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Vivement l'Ecole!

Et pour accompagner Montaigne...

15 Décembre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de Coeur... Michel de Montaigne...

15 Décembre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

De la vanité

    J'ai la complexion du corps libre, et le goût commun autant qu'homme du monde. La diversité des façons d'une nation à autre ne me touche que par le plaisir de la variété. Chaque usage a sa raison. Soient des assiettes d'étain, de bois, de terre: bouilli ou rôti: beurre ou huile de noix ou d'olive: chaud ou froid, tout m'est un: et si un, que vieillissant, j'accuse cette généreuse faculté et aurais besoin que la délicatesse et le choix arrêtât l'indiscrétion de mon appétit et parfois soulageât mon estomac. Quand j'ai été ailleurs qu'en France, et que, pour me faire courtoisie, on m'a demandé si je voulais être servi à la française, je m'en suis moqué et me suis toujours jeté aux tables les plus épaisses d'étrangers. J'ai honte de voir nos hommes enivrés de cette sotte humeur de s'effaroucher des formes contraires aux leurs: il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangères. Retrouvent-ils un compatriote en Hongrie, ils festoient cette aventure: les voilà à se rallier et à se recoudre ensemble, à condamner tant de mœurs barbares qu'ils voient. Pourquoi non barbares, puisqu'elles ne sont françaises? Encore sont-ce les plus habiles qui les ont reconnues, pour en médire. La plupart ne prennent l'aller que pour le venir. Ils voyagent couverts et resserrés d'une prudence taciturne et incommunicable, se défendant de la contagion d'un air inconnu.
  
Ce que je dis de ceux-là me ramentoit, en chose semblable, ce que j'ai parfois aperçu en aucuns de nos jeunes courtisans. Ils ne tiennent qu'aux hommes de leur sorte, nous regardant comme gens de l'autre monde, avec dédain ou pitié. Otez-leur les entretiens des mystères de la cour, ils sont hors de leur gibier, aussi neufs pour nous et malhabiles comme nous sommes à eux. On dit bien vrai qu'un honnête homme c'est un homme mêlé.
    Au rebours, je pérégrine très saoul de nos façons, non pour chercher des Gascons en Sicile (j'en ai assez laissé au logis): je cherche des Grecs plutôt, et des Persans: j'accointe ceux-là, je les considère: c'est là où je me prête et où je m'emploie. Et qui plus est, il me semble que je n'ai rencontré guère de manières qui ne vaillent les nôtres. Je couche de peu, car à peine ai-je perdu mes girouettes de vue.

Les Essais, livre III, chapitre IX (extrait) - Montaigne

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Instruction obligatoire à 3 ans : un cadeau pour l’école maternelle privée...

15 Décembre 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Instruction obligatoire à 3 ans : un cadeau pour l’école maternelle privée...

Où est la parité entre l’école publique et l’école privée quand 90 % des enfants de maternelle sont scolarisés dans le public ? Sous couvert «d’égalité», la mesure introduit l’obligation de financement du privé par les collectivités locales.

Tribune. Le projet de loi «pour une école de la confiance» introduit l’instruction obligatoire à 3 ans, promesse du candidat Macron confirmée en mars 2018 lors des Assises de l’école maternelle. Cette annonce est placée sous le signe de la lutte contre les inégalités et le droit à la réussite de tous les élèves. Le problème, c’est qu’en réalité 97 % des enfants de 3 ans sont d’ores et déjà scolarisés, donnant à cette mesure un caractère d’effet d’annonce plutôt que d’une véritable transformation de l’école.

Et pour les 3 % non scolarisés, outre la problématique des enfants des territoires ultra-marins où les questions de financement et de construction d’écoles se posent, rappelons que l’obligation scolaire n’oblige en rien les familles à inscrire leur enfant à l’école, au sens où existe toujours la liberté d’instruction à domicile. De ce fait, l’obligation scolaire à 3 ans ne changera rien à la présente situation, les familles pouvant continuer à instruire leur enfant à la maison.

