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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Raphaël Glucksmann...

24 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

Le tabouret de Matthieu

Donald Trump habite la Maison-Blanche, l’Union européenne se délite, Vladimir Poutine est le parrain de l’époque et Matteo Salvini son étoile montante, les murs se multiplient et les ponts s’effondrent, les ports se ferment aux exilés et les douanes reviennent en grâce, la démocratie libérale qui devait s’étendre sur le globe se rétracte à vue d’œil : notre échec est grandiose. Nous, intellectuels progressistes, militants humanistes, partisans de la société ouverte, défenseurs des droits humains et autres citoyens cosmopolites, sommes incapables d’endiguer la vague nationaliste et autoritaire qui s’abat sur nos sociétés.

Pourtant, tels de vieux curés voyant dans la désertion des fidèles la preuve qu’ils ont raison de pester contre la terre entière, nous continuons à professer que les masses font fausse route, sans jamais considérer l’hypothèse que nous nous sommes peut-être, un jour, trompés de chemin. Nous vitupérons, nous twittons, nous postons, nous pétitionnons, nous manifestons. Si nous doutons aisément des autres, nous sommes sûrs de nous-mêmes. Malgré les débâcles qui s’enchaînent, nous refusons de nous demander ce que nous avons bien pu rater pour être devenus si inaudibles.

Pareil orgueil, risible par temps calme, devient suicidaire lorsque gronde l’orage. Pour gagner les batailles politiques et culturelles à venir, il nous faut d’abord comprendre pourquoi nous avons perdu les précédentes. Pour combattre les démagogues qui ont le vent en poupe, nous devons chercher les raisons de leurs succès dans le vide qui nous entoure et souvent nous habite. Pour renaître de nos cendres, commençons par mourir à nous-mêmes.

*

Afin de lancer notre voyage au cœur de la crise qui frappe nos démocraties, rendons-nous un instant à l’église. Non pour prier le ciel de nous venir en aide, mais pour admirer les peintures du Caravage, et une en particulier, qui trône à Rome en l’église Saint-Louis-des-Français : Saint Matthieu et l’ange.

Ce tableau est, à première vue, l’œuvre la plus lisse du peintre rebelle. On n’y voit ni pute déguisée en madone, ni éphèbe lascif, ni tête tranchée. Pas même les pieds sales des pèlerins agenouillés devant la Vierge à l’Enfant de Sant’Agostino qui choquèrent tant les évêques. Matthieu, qui semble tout juste sorti du bain, porte une belle toge orange et rouge. Sa dignité de philosophe antique est sanctifiée par une discrète auréole. Un genou posé sur un tabouret en bois, il écrit son Évangile sur un pupitre et sous la dictée d’un ange qui, pour une fois chez Le Caravage, joue parfaitement son rôle asexué d’émissaire de Dieu. Les drapés et les regards se rejoignent sans se toucher dans une parfaite harmonie. Tout est à sa place. Tout est relié. Tout s’élève.

Mais si vous observez attentivement la scène, l’impression de quiétude laisse place à une forme de trouble. Après cinq ou dix minutes passées à vous demander d’où vient votre gêne devant tant de grâce, vous réalisez que le tabouret sur lequel Matthieu appuie son genou a un pied dans le vide et menace à tout instant de tomber. Plus vous le regardez, plus vous le voyez bouger. Vous réalisez que le vieux saint risque à chaque instant de s’affaler sur vous. Et de tout emporter dans sa chute : l’ange, le ciel. Et Dieu avec eux. Ce tabouret branlant au premier plan d’un tableau apparemment si sage inverse le sens global de l’œuvre : l’harmonie n’était qu’une illusion et tout, dans la Création, s’avère être fragile et friable, même la scène la plus sacrée.

Le tabouret qui rompt l’ordre cosmique est la signature du Caravage. C’est aussi l’image parfaite de la démocratie libérale, un système politique qui repose, comme le genou de Matthieu, sur un socle bancal. Son énoncé même révèle la contradiction structurelle qui l’anime. Le nom « démocratie » pose le primat du collectif sur l’individuel, sanctuarise ce qui est commun. L’adjectif « libérale » s’inscrit dans la tradition philosophique opposée et sacralise l’individu face à la collectivité. « Démocratie » implique un mouvement centripète, une quête d’unité sans cesse répétée. « Libérale » induit le mouvement inverse, centrifuge : une réaffirmation constante du multiple. Cette rencontre explosive de la pensée démocratique et de la pensée libérale génère le dynamisme des démocraties libérales.

Leur nature hybride fait leur force. C’est l’oscillation permanente entre ces deux pôles opposés qui permet à nos sociétés d’être libres et de progresser. Elles vivent au rythme du va-et-vient entre deux extrémités qui sont les deux faces symétriques d’une même mort : l’utopie collectiviste d’un côté, l’atomisation sociale de l’autre. La fin du mouvement de balancier signifierait la chute du tabouret de Matthieu et l’effondrement de la démocratie libérale. Si la contradiction qui anime nos systèmes cesse d’être dynamique, si l’un des pôles devient trop dominant pour être contrebalancé, la démocratie cesse d’être libérale ou le libéralisme cesse d’être démocratique : la crise éclate. Voici précisément ce qui se produit aujourd’hui : l’individualisme a triomphé, le déséquilibre est si grand, le pôle collectif si affaibli que la balance ne fonctionne plus. Le tabouret de Matthieu s’affaisse et nous sommes incapables de le redresser.

