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Vivement l'Ecole!

Une nouvelle violence à l'Ecole? Le ''précédent'' de Porcheville... Par Claude Lelièvre

22 Octobre 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique

Une nouvelle violence à l'Ecole? Le ''précédent'' de Porcheville... Par Claude Lelièvre

La nouveauté n'est pas évidente, même si la diffusion des images du ''braquage'' avec une arme factice d'une enseignante par un lycéen a gagné non seulement les réseaux sociaux mais aussi les chaînes en continu (et même les autres ) inscrivant de facto cet acte inadmissible dans la sphère politico-médiatique .

Dans le livre que j'ai écrit avec Françis Lec (l'avocat conseil national de la Fédération des Autonomes de Solidarité laïque) et qui est paru chez Fayard en 2007 sous le titre "Histoire vraie des violences à l'Ecole'' , on peut trouver entre autres le passage suivant ( pages 174-175):

L’agression filmée de Porcheville : une première ?

Très à la mode chez certains adolescents en Angleterre, le jeu du « Happy slapping » (joyeuse claque) consiste à gifler ou à boxer quelqu’un au hasard dans un lieu public sans aucune raison ; la scène (qui dure quelques secondes) est filmée à l’aide d’un portable, puis mise en ligne sur Internet et diffusée dans les heures qui suivent l’agression.

Le « Happy slapping » est apparu en France depuis quelques mois, et des dizaines d’adolescents en ont été victimes lorsque, le 24 avril 2006, il atteint pour la première fois une enseignante, professeure au lycée professionnel Lavoisier de Porcheville. Avant même le début de son cours, l’un de ses élèves majeurs lui lance une chaise à la figure, l’accable de coups de poing, lui fait un croche-pied et continue de la frapper au sol. La scène est filmée durant près de quinze secondes par un camarade de classe et diffusée quelques heures plus tard sur les portables de leurs relations.

Placé en garde à vue, puis laissé en liberté, l’auteur de l’agression filmée a simplement expliqué que l’enseignante « l’énervait ». La rapide médiatisation de ces violences amène le procureur de la République de Versailles à reconnaître qu’il y avait eu mauvaise appréciation du Parquet sur cette affaire. L’agresseur est finalement renvoyé devant le Tribunal correctionnel pour violences volontaires ayant entraîné une ITT de moins de huit jours sur une personne chargée d’une mission de service public, et son complice est poursuivi pour complicité, défaut d’assistance à personne en danger et atteinte à l’intimité de la vie privée. L’auteur des violences est condamné le 15 mars 2007 à une peine de 20 mois de prison ( dont sept mois avec sursis ), assortie d’une obligation de travail et de soins médico-psychologiques.

De nouvelles préoccupations ministérielles ?

Le ministre de l’Education nationale, Gilles de Robien, prend la mesure de l’émotion du monde enseignant devant ces nouveaux ‘’risques du métier’’ et les dangers encourus par les élèves. Dans le « guide pratique » envoyé à chaque enseignant par le ministère à la rentrée scolaire 2006 ( « Réagir face aux violences en milieu scolaire » ), un passage est dûment consacré aux blogs et un autre au « Happy slapping ».

En cet automne 2018, va-t-on reprendre et continuer en l'occurrence la longue succession de ''plans contre les violences scolaires'' qui se sont succédé (et multiplié) de 1990 à 2011? Va-t-on revoir à cette occasion les annonces fracassantes (et soi-disant définitives) même au plus haut de l'Etat, sans que cela s'avère opérationnel ou même opérant? On peut le craindre. Mais on va voir.

Claude Lelièvre

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Conseil Supérieur des Programmes... Des nouveaux programmes sous influence réac ?

21 Octobre 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique

Conseil Supérieur des Programmes... Des nouveaux programmes sous influence réac ?

Le Conseil supérieur des programmes planche jusqu'au 2 novembre sur les futurs parcours des élèves de seconde et de terminale. Entre fuites de documents, accusations de fake news et soupçons de dérive idéologique.

