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Vivement l'Ecole!

Monsieur le Président, serez-vous le fossoyeur de la philosophie?...

28 Mai 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Philosophie

Monsieur le Président, serez-vous le fossoyeur de la philosophie?...

Emmanuel Macron cite les philosophes, mais l’enseignement de la matière au lycée est menacé.

Entendre un président de la République se référer explicitement ou implicitement à Paul Ricœur, Spinoza ou Kant, tranche si fortement avec le niveau discursif de ses prédécesseurs qu’on ne peut que se féliciter de ce réanoblissement de la fonction (quoi qu’on en pense d’ailleurs). Cela rappelle que depuis quatre siècles la France a vu naître, de Descartes à Rousseau en passant par Diderot, Helvétius, La Mettrie, Condillac, Montesquieu, Comte ou Toqueville, une pléiade de philosophes de portée universelle. Au XXe siècle, Bergson, Sartre, Merleau-Ponty, Simone Veil, Alain, Foucault, Deleuze, Derrida, Ricœur et bien d’autres ont prolongé cette belle tradition et fait de la France un incomparable foyer de création philosophique qui dialogue avec les penseurs du monde entier.

On doit notamment cette fécondité contemporaine à une spécificité française que beaucoup nous envient : un enseignement philosophique dispensé à tous les élèves de classes terminales générales et technologiques, et, en particulier, l’existence d’une terminale littéraire à fort horaire de philosophie (dix heures hebdomadaires jadis, huit aujourd’hui) qui nourrit les universités et grandes écoles en futurs philosophes, professeurs et écrivains. S’attaquer à cette spécificité, c’est tuer à terme cette spécificité française.

Or, si l’actuelle réforme du lycée et du baccalauréat était maintenue en l’état, le même président, si friand de citations philosophiques, resterait dans l’histoire comme le fossoyeur d’une dimension essentielle de l’enseignement philosophique en France. Il n’est pas certain qu’il en ait conscience. En effet, si le futur baccalauréat affiche la philosophie comme matière universelle parmi les quatre épreuves écrites de toutes les séries, il consacre en réalité non seulement sa marginalisation dans les coefficients, mais aussi et surtout la disparition pure et simple de la terminale littéraire. Plus aucun élève ne pourrait bénéficier d’une formation qui le prépare comme aujourd’hui à des études supérieures en philosophie, mais aussi aux outils nécessaires dans la plupart des sciences humaines et sociales.

Quant au service des professeurs de philosophie, il s’en trouverait si alourdiqu’on en viendrait à réduire le nombre de dissertations des élèves, part irremplaçable de leur formation intellectuelle qui influe sur leurs capacités dans toutes les autres matières. Tout cela alors que, en relation avec les autres disciplines littéraires et scientifiques (1), l’enseignement philosophique est l’un des moyens les plus efficaces pour développer la citoyenneté, la laïcité, et faire barrage aux idéologies les plus régressives et dangereuses.

Sans une prise de conscience de ce que signifient les actuels projets du gouvernement, Emmanuel Macron restera bien comme un fossoyeur de la tradition française qui dans l’histoire a marié démocratie, république et philosophie depuis le siècle des Lumières. Sur son bureau de l’Elysée, De Gaulle n’avait pas les cours de la Bourse mais les œuvres de Hegel et de Nietzsche. Il n’est pas trop tard pour réagir.

(1) Il y a six mois, pour devancer cette menace, j’avais adressé au ministre de l’Education nationale une lettre cosignée par les physiciens Jean-Marc Lévy-Leblond et Etienne Klein, l’anthropologue Philippe Descola, le philosophe Pierre Guenancia, le sociologue Christian Laval, les historiens Bernard Legras et Pierre Serna, lettre restée sans réponse.

Jean-Paul Jouary, philosophe

Auteur de : le Futur antérieur. L'art moderne face à l'art des cavernes, Beaux Arts, 2017.