Raphaël Glucksmann - Les enfants du vide - De l'impasse individualiste au réveil citoyen

 

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Macronie: l'intelligence en danger... Jusqu'à Créteil...

24 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Education

Macronie: l'intelligence en danger... Jusqu'à Créteil...

La Macronie est une île. Isolée, coupée de plus en plus du "continent des français", des citoyens. Elle a une île voisine, presque jumelle: la Mélenchonie. Un duel sans fin les oppose par médias et réseaux sociaux interposés. Un combat sans autre intérêt - si je puis dire - que d'assécher le débat, éliminer les adversaires et affaiblir la démocratie. Si nous n'y prenons pas garde, lorsqu'à la fin s'étant entre-tués il ne restera rien d'autre que deux terres désertes et mortes, vides de tout, qui prendra la place laissée vacante par ce duo d'apprentis-sorciers?

Mais il y a plus grave encore...

Car si le débat politique est en ce moment réduit à une affligeante médiocrité, c'est d'abord et avant tout parce que l'intelligence est, en Macronie, tous les jours agressée. 

Il est aujourd'hui devenu plus gênant, voire dangereux, de faire preuve d'intelligence que de suivre le troupeau agressivement gardé par les bergers macroniens! Malheur aux députés de la majorité osant émettre un avis contraire à la ligne dictée depuis l'Elysée!

Le Président, le gouvernement, les députés de la majorité, ces "maîtres des horloges" semblent gagnés par le démon de la vitesse. Qu'un événement se produise et les voilà tous frénétiquement installés devant leurs claviers pour inonder la toile de leurs éléments de langage; en voici d'autres courant les plateaux de radios et télévisions pour débiter quasi industriellement les mêmes éléments de langage reçus sur les téléphones portables. Sans l'ombre jamais - ou très rarement - d'un contradicteur de poids. Les journalistes, eux-aussi soumis aux contraintes de la vitesse ne s'embarrassent pas d'opposer un argument. Il faut laisser dire, même n'importe quoi. 

Les médias que j'appelle "mainstream", ceux qui tournent en boucle dans les halls et bars d'hôtels, dans les cafés, les boutiques d'aires d’autoroutes, parfois même les salles d'attente préfectorales, assomment les téléspectateurs et auditeurs, les poursuivent, les happent, les traquent. Partout. Jusque dans leur voiture. 

Et nous voilà sommés d'entendre toujours les mêmes opinions, claironnés par les mêmes personnes, souvent à longueur de semaine et de week-end. Goldnadel, Zemmour, Bastié, d'Ornellas entre autres jusqu'aux éditocrates de Valeurs Actuelles. Ils accusaient la gauche de bien pensance. Mais au moins pensait-elle! 

A ceux-là, et sans les mettre sur le même plan, vous ajoutez quelques pincées d'Aurore Bergé, Benjamin Griveaux et Christophe Castaner pour obtenir l'illusion de la "disruption" et de l'originalité. Tragique captation de l'intelligence qui devrait être partagée quand elle est de plus en plus confisquée pour être détournée.

Jamais, à aucun moment, il ne vous sera proposé d'avoir le droit de ne pas comprendre. De savoir le dire ni le faire dire. 

Jamais, à aucun moment, il ne vous sera permis d'interroger le "non savoir". 

Jamais, à aucun moment, il ne vous sera demandé de vous intéresser à la part d'ombre alors qu' "il n'y a pas de lumière sans ombre" (Aragon).

L'intelligence en Macronie n'a plus de place. Ou seulement si celle-ci se glisse dans une réflexion apprise, convenue et conforme à la pensée élyséenne. Alors il sera dit de vous que vous êtes "intelligent", jugement de valeur d'une rare stupidité. Oui, voilà: l'intelligence en Macronie est devenue "stupidité" paresseuse, simulacre. Un détournement!

Heureusement il existe des résistances. Les Julia et Agathe Cagé, Raphaêl Glucksmann, Yves Citton, bien d'autres encore mais trop peu entendus appliquent sur les ondes un baume réconfortant. Ils ne détiennent nullement le "monopole" de l'intelligence! Ils osent simplement proposer autre chose que les simplismes populistes - le populisme est un mensonge! - imposés à notre quotidien. Bien mieux qu'originaux, ils offrent à la réflexion ce que la Macronie veut effacer: le débat d'IDEES! Cette "disputatio" que Macronistes et Mélenchonistes abîment à force de querelles picrocholines aussi vaines que médiocres. Mais qui plaisent aux temps contemporains, avides de  spectaculaire bien davantage que de profondeur réflexive.

L'exemple de l'emballement qui a saisi le gouvernement lors du "braquage" d'une collègue d'un lycée de Créteil, est l'illustration de ce détournement de l'intelligence.

Dès les images diffusées sur les réseaux sociaux, ce fut le déferlement d'annonces, de déclarations martiales, de prises de position incroyablement rapides, de condamnations. Le hastag "Pas de vague" vint alourdir la barque. Qui coula définitivement avec les multiples plateaux télés et radios voyant se succéder des "experts" dont l'immense majorité n'a jamais mis le bout du bout d'un orteil dans un établissement scolaire. 

Croyez-vous que quelqu'un, au gouvernement, avant toute prise de parole, eut l'idée de rendre visite à l'équipe pédagogique pour l'écouter? Non.

