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Vivement l'Ecole!

Dinah Washington...

26 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... François Rabelais...

26 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Quand Pantagruel fut né, qui fut  bien ébahi et perplexe? Ce fut Gargantua son père. Car, voyant d'un côté  sa femme Badebec morte, et de l'autre son fils     Pantagruel né, tant beau et tant grand, ne savait que dire ni que  faire, et le doute qui troublait son entendement était à savoir s'il  devait pleurer pour le deuil de sa femme, ou rire pour la  joie de son fils. D'un côté et d'autre, il avait arguments  sophistiques qui le suffoquaient car il les faisait très bien in modo et  figura, mais il ne les pouvait souldre, et par ce moyen, demeurait empêtré comme la souris empeigée, ou un milan pris au  lacet.  

« Pleurerai-je ? disait-il. Oui,  car pourquoi ? Ma tant bonne femme est morte, qui était la plus ceci, la  plus cela qui fût au monde. Jamais je ne la verrai,     jamais je n'en recouvrerai une telle : ce m'est une perte  inestimable. O mon Dieu que t'avais-je fait pour ainsi me punir ? Que  n'envoyas-tu la mort à moi premier qu'à elle ? car vivre sans elle ne m'est que languir. Ha ! Badebec, ma mignonne, m'amie — mon petit  con (toutefois elle en avait bien trois arpents et deux sexterées), ma  tendrette, ma braguette, ma savate, ma pantoufle, jamais     je ne te verrai. Ha ! pauvre Pantagruel, tu as perdu ta bonne mère,  ta douce nourrice, ta dame très aimée ! Ha, fausse mort, tant tu m'es  malivole, tant tu m'es outrageuse, de me tollir celle à laquelle immortalité appartenait de droit ! »  

Et, ce disant, pleurait comme une vache; mais tout soudain riait comme un veau, quand Pantagruel lui venait en mémoire.  

« Ho, mon petit fils, disait-il,  mon couillon, mon peton, que tu es joli et tant je suis tenu à Dieu de  ce qu'il m'a donné un si beau fils, tant joyeux, tant     riant tant joli. Ho, ho, ho, ho ! que je suis aise ! Buvons, ho ! laissons toute mélancolie ! Apporte du meilleur, rince les verres, boute  la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu, allume la chandelle, ferme cette porte, taille ces soupes, envoie ces pauvres,  baille-leur ce qu'ils demandent ! Tiens ma robe, que je me mette en  pourpoint pour mieux festoyer les commères. »  

Ce disant, ouït la litanie et  les Mementos des prêtres qui portaient sa femme en terre, dont laissa  son bon propos, et tout soudain fut ravi ailleurs,     disant :  

« Seigneur Dieu, faut-il que je  me contriste encore ? Cela me fâche, je ne suis plus jeune, je deviens  vieux, le temps est dangereux, je pourrai prendre quelque     fièvre; me voilà affolé. Foi de gentilhomme, il vaut mieux pleurer  moins et boire davantage ! Ma femme est morte, et bien, par Dieu ! (da  jurandi), je ne la ressusciterai pas par mes pleurs : elle est bien, elle est en paradis pour le moins, si mieux n'est;  elle prie Dieu pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus  de nos misères et calamités. Autant nous en pend à l'œil. Dieu garde le demeurant ! Il me faut penser d'en trouver une  autre. »   

François Rabelais - Pantagruel

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Les limites de la théorie de l'attachement...

26 Mars 2018 , Rédigé par Europe1 - Le Cercle Psy Publié dans #Education, #Psychologie

Les limites de la théorie de l'attachement...

Trois pistes dont certaines semblent vouer un culte à la "théorie de l'attachement".

Pourtant objet de critiques, dont celle-ci:

Madame, Monsieur,

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre dossier consacré à la théorie de l’attachement dans votre numéro estival. Je tenais à saluer votre courage pour avoir mis en lumière les limites de cette théorie dont la scientificité reste à démontrer. En effet, s’il ne fallait s’attacher qu’à l’analyse du modèle d’évaluation proposé par Mary Ainsworth, sa valeur statistique et donc prédictive est totalement nulle. Un échantillon expérimental de 100 enfants issus exclusivement de la classe moyenne nord-américaine des années 1970 ne saurait fonder le caractère universel de ce qui n’est qu’une simple intuition à ce stade de la recherche.

