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Vivement l'Ecole!

Revue de Presse Education... Faits ? — Blanqueries — PDV — Commentaires — Distances...

23 Octobre 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education... Faits ? — Blanqueries — PDV — Commentaires — Distances...

Une actualité centrée sur une vidéo et ses effets

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Faits?

Créteil : l’agression d’une enseignante choque
Un élève a braqué une arme factice sur sa professeure, jeudi 18 octobre. Il a été mis en examen dimanche 21 octobre.”

Indignation unanime après l’agression d’une professeure à Créteil

Blanqueries

Le ministre a aussitôt réagi, et va prendre des mesures, mais sur quoi ?

Jean-Michel Blanquer et Christophe Castaner condamnent avec la plus grande fermeté les menaces dont a été victime une enseignante
Communiqué de presse - Jean-Michel Blanquer - 21/10/2018
M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse, et M. Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, condamnent avec la plus grande fermeté les menaces et avanies dont a été victime une enseignante, ainsi que la diffusion sur les réseaux sociaux de la vidéo de ces actes inqualifiables. Ils assurent à ce professeur et à l’ensemble de la communauté éducative leur total soutien.”

Éducation Des mesures contre les violences visant les enseignants 
Les ministres de l’Éducation et de l’Intérieur ont annoncé, ce dimanche, la réunion la semaine prochaine d’un comité stratégique pour un « plan d’actions ambitieux » contre les violences visant les enseignants. Cela fait suite à la diffusion, jeudi, d’une vidéo montrant un lycéen qui braque une arme factice sur sa professeure.”

Vidéo d’un lycéen braquant une arme sur son enseignante : Blanquer prône l’interdiction du portable au lycée
Le lycéen de 15 ans arrêté vendredi à Créteil après avoir braqué une arme factice sur sa professeure la veille a été mis en examen dimanche soir. La scène avait été largement 

http://www.cahiers-pedagogiques.com/ecrire/?exec=article_edit&new=oui&id_rubrique=31&bonjour=ouidiffusée sur Internet. Lundi, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer "encourage" l’interdiction du téléphone portable dans les lycées.”

Jean-Michel Blanquer : « Nous allons rétablir l’ordre »
Téléphone portable au lycée : Jean-Michel Blanquer « encourage l’interdiction »

Le ministre de l’Éducation nationale a affirmé vouloir « encourager l’interdiction du téléphone portable au lycée.”

Jean-Michel Blanquer incite à bannir le téléphone portable au lycée
VIDÉO. Pour le ministre, les réseaux sociaux encouragent les comportements comme celui du lycéen à Créteil. Il évoque la « responsabilisation des familles ».”

 

PDV

Sous le hashtag, la vague
#PasdeVague : les enseignants racontent ce qu’ils vivent au quotidien
Un nouveau hashtag exutoire a émergé sur les réseaux sociaux après qu’une professeure a été braquée par un élève dans un lycée de Créteil.”

#Pasdevague : le Metoo des enseignants ?
Ce matin dans vos journaux, des éditos très nombreux qui s’indignent de l’agression de cette enseignante en pleine classe par un élève qui brandit sur elle un pistolet à air comprimé. Indignation générale qui justifie peut-être cette Une du Parisien Aujourd’hui en France où le ministre de l’Éducation Nationale parle comme un ministre de la Police "Nous allons rétablir l’ordre", assène Jean-Michel Blanquer. Il en faudra davantage pour calmer la colère des enseignants et peut-être aussi la lassitude exprimée sur le réseau social Twitter à travers le hashtag Pasdevague ! Pas de vague qui pourrait bien devenir le balance ton porc des enseignants.”

Violences à l’école : des professeurs dénoncent sur Twitter le silence de l’Education nationale
"La parole se libère chez les enseignants. Des centaines de professeurs dénoncent sur Twitter, depuis dimanche 21 octobre, l’absence de réactions de l’Education nationale face aux violences qu’ils subissent."

 

Commentaires

Philippe Watrelot : Braquage(s) et effets d’aubaine...
Ce qui est délicat dans cette affaire de lycéen qui braque une arme sur une prof c’est de distinguer le fait lui même de l’exploitation médiatique et politique qui en est faite.”

Christophe Chartreux : Affaire de Créteil - Et si l’on cessait de sur-réagir ?...
Que de bêtises sont dites, écrites ! Dans l’effervescence, à chaud, tout le monde sur-réagit. Quelle que soit la position prise par les uns ou les autres, l’excès est démultiplié par les réseaux sociaux. C’est maintenant devenu une habitude.
Le geste de l’élève est EVIDEMMENT insupportable. Inacceptable ! On ne peut qu’apporter notre soutien à cette collègue. 
Mais entendre affirmer, au plus haut sommet de l’Etat, qu’ il y a eu "trop de laxisme" par le passé, cela me met hors de moi. L’ accusation, récurrente, est une paresse intellectuelle, une manœuvre politique grossière :[...]