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Leonard Cohen...

27 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Christine Montalbetti...

27 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Les voici donc face à nous, alignés d’un seul côté de la table rectangle, les quatre de la mission finale, eux dont le poster circule un peu partout avec ce titre, Final Mission, et puisque c’est la dernière fois qu’on envoie depuis l’Amérique une navette habitée. La dernière fois qu’un équipage s’assied derrière cette nappe, la dernière fois qu’on leur confectionne un gâteau tout exprès, et beaucoup de dernières fois encore que nous aurons l’occasion d’égrener.

Nos astronautes se restaurent, assis en rang d’oignons, et c’est le moment, je pense, de vous dire un petit mot sur chacun. Nous avons, dans le sens de la lecture, Rex, Doug, Fergie et Sandra – excusez-les, tous ont un peu des poches sous les yeux, à cette heure si matinale, avec cette petite nuit derrière eux, et la difficulté, on l’imagine, à dormir, comment voulez-vous, une veille de lancement.

Je vous les présente ?

À côté de Sandra, celui que tous appellent Fergie, c’est Christopher Ferguson, le commandant. Il va sur ses cinquante ans, cet été-là. Sandra le connaît peut-être encore mieux que les autres, parce qu’elle a déjà volé avec lui sur la mission STS-126. Fergie est né à Philadelphie, en Pennsylvanie, et si vous lui demandez comment il occupe son temps libre, il vous répondra qu’il aime faire du golf, et travailler le bois. Il joue également de la batterie, on y reviendra.

Christine Montalbetti - La vie est faite de ces toutes petites choses

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Parcours sup, aboutissement stupide d’un système éducatif stupide?...

27 Mai 2018 , Rédigé par Le blog de Bernard Collot Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Parcours sup, aboutissement stupide d’un système éducatif stupide?...

Parcours sup n’est que la fin logique et absurde de la conception et de la finalité d’un système éducatif. Sa finalité est répétée sans ambiguïté dans tous les documents produits depuis des années en particulier par les instances européennes comme l’OCDE : « produire » les adultes-travailleurs dont le libéralisme et l’économie de marché ont besoin (lire à ce propos toutes les analyses de Nico Hirtt, les plus fines et documentées que je connaisse).

Que cela se finisse par un processus de sélection (les dispatcher quelque part !) n’est que logique.

La pression d’un parcours sup commence dès la maternelle. Tout le temps de construction des enfants en adultes est placé sous le signe de la pression et de la contrainte : contraintes physiques (obligation du temps scolaire, immobilité, rythmes…) pression psychologique (réussir, notes, évaluations, devoirs…), pression cognitive (alors que l’on sait que cette dernière est contre-productive)… tout ceci caractérise bien les techniques quasiment scientifiques de formatage. Je trouve stupéfiant que même les « gauchistes » affichés ne le voient pas, à moins qu’ils ne le voient trop bien pour s’en servir eux aussi.

Mais cet aboutissement d’un parcours… du combattant (de ceux qui n’ont jamais demandé d’être combattants sans qu’ils sachent même pourquoi il fallait qu’ils combattent) par un « parcours sup », avant même la ligne d’arrivée, atteint le sommet de l’absurdité : la pression de la dernière année est au maximum pour obtenir le bout de papier, l’objet final qui avait été découpé en multiples tranches pour être greffé successivement dans la chaine industrielle scolaire. Et voilà que dans la même année, alors qu’aucun ne sait encore si le bout de papier sera obtenu, il faut qu’à l’avance tous se prennent obligatoirement la tête pour cocher ce qu’ils voudraient faire de leur vie sans aucune assurance qu’une voie choisie les conduise quelque part (pour ceux qui ont l'envie d'une voie et si la voie est acceptée… pour les mieux formatés !)[1]. Et on voudrait ensuite une société sereine, déstressée, non violente ? Heureusement (pour l’économie et le libéralisme) qu’il n’y a pas suffisamment de places dans les universités : si tous ceux qui voudraient y aller le pouvaient, qui ensuite ramasserait les poubelles ? Même la « lumière » Voltaire le disait : Je vous remercie de proscrire l’étude chez les laboureurs. Moi qui cultive la terre, je vous présente requête pour avoir des manœuvres et non des clercs tonsurés. [2]»