Par conséquent, à partir du moment où la quasi-totalité des enfants de 3 ans est scolarisée, comment croire à cette volonté «égalitaire» ? Que se cache-t-il réellement derrière cette mesure ? La réponse à cette question se trouve dans l’article 3 du projet de loi, qui rend obligatoire le financement des écoles maternelles privées sous contrat par les communes.

Là où le bât blesse, c’est que cette obligation est en totale contradiction avec la prétendue «égalité» invoquée par le Président et son ministre pour justifier cette décision. En effet, il n’y a pas de parité entre l’école publique et l’école privée puisque 90 % des enfants de maternelle sont scolarisés dans le public, l’obligation scolaire à 3 ans ne bénéficiant donc principalement qu’aux écoles privées.

De surcroît, l’ensemble des études sociologiques attestent que la mixité sociale des écoles publiques est directement affectée par le développement des écoles privées, accentuant la marginalisation, la dégradation, voire la ghettoïsation des écoles publiques.

Enfin, cette décision marque à coup sûr la disparition de la priorité à la scolarisation des enfants de moins de 3 ans, pourtant reconnue encore tout récemment dans le rapport Borloo sur les banlieues comme un formidable outil dans la lutte contre les inégalités.

En décidant, sous couvert d'«égalité», la scolarisation obligatoire à 3 ans, le président de la République et son ministre de l’Education introduisent subrepticement l’obligation de financement des maternelles privées par les communes : c’est un bien mauvais coup porté à l’école maternelle publique et aux collectivités locales.

Yannick Trigance Conseiller régional PS d'Ile-de-France

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Le changement climatique est le grand oublié des programmes au lycée...

15 Décembre 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Le changement climatique est le grand oublié des programmes au lycée...

En pleine COP24 en Pologne, les nouveaux programmes pour le lycée préparés en France restent étonnamment faibles sur l’enjeu climatique et bien peu concrets. « On oublie de parler de l’influence humaine qui perturbe le climat », s’inquiètent des spécialistes, tandis que le ministère de l’éducation nationale minimise la question.

Les nouveaux programmes du lycée n’en finissent pas de créer des remous. Ceux de sciences et de sciences de la vie et de la Terre sont à leur tour pointés par plusieurs experts pour la part réduite consacrée au climat et à ses enjeux. Préparés pour les classes de seconde et de première, ils apparaissent comme en décalage eu égard à l’importance de la question climatique dans la société.

Par exemple, l’expression « changement climatique » n’est évoquée qu’une seule fois dans l’enseignement de spécialité sciences et vie de la Terre en première, et dans une parenthèse lors d’une énumération sur l’humanité et les écosystèmes. Dans le programme de seconde, l’accent est mis sur la sédimentation (le terme apparaît 19 fois), là où le mot climat n’est cité que quatre fois. Dans cette classe, les élèves ne feront qu’effleurer la problématique du changement climatique, pour leur expliquer que « le changement climatique peut étendre la transmission de certains pathogènes en dehors de leurs zones historiques ».

Concernant le programme général d’enseignement scientifique de première, on lit en préambule que « les conséquences de l’activité humaine sur l’environnement et leur contrôle seront particulièrement développées dans le programme de terminale ». Sauf que le programme de terminale n’est toujours pas écrit.

La réforme du lycée crée une nouvelle discipline, « enseignement scientifique ». En seconde, la notion précise de climat n’apparaît là encore que trois fois. Certes, le lien entre l’activité humaine et le changement climatique est précisé noir sur blanc : « La présence humaine modifie le climat ; ses déchets s’accumulent et son utilisation des ressources naturelles est massive. Si l’espèce humaine n’est pas la première forme de vie à transformer la planète, c’est sans aucun doute la première qui s’en préoccupe. » Mais c’est une façon particulièrement étrange de présenter les choses et à la limite du relativisme, à l’heure où le phénomène « anthropocène » est parfaitement documenté.