Claude Lelièvre : Une nouvelle violence à l’Ecole ? Le ’’précédent’’ de Porcheville.
La nouveauté n’est pas évidente, même si la diffusion des images du ’’braquage’’ avec une arme factice d’une enseignante par un lycéen a gagné non seulement les réseaux sociaux mais aussi les chaînes en continu (et même les autres ) inscrivant de facto cet acte inadmissible dans la sphère politico-médiatique .”

Louise Tourret : 

http://www.slate.fr/story/168896/eleve-braque-enseignante-lycee-creteil-pas-de-vague-fait-divers-violence-ecole-education-nationale?fbclid=IwAR1PgQhM0maWzCF0KEP8sI6L6KXQWapuix2lcgTRto8hVLGRlimX5wdMjiE

Elle conclut son article ainsi : "Pour contredire une formule bien connue, le fait divers ne fait pas diversion, il nous fait voir ce que nous (trop de gens) ne voulons pas regarder et dont il faut de toute urgence s’occuper plus largement. Ça commence par s’écouter et ne pas remettre en cause la parole de celles et ceux qui témoignent, ne pas nier les incidents individuels, entendre et respecter les collectifs qui se mobilisent et sont en première ligne pour défendre les élèves. Des élèves, car c’est bien ce qui compte, pour qui une scolarité dans un cadre normal est tout simplement un droit."

 

Distances

Le livre du mois du n° 538 - La parole des élèves. L’école face à la violence : décrire, expliquer, agir, Éric Debarbieux, Armand Colin, 2017
Cet ouvrage est un point d’étape de la recherche universitaire sur la violence scolaire en France et à l’étranger, mais c’est aussi «  une œuvre de combat, d’intellectuels engagés contre tous les simplismes et les manipulations interminablement présentes avec le thème de l’insécurité  ». Éric Debarbieux et les autres contributeurs font le point sur les avancées scientifiques, sur les évolutions idéologiques, en particulier la mise en évidence du lien entre apprentissages et violences.”

Eric Debarbieux : L’impasse de la punition à l’école 
"Notre approche n’a rien d’idéologique. La question n’est pas d’être pour ou contre la punition, mais d’en montrer les difficultés et les insuffisances en ce qui concerne la question de la violence à l’école et du climat scolaire". Spécialiste de la violence à l’école, délégué ministériel à la lutte contre les violences scolaires sous deux présidents, Eric Debarbieux apporte dans son nouveau livre "L’impasse de la punition, Armand Colin) des données uniques (et surprenantes !) sur la réalité des punitions dans l’école française. A contre courant des dénonciations du laxisme qui sévirait à l’école, il en montre l’importance. Il établit aussi leurs retombées négatives sur la vie quotidienne dans les écoles. Il en tire la conclusion : il y a d’autres façons de gérer les relations dans les écoles dont certaines ont déjà été évaluées et expérimentées à grande échelle. La seconde partie de son ouvrage propose des contributions pour d’autres façons de gérer la vie quotidienne de l’école, de Freinet aux pratiques de justice restaurative.”

Claire Guéville : Réformes Blanquer, Blitzkrieg
Le gouvernement a adopté la stratégie de la guerre éclair sur tous les fronts y compris dans le domaine éducatif. Les réformes de l’enseignement secondaire et supérieur auxquelles il faut ajouter celles de la formation professionnelle, sont solidaires.”

L’ère de la post-vérité ?
L’irruption récente de la notion de « post-vérité », désignée comme mot de l’année 2016 par le dictionnaire d’Oxford, interroge profondément les relations entre politique et vérité en ce début de XXIème siècle. Mais cette question est-elle vraiment nouvelle ?

Raymond Aron : le chemin de la liberté
A l’occasion di 35ème anniversaire de la mort de Raymond Aron et du cinquantenaire de Mai 68, ce film dresse un portrait inédit de cet intellectuel majeur qui a, mieux que personne, analysé la fragilité des démocraties, de la paix et des libertés. Sur la base d’archives inédites et de nombreux témoignages, dont celui de Dominique Schnapper, la fille du philosophe, le récit nous révèle un homme sensible, passionné, loin d’être l’analyste froid et indifférent caricaturé par ses adversaires. Un documentaire de Fabrice Gardel. Une coproduction Plaj Productions & Public Sénat avec la participation de Toute l’Histoire.”

Bernard Desclaux

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"Un incident dramatique mais exceptionnel" : pourquoi l'agression d'une professeure à Créteil n'est pas représentative des violences scolaires...