Croyez-vous que quelqu'un, au gouvernement comme dans les médias osa cette iconoclaste question:

"Comment une vidéo tournée de manière illégale a-t-elle pu être multi-diffusée et utilisée sans que jamais personne ne demande son retrait et son interdiction?"

Non...

Elle fut posée pourtant. Par ceux-là même qu'on aurait aimé voir et entendre en lieu et place des "sachants" de tous bords: nos collègues du lycée Branly de Créteil!

Des femmes et des hommes intelligents...

Christophe Chartreux

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L'école est plus inégalitaire en France que dans la plupart des pays développés (classement Pisa)

24 Octobre 2018 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

L'école est plus inégalitaire en France que dans la plupart des pays développés (classement Pisa)

La France peut mieux faire pour assurer une réussite égale aux élèves issus de milieux défavorisés, montre une étude publiée lundi par l'OCDE sur la base des données Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves).

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Selon la définition de l'Organisation de coopération et de développement économiques qui regroupe 36 pays, "l’équité en éducation signifie que le système éducatif fournit les mêmes chances d’apprendre à tous les élèves". 

Dans son rapport (rapport uniquement disponible en anglais) issu des données Pisa, l'OCDE indique que l'école ne parvient pas à corriger les inégalités sociales. 

Les adultes dont les parents sont diplômés de l’enseignement supérieur ont 14 fois plus de chance d’être également diplômés de l’enseignement supérieur que ceux dont les parents ont un niveau d’éducation moins élevé

La France ne donne pas les mêmes chances aux élèves issus de milieux défavorisés 

Seulement 17% des adultes avec des parents qui n’ont pas de diplôme du second cycle ont obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur, alors que c’est le cas de 73% des adultes avec des parents diplômés de l’enseignement supérieur, ajoute l'OCDE. 

Le rapport pointe aussi les résultats de l'évaluation Pisa 2015 : 

En France, environ 20% de la variation de la performance en sciences des élèves "est associée à des différences de statut socio-économique", alors que la moyenne européenne est de 13% au sein des pays de l'OCDE

Les élèves issus d'un milieu socio-économique défavorisé ont enregistré 118 points de moins en sciences que ceux issus d'un milieu favorisé, l'équivalent de presque quatre années de scolarité. L'écart moyen en des pays de l'OCDE est de 88 points. 

Le rapport pointe aussi le manque de mixité sociale

Selon l'OCDE, la moitié des élèves défavorisés en France sont scolarisés dans des écoles "au profil socio-économique défavorisé", une proportion très légèrement supérieure à la moyenne, et cela influe sur les résultats : les élèves qui sont scolarisés dans des établissements plutôt favorisés présentent "une performance moyenne supérieure de 134 points à ceux qui sont dans des écoles défavorisées". 

Les élèves français plutôt satisfaits malgré tout 

Près d'un tiers (31%) des élèves défavorisés en France "se disent satisfaits de leur vie, déclarent éprouver un sentiment d’appartenance à leur école et déclarent ne pas se sentir angoissés par les évaluations". La moyenne de l'OCDE est de 26%.  

Déjà la Cour des comptes avait alerté les pouvoirs publics français le 17 octobre dernier. Dans un rapport, elle estimait que 

La politique d'éducation prioritaire, qui vise à réduire les écarts scolaires liés aux origines sociales des élèves, n'avait pas atteint ses objectifs. 

Elle préconise notamment  de recentrer les efforts sur le primaire et les établissements les plus défavorisés.  Or, cette politique est celle sur laquelle s'appuient les gouvernements successifs depuis près de 40 ans pour aider les établissements situés dans des zones socialement défavorisées.  Elle concentre des moyens (1,7 milliard d'euros en 2017) au bénéfice de 20% des élèves dans plus de 1 000 réseaux réunissant collèges et écoles, dont 350 en éducation prioritaire renforcée (REP+), les autres en REP.  Son objectif était de réduire à moins de 10% les écarts de niveau entre les élèves scolarisés en éducation prioritaire et les autres.  

Valérie Cantié

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La tribune des profs du lycée de Créteil: "Notre lycée ne se résume pas à ces images"...

24 Octobre 2018 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education, #Politique

Résultat de recherche d'images pour "eleves heureux"

 

Nous sommes fiers de nos lycéens et de leurs réussites. Nos élèves et leurs parents sont conscients de notre investissement et sont souvent reconnaissants.

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Bien sûr que nous avons avant tout une pensée forte pour notre collègue. Bien sûr que cela se passe dans un établissement scolaire situé en banlieue parisienne. Bien sûr qu'un lycée devrait être un sanctuaire. Bien sûr qu'il y a cet acte choquant, inacceptable et condamnable. Et violent... Quelle violence de la part d'un jeune de 15 années qui n'a sûrement jamais pris la mesure de son geste! Et quelle bêtise aussi de la part de ses camarades qui n'ont pas su ou voulu l'en empêcher.

Et pourtant après ce geste, après quatre jours, on peut se demander où se situe maintenant la violence? Ces images qui passent en boucle sur toutes les chaines derrière des intervenants dénonçant les dangers de ces mêmes vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Ces hommes politiques qui s'abaissent à récupérer les faits et à préconiser des réactions radicales et extrêmes rêvant au tout sécuritaire. Les enseignants, les personnels, les élèves et leurs familles sont choqués par cette vidéo mais aussi par ce qu'on lui fait dire. Parfois on se plait à penser que le rôle des journalistes serait aussi d'expliquer et d'éduquer... L'éducation passe surtout par la valorisation des petits progrès et des bonnes attitudes et non pas uniquement par la dénonciation permanente d'un acte isolé et insensé.

