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Vivement l'Ecole!

Déconstruire Zemmour...

20 Janvier 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Politique, #Zemmour

EXTRAIT

...Et, avec lui, toute la pensée de la galaxie des jeunes et sémillants nouveaux réactionnaires qui, de Valeurs Actuelles à BFMTV, se réclament de son héritage « intellectuel ». La "zemmourisation" de la pensée, de même que la "BHL-isation" dont elle est une conséquence logique, a considérablement réduit la qualité des débats d'idée en France. Il est donc grand temps de passer à autre chose.

Ainsi donc, ils reviennent en force. Ainsi que Mediapart l’a montré dans un article paru aujourd’hui (Lunion des droites commence par les médias), une nouvelle galaxie de jeunes journalistes et éditorialistes réacs, s’engouffrant dans ce concept « waucquien » de « retour de la droite », tirant profit du naufrage contemporain du social-libéralisme, avec un Macron occupé à mettre les derniers coups de massue dans la coque du rafiot perdu en mer, est en train de tâcher de s’imposer dans les médias. Leur point commun ? Ils n’aiment ni les immigrés, ni les musulmans, ni les féministes, ni les gauchos, ni les pédés. Leur organe de référence ? Valeurs Actuelles. Leur figure tutélaire ? Un certain Eric Zemmour, qui « a défriché le terrain. Il a été le premier à dire qu’il n’allait pas passer son temps à s’excuser d’être de droite ».

C’est donc de lui dont je vais parler aujourd’hui. D'autant que déconstruire cette pensée, alors même que son héritage, dans les médias, s'étend, que des politiques comme Waucquiez et des éditorialistes comme Barbier se placent, parfois sans tout à fait l'assumer, dans sa lignée, et que notre gouvernement qui, sur le papier, représente tout ce que hait la "fachosphère", mène en pratique, notamment en ce qui regarde le traitement réservé aux réfugiés, une politique qui s'attire les salutations de la droite extrême, apparaît désormais comme une urgence. No pasaran, comme on disait à l'époque : et si cela fait longtemps désormais qu'ils sont passés, il n'est jamais trop tard, dans la lutte idéologique, pour redresser quelques barricades.  

Pour commencer, une précision : on ne peut pas jeter la pierre à Eric Zemmour. Car Eric Zemmour n'est rien. Longtemps, la lecture des indigentes scories jaillies de son cerveau aux fulgurances précaires, mélange difficilement supportable de la pensée de Barrès (en moins profond) et de la prose de Marc Levy, alors qu'à choisir, il aurait mieux valu l'inverse, m'a plongé dans un abîme de perplexité et de colère. Puis, un jour, un ami m'a parlé d'un documentaire qu'il avait vu sur Jordy (vous savez, le "chanteur" de trois ans), et sur la façon dont ce pauvre garçon, devenu adulte, instrumentalisé dès l'enfance par des parents peu scrupuleux et par un show-business dénué du moindre commencement d'éthique, tentait désespérément de revenir sur le devant de la scène, sans se rendre compte qu'il n'avait rigoureusement aucun talent. Et je me suis alors dit, plein de compassion : Zemmour, en fin de compte, n'est que le petit Jordy de l'extrême-droite médiatique. Peu intelligent (en tous les cas dans ses analyses), auteur de romans d'une nullité à faire mourir de rire, polémiste maladroit, lecteur incompétent, Zemmour n'atteint pas dans son "œuvre" le dixième de ce que l'on serait en droit d'attendre d'un devoir d'option SES en seconde générale.

Mais, dans un sens, ce n'est pas lui, le coupable de cette navrante dégradation publique de la pensée humaine. Ceux qu'il faut vraiment accabler, ce sont ceux qui, tout comme ils ont fait croire à Jordy qu'il était chanteur, ont fait croire à zemmour qu'il était penseur ; ceux qui, pour faire du "buzz", l'ont posé, tel un flan disgracieux, avec ses grosses oreilles comiques et ses petits sous-pull en tweed de bourgeois endimanché, en plein cœur d'un espace médiatique déjà saturé d'insanités, où il est régulièrement invité alors même que, malheureusement pour lui, il n'a strictement rien à dire.