22 Octobre 2018 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

"Un incident dramatique mais exceptionnel" : pourquoi l'agression d'une professeure à Créteil n'est pas représentative des violences scolaires...

EXTRAIT

Un élève du lycée Edouard-Branly a braqué une enseignante avec un faux pistolet et a ainsi relancé le débat sur les violences scolaires.

Indignation politique, "plan d'actions" annoncé par le ministre, vague de témoignages d'enseignants sur les réseaux sociaux... L'agression d'une professeure, braquée par un élève avec une arme factice au lycée Edouard-Branly à Créteil (Val-de-Marne), a relancé le débat sur les violences scolaires. L'élève en question a été mis en examen et Jean-Michel Blanquer a promis de "rétablir l'ordre et l'autorité" dans les établissements. Selon Benjamin Moignard, membre de l'Observatoire international de la violence à l'école (OIVE) et maître de conférences à l'université de Paris-Est Créteil, il s'agit d'un fait "spectaculaire et violent mais très isolé". L'école d'aujourd'hui est-elle plus violente que celle d'hier ? Eléments de réponses.

Le nombre d'incidents graves est stable

La violence scolaire est mesurée depuis 2007 via une enquête annuelle intitulée Système d'information et de vigilance sur la sécurité scolaire (Sivis). Cet outil permet aux chefs d'établissement de faire remonter les incidents graves. Entre 2007 et 2017, date de la dernière enquête Sivis, leur nombre a peu évolué : il se situe autour de 14 pour 1 000 élèves durant une année scolaire.

Comme le rappelle un rapport sur la sécurité à l'école publié en 2017 par l'Institut national des hautes études de justice et de sécurité (INHESJ), il s'agit essentiellement d'atteintes aux personnes qui représentent environ 80% des faits déclarés. Arrivent en premier les violences verbales (42%), dont plus de la moitié sont dirigées contre les enseignants. Viennent ensuite les violences physiques – généralement entre élèves – qui représentent 30% des faits. Les autres violences constatées sont le racket, les atteintes à la vie privée et les violences à caractère sexuel. Mais aucune de ces dernières ne représente plus de 3% des faits.

S'agissant de ce qui s'est passé à Créteil, "c'est la première fois que j'ai écho d'un évènement de ce type-là en classe", souligne le sociologue Benjamin Moignard, qui travaille sur ces questions depuis quinze ans.

Il ne faut surtout pas en faire une règle. C'est un incident dramatique mais exceptionnel.

Benjamin Moignardà franceinfo

"Ce type d'agression précis n'est pas fréquent heureusement. Ce qui est fréquent, ce sont les agressions verbales", affirme également Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (SNALC), sur franceinfo.

La violence est concentrée dans certains lycées

Ces chiffres de la violence scolaire mesurée par l'enquête Sivis sont néanmoins plus élevés dans les lycées professionnels, où ils ont connu une hausse de 2007 à 2013 pour finalement se stabiliser entre 24 et 25 incidents pour 1 000 élèves. Par ailleurs, 5% des établissements déclarent un quart des faits, soit autant que les 70% d'établissements les moins touchés par la violence, selon le rapport de l'INHESJ

Cet incident à Créteil fait loupe sur les difficultés plus importantes des lycées professionnels et de certains établissements où se concentrent les problèmes.

Benjamin Moignard à franceinfo

Les enquêtes de victimation, mises en place pour compléter les signalements d'incidents graves et pour mieux évaluer le climat scolaire, confirment cette tendance. Si 94% des élèves déclarent se sentir "tout à fait ou plutôt bien" dans leur établissement, selon le dernier sondage publié en 2017, ce taux est légèrement inférieur (92,5%) dans l'éducation prioritaire.

Les sanctions sont appliquées 

Dans l'affaire du lycée Edouard-Branly, le fait que l'enseignante ait attendu le lendemain pour aller porter plainte et semble plus lasse que paniquée devant son ordinateur a été taxé de "laxisme""Trop souvent dans le passé, il y a eu un certain laxisme, notamment parce qu'il y avait des politiques du chiffre pour essayer d'avoir le moins de conseils de discipline possible", a par exemple estimé le ministre Jean-Michel Blanquer, annonçant un nouveau "plan d'actions ambitieux" contre les violences visant les enseignants, dont un renforcement du lien de l'Education nationale avec la police et la gendarmerie.

(...)

Catherine Fournier

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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Marissa Nadler...

22 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... James Baldwin...