Cette manière d’aborder ce phénomène scientifique occulte ses aspects les plus problématiques. En classe de seconde et de première de la voie générale, dans l’enseignement de spécialité, les jeunes n’entendront pas parler d’effet de serre. En première, la distinction climat/météorologie devrait être abordée, mais ne fait pas l’objet de plus de développement que cela. Là, où il faudrait, insistent les spécialistes, expliquer le lien causal entre les deux phénomènes. Par exemple, les risques de canicule et de pluies diluviennes sont multipliés.

Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe de travail sur le changement climatique du GIEC, est en colère à la lecture de ces projets. Elle considère que ces programmes signent un retour en arrière dans la manière d’aborder la question climatique. « On dirait qu’on revient aux années 1950-70 quand on étudiait les zones climatiques avec la circulation de l’atmosphère et des océans, c’est très descriptif mais on oublie de parler de l’influence humaine qui perturbe le climat, ce dont on est certain scientifiquement », explique-t-elle. 

Le sujet ne fait l’objet que d’une dizaine d’heures d’enseignement tout au plus. « C’est une fraction ridicule, le climat continue de changer et les citoyens doivent comprendre les implications de cela en matière de changement de société. Il faut que les jeunes connaissent les ordres de grandeur du changement et comprennent l’objectif de 1,5 degré à l’horizon 2050 et 2 degrés en 2070. »

Le ministère de l’éducation nationale, interrogé par Mediapart, précise que ceux-ci vont être développés comme cela est écrit dans le préambule du programme d’enseignement scientifique. « Qu’il y ait une vigilance sur ces questions, c’est très bien, mais maintenant les critiques fermées ne nous semblent pas justifiées. Il y a plusieurs entrées dans ces programmes », précise-t-on encore rue de Grenelle. Et de préciser que dès la seconde, des développements sur l’impact de l’activité humaine sur la biodiversité (comme l’érosion) sont prévus.

Xavier Hill, co-responsable du groupe SVT au Snes-FSU, a analysé en détail ces projets de programmes qu’il juge encore plus lourds que les précédents et remarque aussi quelques manques. Pour lui, les classes de seconde vont bénéficier d’un enseignement purement géologique sans insister sur les questions climatiques. Il juge également que leur place dans l’enseignement scientifique du tronc commun en première et terminale est réduite. « Mais c’est annoncé en terminale », espère-t-il.

Au ministère de l’éducation nationale, on insiste : « Les choses sont abordées sous différents angles, en seconde, en première et en terminale. Il ne faut pas juger un programme sans une vision complète. Il ne faut pas non plus oublier le continuum éducatif. Les élèves sont sensibilisés dès le collège au développement durable. »

Xavier Hill, du Snes-FSU, nourrit quelques inquiétudes. « On aurait souhaité que ces problématiques environnementales et sociétales soient plus présentes dès la première. Et l’organisation de cette nouvelle discipline d’enseignement scientifique n’est pas du tout claire. On ne sait pas si ce sont les professeurs de mathématiques ou de physique qui vont se charger de ces cours. Il n’y a aucune directive nationale sur le déroulé de cette discipline. »

L’enseignant juge aussi que ce programme d’enseignement scientifique est justement trop scientifique et pas assez concret. « Cela ne suffira pas pour répondre aux fake news comme le souhaite le ministère. C’est sympa d’étudier la cristallographie mais c’est assez éloigné des problématiques environnementales. »

Valérie Masson-Delmotte partage ces craintes et considère que l’affichage politique ne peut suffire : il faudrait passer à la vitesse supérieure car l’urgence n’est plus à démontrer. « Ces programmes sont pensés pour revenir à des fondamentaux, or les enjeux de réchauffement climatique commandent de travailler de manière transversale. Il faut expliquer aux élèves les conséquences du réchauffement climatique sur la rive nord et sud de la Méditerranée, en Nouvelle-Calédonie avec le changement du niveau des mers et le blanchissement des coraux, ou encore le déficit de pluie en Afrique de Nord et dans le Sahel. L’école est essentielle pour transmettre cela. C’est bien d’expliquer les mécanismes scientifiques mais on ne peut pas passer à côté de l’influence de l’homme sur l’effet de serre ou la qualité de l’air. »