Calendrier ultracompressé, atmosphère de travail délétère et soupçons de coup de vis conservateur : c’est dans ce contexte loin d’être idéal que le Conseil supérieur des programmes (CSP) attaque ce lundi sa troisième semaine de travail autour des nouveaux programmes du lycée. La tâche est costaude. Depuis le 10 octobre et jusqu’au 2 novembre, les 17 membres de cette instance sont censés découvrir, amender et voter pas moins de 82 parcours des classes de seconde et première. «La fabrique des programmes n’est jamais facile, mais là c’était particulièrement mal parti avec un temps aussi resserré», regrette Claire Guéville, secrétaire nationale du Syndicat national des enseignants du second degré (Snes). «Le rôle du CSP est réduit à celui d’une chambre d’enregistrement», tacle Denis Paget, ancien membre du Conseil, dont le mandat s’est achevé le 10 octobre.

A ce rythme échevelé s’est ajoutée une autre critique, celle d’un virage conservateur orchestré par la nouvelle direction du CSP, très proche du ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, et qui n’a pas donné suite aux sollicitations de Libération. Pour comprendre les origines de cette guérilla idéologique, il faut revenir à la naissance du Conseil. Créée en 2013 par Vincent Peillon, l’instance avait pour ambition d'introduire plus de pluralisme dans la conception des programmes scolaires, en faisant notamment de la place à des représentants de la société civile. Mais l’arrivée de Jean-Michel Blanquer Rue de Grenelle marque un tournant. En septembre 2017, le géographe Michel Lussault, président du CSP, démissionne en dénonçant le «mépris» et la «désinvolture» du ministre, regrettant ses «annonces souvent unilatérales et idéologiques»

«Coquille vide»

La nouvelle présidente, Souâd Ayada, professeure de philosophie et inspectrice générale de l’Education nationale, débarque avec des opinions bien tranchées. Dans une interview-bazooka au Point, l’été dernier, elle s’en prend à ceux que son ministre nomme les «pédagogistes» «Moi, je crois que l’enseignement scolaire doit rester scolaire.» Le 30 septembre, Marie-Aleth Grard, vice-présidente d’ATD Quart Monde et membre du CSP, présente à son tour sa démission, jugeant qu'«on ne peut plus discuter» au sein de l’instance. Au site spécialisé le Café pédagogique, elle explique : «On n’est pas proche du tout des parents en général, et encore moins des parents pauvres.»

Pour Viviane Youx, présidente de l’Association française des enseignants de français (Afef), le CSP n’est plus aujourd’hui qu’une «coquille vide aux ordres du ministre»«L’objectif est d’aller le plus vite possible dans la conception des programmes pour passer en force et ne pas laisser aux enseignants le temps d’y réfléchir, regrette-t-elle. Le temps politique est toujours catastrophique pour l’éducation.» La mise au pas du CSP, où les inspecteurs généraux (l’élite administrative du ministère) ont fait leur retour en force, rencontre tout de même quelques résistances.

Citadelle assiégée

Courant octobre, le Snes publie sur son site Internet les ébauches de programmes sur lesquelles planche le CSP. Le 10 octobre, l’historienne Laurence de Cock s’émeut dans Libération que l’histoire de l’immigration et celle des femmes n’y trouvent pas une plus grande place. Fureur de la direction du Conseil qui évoque dans un communiqué des «documents de travail falsifiés», soutenant que l’histoire de l’immigration sera bien abordée en classe de première. Le ministre Jean-Michel Blanquer rétorque aussi violemment sur France Inter, parlant même d’une «infox». Or, selon Denis Paget, qui a siégé au CSP jusqu’au 10 octobre, l’histoire de l’immigration était bien absente des projets de programmes révisés. «Tant mieux si la mobilisation a permis de les réintégrer», dit-il.

La direction du CSP se retranche de plus en plus. Désormais, les membres ne peuvent plus plancher en amont sur les projets de programmes, par crainte des fuites. Seule solution : venir sur place, le matin même entre 9 heures et 10 heures, pour en consulter une version papier à rendre à la fin. «C’est n’importe quoi, on découvre les programmes le jour J, avec l’impression qu’on parle des codes de l’arme nucléaire», s’emporte Erwan Le Nader, président de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses), qui a été reçu par le CSP il y a quelques semaines.