Le sujet de votre article m’a particulièrement interpellée car j’ai exercé dans des établissements de l’aide sociale à l’enfance durant plusieurs années et j’ai été surprise de constater que l’évaluation des familles en détresse, de la part des professionnels mandatés par la justice (puéricultrices, éducateurs ou psychologues), s’appuie principalement voire exclusivement sur cette théorie de l’attachement. La relation mère-enfant devient le seul objet de l’évaluation, elle est donc réalisée indépendamment de la relation paternelle (ici les absents n’ont pas toujours tort), de l’environnement familial élargi et du contexte culturel, économique et social dans lequel l’enfant a évolué. Dès lors, la seule personne de la mère est le sujet de l’évaluation, elle est donc prompte à porter de nombreux maux.

Une interprétation totalement rétrograde de la théorie de l’attachement est inconsciemment légitimée dans nombre de rapports sociaux et le moins que l’on puisse dire c’est que les pauvres mamans n’ont définitivement pas le beau rôle. Il est curieux de constater qu’au XXIe siècle il est encore si aisé de résumer la femme à sa condition primitive de mère.

N’est-il pas grand temps de se pencher sur les déterminants économiques qui conditionnement probablement les difficultés rencontrées par ces familles ? Les troubles psycho-pathologiques des parents ne peuvent expliquer à eux seuls l’ensemble des situations suivies par l’ASE. Se limiter à la seule évaluation du lien mère-enfant ne donne accès qu’à une vision trop partielle du vécu de cet enfant et obère des dispositifs d’aides alternatifs au placement qui auraient pu être proposés à ces familles.

En espérant que votre article puisse alimenter la réflexion des uns ou des autres, bien à vous.

H. Manech
https://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/les-limites-de-la-theorie-de-l-attachement_sh_37362

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Vers un retour des Internats d'excellence?... De funestes souvenirs...

26 Mars 2018 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Education, #Politique

Vers un retour des Internats d'excellence?... De funestes souvenirs...

En "réponse" à cet entretien paru sur le site "VousNousIls", je publie à nouveau ce billet concernant les si funestes "Internats d'excellence".

Le Ministre de l'Education Nationale, répondant à un "Youtubeur", réaffirmait très récemment son attachement aux internats dits "d'excellence", citant en exemple celui de Sourdun.

Il sera intéressant de lire ce que fut cet internat "modèle". (Voir l'article en bas de page).

Afin au moins de savoir de quoi l'on parle.

Ces internats furent vantés pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ils n'ont concerné pourtant que peu d'élèves. Les résultats obtenus, en regard des moyens très importants mis à disposition de ces établissements, ne furent pas ceux espérés.

Manifestement, il s'agissait d'afficher un "vernis social", limité à quelques élèves. Sans jamais le développer, faute de moyens évidents. Pire, en déshabillant Pierre pour habiller Paul - les meilleurs éléments étaient "extraits" des établissements "difficiles" - on affaiblissait encore davantage ces établissements pour renforcer leurs difficultés. Un comble pour une mesure dont la couverture médiatique fut hors normes.

En 2017/2018, les "CP à 12" en REP+ et bientôt les CE1 semblent suivre la même pente:

- une mesure destinée à une partie des écoles (y compris à une partie seulement des écoles "REP+");

- une mesure médiatiquement mise en lumière à grands renforts de déclarations multiples répétées en mantras;

- un affichage "social" entraînant les conséquences vécues actuellement sur le terrain: des fermetures de classes et des effectifs 2018/2019 particulièrement chargés.

Curieusement, le discours consistant à affirmer que "toutes les études scientifiques démontrent la pertinence des classes à effectifs réduits" n'est, pour les écoles subissant des fermetures, plus d'actualité.

Christophe Chartreux

                          __________________________________________

Le douteux bilan de l’internat d’excellence de Sarkozy

Les journalistes pressés se seront sans doute satisfaits du communiqué de presse [PDF] daté du 11 avril 2013 vantant « l’efficacité » et le « fort impact » de l’internat dit « d’excellence » de Sourdun (Seine-et-Marne), vestige de l’époque sarkozyenne.