Critiquer, contester un algorithme qui dispatche mal vers un aval plus qu’incertain alors qu’il faudrait remettre en cause tout l’amont scolaire, sa finalité et l’environnement social qui l’imposent, c’est éviter de voir ce à quoi nous condamnons les enfants, adolescents et jeunes adultes par un système éducatif qui n’a jamais été fait pour eux et leur autonomie d’adultes ; nous y avons été nous-mêmes condamnés, c’est probablement pour cela que nous le perpétuons par notre passivité. Il faudra peut-être attendre quelques siècles pour que des historiens décrivent cette période comme un des obscurantismes les plus stupides de l’histoire de nos sociétés, malgré les smartphones, les bagnoles, et autres gadgets… mais elles se seront très probablement autodétruites d’ici là.

Bernard Collot

PS : Il y a trois ou quatre ans j’avais fait des billets (ici, …) pour suggérer la suppression du bac : Oulala ! Politiquement et même révolutionnairement absolument incorrect !

[1] Autrefois la finalité du système éducatif était bien la même. Mais d’une part la sélection définitive avait commencé bien avant pour la sortie du système éducatif, il y en avait donc moins à « filtrer », d’autre part avec une université dont la rentrée n’était que mi-octobre, il y avait un certain temps pour réfléchir, se décider et s’organiser pour ceux qui avaient franchi le cap du bac (et même le temps d’aller faire les vendanges pour payer le futur loyer).

[2] Lettre à M. de la Chalotais, 28 février 1763

Et son blog à suivre absolument en cliquant ci-dessous

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Macron et le romanesque... Des usages de la littérature en politique...

27 Mai 2018 , Rédigé par Diacritik Publié dans #Education, #Politique

Macron et le romanesque... Des usages de la littérature en politique...

EXTRAITS

Emmanuel Macron aime lire. On connaissait déjà son goût pour la mythologie grecque antique, voilà qu’il dégaine à présent son amour du romanesque, dans un entretien à la Nouvelle Revue Française (pas moins). Son amour, ou plutôt celui qu’éprouve le « peuple français », épris d’aventures hautes en couleurs, de drame, voire d’un certain sens du tragique qui met en valeur les contrastes et exacerbent les émotions.

« Par romanesque, j’entends une redécouverte au sens tragique : une perception non point du réel mais dramatique, c’est-à-dire posant la question du sens ».

Détaché du réel, mise en scène à l’eau forte d’une aventure pour un retour dialectique à la quête du sens qui anime, selon une certaine vision de l’art, toute entreprise de création : le romanesque selon Emmanuel Macron est le moyen de convertir le peuple à la politique. Contre la science aride, pour la littérature sensible ! La technique pour l’arrière-garde : on n’explique plus la politique, on la rend vibrante (« preneurs d’otages », les cheminots ; « preneurs d’otage » les étudiants qui bloquent une université déjà ruinée. Vous reprendrez bien un peu de drame ? Le réel disparaît sous la rhétorique). Sublime outil, celui des histoires que l’on raconte pour convaincre ! Sublime, le passage de la fable à la moralité, du movere (l’émotion) au docere (l’instruction). Quoi de plus attendu, de la part de celui qui « ne se « sépare pas de l’édition du théâtre de Molière illustrée par Debout » » : châtier les mœurs par le rire, orienter les esprits par le cœur. C’est le tournant empathique du contemporain qui se dit là, celui qu’identifie dans le roman – de manière critique – Suzanne Keen (Empathy and the novel, New York, Oxford University Press, 2007), que cartographie récemment Alexandre Gefen dans la littérature française contemporaine (Réparer le monde, Corti, 2017). Président, as-tu du cœur ?, s’inquiète le peuple.