«Lagarde et Michard»

Au-delà d’une méthode qui «dysfonctionne totalement», il estime que le fond même des nouveaux programmes pose question. Notamment pour les matières sensibles (histoire, français, sciences économiques et sociales), dont chaque réforme déclenche des soupçons de biais idéologique. Pour sa matière, il regrette la «prédominance de la microéconomie», au détriment notamment des questions comme «le rôle de l’Etat dans les politiques publiques». En français, Viviane Youx s’inquiète d’une vision «très chronologique de type Lagarde et Michard». Autre grief : la probable disparition de l’écriture créative au baccalauréat, laissant comme seules épreuves la dissertation ou le commentaire de texte. 

Autant d'inflexions qui témoignent, d’après Denis Paget, d’une «hausse du niveau d’exigence» «Ces nouveaux programmes seront très difficiles pour une partie des élèves, avec une survalorisation de l’aspect chronologique. Les gens qui poussent en ce sens ont l’idée que le lycée n’est pas pour tout le monde. Le but, c’est de le profiler comme l’antichambre de l’université.»

Sylvain Mouillard

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On the road again... Willie Nelson...

21 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Chers amis... Vacances... Béarn...

20 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Chers amis,

Je retrouve demain mes Pyrénées béarnaises...

Mais, à tort ou à raison, j'emporte avec moi tout le matériel nécessaire pour nourrir le blog...

A dimanche...

Christophe

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Zoufris Maracas...

20 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Laurent Gaudé...

20 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Au tout début de sa vie, dans ces jours d’origine où la matière est encore indistincte, où tout n’est que chair, bruits sourds, pulsations, veines qui battent et souffle qui cherche son chemin, dans ces heures où la vie n’est pas encore sûre, où tout peut renoncer et s’éteindre, il y a ce cri, si lointain, si étrange que l’on pourrait croire que la montagne gémit, lassée de sa propre immobilité. Les femmes lèvent la tête et se figent, inquiètes. Elles hésitent, ne sont pas certaines d’avoir bien entendu, et pourtant cela recommence : au loin, vers la montagne Tadma que l’on ne franchit pas, un bébé pleure. Est-ce qu’elles sentent, les femmes du clan Djimba, à cet instant, tout ce que contient ce cri ? Le sang qu’il porte en lui ? Les convulsions, les corps meurtris, les bannissements et la rage ? Est-ce qu’elles sentent que quelque chose commence avec ce tout petit cri à peine identifiable, quelque chose qui ne va pas cesser de grandir jusqu’à tout renverser ?

Laurent Gaudé - Salina - les trois exils

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Education - Il n'existe pas de culture magique...

20 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Art

Education - Il n'existe pas de culture magique...

Edouard Philippe, Premier Ministre, a publié il y a quelques mois un livre intitulé Des hommes qui lisent chez Lattès. Le chef du gouvernement y livre sa vision de la culture. Celle-ci permettrait, c'est la thèse sous-tendue par le contenu de l'ouvrage, d'assurer à la génération présente et à celles à venir un futur étincelant dont l'illustration se trouve sous nos yeux: le quinquennat actuel. Il fallait y penser. 

Comme si la culture et ses pratiques diverses, notamment la lecture, suffisaient à bâtir les structures d'une politique. 

Comme si la culture, la lecture, la musique suffisaient à donner envie d'échafauder une société sans haine ni violence.

Comme si - et je ne parle plus ici du livre d'Edouard Philippe mais ne m'en éloigne pas vraiment - une "rentrée en musique" suffisait à créer du lien dans une école tout à coup bienheureuse. Par la magie de la baguette d'un chef.

Comme si la promotion des arts et de la culture, notamment par "le goût du livre et la pratique musicale", suffisaient à faire d'un enfant un être épanoui, complet et ouvert au monde. Un enfant "libre" en quelque sorte.

Comme s'il suffisait de chanter ou de pratiquer un instrument pour "créer du bonheur". Je cite le Ministre de l'Education Nationale dans un entretien donné au magazine Le Point :

"Le théâtre ou les pratiques musicales collectives, qu'il s'agisse de chorale ou d'orchestre, sont très importants, car ils supposent l'écoute de l'autre pour atteindre une harmonie collective. La musique crée tout simplement du bonheur. Et son bienfait cognitif est démontré."

On ne peut s'empêcher, tant en lisant Edouard Philippe que les ministres de l'Education Nationale et de la Culture, de soupçonner une forme d'instrumentalisation de la culture à des fins uniquement politiques. 