Comment expliquer que cette vidéo tournée de façon illégale n'ai pas été retirée dès que cette affaire a éclaté?

L'établissement où nous enseignons ne se résume pas du tout aux images diffusées sur les chaines d'informations. Dans notre lycée, les équipes d'enseignants proposent de nombreux projets dans lesquels s'investissent nos élèves comme l'accueil des secondes, les stages de pleine nature, les interventions d'auteurs en classe, le concours d'éloquence, les ateliers scientifiques en liaison avec une école élémentaire de Créteil, le club aéronautique, ... Il y a aussi les différents partenariats, notamment avec la maison des arts de Créteil et des actions menées par nos élèves et professeurs de BTS, notre stand tenu chaque année, place Saint-Sulpice à Paris, à l'occasion du salon des jeux mathématiques, ...

Oui, nous sommes fiers de nos lycéens et de leurs réussites. Nos élèves et leurs parents sont conscients de notre investissement et en sont souvent très reconnaissants.

Ironie du sort, sans avoir eu connaissance des faits, jeudi soir, le jour-même de l'agression, nous fêtions la remise des diplômes de la session 2018 des examens avec nos élèves. Ce sont ces actions et ces réussites que nous aimerions voir passer en boucle! Et peut-être qu'alors les enseignants se sentiraient moins seuls.

En tout état de cause, nous serons le lundi de la rentrée dans notre établissement, aux cotés de nos élèves, pour continuer à accomplir notre mission et former les futurs citoyens de notre république.

Cette tribune est également signée par:

Mesdames Bureaux, Barlogis, Davfroux, Douart, Fassi, Festy, Gibaud, Immel,Lawson, Limandas, Lyusch, et Zaabani.

Messieurs Baudouin, Bresson, Fatmi, Longuet, Moinet, Petit, Sablic, Tabone et Toueix.

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Revue de Presse Education...

24 Octobre 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Media

Toujours la même centration de l’actualité


Émoi
 
Violences à l’école, l’émoi des enseignants
Après l’agression d’une enseignante en fin de semaine à Créteil, de nombreux professeurs ont dénoncé, lundi 22 octobre sur Twitter, le faible soutien apporté par leur hiérarchie à des faits de violence.
Si le nombre d’incidents graves est stable, la permanence des violences scolaires interroge
.”

Éducation. Des profs bien seuls face à la violence
Quelles réponses apporter ? Depuis jeudi dernier, et la mise en ligne d’une vidéo montrant un élève du lycée Édouard-Branly de Créteil (Val-de-Marne) en train de braquer sa professeure en pleine classe avec une arme factice, le débat sur la sécurité dans les établissements scolaires est reparti de plus belle. L’affaire a suscité l’indignation jusqu’au sommet de l’État. Mais également – fait nouveau – libéré la parole des enseignants qui, depuis deux jours, critiquent l’inaction et les réponses inadaptées de l’éducation nationale face aux violences verbales, et parfois physiques, qu’ils peuvent subir. Lancé ce week-end sur Twitter, le hashtag ironique #PasdeVague a rencontré un succès foudroyant. Agressions mal ou pas sanctionnées, faits minimisés… Plus de 20 000 messages y auraient été postés. Des dizaines de professeurs évoquent les brutalités, notamment orales, qu’ils doivent endurer et le manque de soutien de leur hiérarchie. « Il existe une forme d’omerta, explique même une principale adjointe d’un collège. Un chef d’établissement n’a rien à gagner à signaler les problèmes. »

Éducation : la parole se libère après de multiples violences
Depuis l’agression d’une professeure dans un établissement de Créteil (Val-de-Marne), des enseignants témoignent sur les réseaux sociaux avec un hashtag pour dénoncer les faits de violence auxquels ils sont confrontés. Cette agression semble provoquer une vague de libération de la parole.”

Violences à l’école : le témoignage choc d’une enseignante
Ayant pris part au hashtag #PasDeVague dénonçant les violences à l’école, une enseignante a souhaité témoigner et réclamer le soutien des parents, des journalistes et des politiques.”

Violence scolaire : Il est temps d’écouter les profs 
On a eu peur pour cette professeure. Cet incident nous a tous choqué. La violence subie par l’enseignante de Créteil suscite une grande émotion. Parfaitement légitime, elle dépasse maintenant cet incident. Ce qui remonte avec une très grande force à travers la multiplication des témoignages d’enseignants sur les réseaux sociaux et dans la presse c’est le ras le bol des professeurs envers leur institution. Ils ne se sentent ni soutenus ni traités correctement. S’ils s’identifient si fort à l’enseignante de Créteil c’est qu’ils sont brutalisés par l’institution depuis des années. Il est temps d’écouter les profs.”

Violences scolaires : « Les enseignants considèrent souvent qu’ils ne sont pas soutenus par leur hiérarchie »
Selon des enquêtes, moins de 1 % des enseignants sont victimes de violences physiques. Les insultes, elles, restent fréquentes.”