Ceci étant dit, pour être le pantin grotesque de forces qui le dépassent, Zemmour n'en est pas moins détestable. Et, surtout, il est nul. C'est le terme qui convient. C'est pourquoi je vais me permettre, ici, de revenir sur quelques unes de ses déclarations, piochées pour ainsi dire au hasard, ici ou là, afin de prouver à quel point il est impossible de prendre ne serait-ce qu'une seule seconde cet homme au sérieux (et encore moins, évidemment, de le prendre pour « figure tutélaire »). Car RIEN de ce qu'il dit n'est, intellectuellement parlant, valable ; et l'exercice auquel je vais me livrer ici pourrait se reproduire à l'infini, sur chacune des phrases qu'il a dite ou écrite depuis qu'il sévit dans les médias –c'est-à-dire : trop longtemps.

Commençons :

«  Le libéralisme qu'est ce que c'est ? C'est la volonté, pour les capitalistes, d'avoir le plus d'immigrés possible pour faire baisser les salaires, et pour casser la solidarité de la classe ouvrière. Ils ont réussi au-delà »

Bon. Cette « analyse » est un non-sens complet. Zemmour cite ailleurs, dans un débat, cette phrase tronquée de Marx : « … "L’armée de réserve du capitalisme, c’est les immigrés et les chômeurs" ». Sauf que non, Marx n'a jamais dit ça : pour lui, l'armée de réserve ce sont les chômeurs, point, soit les gens qui, à l'intérieur d'une économie donnée, et quelle que soit leur « origine », ne travaillent pas et sont forcés de se vendre au plus offrant. Mais l'immigration, on va le voir un peu plus loin, crée des emplois : elle diminue donc d'autant « l'armée de réserve du capitalisme »... À ceci, il faut ajouter que comme Zemmour privilégie l'analyse en termes ethniques plutôt qu'en termes économiques, sa critique du libéralisme, sensé  dans son esprit faire front commun avec le gauchisme (une idée en vogue au FN depuis Marine le Pen, qui a légèrement tourné le dos au libéralisme de son père au profit d'un discours « socialisant » -c'est au demeurant le propre des extrêmes-droites historiques de s'emparer des thématiques de la gauche pour les orienter vers le conservatisme et le nationalisme) s'avère d'une simplicité enfantine, niveau brevet des collèges si on y enseignait l'économie, et ne tient pas deux secondes à une comparaison face aux mécanismes réels de l'économie de marché.

En effet, quand il dit : les immigrés d'une part font baisser les salaires, d'autres part s'emparent des emplois des « nationaux », il se trompe doublement. Son idée repose sur une image simple, et même simpliste : il y a un marché, avec tant de travailleurs, et les nouveaux arrivants perturbent ce marché ; d'où crise. Mais non. Car dans n'importe quel marché donné, c'est la demande qui crée l'offre (et non l'inverse): et que les travailleurs viennent de l'intérieur ou de l’extérieur du pays, cela ne change rien. Autant dire que les nouvelles générations « natives » volent le travail des anciennes : ça n'a aucun sens. La population a tout simplement augmenté. Que cela soit des gens nés sur le territoire ou venus d'ailleurs ne change, répétons-le, rien du tout. De plus, cette augmentation démographique (raisonnable dans le cas français, la France étant l'un des pays les plus fermés de l'OCDE, avec un solde migratoire de 1,2 pour mille en 2010, deux fois moins qu'en 1960, période de forte croissance économique -CQFD) se construit autour de deux axes : d'une part, elle crée des emplois, car toute économie, il faut bien insister là-dessus, crée des emplois en fonction de la demande, or l'immigration crée de la demande ; d'autre part le rôle des immigrés, là-dedans, est à comprendre en terme de complémentarité et non et en termes de substitution (Xavier Chojnicki). Les emplois occupés par les immigrés sont souvent des emplois peu substituables (statut inférieur ; moins bonne rémunération) que les « nationaux », mieux formés, plus diplômés, plus exigeants, ont tendance à négliger. Comme l'écrit Xavier Chojnicki, « en 2010, les immigrés extra-communautaires sont proportionnellement trois fois plus nombreux dans l’hôtellerie-restauration, l’intérim, la sécurité et le nettoyage. C’est donc bien parce que les immigrés présentent des caractéristiques différentes de celles des autochtones (âge et qualification par exemple) qu’ils vont permettre d’apaiser un certain nombre de tensions sur le marché du travail. »

"En période de chômage massif, on a jamais vu, dans l'histoire de France, que l'on recevait 200 000 étrangers..."