Les plus consciencieux auront pris le temps de consulter le rapport complet rédigé par quatre chercheurs de l’Institut des politiques publiques, « Les effets de l’internat d’excellence de Sourdun sur les élèves bénéficiaires  : résultats d’une expérience contrôlée », commandé par le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse. Un rapport dont la méthodologie surprend – et les conclusions également – mais dont la publication ne doit probablement rien au hasard.

Cet internat, voulu par Sarkozy à destination des élèves qualifiés de méritants et censément issus des milieux défavorisés, avait ouvert ses portes à la rentrée 2009, soutenu par la générosité jamais démentie des autorités – en gros, un ratio d’un adulte pour trois élèves – des moyens disproportionnés par rapport à la pertinence du projet et une couverture médiatique hors norme.

Ils ont choisi de faire simple, simpliste même

A première vue, le rapport bilan qui vient d’être publié fait tout ce qu’il y a de plus sérieux  : 72 pages en petits caractères, bourrées de statistiques avec trois chiffres après la virgule et une bibliographie internationale. Un rapport qui, se dit-on, devrait pour le moins justifier les 154 000 euros qu’il a coûtés au Fonds d’expérimentation pour la jeunesse, c’est-à-dire au contribuable.

Très vite pourtant, la méthode suivie pour mener l’enquête suscite des doutes, puis, rapidement, l’incrédulité. Si tout enseignant sait qu’en matière éducative l’évaluation est une chose complexe, nos valeureux chercheurs (tous économistes) ne se sont pas encombrés de scrupules  : à Sourdun, malgré la lourdeur apparente du dispositif retenu, ils ont choisi de faire simple, simpliste même.

Les 258 élèves admis à l’internat en 2009 et 2010 ont été comparés aux 137 élèves qui y avaient déposé leur candidature mais qui, n’ayant pas été admis, ont poursuivi leur scolarité dans d’autres établissements. Déjà, on subodore la magouille…

Les élèves des deux groupes ont ensuite été soumis à des tests standardisés, spécialement conçus pour l’occasion par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance à l’Education nationale (DEPP), en mathématiques et en français exclusivement, ces matières faisant l’objet de deux sessions d’une heure et demi, passées deux années de suite.

Résultats  :

  • la première année, aucune différence n’est relevée entre les deux groupes – ce que les enquêteurs expliquent par des difficultés d’adaptation des élèves de Sourdun à leur nouvel environnement ;
  • l’année suivante, les internes de Sourdun se détachent en mathématiques nettement de l’autre groupe (les élèves scolarisés ailleurs) mais continuent à piétiner désespérément au même niveau en français.

On ne saura rien des autres disciplines, sans doute jugées peu dignes d’être évaluées.

« Bilan positif » : une enquête biaisée

Récapitulons  : à Sourdun, 258 élèves au départ fortement motivés, d’un bon niveau scolaire (hérité de leur établissement d’origine, ce qu’on aurait tendance à oublier), épaulés par leurs parents, plus sociables que la moyenne, recrutés sur dossier, bénéficiant d’un environnement éducatif hors pair, d’un encadrement surdimensionné, en un mot privilégiés, obtiennent après deux ans des résultats supérieurs en mathématiques, exclusivement, à ceux obtenus par 137 élèves non privilégiés qui passent leur scolarité selon la règle commune. Etonnant, n’est-ce pas  ?

Pourtant, il n’en faut pas plus aux enquêteurs pour conclure à un «  bilan positif  » et que le Figaro chante sans retenue les louanges des internats Sarkozy.

La réalité des internats d’excellence avait pourtant été dévoilée par un rapport de l’Inspection générale (IG), un rapport tellement accablant [PDF] que le ministre de l’époque, Luc Chatel, l’avait laissé dormir au fond d’un tiroir avant que son successeur ne se décide à le publier.

L’IG pointait, pêle-mêle :

  • les budgets consacrés à la structure (la dépense par élève y est deux fois plus élevée) ;
  • le recrutement des élèves qui, contrairement au principe affiché, ne relève pas de la justice sociale (à Sourdun, moins d’un élève sur deux est boursier) ;
  • des pratiques pédagogiques peu innovantes ;
  • des activités extra-scolaires accaparantes et pas forcément pertinentes ;
  • de graves lacunes en matière d’orientation des élèves
  • et même un climat d’établissement laissant à désirer  : en 2009-2010, on comptait 31 départs sur un effectif de 131 (soit un quart).