22 Octobre 2018 , Rédigé par Christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... James Baldwin...

Chère sœur,

On aurait pu espérer qu’à notre époque, la seule vue de chaînes sur une peau noire, ou la seule vue de chaîne simplement, serait pour le peuple américain une vision tellement intolérable, un souvenir tellement insupportable que spontanément, il se serait soulevé et aurait arraché ces fers. 
Mais non, il semble au contraire qu’ils se fassent une gloire de celles-ci. Aujourd’hui, plus que jamais, on dirait que chaînes et cadavres sont les unités qu’ils ont choisi pour mesurer leur sécurité.

Ainsi, le magazine Newsweek - défenseur civilisé de l’indéfendable ! - essaie de te noyer dans un océan de larmes de crocodiles et te montre, sur sa couverture, enchaînée.

Tu sembles excessivement seule. Aussi seule, en vérité, que la malheureuse mère de famille juive que le fourgon blindé emporte pour Dachau, ou que n’importe lequel de nos ancêtres qui, enchaînés les uns aux autres au nom de Jésus, faisaient route vers une terre chrétienne.

Bien ! Puisque nous vivons à un âge où le silence est non seulement criminel mais suicidaire, j’ai fait ici, en Europe, autant de bruit qu’il m’a été possible d’en faire, à la radio, à la télévision... 
Je reviens précisément d’un pays, l’Allemagne, qui a été rendu célèbre par une majorité silencieuse il n’y a pas si longtemps que cela. On m’a demandé de parler de Miss Angela Davis, et je l’ai fait. Très probablement un coup d’épée dans l’eau, mais on ne doit jamais laisser une occasion vous glisser entre les doigt.

J’ai quelque chose comme vingt ans de plus que toi. J’appartiens à cette génération dont George Jackson s’est hasardé à dire « qu’elle ne comprenait aucun frère sain, absolument aucun ! ». Je ne suis en aucune façon armé pour discuter cette conjoncture - pas, en tout cas, sans en venir à des considérations qui, en cette occurrence, seraient d’une subtilité déplacée - car je sais trop bien ce qu’il veut dire. (Mon état de santé personnel est certainement suffisamment précaire.)

En vous considérant, toi, Huey, Georges et — surtout ! - Jonathan Jackson, je commence à entrevoir ce que vous pouvez avoir en tête lorsque vous parlez du parti que l’on peut tirer de l’expérience de l’esclavage. 
Ce qui s’est produit, à ce qu’il me semble - et pour l’exprimer d’une façon beaucoup trop simple - c’est que la jeunesse d’une génération entière s’est penchés sur son histoire, l’a assimilée et cette action sublime lui a permis de s’en libérer. Plus jamais ces jeunes ne seront des victimes.

Dire cela à une sœur emprisonnée qui lutte pour sa vie - pour nos vies à tous - peut sembler une extravagance, une impardonnable impertinence, un manque total de sensibilité. Pourtant, j’ose le dire, car je pense que, peut-être, tu ne t’y méprendras pas et, après tout, je ne le dis pas en position de spectateur. J’essaie de faire comprendre que toi - par exemple - tu n’apparais pas être la fille de ton père de la même façon dont je suis moi, le fils du mien. Au fond, les aspirations de mon père et les miennes étaient les mêmes, les aspirations de sa génération et de la mienne étaient les mêmes. 
En fait, et pour utiliser le parler brutal de ce temps - le langage intérieur de ce désespoir - il n’était qu’un nègre, un manœuvre d’usine, un prédicateur nègre, et c’est ce que j’étais moi aussi.

J’ai réussi à me dégager de cette situation, mais, aujourd’hui, ça n’a pas plus d’importance en soi que le fait que quelques Espagnols pauvres, par exemple, aient pu devenir de riches toreros ou que quelques jeunes Noirs pauvres aient pu devenir de riches boxeurs. Le fait est rare, et lorsque l’effet porte sur le peuple, cela ne procure chez lui qu’un grand purgatif émotionnel. Je ne voudrais pas, cependant, traiter ce fait avec condescendance. Mais lorsque Cassius Clay est devenu Mohammed Ali et a refusé de jouer le jeu - et a sacrifié tout cet argent ! - l’impact sur les gens a été tout différent. Un type d’enseignement nouveau venait de voir le jour.

Le triomphe américain - sous lequel a toujours transparu le drame américain — a été d’amener les Noirs à se mépriser eux-mêmes. Quand j’étais petit, je me méprisais, je n’avais pas d’autre choix. Et cela voulait dire que, quoique inconsciemment ou contre mon gré - et au prix d’une grande souffrance - je méprisais également mon père. Ma mère. Mes frères. Mes sœurs.