Exclusif : Eric Debarbieux : Les enseignants se sentent méprisés
Que faire après Créteil ? Alors que le pouvoir politique s’agite, dit vouloir "rétablir l’ordre", déscolariser les élèves auteurs de violences et interdire le portable dans les lycées, que nous disent les recherches ? Expert reconnu internationalement, Eric Debarbieux, ancien délégué ministériel chargé de la prévention de la lutte contre les violences en milieu scolaire, pointe déjà l’inefficacité de l’interdiction des portables. Il rappelle ce qui a été fait. Il pointe aussi dans cet entretien accordé au Café pédagogique ce qui reste à faire.”

#PasDeVague : pourquoi les profs n’ont pas parlé des violences avant
Trois raisons évoquées : Parce qu’on leur a demandé de se taire, Parce que ça peut leur nuire, Parce qu’il y a une part d’autocensure


Côté ministre
 
Blanquer, la digue anti-vague 
Pour un peu, ce serait lui le vrai ministre de l’Intérieur. Jean-Michel Blanquer, qui réagit au braquage d’une enseignante par son élève avant même Christophe Castaner, son collègue de Beauvau. Jean-Michel Blanquer, d’autant plus prompt à brandir la règle de fer, qu’il sait le corps enseignant en proie au malaise. Sanction, déplacement sur le terrain, réflexion sur la « responsabilisation des parents », vite réagir pour vite se poser en « ministre des professeurs » (dans « Le Parisien »). Car la vague monte.”

#Pasdevagues : le ministre et le hashtag
Il n’empêche, ces cris de colères rassemblés sous le mot-clé #pasdevagues renvoie à une mécanique que l’on a connu avec les hashtags #MeToo ou #Blacklivesmatter - qui concernaient d’autres sujets bien sûr, en l’occurrence le harcèlement sexuel et les discriminations contre les afro-américains. Mais ces mots-clés, partagés des milliers de fois disent une même chose : ce qui peut-être vu comme une succession de faits isolés est en fait constitutif d’un système... En d’autres termes, le hashtag dit que c’est grave, mais aussi que c’est courant. Il a la puissance évocatrice du fait divers, et la force statistique du nombre. Il devient dès lors impossible à ignorer pour le politique. Un ministre peut recevoir des représentants syndicaux, il peut réunir des parents d’élèves, faire descendre la température... Mais que peut-il contre un mot-clé sur twitter, dont le succès amène encore chaque minute de nouveaux témoignages.”

Violences à l’école : « il faut plus de transparence et plus de sanctions », selon Attal
Il a précisé sur LCI que le « comité stratégique » annoncé par le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, et le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, aurait lieu « demain » (mercredi).”


Rire et réfléchir
 

Un rappel par Christophe Chartreux d’une émission-interview d’il y a quelques jours
Quand les émotions prennent le pas sur la raison... (Vidéo)


Et pendant ce temps
 
L’école est plus inégalitaire en France que dans la plupart des pays développés (classement Pisa) par Valérie Cantié@valeriecantie, avec agences
La France peut mieux faire pour assurer une réussite égale aux élèves issus de milieux défavorisés, montre une étude publiée lundi par l’OCDE sur la base des données Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves).”
 
Bernard Desclaux

 

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Cheb Mami...

23 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Anne Dufourmantelle...

23 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Philosophie

La nuit est notre amplitude secrète. L'espace de notre folie intime, mutique. La nuit enregistre nos peurs et nous en délivre, le jour, par l'effet d'une amnésie bienfaitrice dont l'angoisse est le reste insécable. La nuit est notre vérité, elle nous intime à rejoindre un lieu plus ancien qu'on appelle parfois l'âme, et dont la langue nous est indéchiffrable.

Eloge du risque

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" Risquer sa vie " est l'une des plus belles expressions de notre langue. Est-ce nécessairement affronter la mort - et survivre...ou bien y a-t-il, logé dans la vie même, un dispositif secret, une musique à elle seule capable de déplacer l'existence sur cette ligne de front qu'on appelle désir ?

Eloge du risque

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La douceur apparaît d'abord comme une défaillance.
Elle déroge à toutes les règles du savoir-vivre social.
Les êtres qui en font preuve sont parfois des résistants mais ils ne portent pas le combat là où il a lieu habituellement. Ils sont ailleurs.
Incapables de trahir comme de se trahir, leur puissance vient d'un agir qui est constamment une manière d'être au monde.

(...)

Dessous est la douceur, tapie.
Sous chaque chose regardée, juste la ligne en dessous, c'est là, sous chaque chose touchée, chaque mot prononcé, chaque geste commencé, comme la ligne mélodique qui accompagne une ligne chantée.

(...)

La douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable.
Elle ne peut se trahir, sauf à être falsifiée. La menace de mort même ne peut la contrer.

(...)

La douceur est politique. Elle ne plie pas, n'accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s'accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l'humain.

(...)

De l'animalité, elle garde l'instinct, de l'enfance l'énigme, de la prière l'apaisement, de la nature, l'imprévisibilité, de la lumière, la lumière.

(...)

La douceur est l'un des noms de cette réconciliation avec ce qui a été refoulé, exilé dans le passé et ainsi "repris" avec mansuétude et le courage qu'il faut pour s'avouer qu'on y était, en conscience.

(...)

Suavité de l'ineffable. Beauté de ce qui n'apparaît pas dans l'apparence donnée des choses et des phénomènes.