Pire que dans un collège de ZEP

L’IG relevait également 84 élèves punis ou sanctionnés une ou plusieurs fois, 186 rapports, 182 exclusions de cours, alors même que le projet éducatif affiche l’objectif de « limiter les exclusions de cours », 88 retenues, 66 rendez-vous avec les familles, 40 travaux d’intérêt général, 40 exclusions temporaires. Toujours en 2009-2010, l’établissement avait réuni trois conseils de discipline pour « violences physiques et dégradations ». Pire que dans un collège de ZEP…

Plus fondamentalement, le reproche majeur vise le principe même de l’internat d’excellence qui consiste à concentrer de lourds moyens sur un nombre infime d’élèves (0,02% des effectifs totaux), pas forcément plus « méritants » que les autres, alors que l’on supprimait des dizaines de milliers de postes et que l’éducation prioritaire était mise à mal.

Les internats d’excellence auront surtout joué le rôle d’un écran de fumée destiné à masquer le désintérêt de son initiateur pour l’échec scolaire, conséquence des inégalités sociales. La surdotation de Sourdun provient de tout ce qui a été ôté aux autres… avec la meilleure bonne conscience du monde.

Sourdun, un projet politique

Au final, quelle conclusion attendre de cette enquête faussée par une méthodologie biaisée ? Derrière une apparence de rigueur et de scientificité, se cache une idéologie forte, dont les « chercheurs » – puisqu’il faut les appeler ainsi – ne font d’ailleurs pas mystère dans leur conclusion (p.62)  :

« Le bilan est positif. […] Cependant, cette politique fait un choix, celui de cibler des ressources importantes sur des élèves motivés, de niveau scolaire médian et regroupés entre eux. […] Peut-être est-il préférable de concentrer les ressources là où elles sont utiles plutôt que de les diluer comme l’a longtemps fait la politique d’éducation prioritaire. »

En quelques phrases, la messe est dite  : sélection rigoureuse des élèves (et des enseignants) par le chef d’établissement, discipline traditionnelle, pédagogie routinière, l’internat de Sourdun a les couleurs du projet éducatif de l’UMP tourné vers la sélection précoce des élèves par la suppression du collège unique.

Dans ces conditions, que le proviseur de l’internat de Sourdun, Bernard Lociciro, soit également l’adjoint de Jean-François Copé à la mairie de Meaux, est-ce vraiment un hasard  ?

Bernard Girard - 14 avril 2013

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L'école maternelle à la française en danger ? Par Claude Lelièvre...

26 Mars 2018 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Politique

L'école maternelle à la française en danger ? Par Claude Lelièvre...

Des « Assises de l'école maternelle » vont se tenir mardi et mercredi. Il s'agit, selon Jean-Michel Blanquer, de rien moins que de « penser l'école maternelle de demain ». Bigre ! "Lettre ouverte au Ministre de l'Education nationale"

Pour permettre de mieux savoir où nous devons aller, il est sans doute opportun de ne pas oublier d'où nous venons si nous voulons éviter les mésaventures voire les contrefaçons. Et cela d'autant plus que des tentatives en ce sens ont déjà eu lieu, ne serait-ce que sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy (auquel Jean-Michel Blanquer a participé à un haut rang durant sa deuxième moitié en tant que DGESCO). On se souvient sans doute de l'annonce faite dès le le 11 mai 2009 par la secrétaire d'Etat chargée de la Famille Nadine Morano : le lancement de l'expérimentation de « jardins d'éveil » destinés aux enfants de deux à trois ans, l'objectif étant de créer 200000 offres d'accueil à l'horizon 2012.

Avant « l'école maternelle » créée durant la période ''ferryste'', il y a avait eu des « salles d'asile » (pour la garde et la sauvegarde des jeunes enfants dont les mères n'étaient pas en état de s'occuper, notamment lorsqu'elles travaillaient à l'usine). Il est remarquable que tous les textes officiels concernant ces « salles d'asile » (de 1829 à 1881, date de leur transformation en « écoles maternelles ») ont toujours fixé l'âge réglementaire d'admission à deux ans (celui de l'âge maximum variant, lui, entre six et sept ans).