Je grandissais en voyant chaque samedi soir des Noirs s’entretuer sur Lenox Avenue. Personne ne leur expliquait - ou ne m’expliquait à moi - que cela était délibérément étudié ; Que là où ils se trouvaient, on les parquait comme des animaux de façon à ce qu’ils ne se considèrent pas mieux que des animaux. Tout étayait cette réalité, rien ne venait la mettre en cause, et, arrivés à l’âge de travailler, nous étions déjà préparés à être traités en esclaves. Ainsi, étions-nous prêts, à l’heure des grandes terreurs humaines, à nous incliner devant un Dieu Blanc et à implorer une Rédemption devant Jésus - ce même Dieu blanc qui était incapable de lever le plus petit doigt pour vous aider ne serait-ce qu’à payer votre loyer, qui était incapable de s’éveiller à temps pour vous aider à sauver votre enfant !

Bien-sûr, il y a toujours dans chaque image plus que l’on ne peut en percevoir à première vue, et dans tout cela - rogne et grogne, espionnage, calculs, singerie, survie et malice - une force fantastique se forgeait, qui fait, aujourd’hui, parti de notre héritage. Mais, cet aspect particulier de notre voyage se trouve à présent derrière nous. Le secret est levé : nous sommes des hommes !

Or, l’énoncé clair et sans détour de ce secret a effrayé la nation « à mort ». J’aimerais pouvoir dire « à vie », mais ce serait trop demander à une collection disparate de gens expatriés, encore terrés dans leurs convois de chariots à chanter « En avant soldats du Christ ! ». La nation, si l’Amérique en est une, n’est pas le moins du monde préparée pour ce jour. C’est un jour que les américains n’ont jamais attendu, un jour qu’ils n’ont jamais espéré voir arriver, aussi pieusement puissent-il professer leur foi dans le « progrès et la démocratie ». Ces mots, maintenant, sur des lèvres américaines sont devenus une sorte d’obscénité universelle. Car ces gens, malheureux s’il en est, ces fervents apôtres de l’arithmétique, ne se sont jamais attendus à être confrontés avec l’algèbre de leur histoire.

Une moyen de mesurer l’état de santé d’une nation, ou de discerner ce qu’elle considère comme étant ses intérêts ou dans quelle mesure on peut la considérer comme une nation - et non comme une coalition d’intérêts particuliers - consiste à examiner les gens qu’elle élit pour la représenter ou la protéger. Un simple coup d’œil sur les leaders politiques ou les personnages de premier plan de ce pays laisse à penser que l’Amérique est au bord du chaos absolu, et porte à croire que le futur des intérêts américains, sinon du peuple américain, apparaît comme une volonté de mettre les Noirs à l’écart. (Du reste, un simple coup d’œil sur notre passé nous le confirme également.) Il est clair que pour la plupart de nos compatriotes (par le nom), nous sommes tous sacrifiables. Et Messieurs Nixon, Agnew, Mitchell et Hoover, pour ne rien dire de l’éclatant gouverneur Ronald Reagan, n’hésiteraient pas un instant à mener à bien ce qu’ils persistent à présenter comme la volonté du peuple. Or, en Amérique, quelle est la volonté du peuple ? Et qui, pour les susnommés, est le peuple ? Le peuple, quel qu’il soit, en connaît tout autant sur les forces qui ont installés au pouvoir les gentlemen susnommés que sur celles qui sont responsables du massacre vietnamien.

En Amérique, la volonté du peuple a toujours été à la merci d’une ignorance pas simplement abyssale, mais sacrée et religieusement entretenue : la meilleure arme que puisse utiliser une économie carnassière qui, démocratiquement, assassine et moleste indifféremment Noirs et Blancs. Mais la plupart des Blancs américains n’osent pas l’admettre (quoiqu’ils s’en doutent) et ce fait implique un danger mortel pour les Noirs et un drame pour la Nation entière.

Ou, pour l’exprimer autrement, aussi longtemps que les Blancs américains se réfugieront derrière la couleur de leur peau - aussi longtemps qu’ils seront incapables de s’extirper de ce piège monstrueux entre tous - ils toléreront le massacre de milliers de personnes en leur nom, ils seront manipulés et se rallieront à ce qu’ils considèrent - et justifient - comme une guerre raciale. Aussi longtemps qu’ils laisseront leur couleur de peau poser cette effarante distance entre eux-mêmes, leur propre expérience et l’expérience des autres, jamais ils ne sentiront suffisamment humains, suffisamment estimables, pour se sentir responsables d’eux-mêmes, de leurs leaders, de leur pays, de leurs enfants ou de leur destinée. Ils périront - comme nous le disions autrefois dans notre église noire - avec leurs pêchés, c’est à dire avec leurs illusions. Et cela se produit déjà, inutile de le dire, tout autour de nous.