Évidemment, ces programmes – publiés par le Snes-FSU – peuvent encore évoluer mais le processus est presque arrivé à son terme. Il y a peu de chances que des changements de fond importants soient apportés. Depuis l’été, le conseil supérieur des programmes s’est attelé à refondre l’intégralité des programmes du lycée pour épouser la réforme du baccalauréat qui crée un tronc commun d’enseignement (français, histoire-géographie, EMC, LV1, LV2, enseignement scientifique, EPS) et trois spécialités à choisir parmi douze possibles.

Il s’agit de la troisième version des programmes : ceux-ci ont d’abord été élaborés par les groupes de travail nommés par le Conseil supérieur des programmes. Puis les dix-huit membres de cette instance les ont amendés et adoptés avant de les transmettre à la Direction générale de l’enseignement scolaire et aux inspecteurs généraux.

Deux instances consultatives, la commission spécialisée des lycées (CSL) et le conseil supérieur de l’éducation, ont aussi leur mot à dire et peuvent proposer des amendements. Le dernier nommé doit se réunir les 18 et 19 décembre prochains, mais là encore cet avis n’est que consultatif. Les programmes seront définitifs lors de leur validation par Jean-Michel Blanquer et de leur publication au Journal officiel, prévue le 8 et le 9 janvier prochain. Pour bien faire, le ministre devrait s'inspirer des discussions menées par les pays réunis en Pologne.

Faïza Zerouala

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« Les “gilets jaunes”, ces exclus de la culture subventionnée »...

15 Décembre 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Culture, #Sociologie

« Les “gilets jaunes”, ces exclus de la culture subventionnée »...

EXTRAIT

Les personnes qui manifestent sur les ronds-points illustrent aussi la fracture culturelle béante en France, estime, dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

Chronique. Qui, dans la culture, soutient les « gilets jaunes » ? En grande majorité, des figures connues du spectacle, pas des gamins, qui s’expriment au croisement du spectacle d’humour, de la télévision, du cinéma, du théâtre, de l’animation.

Souvent ils touchent à tout. Ils ont un large public, populaire, proche de celui qui anime les ronds-points. Dans la liste, on cherche vainement une figure de notre élite culturelle. Entendez des plasticiens, cinéastes, comédiens, musiciens, chefs d’orchestre, metteurs en scène de théâtre, patrons de festivals ou responsables d’institutions qui créent ou gèrent des lieux prestigieux avec l’aide de l’argent public.

Le silence de ces derniers est assourdissant. D’autant qu’ils aiment parler. On imagine pourquoi : ils ne sont pas « gilets jaunes », leur public non plus. Parler, c’est prendre des coups. Que deux mondes culturels s’ignorent, on le sait depuis des lustres, mais avec les « gilets jaunes », ce fossé surgit au grand jour.

Certains de leurs soutiens en ont marre de « casquer comme des porcs ». Mais d’autres rappellent qu’ils sont favorisés et se doivent de soutenir ceux qui souffrent, de s’insurger contre la violence des élites, le mépris de classe. Ils ont pour noms Brigitte Bardot, Franck Dubosc, Patrick Sébastien, Pierre Perret, Arnaud Ducret, Anny Duperey, Gérald Dahan, Michaël Youn, Philippe Lellouche, Kaaris ou Jean-Michel Jarre.

(...)

Michel Guerrin

Suite et fin à lire (pour abonnés) en cliquant ci-dessous

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On fera de vous «une classe bien sage»...

15 Décembre 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Culture

On fera de vous «une classe bien sage»...