Comment peut-on croire, et surtout faire croire, que la seule apparition "magique" du bonheur à l'écoute d'un concerto ou à la lecture de Proust permettrait à n'importe quel élève de s'emparer des clefs de compréhension du monde qui l'entoure et, souvent, l'agresse ? C'est oublier très et trop aisément que la lecture, l'écoute d'un morceau, la pratique d'un instrument, le jeu d'un acteur disant un grand texte sont D'ABORD affaire d'éducation. De même qu'apprécier tel ou tel chef-d'oeuvre, quel que soit son domaine, est aussi affaire d'éducation.

C'est exactement ce qu'en dit la philosophe et historienne Perrine Simon-Nahum dans Libération :

"La culture est semblable à la démocratie. Pas plus que cette dernière n'est le régime du consensus, mais bien, comme le montrait l'historien François Furet, celui de la crise, la culture ne saurait se résumer au seul sentiment de plaisir et de facilité qu'Edouard Philippe se plait à décrire. Les livres sont, certes, les compagnons indispensables d'une vie mais ils se gardent d'être toujours dociles et sympathiques. Ils peuvent aussi être violents, voire hostiles, se dérober et nous échapper".

J'engage vivement  le Premier Ministre, le Ministre de l'Education Nationale et celui de la Culture à cesser de croire pouvoir transformer un peuple d'enfants en peuple apaisé par la seule pratique, détachée de tous pré-requis éducatifs.

N'oublions jamais que les allemands composaient l'un des peuples les plus érudits d'Europe avant de se donner à l'enfer du nazisme. N'oublions jamais que les idéologues Khmers Rouges firent leurs études dans les plus prestigieuses universités françaises. Pour quels résultats?... 

Il n'existe aucune "culture magique". La culture à elle seule, détachée de tout et offerte à la seule pratique, ne sera jamais un viatique suffisant. Chanter, lire, jouer, quoi qu'en disent les "sciences cognitives", ne suffisent pas ex nihilo à rendre un enfant "libre"! Encore moins à servir de marchepied à une politique!  

Il n'est de "culture" que celle qui s'apprend, s'apprivoise et se maîtrise. Toutes les autres approches ne peuvent rien entraîner de positif. Bien au contraire...

Christophe Chartreux

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Loi Blanquer sur « l’Ecole de la confiance » : une illustration du monologue social...

20 Octobre 2018 , Rédigé par Se-UNSA Publié dans #Education, #Politique

Loi Blanquer sur « l’Ecole de la confiance » : une illustration du monologue social...

À son arrivée rue de Grenelle, il avait déclaré qu’il n’y aurait pas de loi Blanquer. Pourtant, dix-sept mois plus tard et sans débat avec la communauté éducative, le ministre présente un projet de loi dont l’intitulé même, est une forme de signature : Loi pour une École de la confiance. Confiance ? Cette loi, dans la méthode et sur le fond, ne peut que la fragiliser un peu plus. 

Cette loi, c’est un texte de vingt-deux articles qui a été découvert par les représentants de la communauté éducative, seulement huit jours avant son passage devant le Conseil supérieur de l’Éducation et le Comité technique ministériel des 15 et 17 octobre.

Initialement justifié par la décision présidentielle d’abaisser à 3 ans l’âge de l’instruction obligatoire, le projet de loi comporte une dizaine d’autres sujets offrant une apparence hétéroclite. Pourtant, si tous ne sont ni de même nature, ni de même portée, plusieurs d’entre eux contribuent bien à un projet de transformation de l’École :

L’École de la confiance ferait son entrée dans le code de l’éducation avec l’article premier de cette loi. La définition de la communauté éducative serait complétée par un nouvel alinéa construisant « le lien de confiance » par « l’engagement et l’exemplarité » des personnels impliquant alors « le respect des élèves et de leurs familles ».

Ni dans cette définition, ni dans la méthode ministérielle, le SE-Unsa ne reconnaît la confiance qui fait désormais terriblement défaut pour les personnels qui n’en peuvent plus de voir l’École ballotée au gré des alternances politiques.

