Dessiner une nouvelle carte de l’éducation prioritaire ne permettra pas à elle seule une meilleure égalité des chances entre élèves. Mercredi matin, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a annoncé qu’une réflexion était engagée pour redéfinir la «territorialisation des politiques éducatives», et notamment «les politiques dédiées à l’éducation prioritaire».

Faire évoluer la politique d’éducation prioritaire ne peut être efficace que si, et seulement si, on s’attaque aussi à la ségrégation scolaire et sociale. L’enjeu n’est pas tant d’identifier les établissements scolaires dont les publics concentrent les difficultés, mais plutôt de comprendre pourquoi le système scolaire français, dans son fonctionnement, faillit à garantir l’égalité des chances. Pourquoi n’arrive-t-on pas à constituer des établissements aux publics mixtes pour construire une cohésion sociale ?

La ségrégation scolaire touche tous types d’établissements, en éducation prioritaire, mais pas seulement. Elle n’est ni le simple reflet de la ségrégation résidentielle, ni un phénomène inhérent aux établissements scolaires classés. Dans ce contexte, il y a urgence à aborder la question de l’égalité des chances à travers le problème de la ségrégation scolaire, plutôt que de s’en tenir à la simple carte d’éducation prioritaire.

Comment s’y prendre ? Cas pratique à Melun, en Seine-et-Marne, dans un collège REP+. Trois facteurs de ségrégation scolaire ont été identifiés. La sectorisation d’abord, qui reproduit la ségrégation résidentielle de la ville. Viennent s’ajouter les stratégies d’évitement des familles. Ce collège devrait recruter 68 élèves venant des villages voisins, plus aisés. Mais concrètement, seuls 12 sur les 68 élèves sont scolarisés. Un dernier facteur joue, pouvant surprendre… car lié à une politique publique visant justement à améliorer l’égalité des chances. Les meilleurs élèves melunais évitent ce collège par le biais des internats d’excellence. Ce dispositif les encourage de fait à partir. Avec pour effet direct de réduire le niveau du collège, privé de 10 % de ses meilleurs élèves. L’articulation de ces trois facteurs de ségrégation accentue les inégalités et la concentration des difficultés dans certains établissements scolaires, parfois sans que cela ait un rapport avec un classement REP ou REP+. La réponse pour renforcer la justice sociale ne doit donc surtout pas se limiter à une nouvelle cartographie des collèges REP et REP+.

Jules Bodet étudiant en géographie à Paris-VIII