Dans un texte lu le 13 décembre, dans le cadre d’une soirée consacrée à la question des dérives autoritaires, l’écrivain Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012, revient sur les violences policières qui ont émaillé les mobilisations des « gilets jaunes », les interpellations préventives et les images de l’arrestation des lycéens de Mantes-la-Jolie.

Le dimanche 2 décembre, j’ai traversé le 8ème arrondissement pour me rendre à Orly. Sur le boulevard Haussmann, il y avait encore quelques barrières de chantier empilées, de grands panneaux de contreplaqués sur les vitrines et je n’ai pas pu retirer de liquide, au désespoir du chauffeur de taxi, parce que les distributeurs automatiques avaient été cassés. Pour un lendemain de guerre civile, c’était quand même assez décevant. Je ne suis pas journaliste mais il me semble que Paris n’offrait qu’une ressemblance assez lointaine avec Beyrouth en 1982 ou Vukovar en 1991 et ne pouvait, avec la meilleure volonté du monde, faire figure de candidat sérieux à l’illustration du chaos. Bien sûr, il y a eu des dégradations et des pillages – de la violence, donc. C’est vrai. Un article paru sur le site du Monde le 12 décembre nous donne d’ailleurs une idée claire du niveau de cette violence. Qu’on en juge :

Mais, en fin d’après-midi, une horde de pilleurs défonce la vitrine de la petite boutique et la pille sous les yeux de voisins terrifiés et de badauds sidérés. Plusieurs d’entre eux filment la scène avec leur smartphone. Une voisine s’interpose, en se faisant passer pour la gérante : « Dégagez. Dégagez. Je suis la propriétaire de la boutique », hurle-t-elle, tout en filmant les pilleurs avec son téléphone. Les derniers pilleurs décampent.

La férocité de la horde qu’une voisine terrifiée mais heureusement armée d’un smartphone suffit à faire décamper donne évidemment le frisson. Cet extrait est assez révélateur de la modération sémantique dont font preuve les médias quand il s’agit de décrire les manifestations – et encore n’ai-je pas cité les éditorialistes des chaînes d’info continue. Pour avoir une idée de leur virtuosité à manier l’hyperbole répugnante, il suffit de consulter le blog de Samuel Gontier qui s’inflige quotidiennement le spectacle des Barbier, Giesbert et Elkrief avec une abnégation confinant à la sainteté.

Peut-être vivons-nous dans une société si apaisée que le moindre débordement, la moindre incivilité nous apparaissent comme insupportables.

Nous serions saisis d’horreur à la vue d’une poubelle en flammes. Notre délicate sensibilité nous ferait voir un émule de Pol-Pot dans chaque pilleur de magasin de souvenirs. Nous n’aurions foi que dans les vertus du dialogue raisonnable et fraternel pour résoudre les conflits politiques. Après tout, nous vivons dans une belle et grande démocratie qui garantit à chacun le droit de s’exprimer sans recourir à la violence.

Cette explication charitable est évidemment fausse, et pas seulement fausse mais odieuse et indécente. Car la violence bien réelle de la police n’émeut pas grand monde sur les plateaux de télévision – je parle ici, je le précise parce qu’il faut bien que les mots signifient de temps en temps quelque chose, de mains arrachées et d’orbites fracturés, pas de la vandalisation d’un distributeur automatique. Pourtant, de très nombreux témoignages et des vidéos attestent de manière incontestable que les bien-nommées forces de l’ordre ont systématiquement eu recours aux matraquages, aux tirs de flash-balls et aux grenades de désencerlement alors même qu’elles ne faisaient face à aucune menace immédiate. Y a-t-il ici matière à sidération ?

« La République a le droit de se défendre », justifie Bruno Dive, de Sud-Ouest. « Ça se fait dans le cadre de l’État de droit, de la justice, certifie l’“économiste” Nicolas Bouzou. Donc y a aucun problème. »

C’est ainsi que, depuis des semaines, l’euphémisme répond systématiquement à l’hyperbole dans une dialectique particulièrement abjecte qui n’a pas d’autre but que de justifier a priori la disproportion de la riposte de l’État.