Car c’est bien l’émotion populaire qui intéresse Emmanuel Macron dans cette histoire de romanesque : celle qui saisit la France (quelle France ? quel singulier à l’œuvre ici ?) à la mort de Johnny, une France réticente aux interventions d’un Président de la République, figure d’autorité massive, professorale, austère et décrépite – mais ce n’est pas en Président de la République qu’alors Emmanuel Macron parla. Indulgent, connecté à son public (puissances transcendantes du romanesque), il l’a compris. C’est du cœur qu’il a parlé, chaleureux, empathique – pas depuis la froideur et le surplomb de l’intellect. « Émotion brute ». Anti-intellectualiste, Emmanuel Macron ? C’est que Johnny est mort. C’est que l’occasion se présente, trop belle, de communier avec la foule (« le peuple français » !) autour d’un héros perdu, un camarade, un homme, enfin, comme vous et moi. On a tous quelque chose en nous de Johnny – le Président compris. Y aurait-il quelque chose d’Emmanuel Macron en chacun.e, aussi ? Magie du syllogisme.

(...)

Emmanuel Macron aime lire ?

« J’ai connu les odeurs des fleurs d’abord chez Colette ou Giono avant de les respirer moi-même… Ma grand-mère m’a initié au premier Giono, celui de Regain et de Colline, au merveilleux Giraudoux que plus personne ne lit aujourd’hui, à Colette énormément. Ensuite, au cours de l’adolescence, il y a eu Gide et Camus. Proust et Céline sont venus après. Un livre comme Les Nourritures terrestres a été très important pour moi, en même temps que j’étais touché aussi par Camus. D’un côté, Gide l’intellectuel devenu sensuel, et de l’autre côté, Camus arrivant de la Méditerranée, avec son côté brut, minéral, devenant intellectuel engagé. Il y eut aussi René Char, pour la poésie ».

Parfait roman d’apprentissage, parfaits jalons qui charrient les bonnes valeurs au bon moment. Un sens aigu de l’occasion : naïveté et tendresse pour le bambin, révolte et sensualité du jeune homme, lucidité critique et audace en l’adulte (Et puis Garcia Marquez, pour l’exotisme). Peut-être Emmanuel Macron ignore-t-il qu’il existe un autre romanesque, qui s’intéresse au détail, au quotidien, au réel enfin, qui loin de chercher l’évasion dans l’emportement s’ancre et nous ancre dans la matière de nos vies. Un romanesque en quoi Roland Barthes lisait

« un mode de discours qui n’est pas structuré selon une histoire ; […] un mode de notation, d’investissement, d’intérêt au réel quotidien, aux personnes, à tout ce qui se passe dans la vie » (« Vingt mots-clés pour Roland Barthes » [1975], in Éric Marty (dir.), Œuvres complètes, IV, Seuil, 2002, p. 866-867).

Peut-être, en lisant Mathieu Riboulet (Quelqu’un s’approche, Verdier, 2016) Emmanuel Macron verrait-il que magie, bouleversements érotiques et souci du monde comme il est vont parfois de pair ; en lisant Christine Montalbetti (Trouville Casino, POL, 2018) serait-il sensible au grand écart que permet la fiction entre l’excitation du hold-up et la mélancolie lente d’une vie, heureuse pourtant, enfin peut-être, et qui touche à sa fin. En lisant Jakuta Alikavazovic (L’Avancée de la nuit, L’Olivier, 2017), saurait-il que l’Histoire et l’anticipation peuvent se mêler pour nous parler de nous, de nos inquiétudes et de nos désirs présents. En lisant Arno Bertina, aventureux pourtant, et tourné vers les marges d’un capitalisme occidento-centré (Des châteaux qui brûlent, Verticales, 2017 ; Anima Motrix, 2006).