(...)

La douceur fait apparaître l'écart entre ce qui est là et qui échappe.

(...)

Le charnel et le spirituel, mais pas seulement, aussi tous les écarts, les ellipses, dans la langue, dans le visible, dans la volute baroque, dans la doublure de l'anamorphose.

(...)

La douceur est ce qui nous permet d'aller au-devant de cet étranger qui s'adresse à nous, en nous. C'est la voix que le poète anime, et recueille.
C'est une part du monde sauvage déposée là.

(...)

Comment faire entendre le manque de la douceur dans l'existence, la mémoire, la fragilité des êtres ?
Ce manque n'est presque pas audible, je ne sais même pas s'il est vraiment perçu. Il apparaît en creux dans la norme de plus en plus présente que fait peser une société qui se veut démocratique et libérale mais dont la logique consumériste fait s'indifférencier les êtres dans une économie qui ne souffre aucun "état d'âme".

(...)

Attenter à la douceur est un crime sans nom que notre époque commet souvent au nom de ses divinités :
l'efficacité, la rapidité, la rentabilité.

(...)

On tente de la rendre désirable, échangeable, institutionnalisable, pour qu'elle ne bouleverse pas tout. On tue la douceur par la douceur.
On en fait une drogue frelatée dont on veut nous inculquer le besoin

Eloge de la douceur

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Stop aux contrôles de police lors des sorties scolaires...

23 Octobre 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique

Stop aux contrôles de police lors des sorties scolaires...

Il y a un an, gare du Nord, des policiers contrôlaient trois élèves de retour d'un voyage de classe. Ceux-ci ont porté plainte contre ce qu'ils considèrent comme un délit de faciès, le procès se tient aujourd'hui.

Tribune. Il y a un an, trois de mes élèves se faisaient contrôler par des policiers à deux points différents de la gare du Nord, de retour d’un séjour scolaire à Bruxelles. L’un d’eux se faisait arrêter à la sortie du train et deux autres étaient contrôlés dans le hall. Devant l’ensemble de la classe, ils durent ouvrir leurs valises, être fouillés, et l’un d’entre eux fut tutoyé. Mon statut d’enseignante ne permit pas d’éviter ces humiliations. Pire, les policiers me manquèrent de respect devant ma classe. Rien ne justifiait ces contrôles; aucune attitude déplacée, pas un mot plus haut que l’autre. «Pourquoi vous nous contrôlez ?» À cette incessante question des élèves adressée aux policiers, aucune réponse. Il était évident que seule leur apparence physique avait motivé ces contrôles.

Le lundi 22 octobre 2018, cette affaire sera plaidée par Maître Ben Achour qui leur a permis de porter leur histoire devant les tribunaux. Mamadou Camara, Ilyas Haddaji et Zakaria Hadji Mmadi ont été particulièrement choqués d’être ainsi rabaissés devant leurs camarades et de voir les policiers me malmener, piétinant sans vergogne mon autorité. Quel message est-il ainsi délivré ? Policier.e.s ou enseignant.e.s, nous sommes au service de la République. Nous devrions pouvoir nous faire confiance, échanger et discuter dans un cadre respectueux.

Ces élèves étaient sous ma responsabilité, leurs parents me les avaient confiés. Je n’ose penser à la fin malheureuse si je n’avais pas moi-même mis fin à ce contrôle, me pressant de les éloigner des forces de l’ordre pour empêcher que la situation dégénère. Doit-on en conclure que les représentant.e.s d’un seul et même État ne peuvent plus travailler ensemble? Je redoute désormais d’organiser des sorties avec mes élèves, et je sais que je ne suis malheureusement pas la seule. Le risque des contrôles de police est considérable et j’appréhende les attitudes des personnels dans les métros, les gares, les musées. Professeure blanche qui a grandi à la campagne, je ne connaissais pas la réalité des quartiers populaires, je ne savais pas qu’une telle exclusion existait en France.

Je suis outrée de voir à quel point mes élèves doivent se battre pour se déplacer d’un endroit à un autre, horrifiée de comprendre leur peur de passer le périphérique parisien. Ils sont pourtant comme tous les autres jeunes, loin des clichés présentés par certains médias. Je crois profondément aux valeurs de l’école de la République qui doit protéger ses élèves, sans exception. C’est la raison pour laquelle j’en appelle à l’ensemble de la communauté scolaire ainsi qu’aux parents d’élèves pour soutenir la démarche de Mamadou, d’Ilyas et de Zakaria. Leur combat est celui de tou.te.s les élèves qui circulent difficilement sur le territoire français et pour qui, l’école, n’est désormais plus une protection. Je réitère ma demande d’une circulaire qui interdirait tout contrôle policier en sortie scolaire; il en va de la sécurité des élèves.

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23 Octobre 2018 , Rédigé par Liberation

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Macron et les «somnambules» : la référence littéraire derrière le gimmick

Dans son allocution télé mardi, le chef de l'Etat s'en est pris aux «somnambules du monde qui va», dans une référence au romancier autrichien Hermann Broch. Un terme que Macron utilise régulièrement pour dénoncer la montée du nationalisme en Europe.