Le message est très clair : votre colère, vos revendications, votre simple velléité de manifester constituent une violence intolérable qui justifie les interpellations préventives. Entre vos mains, des fioles de sérum physiologique, des masques de protection, des pétards dont l’usage est déconseillé aux moins de douze ans deviennent des armes d’une « dangerosité manifeste ». Entre les mains des policiers, le LBD 40 et la grenade GLI-F4 sont des jouets inoffensifs et, bien sûr, éminemment républicains. Si une vieille dame est blessée chez elle par l’explosion d’une lacrymogène et décède le lendemain d’un arrêt cardiaque sur la table d’opération, il ne faut donc pas s’étonner que le procureur de Marseille affirme sans rire qu’il n’y a aucun lien entre les deux événements. Je ne doute pas que dans l’exercice quotidien de son métier, il fasse un usage aussi prudemment sceptique du principe du causalité.

La violence qui vous touche n’est pas une violence, elle n’existe pas, elle n’est rien.

Vous ne comprenez pas qu’on ne veut que votre bien. Vous ne comprenez pas grand-chose, en vérité. Il faut tout vous expliquer, faire preuve de pédagogie, comme avec les enfants parce que vous êtes des enfants. Mais vous prenez tout mal. Quand le président dit qu’en traversant la rue, il vous trouve du travail, c’est juste une maladresse, ou c’est trop subtil pour vous, peu importe que, par contraposée, cette phrase signifie exactement : si vous ne trouvez pas de travail, c’est que vous ne vous êtes même pas donné la peine de traverser la rue, que vous êtes donc des branleurs, des feignasses incapables de faire des efforts pour vous en sortir. Et si vous êtes rétifs à la pédagogie, on vous punira, comme on punit les enfants, c’est-à-dire, si j’ai bien compris, en vous faisant vous agenouiller en ligne face à un mur, les mains derrière la tête et en filmant votre humiliation. On fera de vous « une classe bien sage ». Et puis ça vous fera un souvenir, ainsi que le remarque avec une admirable humanité celle qui fut jadis la candidate de gauche à l’élection présidentielle.

Je crains de m’être un peu trop laissé aller à des considérations morales. Il faudrait peut-être conclure sur un plan strictement pragmatique. Après tout, ces pratiques peuvent être à la fois ignobles et efficaces. Le policier qui compare les lycéens de Mantes à « une classe bien sage », réflexion qui sonne à mes oreilles d’enseignant laxiste et paranoïaque comme un reproche ironique, a tout à fait raison : en employant ses méthodes, nous n’aurions jamais affaire qu’à des classes bien sages. Si on pouvait taser les retardataires et les bavards, gazer les plagiaires, ramener les insolents à la raison à coups de flash-balls ou, tant qu’à faire, exécuter pour l’exemple les élèves perturbateurs, nous ferions tous cours dans un silence de cathédrale.

Hélas, la peur n’est pas la paix, la contrainte n’est pas l’autorité, la force n’est pas la justice, l’avilissement n’est pas la sanction. En ayant systématiquement recours à la peur, la contrainte, la force et l’avilissement, le gouvernement ne se montre pas seulement ignoble mais inefficace parce qu’il ne produira que de la haine. Que cette haine soit ou non justifiée est hors de propos : elle est seulement un effet nécessaire de la façon dont le gouvernement conçoit le dialogue social et le maintien de l’ordre.

J’ai un peu honte d’avoir à formuler une conclusion d’une trivialité si consternante. Il n’est évidemment pas difficile de comprendre que si l’on me matraque en me traitant d’imbécile et en affirmant par-dessus le marché que c’est de ma faute, on ne doit pas s’attendre à ce que je m’en trouve tout pétri d’amour et de gratitude. Il faut croire que nos gouvernants ont développé une forme d’intelligence supérieure qui les rend insensibles aux charmes de l’évidence. Voilà qui, je l’avoue, me sidère davantage qu’une vitrine défoncée.