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Sortir... ARMISTICE, soirée de lectures de textes d’écrivains contemporains autour de la grande guerre... Paris/25 octobre

20 Octobre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Histoire, #Littérature

Sortir... ARMISTICE, soirée de lectures de textes d’écrivains contemporains autour de la grande guerre... Paris/25 octobre

Avec la Comédie Française, les Éditions Gallimard et la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Jeudi 25 octobre à 20h Maison de la radio - Studio 104  116 avenue du Président Kennedy 75016 Paris

RÉSERVEZ ICI

ARMISTICE

Une soirée France Culture de lectures de textes d’écrivains contemporains autour de la grande guerre

Fiction, récit, chant, discours, essai, lettre… : une dizaine de prises  de parole inédites et très personnelles à découvrir en musique en  partenariat avec la Comédie-Française, les Éditions Gallimard et la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.
 

Textes de Carole Martinez, Sylvie Germain, Boualem Sansal, Danièle Sallenave, François Cheng, Didier Deaninckx, Jean-Christophe Rufin, Anna Hope, Pierre Jourde et Anna Moï.

Lus par la troupe de la Comédie-Française : Thierry Hancisse, Pierre Louis-Calixte, Nâzim Boudjenah, Dominique Blanc.

François Dumont au piano

Réalisation de Baptiste Guiton

Diffusion sur France Culture le dimanche 11 novembre à 21h dans Théâtre et Cie.

Parution de l'ouvrage ARMISTICE aux éditions Gallimard le 25 octobre 

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« Le progressisme parle aux gagnants de la mondialisation, peu aux milieux populaires »

20 Octobre 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Politique

« Le progressisme parle aux gagnants de la mondialisation, peu aux milieux populaires »

EXTRAITS

Le politologue Jérôme Sainte-Marie décrypte la façon dont Emmanuel Macron veut recréer un clivage avec les conservateurs et les nationalistes.

Pour le politologue Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut de conseils et d’études Pollingvox, le « progressisme » revendiqué par le chef de l’Etat se définit surtout « par opposition » aux conservateurs et aux nationalistes.

Emmanuel Macron veut doter son camp d’un nouveau corpus idéologique, le progressisme. Pour quelle raison ?

Cela correspond à trois objectifs. Emmanuel Macron entend d’abord nommer son projet idéologique pour le faire partager autant que possible. Avec l’idée de dépasser le clivage gauche-droite pour s’inscrire dans un axe perpendiculaire à celui-ci, qui est l’opposition entre les progressistes et les nationalistes, assimilés aux réactionnaires.

Le deuxième aspect est électoraliste. En imposant une nouvelle lecture du conflit politique, le chef de l’Etat cherche à entretenir les tensions et les contradictions au sein des partis de gouvernement traditionnels, que sont Les Républicains et le Parti socialiste, en espérant que la vie politique française ressemble durablement au second tour de la présidentielle. Le troisième aspect, enfin, est sociologique. Les catégories sociales qui ont amené Emmanuel Macron au pouvoir, que je regroupe dans « le bloc élitaire », sont convaincues de porter un projet réellement progressiste.

(...)

N’est-ce pas un concept un peu fourre-tout, au risque d’être difficilement lisible par l’opinion ?

C’est un autre risque. Ce mot parle avant tout aux milieux aisés, aux gagnants de la mondialisation. Et très peu aux milieux populaires. Surtout, il dénote d’un optimisme très décalé avec ce que ressentent la majorité des Français, qui anticipent plutôt une dégradation de leurs conditions de vie. Veulent-ils plus de concurrence, plus d’individualisme ? Dans les « trente glorieuses », les Français anticipaient l’avenir de manière positive. Aujourd’hui, face au chômage, au déclassement et aux mutations culturelles subies, ils ne souhaitent pas forcément une accélération des processus.

(...)

Cette approche binaire ne risque-t-elle pas d’étouffer le débat démocratique ?

Schématiser l’enjeu des européennes comme un conflit entre progressistes et nationalistes est une dramatisation telle du débat politique qu’elle rend celui-ci pratiquement impossible. Plutôt que de penser une scène démocratique où des projets divers s’affrontent, également légitimes, il instaure une césure morale, voire une ligne de front. Cette diabolisation de l’adversaire aboutirait à étendre aux eurosceptiques, voire à tous les eurocritiques, la stigmatisation dont font l’objet depuis trente ans les électeurs du Front national.

Propos recueillis par

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