Plusieurs enseignants-chercheurs de Nanterre envisagent de former une chaîne humaine ce lundi matin pour protéger leurs étudiants de l’intervention éventuelle des forces de police. Une motion votée vendredi soir par le Conseil d’administration de l’université leur a collé le stress : «Il a été décidé l’envoi d’un huissier pour constater le blocage… On sait très bien ce que cela signifie : a minima des poursuites disciplinaires et judiciaires, voire peut-être un recours aux policiers sur le campus», alerte Florence Johsua, maîtresse de conférences en sciences politiques.

«Extension du champ criminel à l’action citoyenne»

Il y a un précédent, rappelle-elle : «Le 9 avril, des CRS sont venus sur le campus pour déloger des étudiants réunis en AG contre Parcoursup. Après cet épisode, un étudiant a été condamné à six mois de prison ferme [sans mandat de dépôt, ndlr] et un autre à quatre mois avec sursis. Les deux étudiants ont fait appel. Depuis nous sommes plusieurs enseignants très mobilisés pour les soutenir et contester la criminalisation de la contestation étudiante.» Ils avaient réuni plusieurs collectifs et syndicats pour signer un texte commun dans les colonnes de Libé le 7 décembre, intitulé «l’Education vaut mieux qu’un coup de matraque». «Nous souhaitons exprimer notre vive inquiétude quant à cette extension du champ criminel à l’action citoyenne et politique. Nous exigeons que les droits démocratiques et les libertés publiques, malmenés par ce gouvernement, soient respectés», écrivaient-ils.

«Dégradation terrible des conditions de travail»

Ce dimanche soir, 450 personnes avaient signé une pétition sur Change.org, appelant l’ensemble du personnel à venir en masse lundi matin devant la fac pour soutenir les étudiants. Dans leur lettre, ils rappellent à la présidence de l’université de Nanterre combien la décision d’envoyer les CRS au printemps «a plongé notre université et l’ensemble de sa communauté dans le chaos, et a été à l’origine d’une dégradation terrible des conditions de travail de ses personnels». 

Marie Piquemal