colère»

Le chef de l’Etat a oublié de citer les professeurs lors de ses voeux

Lorsqu’on souhaite remercier tout le monde, le risque est d’en oublier un ou deux. Lors de ses vœux, Emmanuel Macron a voulu « avoir un mot pour tous ceux qui, au quotidien, permettent à notre République d’œuvrer à la plus grande dignité de chacun » et qui « tissent le lien de la Nation ». Qui sont-ils, selon le chef de l’Etat ? « Nos pompiers, nos gendarmes, nos policiers, nos personnels soignants, les élus de la République, les engagés bénévoles des associations ». Personne n’a été oublié ? Si, évidemment, les professeurs.

De quoi les énerver passablement, surtout ceux qui ont décidé de partager leurs revendications sur les réseaux sociaux. Après #Pasdevague, c’est aujourd’hui un groupe Facebook qui les regroupe. « Les stylos rouges en colère » a été créé le 12 décembre et compte 40 600 membres (sur les quelque 880 000 enseignants qu’emploie l’Education nationale). Leurs réactions aux vœux d’Emmanuel Macron ne se sont pas fait attendre. Dès le 1er janvier, on a pu lire « Merci Monsieur le Président ! Les enseignants sont heureux d’apprendre que vous les avez oublié [sic]… Une fois de plus ! #stylosrouges ». L’auteur a manifestement oublié une règle de grammaire… « Mais ne vous inquiétez pas, nous les #stylosrouges allons CRIER HAUT ET FORT que nous aussi, nous faisons avancer la République ».

Bienveillance. Comme les Gilets jaunes, les fonctionnaires de l’Education nationale qui se sont reconnus dans les « stylos rouges » se sont lancés sans inviter, pour le moment, les syndicats d’enseignants. Ce groupe de « profs en colère » veut que le métier soit revalorisé, exige une « vraie bienveillance pour ses élèves en améliorant leurs conditions d’apprentissage » et que soit reconnue « la qualité de leur fonction et leur travail ». En oubliant de les mentionner dans ses vœux, Emmanuel Macron qui a malgré tout évoqué l’importance de l’éducation ailleurs dans son discours, leur a donné un motif d’insatisfaction supplémentaire.

Irène Inchauspé

Lire la suite

A Voir... "Asako", de Ryusuke Hamaguchi...

2 Janvier 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Cinéma

(...)

Asako est un très grand, très juste film sur ce que c’est que d’être aimé, et d’aimer en retour - une déconstruction de tous les instants.

Olivier Lamm

Lire la critique dans son intégralité en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Les Rita Mitsuko...

1 Janvier 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 > >>