Jérôme Ferrari

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Avant d’être publié sur Mediapart, ce texte a été lu par le réalisateur Thierry de Peretti, jeudi 13 décembre, dans le cadre d’une soirée consacrée à la question des dérives autoritaires, soirée à laquelle ont notamment participé Virginie Despentes, Éric Vuillard, Nathalie Quintane, Frédéric Lordon, Corinne Masiero, Marwen Belkaïd, Alain Guiraudie, Mathilde Larrère, Gérard Noiriel, Gérard Mordillat, Guillaume Mazeau et bien d’autres...

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« Le premier degré n’est pas piloté » (1)

15 Décembre 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

« Le premier degré n’est pas piloté » (1)

EXTRAITS

Tout annonce que les recteurs et les IA DASEN vont être réunis pour leur dire que le premier degré n’est pas piloté. Ce billet et les suivants vont chercher à comprendre ce que signifie cette obsession d’un pouvoir qui de longue date souhaite avoir davantage l’école à sa main et de quel pilotage ils parlent.

L’école française pourrait obtenir de meilleurs résultats mais à quelles conditions ?

On a beaucoup entendu dire que l’école française obtient de mauvais résultats dans les classements internationaux. Il est en particulier apparu qu’elle est profondément inégalitaire puisque les enfants de milieux populaires ont significativement de plus mauvais résultats que s’ils vivaient dans la plupart des autres systèmes éducatifs des pays développés. Les écarts sont plus importants en France entre les plus favorisés et les plus défavorisés. Cette situation est particulièrement préoccupante en ce qui concerne les mathématiques. Ce fut la raison de la refondation de l’école de la République. Il s’agissait de se donner progressivement les moyens d’obtenir de meilleurs résultats. Pour cela le gouvernement précédent a recréé 60000 postes dans le premier degré dont une part non négligeable (27000) a servi a reconstituer une formation initiale des enseignants que le quinquennat Sarkozy avait fait disparaître au nom des économies budgétaires. Dans le même temps la formation des inspecteurs de l’éducation nationale était également très réduite, à quelques semaines, alors que votre serviteur a  bénéficié en 1984-1986 de deux années de formation. Dans la même période on est également passé de 27 heures de cours hebdomadaires à 24 heures, comme si l’on pouvait penser améliorer les apprentissages en réduisant le temps d’enseignement. Le grand historien de l’éducation Antoine Prost a alors parlé d’un Munich pédagogique.

La politique éducative du quinquennat Hollande pour l’école a bien été une politique de gauche qui a visé une meilleure justice sociale dans le premier degré. La refondation de l’éducation prioritaire a été un des éléments de cet ensemble pour les quartiers les plus défavorisés. Mais l’ensemble des autres textes ont été cohérents avec cette perspective : les rythmes scolaires, le référentiel des métiers du professorat et de l’éducation, la reconstitution progressive d’une formation initiale, les programmes… La continuité et l'approfondissement auraient été bienvenus.

Depuis l’arrivée de Jean-Michel Blanquer, le discours relatif aux mauvais résultats redouble mais son objectif n’est assurément pas de conduire une politique favorable aux milieux populaires au sens où cela était entendu dans le cadre de la refondation de l’école de la République. En effet il prend systématiquement le contre-pied de ses prédécesseurs et ce n’est pas pour une amélioration des actions inscrites dans le cadre de la refondation mais pour en détruire progressivement toutes les conquêtes. Après les rythmes et les programmes, on peut craindre pour l’éducation prioritaire où l’investissement de moyens avec les CP et CE1 sert de faire valoir tandis que l’on renonce à un véritable pilotage en soutien aux académies et aux départements les plus concernés. On peut en particulier craindre que les moyens alloués au travail collectif dans le premier comme dans le second degré passent progressivement aux oubliettes. Comment en effet donner des heures postes pour la pondération dans le second degré quand les moyens du second degré sont particulièrement tendus ? Comment assurer correctement le remplacement comme le recommande la cour des comptes et maintenir les 18 demi journées de concertation dans le premier degré si on ne conduit pas une politique volontariste en la matière ?