Seule une poignée parmi les millions de gens qui peuplent ce vaste pays sont conscients que le sort qui t’est réservé, sœur Angela, ainsi qu’à George Jackson et aux innombrables prisonniers qui emplissent nos camps de concentration - car c’est ce qu’ils sont - est un sort qui est sur le point de les submerger, eux aussi. Pour les puissances qui régissent le pays, la vie d’un Blanc n’est pas plus sacrée que celle d’un Noir, comme de plus en plus d’étudiants le découvrent, comme le prouve, au Vietnam, les cadavres d’américains blancs. Si les Américains blancs se sentent incapables de disputer à leurs dirigeants la Rédemption de leur propre honneur et la vie de leurs propres enfants, nous les Noirs, les plus rejetés des enfants de l’Occident, ne pouvons plus nous attendre à un grand secours de leur part, ce qui, après tout, n’est pas nouveau. Ce que les Américains ne réalisent pas, c’est qu’une guerre entre frères, au sein des mêmes villes, sur le même sol, n’est pas une guerre raciale, mais une guerre civile. En fait, l’illusion américaine n’est pas seulement que leurs frères sont tous blancs, mais que tous les Blancs sont leurs frères.

Ainsi soit-il. Nous sommes impuissants à éveiller l’homme endormi, et Dieu sait que nous avons essayé. Nous devons faire ce que nous pouvons, nous épauler et nous sauver les uns les autres ; nous ne nous noieront pas dans un mépris apathique de nous-mêmes ; nous nous sentons suffisamment estimables pour lutter, même contre des forces inexorables en vue de changer notre sort, le sort de nos enfants et celui du monde ! Nous savons qu’un homme n’est pas une chose et qu’il ne doit pas être placé à la merci des choses. Nous savons que l’air et l’eau appartiennent à l’humanité entière et pas seulement aux industriels. Nous savons qu’un bébé ne vient pas au monde uniquement dans le but de servir au profit des autres. Nous savons que la démocratie ne signifie pas le maintien de tous par la coercition dans une médiocrité abominable - et finalement mortelle - mais la liberté pour chacun d’aspirer au meilleur qui puisse exister ou qu’il possède à l’intérieur de lui.

Nous savons que nous, les Noirs - et pas seulement nous, les Noirs - avons été et sommes encore les victimes d’un système dont le seul carburant est l’avidité, dont le seul dieu est le profit. 
Nous savons que les fruits de ce système sont l’ignorance, le désespoir et la mort. Et nous savons que le système est condamné car le monde ne peut plus en faire les frais - si toutefois il a jamais pu. Nous savons que, pour la perpétuation de ce système, nous avons été brutalisés sans pitié, qu’on nous a toujours abreuvés de mensonges, mensonges sur nous-mêmes, sur nos semblables, sur notre passé ; mensonges sur l’amour, la vie et la mort, si bien que nous avons été corps et âmes voués à l’enfer.

La formidable révolution de la conscience noire qui a touché ta génération, ma chère sœur, signifie le commencement ou la fin de l’Amérique. Certains d’entre nous, Noirs et Blancs, savent quel prix a déjà été payé pour faire éclore une nouvelle conscience, un nouveau peuple, une nation sans précédent. Si nous savons et ne faisons rien, nous sommes pires que les mercenaires meurtriers (J’en ai déjà nommé certains) engagés en notre nom.

Si nous savons, alors nous devons nous battre pour ta vie comme si c’était la nôtre - ce qu’elle est - et nous ferons de nos corps un mur obstruant le corridor qui mène à la chambre à gaz. Car s’ils viennent te chercher à l’aube, ce soir, c’est pour nous qu’ils viendront.

Pour cela : Paix.

Frère James 
19 novembre 1970

James Baldwin - Lettre ouverte à ma soeur Angela Davis

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Un prof dénonce l'inaction de Blanquer quand il était recteur à Créteil...

22 Octobre 2018 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education

"Sollicités par le HuffPost, Jean-Michel Blanquer et l'académie de Créteil n'ont pour l'heure pas donné suite à nos demandes d'interviews."

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Quand les émotions prennent le pas sur la raison... (Vidéo)

22 Octobre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

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Banco Blanquer: pour de vrais états généraux de la sécurité à l’école!... Par Claude Lelièvre...

22 Octobre 2018 , Rédigé par EducPros Publié dans #Education, #Politique

Banco Blanquer: pour de vrais états généraux de la sécurité à l’école!... Par Claude Lelièvre...