«Le monde se fracture, de nouveaux désordres apparaissent et l’Europe bascule presque partout vers les extrêmes et, à nouveau, cède au nationalisme. Ceux qui ne voient pas ce qui est en train de se passer partout autour de nous décident implicitement d’être les somnambules du monde qui va. Je ne m’y résous pas», a expliqué un Emmanuel Macron plus grave que jamais mardi soir, dans son allocution télévisée post-remaniement. Une référence à la trilogie de l’écrivain autrichien Hermann Broch, les Somnambules, publiée au début des années 30 et dont l’intrigue se déroule entre 1888 et 1918. «Un roman gigantesque sur la perte de repères moraux dans l’Europe de l’avant-Première Guerre mondiale sur trois générations», nous précise un proche du chef de l’Etat, qui évoque une œuvre «puissante».

A travers cette référence à ce «chef-d’œuvre total au sens philosophique, littéraire et éthique» dixit la même source, le message présidentiel est assez clair, dans la perspective des élections européennes. Emmanuel Macron a, de longue date, choisi de faire de ce scrutin le terrain d’affrontement entre «progressistes» et «nationalistes». Et il tient tout particulièrement à cette métaphore des «somnambules» pour l’illustrer. «Je ne veux pas appartenir à une génération de somnambules qui aura oublié son propre passé ou qui refusera de voir les tourments de son propre présent !» lançait ainsi le chef de l’Etat dans l’hémicycle du Parlement européen il y a six mois. Une allusion à la montée des populismes et des «démocraties illibérales» en Europe.

Cela vaut pour la scène continentale, mais aussi franco-française. «Honte aux somnambules du XXIe siècle !» avait vociféré le candidat En marche dans une enflammade visant Marine Le Pen et ses électeurs, au cours d’un meeting à Arras fin avril 2017. En novembre 2016, alors toujours ministre de l’Economie, il estimait déjà que «rien [n’avait été] fait depuis le 21 avril 2002» et la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour, ajoutant que devant le succès de l’extrême droite, il y a «d’une part, les somnambules, celles et ceux qui continuent à marcher dans la nuit, qui parlent dans le vide, et ne voient rien de ce qui se passe autour d’eux, et puis de l’autre, les cyniques, qui savent, et qui s’accommodent de cette vilaine affaire».

Etienne Baldit

 

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Education: le ministre Blanquer n’aime pas les instances indépendantes...

23 Octobre 2018 , Rédigé par Mediapart

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EXTRAITS

Deux instances liées au ministère de l’éducation sont dans la tourmente : le Conseil supérieur des programmes, chargé d’élaborer les programmes, et le Conseil national de l'évaluation du système scolaire, appelé à disparaître. Ces tensions illustrent la mainmise du ministre sur ces dossiers, qui veut solder l'héritage Peillon.

our la majorité, Jean-Michel Blanquer est l’élève modèle du gouvernement. La preuve, durant la longue quête d’un remplaçant du démissionnaire Gérard Collomb, le patron des députés LREM expliquait que la perle rare serait un « Blanquer de l’intérieur »Sous-entendu, un ministre technique et compétent.

Seulement cette vision laudative n’est pas partagée par une partie de la communauté éducative, qui pointe du doigt une gestion de plus en plus autoritaire du ministre. Plusieurs épisodes récents éclairent sur la manière dont Blanquer gère une maison qu’il a longtemps rêvé de diriger et qu’il souhaite voir coller à ses idées. 

L'affaire intervient à un moment particulier. Le baccalauréat doit connaître une réforme profonde à l’horizon 2021. Le temps presse, car il s’agit de revoir de fond en comble tous les programmes afin de les faire coller à la nouvelle architecture. Ceux-ci doivent entrer en application dès septembre 2019 en seconde et en première. Ce toilettage du baccalauréat s’accompagne d’une refonte du lycée, qui met fin aux filières S, ES et L et prévoit un tronc commun et des spécialités à choisir en fin de seconde.Difficile de passer à côté du dernier psychodrame qui agite ces jours-ci le Conseil supérieur des programmes, après la publication le 10 octobre par le principal syndicat du secondaire, le Snes, de documents de travail sur les nouveaux programmes d'histoire en seconde. Si l'existence de cette structure, le CSP, demeure inconnue pour beaucoup, sa mission revêt une importance cruciale. Ses dix-huit membres d’horizons et de bords politiques différents doivent concevoir des programmes scolaires à présenter au ministre.

Depuis le 11 octobre, 81 programmes préparés dans différents groupes de travail (lire la composition des groupes de travail ici) sont actuellement examinés et discutés au sein du Conseil, avant d’être soumis au ministre qui conserve l’imprimatur. Car le CSP n’est doté que d’un avis consultatif, mais est censé livrer une copie suffisamment aboutie pour ne pas subir de trop gros amendements.

Pour éviter cela, il faut réduire autant que possible les divergences de points de vue entre le ministre et le président du CSP. À cet égard, l’inimitié profonde entre Michel Lussault, l'ex-président de l'instance et Jean-Michel Blanquer – le premier étant rattaché au camp des « pédagogistes » là où le second se range dans la catégorie des conservateurs, si tant est que ces clivages soient opérants – aurait été un frein dans la conduite des travaux du CSP. 

Comme souvent, les programmes ont suscité des mécontentements et créé la polémique. Les programmes actuels datent de 2010, avec la dernière réforme du lycée, et donnaient plutôt satisfaction malgré leur densité. La nouvelle version est accusée d’être franchement conservatrice, voire réactionnaire. 