(...)

Morgane Kieffer

À propos de l’entretien d’Emmanuel Macron avec Michel Crépu, dans le numéro 630 de la NRF (mai 2018).

L'article complet en cliquant ci-dessous

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Annie Ernaux : "La politique macronienne est marquée par un manque d’humanisme"...

27 Mai 2018 , Rédigé par JDD Publié dans #Politique

Annie Ernaux : "La politique macronienne est marquée par un manque d’humanisme"...

Annie Ernaux, auteure des Années, et de Mémoire de fille, qui sort en poche, a construit une œuvre traversée par la lutte des classes et des sexes en résonance avec l’actualité. Elle se confie longuement au JDD.

Elle est une admiratrice de ­Simone de Beauvoir et de Simone Veil. Annie Ernaux a connu la consécration avec Les Années (2008), une autobiographie collective et intime couvrant soixante ans de notre histoire, et a devancé l’actualité avec Mémoire de fille (2016), récit sur un rapport sexuel violent l’été de ses 18 ans. L’écrivaine est restée silencieuse ces derniers temps. Elle nous ­reçoit aujourd’hui, dans sa maison de Cergy en région parisienne, pour parler littérature et politique. Dans ces deux domaines, elle a toujours fait preuve de persévérance et de cohérence. Voici un court extrait de la longue interview accordée par Annie Ernaux au JDD.

La lutte a-t‑elle toujours fait partie de votre vie?

La lutte, c’est la vie. Je l’ai appris tôt. Tout est question d’éducation. J’ai été choquée du nombre d’enfants présents dans les manifestations contre le mariage pour tous. Il faut se souvenir que c’est une enfant de 12 ans qui a brandi une banane à Christiane ­Taubira. La lutte contre le racisme et l’antisémitisme passe aussi par l’éducation.

Comment vous sentez-vous dans la France d’Emmanuel Macron?

J’ai voté Jean-Luc Mélenchon et je ne le regrette pas. J’adhère à son programme et notamment à l’instauration d’une VIe République, à laquelle je tiens. Je suis vent debout dans la France macronienne. J’étais dans l’attentisme, mais le tournant néolibéral, très ferme, me révolte. On le voit avec la réforme de la SNCF. Je soutiens les grévistes car, malgré toutes les ­dénégations, on s’achemine vers une privatisation. La "concurrence" est devenue le mot royal. Tout doit être ouvert à la concurrence mais non, tout ne doit pas être ouvert à la concurrence! La politique macronienne est marquée par un manque d’humanisme doublé de beaucoup d’autoritarisme. On met en avant la culture d’Emmanuel Macron mais, à la lecture de l’entretien donnée à la NRF, j’ai un sérieux doute. N’a-t-il donc rien lu depuis Colette et Giono? N’y a-t‑il donc pas d’écrivains à l’étranger? Emmanuel Macron est un habile communicant. ­François Mitterrand et Jacques Chirac étaient réellement cultivés, sans communiquer dessus. Il y a chez Emmanuel Macron, dans l’homme et la politique, une grande dureté.

Qu’est-ce qui mène le monde : le sexe, l’argent, le pouvoir?

Les jeux de pouvoir mènent le monde. Le sexe devient moins important avec l’âge alors que la soif de pouvoir reste jusqu’au bout, au point, d’ailleurs, de remplacer parfois avantageusement le sexe. Le besoin de domination corrompt tout.

Pour lire cette interview en intégralité, retrouvez le JDD en kiosques, sur smartphone et tablette ou sur Internet. Découvrez également nos offres d'abonnement.

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Trier et résigner... Comment Emmanuel Macron s'attaque à la jeunesse...

27 Mai 2018 , Rédigé par Sarkofrance Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Trier et résigner... Comment Emmanuel Macron s'attaque à la jeunesse...