On peut reprendre la tribune que j’avais publiée dans  "Le Monde" en vue des "Etats généraux de la sécurité à l’école" organisés en avril 2010 par le ministre de l’Education nationale Luc Chatel ( et son DGESCO Jean-Michel Blanquer)

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Il faudrait une révolution copernicienne pour réussir les Etats généraux, par Claude Lelièvre

LE MONDE | 02.04.2010 à 13h51 • Mis à jour le 02.04.2010 à 13h51.Enseignants et élèves sont confrontés à des situations de plus en plus tendues dans les établissements scolaires. Le ministère de l’éducation réunit les 7 et 8 avril des états généraux pour tenter de trouver des remèdes à ce fléau.

« Pour que l’on ait de véritables Etats généraux de la sécurité à l’école, il faudrait sans doute que soient rédigés par tous les intéressés des « cahiers de doléances », et que l’on aboutisse à une « révolution copernicienne » dans le traitement du problème. La guerre, dit-on, est chose trop sérieuse pour la laisser entre les mains des militaires ; il serait fâcheux de laisser les violences scolaires uniquement entre celles des experts. Il apparaît d’ailleurs que le premier d’entre eux, Eric Debarbieux, président du conseil scientifique installé par le ministre de l’éducation nationale, convient que les intéressés doivent prendre la parole.

On peut donc envisager en premier lieu la rédaction de cahiers de doléances dans les établissements dits « sensibles », avec le concours des principaux acteurs (les parents d’élèves, et les élèves eux-mêmes pour les plus âgés ; les enseignants et les équipes administratives et éducatives).

Mais il ne faudrait pas non plus que ces états généraux (et la rédaction de cahiers de doléances) soient limités aux établissements dits « sensibles », sous peine d’entériner une représentation commune mais fausse, à savoir que les violences scolaires seraient à la « marge » de l’école et le fait de « marginaux ».

Toute l’enquête historique que j’ai menée pour le livre paru chez Fayard en 2007 (Histoires vraies des violences à l’école, écrit avec Me Francis Lec, l’avocat-conseil national des Autonomes de solidarité laïque, une mutuelle qui aide les enseignants lorsqu’ils doivent faire face aux « risques du métier ») montre que la violence scolaire date de longtemps, et qu’elle a été présente toujours et partout (y compris dans les établissements les plus huppés), même si elle peut prendre des formes et des intensités quelque peu variables dans le temps et selon les secteurs scolaires, et surtout avoir des fréquences diverses. Tous les protagonistes de l’école sont concernés, même si tous ne sont pas touchés, ou de la même façon.

Ces Etats généraux de la sécurité à l’école pourraient donc être l’occasion d’une véritable « révolution copernicienne » dans l’appréhension et le traitement du problème de la violence à l’école. Un problème non pas à la « marge » ou le fait de « marginaux », mais « général », par-delà les dénégations séculaires et persistantes de l’institution scolaire. Peut-on enfin le poser ouvertement, en toute connaissance de cause, et « collectivement » (ce qui est une condition sine qua non pour que la violence scolaire soit non pas « éradiquée » – tâche sans doute impossible – mais maîtrisée au mieux, et au moins limitée).

Il s’agirait de progresser dans les sécurisations effectives. Et surtout pas son contraire : jouer – à bon compte – le jeu des peurs, des angoisses voire des fantasmes. Il est bien sûr plus facile de lancer des mots d’ordre péremptoires et hyperboliques du genre « tolérance zéro » que de mettre en oeuvre, pour l’ensemble des personnels de l’école, une ample formation initiale et continue à la prévention et à la gestion des conflits. Il est plus facile de disserter sur un retour au « sanctuaire scolaire », qui n’a jamais existé, plutôt que de partir de la réalité et de la généralité (dans le temps et dans l’espace) de la violence à l’école et de mettre, par exemple, en place un réseau dense de personnes chargées spécifiquement de prendre en charge les victimes.

Cette prise en charge (très aléatoire) des victimes est en effet très caractéristique de cette « marginalisation » de fait du problème des violences scolaires, puisqu’elle reste centrée sur l’individu victime qui doit trop souvent encore être le centre d’initiative de sa sauvegarde (comme si cela était toujours perçu avant tout comme un phénomène d’ordre individuel, voire qui n’arrive qu’à certains individus), sans prise en compte collective et effective du contexte professionnel dans lequel cela se produit.

La psychologue Anne Joly a bien situé le problème posé : « A travers l’agression d’un enseignant, l’élève attaque la partie professionnelle de l’individu : son engagement, son image, ses desseins, ses croyances, ses valeurs. Pour cette raison, à l’approche clinique du sujet traumatisé doit s’adjoindre une clinique du professionnel. » Or la médecine du travail n’existe pratiquement pas dans le monde scolaire. Et cela en dit long, finalement, sur la façon dont l’employeur dénie la nécessité de prendre en compte sous tous ses aspects l’existence des violences à l’école, en particulier dans leurs conséquences concrètes sur ses personnels.