Tout est parti d’une fuite. Le 10 octobre, le Snes, principal syndicat du secondaire, a rendu publiques sur son site des versions de travail des programmes d’histoire de seconde. Résultat : ceux-ci font la part belle au récit chronologique. Le syndicat dénonce la mise en avant d’une histoire très « européo-centrée ». Le Snes s’est ensuite alarmé de la lourdeur des programmes dans différentes disciplines, mais aussi de la disparition de l’histoire de l’immigration des programmes (lire ici la tribune de Laurence de Cock, ici l’analyse détaillée du Snes-Fsu ou encore cette tribune de Thibaut Poirot, professeur agrégé d’histoire-géographie). À l’heure actuelle, cette thématique est abordée en classe de seconde et en première. 

Amélie Hart-Hutasse, professeur dans un lycée de l’Essonne, coresponsable du groupe histoire-géographie au Snes-Fsu, explique à Mediapart avoir conscience qu'il s'agit de documents temporaires mais estime toutefois qu'il convient de rester vigilant : « S’il y a des modifications, ce ne sera pas des modifications d’ampleur dans la philosophie des programmes. »

Leurs intitulés laissent craindre au Snes-Fsu « un angle d’attaque politique, avec plus de chronologie et de dates, où il ne restera aucune place pour l’histoire sociale ». Du reste, la responsable syndicale estime qu’il est impossible d’enseigner cette masse de faits et récits aux élèves, « sauf à les dégoûter ». 

Le CSP, d’habitude discret, a fait état de son mécontentement face à ces révélations. Dans un communiqué envoyé le 16 octobre, l’instance accuse le syndicat d’avoir mis en ligne des « documents falsifiés »« en dehors de tout respect des exigences déontologiques qui doivent prévaloir à l’égard de travaux en cours. Il s’agit là de pratiques irresponsables et contre-productives fermement dénoncées par le Conseil supérieur des programmes », peut-on lire.  

Le conseil promet une version définitive du CSP pour le 5 novembre. Jean-Michel Blanquer lui-même, censé conserver une certaine réserve sur le sujet, a fustigé le 18 octobre sur France Inter la diffusion d’« infox » – de fausses informations. 

De son côté, Denis Paget, membre tout juste sortant du CSP, a pu suivre jusqu’à début octobre le travail du groupe histoire et affirme ne pas avoir entendu parler de l’histoire de l’immigration lors des échanges. « Il n’a jamais été question de travailler l’histoire de l’immigration. Le CSP peut bien jurer ses grands dieux que les affirmations du Snes sont fausses, mais ils n’y avaient pas pensé. Les fuites vont conduire le ministre à en tenir compte, ce n’est pas plus mal », assure Paget à Mediapart. 

Cet épisode démontre surtout que le ministre veut reprendre la main sur le CSP. Le ministre a choisi de confier la tête de l'instance à la philosophe Souâd Ayada en novembre 2017. En septembre, elle accordait une interview au conservateur magazine Causeur. Elle y expliquait être favorable au retour à un enseignement de l’histoire où celle de France aurait toute sa place, ainsi que vouloir davantage « souligner les repères chronologiques » et renforcer l’apprentissage des dates. La convergence intellectuelle avec un ministre attaché aux fondamentaux est évidente. 

Par ailleurs, nommer une inspectrice générale – c'est-à-dire membre de l'administration – au poste de présidente est aussi le signe d’une volonté de prise de contrôle par le ministre. Comment une membre de l’administration centrale pourrait-elle être déloyale ? Sollicitée par Mediapart, Souâd Ayada n'a pas donné suite. 

En guise de représailles à cette divulgation, le CSP a décidé le 13 octobre de ne plus envoyer les documents de travail à ses membres – en version papier ou électronique. Pour pouvoir prendre connaissance des contenus des textes le jour même de leur discussion et du vote, chacun des membres est invité à se rendre plus tôt le matin dans l’une des salles du ministère pour les consulter sur place. Les feuilles ne peuvent plus quitter les lieux.

Des crises à répétition au Conseil supérieur des programmes

Les historiens ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Dans une tribune publiée par Le Monde, plusieurs géographes se disent aussi préoccupés. Ils déplorent la mise en place d’un programme de « géographie confettis ». Ils écrivent : « Plus grave encore, alors qu’il est appelé à jouer un rôle majeur dans le cadre de la réforme des lycées, l’enseignement de spécialité intitulé “histoire, géographie, géopolitique et science politique” – offert dans la voie générale – fait une complète impasse sur les grandes dynamiques de la géographie et de la géopolitique du monde contemporain. À l’heure de Trump et de Poutine, de Daech [acronyme arabe de l’organisation État islamique] et de l’islamisme radical, du règne des GAFA sur le Net, du Brexit et de la montée de la Chine, de la relance de la militarisation de l’espace ou de crises régionales de plus en plus exacerbées, ces propositions sont sidérantes. »

« À l’époque, on ne cachait pas les programmes aux organisations disciplinaires », s'indigne Denis Paget. Le professeur de lettres et ancien syndicaliste craint aussi l’effet écrasant et de tri que ces « programmes pléthoriques » vont provoquer. « Tous les programmes que j’ai pu lire sont tournés vers le passé et très difficiles. Notamment en sciences ou en mathématiques. On risque de laisser sur le bord de la route pas mal d’élèves », dit-il. 

(...)

Faïza Zerouala

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