EXTRAITS

Qui aurait pu croire que le plus jeune président que la Vème République ait connu serait aussi le plus dur et le plus injuste avec la jeunesse ? La politique macroniste prend tout son sens quand elle s'applique aux plus jeunes du pays.

(...)

Trier

Mardi, une centaine de personnes, pour moitié des lycéens, ont été placées en garde à vue, une garde à vue prolongée de 24 heures le lendemain pour une vingtaine de mineur.e.s. En cause, la brève occupation d'une salle du lycée Aragot à Paris XIIème arrondissement, où se déroulait une AG après la manifestation de la fonction publique le jour même. En toute illégalité, les parents des élèves mineurs incarcérés n'ont été prévenus qu'une dizaine d'heures plus tard. Interrogé, le ministre de l'intérieur Gérard Collomb nie tout problème et met en garde: "la première chose que les professeurs devraient dire à leurs élèves, c'est qu'effectivement quand on est un jeune mineur, on ne va pas nécessairement occuper son lycée, ni aller dans les manifestations qui peuvent dégénérer." Quelques interpelés témoignent plus tard que le même message leur a été délivré par les policiers: "ne participez pas à ces manifestations."

Ce même mardi, les premiers résultats d'affectation post-bac géré par les algorithmes de la nouvelle plateforme Parcoursup sont publiés: 400 000 élèves - les moins bon.ne.s et/ou celles et ceux des lycées les moins prestigieux -  sont en liste d'attente. Ils n'auront, au cours de l'été, que des délais de plus en plus courts pour répondre aux éventuelles réponses positives qui leur parviendront plus tardivement. Parcoursup a été construit sur les décombres d'APB, quand ce dernier système était fustigé pour avoir confié 0,4% des affectations dans l’enseignement supérieur en 2017 à un tirage au sort.

Parcoursup est une supercherie libérale et un fiasco politique: ce nouveau système a laissé les facultés publiques libres de sélectionner comme elles l'entendent, à l'exception d'une proportion minimale d'élèves boursiers. Il a supprimé la hiérarchisation des vœux, ce qui inévitablement provoque des "embouteillages" monstres de candidatures dans les établissements et favorise l'attribution des meilleures places aux élèves des meilleurs établissements.

Cette sélection ne dit pas son nom, elle n'est pas avouée, ou à peine, par les responsables macronistes: mardi 22 mai, Macron ose parler de "sélection par le mérite"; Dès les premières heures du fiasco, la ministre de l'enseignement supérieur tente de minimiser les problèmes: elle promet qu'avant le bac (dans une quinzaine de jours) "deux tiers des lycéens auront une réponse", positive ou négative, ce qui en creux signifie qu'environ 250 000 élèves seront encore dans l'incertitude.

"Par-delà la technique (la plateforme, l’algorithme), il y a bien une philosophie, celle de la concurrence généralisée, entre les élèves d’abord, entre les établissements ensuite, au moyen d’une sélection qui ne dit pas son nom". Tribune d'universitaires publiée par Libération le 25 mai 2018.

En Macronista, on trouve cela "normal". On trouve normal d'avoir à définir un projet professionnel dès l'âge de 17 ou 18 ans. Normal d'être en concurrence pour suivre un enseignement public, normal d'être sélectionné sur des notes de première et (partiellement) de terminale sans attendre le bac national. Normal d'appliquer les règles de sélection du privé au public. Normal de trier les élèves sur des notes non unifiées, prélude à la réforme élitiste du bac.

Cette précarisation des futurs étudiants est un prélude. Parcoursup est une étape essentielle dans la politique de classe, une première étape dans l'apprentissage de la discipline et la résignation: "le président de la Start-up Nation était en fait un vieux con comme les autres" écrit un enseignant sur son blog. C'est l'un des meilleurs résumés de cette supercherie. Le gros du contingent des refus d'affectation ou de mise en attente concernent les départements moins riches et les établissements jugés "moins" bons.