On veut ici attirer l’attention sur le fait que le message qui va être porté aux personnels d’encadrement sur le fait que le premier degré n’est pas piloté, d’une part est injuste car le premier degré a toujours été piloté par son encadrement et d’autre part comment croire à la sincérité d’une volonté d’amélioration quand on détruit tout ce qui a été fait de bien avant.

(...)

Marc Bablet, Inspecteur d'académie, inspecteur pédagogique régional retraité

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Chers amis...

13 Décembre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Chers amis...

Chers amis...

Deux journées chargées - conseils de classes - m'obligent à ralentir l'activité du Blog jusqu'à samedi

Quelques articles et autres publications évidemment mais elles seront plus rares qu'à l'accoutumée.

A très vite...

CC

 

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Léo Ferré...

12 Décembre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de Coeur... Arthur Rimbaud...

12 Décembre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Nuit en enfer

J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !

J’avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je décrire la vision, l’air de l’enfer ne soufre pas les hymnes ! C’était des millions de créatures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je  ?

Les nobles ambitions !

Et c’est encore la vie ! – Si la damnation est éternelle ! Un homme qui veut se mutiler est bien damné, n’est-ce pas  ? Je me crois en enfer, donc j’y suis. C’est l’exécution du catéchisme. Je suis esclave de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre. Pauvre innocent ! – L’enfer ne peut attaquer les païens. – C’est la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.

Tais-toi, mais tais-toi !… C’est la honte, le reproche, ici: Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. – Assez !… Des erreurs qu’on me souffle, magies, parfums, faux, musiques puériles. – Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice: j’ai un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection… Orgueil. – La peau de ma tête se dessèche. Pitié ! Seigneur, j’ai peur. J’ai soif, si soif ! Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher, à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !… – Horreur de ma bêtise.

Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien… Venez… J’ai un oreiller sur la bouche, elles ne m’entendent pas, ce sont des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu’on n’approche pas. Je sens le roussi, c’est certain.

Les hallucinations sont innombrables. C’est bien ce que j’ai toujours eu: plus de foi en l’histoire, l’oubli des principes. Je m’en tairai: poëtes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer.

Ah ça ! l’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’heure. Je ne suis plus au monde. – La théologie est sérieuse, l’enfer est certainement en bas – et le ciel en haut. – Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes.

Que de malices dans l’attention dans la campagne… Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages… Jésus marche sur les ronces purpurines, sans les courber… Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d’une vague d’émeraude…

Je vais éveiller tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories.

Écoutez !…

J’ai tous les talents ! – Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un: je ne voudrais pas répandre mon trésor. – Veut-on des chants nègres, des danses de houris  ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l’anneau  ? Veut-on  ? Je ferai de l’or, des remèdes.

Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, – même les petits enfants, – que je vous console, qu’on répande pour vous son coeur, – le coeur merveilleux ! – Pauvres hommes, travailleurs ! Je ne demande pas de prières; avec votre confiance seulement, je serai heureux.

– Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J’ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c’est regrettable.

Bah ! faisons toutes les grimaces imaginables.

Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah ! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours… Suis-je las !

Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l’orgueil, – et l’enfer de la caresse; un concert d’enfers.

Je meurs de lassitude. C’est le tombeau, je m’en vais aux vers, horreur de l’horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je réclame. Je réclame ! un coup de fourche, une goutte de feu.

Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde ! Mon dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! – Je suis caché et je ne le suis pas.

C’est le feu qui se relève avec son damné.

Arthur Rimbaud

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