L'arrêté du 28 juillet 1882 (écrit sous l'influence décisive de Pauline Kergomard) signe la naissance de « l'école maternelle » française (une quasi exception dans le paysage européen) : « l'école maternelle n'est pas une école au sens ordinaire du mot : elle forme le passage de la famille à l'école ; elle garde la douceur affectueuse et indulgente de la famille, en même temps qu'elle initie au travail et à la régularité de l'école […]. Tous les exercices de l'école maternelle doivent aider au développement des diverses facultés de l'enfant sans fatigue, sans contrainte ; ils sont destinés à lui faire aimer l'école et à lui donner de bonne heure le goût du travail, en ne lui imposant jamais un genre de travail incompatible avec la faiblesse et la mobilité du premier âge ».

Le décret du 18 janvier 1887 précise que « dans les écoles maternelles, les enfants peuvent être admis dès l'âge de deux ans révolus et rester jusqu'à l'âge de six ou sept ans ». Il est indiqué que « les écoles maternelles sont des établissements de première éducation ». Il s'agit bien d'éducation et non d'instruction.

Pauline Kergomard mènera durant trente ans une lutte incessante pour que l'école maternelle ne soit pas envahie par des programmes scolaires, mais soit le lieu où le jeu est reconnu comme étant l'activité la plus formatrice pour de jeunes enfants. En corollaire, elle tentera de promouvoir une formation spécifique pour les enseignantes en maternelles, mais sans grand succès.

Si l'on juge par ce qu'en dit elle-même Pauline Kergomard, le bilan de cette orientation et de ces luttes persistantes n'a pas été pleinement satisfaisant, signe de difficultés récurrentes qui peuvent encore se poser aujourd'hui . « C'est là la grande faille de notre éducation maternelle : on y confond le développement intellectuel avec l'instruction » L'école maternelle doit être clairement une « école », mais une école clairement « spécifique ».

Les « Assises de l'école maternelle » de ce mois de mars 2018 se situent dans un contexte lui aussi bien spécifique (préoccupant voire inquiétant). La « note d'analyse » de France Stratégie qui est parue récemment propose « un nouvel âge pour la maternelle ». L'OCDE insiste depuis quelque temps déjà sur des « modèles intégrés à gouvernance unique » pour les 1-6 ans, ce qui conduirait ipso facto à la fin de l'école maternelle à la française. Par ailleurs, le « Réseau français des villes éducatrices » met en garde, car le ministre Jean-Michel Blanquer a laissé entendre que la scolarisation dès trois ans « pourrait ne pas être pertinente et donc revue à la baisse » alors qu'elle est l'une des réponses tout à fait possibles. Il ne faudrait donc pas que les « Assises de la maternelle » « servent  à justifier des suppressions de postes » dans l'Education nationale (et en premier lieu en maternelle, comme cela a déjà commencé: près d'un millier pour la entrée selon le SNUipp...) avec report de « cette responsabilité sur les collectivités (accueils petite enfance) »

C'est pourquoi je soutiens volontiers – comme il me l'a été demandé – l'initiative prise par des organisations d'adresser au ministre de l'Education nationale une « Lettre ouverte » qui se situe clairement dans la ligne historique de « l'école maternelle à la française » en veillant à son approfondissement, ses mises à jour et ses équilibres internes.

Claude Lelièvre

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« Monsieur le Ministre de l’Education nationale,

Des assises de l’école maternelle sont organisées. Sans doute s’agit-il de faire un état des lieux de l’existant et présenter les leviers d’amélioration. C’est pourquoi, nous, représentants des personnels, de parents et d’associations qui constituons la communauté éducative, devons participer à la réflexion. Nous avons une analyse et un projet pour l’école maternelle qui repose sur les réalités de terrain. L’école n’est pas un sujet qui doit être traité dans l’entre soi mais qui doit prendre en compte les approches plurielles et être mis en débat avec celles et ceux qui la font vivre.

Pour nous l’Ecole Maternelle, est une école à part entière, école première où l'on apprend ensemble !