En tout état de cause, il faut en finir avec la « loi du silence » (et son corollaire, le sentiment de « honte »), qui isole, affaiblit, fait retomber sur chacun (dans la solitude) ce qui devrait être assumé et traité ouvertement et collectivement. Les violences scolaires ne sont pas une maladie contagieuse, et encore moins honteuse. Ces Etats généraux sur la sécurité à l’école ne peuvent avoir quelque utilité et quelque effet sensible que s’ils contribuent à libérer un espace de parole pour que ce sujet soit enfin débattu et traité effectivement, non pas dans le sensationnalisme de mauvais aloi ou la discrétion bureaucratique, mais ouvertement et collectivement, dans toute sa généralité et ses facettes. Une « révolution copernicienne », à vrai dire.

Claude Lelièvre est professeur émérite d’histoire de l’éducation à l’université Paris-V.

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Raphaël Glucksmann: «On est dans une société de solitude qui produit l’appel au despote et au tyran» ... (Video)

22 Octobre 2018 , Rédigé par regards.fr Publié dans #Politique

Sur la gauche

« La plus grande défaite de la gauche, c’est accepter que l’horizon politique, c’était le bien-être des individus. »

« Il y a une sorte de capitulation intellectuelle qui fait que les partis de gauche étaient placés devant une alternative simple : soit être condamnés à toujours perdre soit, pour gagner, accepter de devenir de droite. Et c’est ce qui s’est passé. »

« On a cru, dans une vision comique du monde, que tout conflit pouvait s’autorésoudre : c’est le drame de la social-démocratie européenne. »

« Ce n’est pas Macron qui a inventé le clivage progressistes contre conservateurs : dans les années 90, c’était Clinton et Blair qui faisaient des sommets progressistes à Florence en expliquant que le sens même du progressisme, c’était d’accompagner les évolutions du monde et l’accomplissement d’une société où chacun serait libre et heureux ; en réalité, en se transformant en VRP des évolutions du marché. »

« S’il n’y a pas de conflits, de problèmes insolubles, de vision tragique des choses, la politique n’est pas nécessaire. On n'aurait alors plus besoin que de gestionnaires et de communicants. »

Sur l’union de la gauche

« Entre les Verts et Génération.s, il n’y a pas grand chose sur le fond. »

« Il faut fédérer au maximum dans la société autour de causes. »

« Les idées existent, les gens sont investis dans les associations : il faut produire un projet et le poser sur la place publique. »

« Il y a une mémoire institutionnelle dans les structures politiques qui fait que les alliances sont difficiles. »

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Affaire de Créteil - Et si l'on cessait de sur-réagir?...

22 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

Affaire de Créteil - Et si l'on cessait de sur-réagir?...

Affaire de Créteil - Braquage d'une collègue

Que de bêtises sont dites, écrites! Dans l'effervescence, à chaud, tout le monde sur-réagit. Quelle que soit la position prise par les uns ou les autres, l'excès est démultiplié par les réseaux sociaux. C'est maintenant devenu une habitude.

Le geste de l'élève est EVIDEMMENT insupportable. Inacceptable! On ne peut qu'apporter notre soutien à cette collègue. 

Mais entendre affirmer, au plus haut sommet de l'Etat, qu' il y a eu "trop de laxisme" par le passé, cela me met hors de moi. L' accusation, récurrente, est une paresse intellectuelle, une manœuvre politique grossière:

- elle permet de ne pas évoquer le présent;

- elle exonère le gouvernement actuel de toutes responsabilités alors que quelques-uns de ses membres éminents ont occupé des postes à hautes responsabilités par le passé qu'ils accusent;

- elle excuse le gouvernement actuel de ne rien entreprendre  pour atténuer, puis faire disparaître, les effets TRES dangereux de la non mixité socio-territoriale;

- elle permet au gouvernement de justifier le détricotage des politiques antérieures.

Avant de sur-réagir comme l'a fait le gouvernement, mais pas seulement lui, ne serait-il pas préférable d'attendre les conclusions des enquêtes administratives? De faire CONFIANCE aux membres du conseil de discipline souverain?

Ne serait-il pas intelligent d'éviter les annonces populistes consistant à réclamer l'interdiction des téléphones portables dans les lycées, comme si là se trouvaient les raisons des problèmes de violences scolaires?

Ne serait-il pas enfin prudent de respecter le temps judiciaire? 

C'est à dire exactement ce que réclamaient les députés de la majorité à propos de l'affaire Benalla qui, en son temps et entre autres "bêtises", avait braqué une serveuse à l'aide d'un - vrai - revolver, tout cela sous les yeux du candidat devenu Président.

Christophe Chartreux

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