Résigner

La politique macroniste a donc fait de la jeunesse l'une de ses proies prioritaires: le projet est quasi-thatchérien. Il s'agit (1) d'inculquer que la précarité est un état normal et non contestable et qu'il n'y a pas d'alternative politique et sociale; (2) de nier la lutte des classes en créant suffisamment de situation de concurrence entre tous, et, évidemment, (3) de soigner les premiers de cordée de la France d'en haut et protéger leurs rentes.

Le projet macroniste pour la jeunesse a commencé par la suppression maladroite des APL, puis la suppression discrète des classes rurales pour permettre le dédoublement plus médiatisé de milliers de classes en zones d'urgence, puis l’annulation de 2600 recrutement d'enseignants du second degré au budget 2018. Il s'est poursuivi avec la répression violente des occupations d'universités.

L'aveu récent du ministre de l'Education nationale que cette équipe macroniste ne consacre pas d'investissement majeur dans son "interview-bilan" au JDD début mai est passé presque inaperçu: "les contraintes économiques" ne sont pas pour tout le monde. Le gouvernement gère une fausse pénurie quand il s'agit des services publics pour tous, qui n'affecte pas la redistribution fiscale généreuse pour les plus fortunés du pays.

En février dernier, le gouvernement a lancé sa réforme de l'apprentissage, dans une nouvelle loi baptisé "Liberté de choisir son avenir professionnel" (sic!): il y a des progrès - une maigre allocation de 500€ pour passer un permis de conduire (dont le coût moyen est d'environ 1400€), l'extension des réductions étudiantes aux apprentis, une obole de 30 euros supplémentaires par mois - mais cette réforme suit une logique qui n'a pas fait ses preuves: elle étend l'âge limite de 26 à 30 ans, une aubaine subventionnée pour les entreprises, pour une rémunération dérisoire (715 euros mensuels).

Mais la plus grave des réformes contre la jeunesse fut celle du bac et des affectations post-bac: un bac plus élitiste (contrôle continu, renforcement des matières littéraires, grand oral au bac) et une sélection sur dossier étendu à toutes les établissements de France sur fond de gel des moyens, hors inflation, de l'Education nationale en 2018, qui dit mieux ?

De l'étranger, Macron commente. Jupiter n'est pas content qu'on l'attaque. Il s'obstine, et répète, telle Maggie au Royaume Uni il y a 40 ans, qu'il n'y a pas d'alternative possible. Interrogé par son amie journaliste Ruth Elkrief sur BFM TV , le jeune monarque prévient: "Aucun désordre ne m’arrêtera. Le calme reviendra." Cette obstination cherche à résigner le plus grand nombre. Le message est clair: vous pouvez manifester, protester, ou râler, rien ne bougera, rien de changera.

(...)

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Jordi Savall joue Marin Marais et Jehan de Sainte Colombe...

26 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Baruch Spinoza...

26 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

Si, dans une Cité, les sujets ne prennent pas les armes parce qu’ils sont sous l’empire de la terreur, on doit dire, non que la paix y règne, mais plutôt que la guerre n’y règne pas. La paix, en effet, n’est pas la simple absence de guerre, elle est une vertu qui a son origine dans la force d’âme, car l’obéissance est une volonté constante de faire ce qui, suivant le droit commun de la Cité, doit être fait. Une Cité, faut-il dire encore, où la paix est un effet de l’inertie des sujets conduits comme un troupeau, et formés uniquement à la servitude, mérite le nom de solitude1 plutôt que celui de Cité.

Quand nous disons que l’État le meilleur est celui où les hommes vivent dans la concorde, j’entends qu’ils vivent d’une vie proprement humaine, d’une vie qui ne se définit point par la circulation du sang et par l’accomplissement des autres fonctions communes à tous les autres animaux, mais principalement par la raison, la vertu de l’âme et la vie vraie.

Baruch Spinoza, Traité politique, 1677.

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