L'école maternelle doit être une école bienveillante et exigeante. Souvent lieu de la première socialisation hors de la famille et lieu de la première rencontre des familles avec l'institution scolaire, elle est avant tout un milieu où l'on grandit en apprenant avec les autres.. Les apprentissages y sont multiples et complexes, permettant le développement de chaque enfant. Les enseignant.e.s, les ATSEM, les AESH et l’ensemble des interventions des personnels qualifiés et experts prennent en compte les multiples dimensions du développement de l'enfant et mettent en place des modalités spécifiques d'apprentissage. Les enseignant.e.s s'assurent de la construction des savoirs par une évaluation des acquisitions fondée sur une observation continue et attentive des réussites et des progrès de chaque élève. Le langage, dont la place essentielle a été réaffirmée dans le programme de 2015, est à la fois le produit et la source de ces apprentissages. C'est bien à l'école maternelle que les élèves sont amenés à construire un nouveau rapport au langage, pour communiquer mais aussi parler et penser le monde.

Les parents ne s'y trompent pas, ils manifestent à l'école maternelle soutien et confiance, et y scolarisent massivement leurs enfants. Entre la crèche et l'école élémentaire, l'école maternelle doit prendre toute sa place et défendre sa spécificité. Pour cela elle doit offrir un cadre sécurisant à tous les enfants, leur renvoyer un regard positif, créer les conditions d'une égalité d'accès au savoir, permettre l'activité intellectuelle grâce à l'action et au langage pour élaborer leur pensée. Le rôle de l’école maternelle est fondamental pour garantir la réussite de tous les élèves.

Tout au long du cycle 1, se construisent des savoirs être et savoir-faire essentiels pour un développement harmonieux de chaque enfant et de ses capacités à entrer dans les apprentissages de l’école maternelle et de la suite de leur scolarité. L’Ecole s’appuie sur le principe fondamental que tous les enfants sont capables d’apprendre et de progresser.

Des recherches nationales montrent la corrélation entre scolarisation précoce et réussite future. La scolarisation à 2 ans est un facteur de réussite notamment pour les enfants les plus éloignés de la culture scolaire. Mais cela suppose des adaptations matérielles et temporelles, des moyens et une pédagogie prenant en compte les besoins et le développement des très jeunes enfants. Les conditions d’accueil doivent donc répondre à ces exigences.

Gratuite, l'école maternelle bien que non obligatoire, exige une feuille de route ambitieuse. Elle a aussi besoin de stabilité pour confirmer son rôle essentiel dans la réussite de toutes et tous. Cela nécessite un investissement de l’Etat et des collectivités locales.

C'est en agissant sur les effectifs par classe, la formation de tous les personnels, l'aménagement des espaces et du temps, le maintien de contenus d'apprentissages exigeants dans tous les domaines, le développement de la relation aux familles, la présence effective des réseaux d'aide (RASED), la complémentarité des personnels que nous ferons grandir encore l'école maternelle.

C'est cette ambition partagée que nous souhaitons porter dans le cadre des assises de la maternelle.

Isabelle Racoffier, présidente de l’AGEEM

Liliana Moyano présidente de la FCPE

Isabelle Lardon, secrétaire et Jacques Bernardin, président du GFEN

Agnès Joyeux, membre du CA collégial de l'ICEM-pédagogie Freinet

Claire Le Calonnec, secrétaire générale d’Interco-CFDT

Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa

Catherine Nave – Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT

Régis Metzger, Arnaud Malaisé, Francette Popineau secrétaires généraux du SNUipp-FSU

Didier Bourgoin, secrétaire général du Snuter-FSU

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Témoignage coup de poing d’un universitaire en grève à Clermont-Ferrand...

26 Mars 2018 , Rédigé par France Net Info Publié dans #Education, #Université

Témoignage coup de poing d’un universitaire en grève à Clermont-Ferrand...

Découvrez le Témoignage coup de poing d’un universitaire en grève à Clermont-Ferrand qui en marre que le gouvernement sous prétexte d’améliorer l’entrée à l’université instaure la sélection à l’entrée. Sans concertation aucune avec le monde universitaire on impose une modalité d’inscription encore plus ingérable que la précédente. Des milliers de lycéens vont se retrouver sur la touche. Intolérable !

Y en a marre plus généralement de cette administration centrale formée à l’ENA ou à Science po qui ne cesse de pondre des règlements absurdes pour réguler une université dans laquelle ils n’ont jamais mis les pieds. Inadmissible !

Y en a marre que les enseignants-chercheurs se fassent élire à la tête des universités et des conseils de fac sur des programmes de maintien du service public et se comportent, dès qu’ils sont élus, comme des petits chefs zélés faisant appliquer à toute force des réglementations qui cassent le service public. Honteux !

Y en marre de l’indigence des ressources humaines. Un universitaire se plaint de harcèlement auprès de sa DRH demande la protection juridique en novembre, en mars on lui répond, par oral, que la meilleur solution est encore qu’il se fasse arrêter ! Consternant !

Y en a marre que des gestionnaires aient pris le contrôle de l’administration des universités. Marre d’être pris pour des voleurs et des fraudeurs qui doivent sans cesse remplir une paperasse toujours plus importante alors que les frais remboursés sont toujours plus maigres et les délais de remboursements toujours plus long. Marre aussi de vivre dans la seule organisation où l’on demande de ne plus engager aucun frais à partir du 15 novembre pour pouvoir établir le bilan comptable ! De qui se moquent-on ? Est-ce que l’on demande aux cadres de Michelin d’arrêter toute dépense pour des raisons comptables ? Délirant !

Y en a marre de voir cette logique quantitative s’imposer partout. Peu importe si les étudiants sont ou non satisfaits de leur formation. Peu importe, si ils ont les outils intellectuels et pratiques pour mener à bien leur projet de vie. Peu importe si des liens sont noués avec le territoire et les acteurs locaux. Non la seule chose qui compte c’est : un, réduire les coûts et deux, remplir au maximum les formations ! On transforme ainsi un service public formant à l’intelligence critique en une machine à fabrique des chômeurs. Stupide !

Y en a marre aussi de la lâcheté des universitaires. Les premiers à râler dans les couloirs, les premiers à protester dans les repas privés, les derniers à manifester dans la rue, les dernier à contester dans les différents conseils où ils sont présents. Insupportable !

Y en a marre surtout de voir des étudiants en souffrance qui n’ont aucune infirmière prés de le leurs lieux de cours et ne peuvent se confier, en tout et pour, qu’à un seul docteur. A Clermont, une docteure en médecine préventive pour 40 000 étudiants. Scandaleux !

Y en a marre toujours de voir de plus en plus d’étudiant se prostituer ou faire des boulots de merde pour payer leurs études, leurs loyers et leurs nourritures. Pas assez de logements universitaires, de livres dans les bibliothèques, d’assistantes sociales. Indigent !

J’en ai marre. Je suis cuit, vidé, épuisé. Plus de souffle, plus d’énergie sauf celle de la colère. Le désespoir me gagne : je ne sais plus ni quoi ni comment faire pour éviter que le plus beau métier du monde ne se transforme en la plus absurde des professions de l’univers.

Eric Dacheux

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Angelo Branduardi...

25 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Natalia Ginzburg...

25 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Photograph by Leonardo Cendamo / LUZ / Redux

Photograph by Leonardo Cendamo / LUZ / Redux

Ma mère, elle, était optimiste de caractère et elle attendait quelque magnifique coup de scène. Elle s'attendait à ce qu' "on renversât", un beau jour, Mussolini.
Ma mère sortait le matin, en disant :
- Je vais voir si le fascisme tient toujours debout. Je vais voir si l'on a renversé Mussolini.
Elle recueillait des allusions et des racontars dans les magasins et elle en tirait de réconfortants auspices. A table, elle disait à mon père:
- Il y a du mécontentement dans l'air. Les gens n'en peuvent plus.
- Qui te l'a dit? hurlait mon père.
- C'est mon marchand de légumes qui me l'a dit, répondait ma mère.

Natalia Ginzburg - C'est ainsi que cela s'est passé

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Ce qu'évoque le mot "femmes" à mes élèves de primaire lorsque je l'écris au tableau...

25 Mars 2018 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education, #Sociologie, #Femme

Ce qu'évoque le mot "femmes" à mes élèves de primaire lorsque je l'écris au tableau...

Dans ma REPpublique à moi, on essaie d’éduquer, au sens large. Alors on parle des fois des injustices, du racisme, des discriminations. Et des femmes.

Dans ma REPpublique à moi, on essaie d'éduquer, au sens large. Alors on parle des fois des injustices, du racisme, des discriminations. Et des femmes.

Le mot est écrit en très gros sur le TBI (Tableau Blanc Interactif, NDLR). Quelques-uns ont déjà pouffé, à peine la dernière lettre était écrite. Comme si le mot leur faisait peur, tellement il leur est presqu'étranger.

FEMMES

On est le 8 mars, c'est la Journée Internationale pour le Droit des Femmes. Mais ça, je ne leur ai pas encore dit, je voulais juste commencer par les entendre, recueillir ce qui leur passait par la tête. Les pédagogues appellent ça un "recueil de représentations" et comme je suis, aussi, à la pointe des innovations pédagogiques, je dessine une "carte mentale". [Pour les non-initiés, je fais des flèches et j'écris les mots que les élèves me donnent.]

Le premier qui vient, c'est Maman.

J'écris, je ne commente pas.

Le second, c'est maîtresse. Tiens, tiens.

La semaine précédente, alors qu'on travaillait sur l'analyse grammaticale, j'avais essayé de leur faire comprendre la différence entre nature et fonction en leur disant:

"Par exemple, moi, ma fonction, c'est maîtresse, mais ma nature, c'est quoi?"

D'une seule voix, ils avaient tous répondu "Maman".

C'est là que, très calmement, je m'étais dit qu'il faudrait y revenir, longuement, un de ces jours.

Je continue de recueillir leurs représentations.

Fille.

Dame.

Les joues rouges, il y en a un qui tente "poitrine". Il me faut quelques secondes pour rétablir le calme dans la classe, mais j'écris.

Hommes. Ah, il a mis un peu de temps à sortir celui-là, mais il est là. Personne ne se demande ce qu'il fait là, mais il est là.

Il est là et d'un coup, les langues se délient, les bras se lèvent, moins timides, plus assurés.

Mariage.

Enfants.

Maison.

J'arrête là avant que le mot ménage ne sorte et j'observe.

"Femmes, pour vous, donc, c'est maman, maîtresse, fille, dame, poitrine (re-rires), hommes, mariage, enfants, maison. Bien, on va les reprendre un par un ces mots et on va en parler, d'accord?".

Alors on a parlé.

Des femmes, puis des hommes.

Des femmes avec les hommes.

De ce que faisait une femme.

De ce que faisait un homme.

De ce qui les différenciait.

On est revenu à poitrine, (presque) plus personne ne riait.

"Est-ce qu'une femme ne se définit que parce qu'elle a une poitrine?

– Non, maîtresse, une femme aussi, elle se maquille.

– Oui, et elle met des robes.

– Pourtant, je ne mets pas de robe, moi, m'avez-vous déjà vu avec une robe?

– Nooooon!

– Je ne me maquille pas non plus, si?

– Nooooon!

– Alors je ne suis pas une femme?

– (Silence gêné)."

Peu à peu, on a avancé. Tout doucement.

Une femme, ça peut travailler, "comme toi, maîtresse".

Une femme, ça peut décider, "comme la directrice, maîtresse".

Une femme, ça peut ne pas faire la cuisine, jamais.

Rires.

"Pourquoi vous riez?

– Bah maîtresse, à la maison, c'est la maman qui cuisine.

– Chez moi, jamais. Je ne sais pas faire, je suis nulle.

– Ah bon, c'est ton mari qui cuisine?

– Oui."

Trois quarts d'heure se sont écoulés. Je leur ai expliqué qu'aujourd'hui, 8 mars, on célébrait la journée internationale du droit des femmes. Je pensais avoir un peu fait progresser leurs représentations, modestement. Et puis L. a levé le bras:

"Ah oui, maîtresse, je sais ce que c'est la journée des femmes, dans les magasins, ils donnent du maquillage gratuit ce jour-là".

Alors je me suis lourdement assise derrière mon bureau, me disant que j'y reviendrai, que j'y arriverai. Mon portable a sonné.

Un SMS.

PHILDAR: "Pour la journée des femmes, nous vous offrons 30% de réduction sur toutes les laines à tricoter".

Ce billet est également publié sur le blog Ma REPublique.

Ce qu'évoque le mot "femmes" à mes élèves de primaire lorsque je l'écris au tableau...
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