Passons sur le fait que ça ne s’est jamais vu pour le simple fait que ça n’a jamais eu lieu. Ici encore, Zemmour néglige complètement les mécanismes réels de fonctionnement du chômage dans les économies actuelles, sous la tutelle de gouvernements et de structures transnationales (FMI, Troika européenne, etc.) néolibéraux. Car se sont bel et bien eux qui, par la mise en place de politiques de démantèlement des services publics, de financiarisation de l'économie et d' « ajustements structurels » (baisse des minimas sociaux, etc.) transfèrent la masse monétaire du public vers le privé, limitent l'argent disponible au sein de l'économie et freinent les dépenses des ménages et les investissements productifs, donc détruisent l'emploi. Les immigrés n'ont rien à voir là-dedans. Dans un tel contexte, les frontières pourraient être totalement fermées à l'immigration (ce qu’elles sont presque) que le taux de chômage serait sans doute plus ou moins le même, puisque la demande aurait diminué d'autant. Plus de population, plus de demande, plus d'emploi ; moins de population, moins de demande, moins d'emploi, c'est statistiquement vérifiable, vérifié et c'est aussi simple que ça. La vraie question, actuellement, porte en fait sur la mobilité du capital, et non pas sur celle des travailleurs. Encore une fois, Zemmour fait fausse route et confond tout. Mais je pense qu'il n'a pas très bien lu Marx (je ne sais pas ce qui me fait penser ça. Une intuition). S'il l'avait fait, il pourrait voir la situation socio-économique actuelle à travers un prisme, justement, socio-économique, et non ethnique, et il comprendrait beaucoup mieux les choses. De même que tous ses petits camarades réactionnaires, de Valeurs Actuelles jusqu'à BFMTV, en passant par CNEWS.

"Nous sommes bien victimes de hordes de délinquants étrangers, Balkaniques, Turcophones, Russophones, Italiens, gens du voyages, Africains, Asiatiques, de français de nationalité française, mais issus de l'immigration [...] ça n'arrête jamais, les sociétés multiculturelles sont terriblement violentes. Ce sont les sociétés hétérogènes qui sont violentes car on réintègre la guerre à l'intérieur".

En tant qu'enfant de l'immigration, je suis particulièrement ému et ravi par ces déclarations, mais passons. « Les sociétés multi-culturelles sont terriblement violentes » : historiquement, ce n'est pas du tout vérifié. L'Andalousie qui mêlait, au Moyen-âge, les cultures juive, arabe et espagnole était bien plus pacifique (même s'il ne faut pas idéaliser cette période) que la société fermée qui lui a succédé après l'expulsion des juifs et la reconquista. Idem entre les sociétés Arabes de la même époque, plutôt ouvertes et tolérantes, et les sociétés purement chrétiennes qui évoluaient alors, en Europe, dans une violence politique et sociale constante. J’ai vécu à Leh, en Inde, dans l’Himalaya. Une ville où se mêlent en toute quiétude (ce qui n’est certes pas forcément le cas dans le reste de l’Inde) Sikhs, Indous, Tibétains, Ladakhis, Cachemiris, chacun respectant les cultures et croyances des autres. Car là est le cœur du problème : en affirmant ce qu’il affirme, ce que dit Zemmour, c’est qu’il est selon lui impossible que des cultures différentes cohabitent sur un même territoire. Ce que des milliers d’années d’Histoire humaine contredit, et ce que la vie, pour bon nombre d’entre nous, dans nos quartier, au travail, contredit également quotidiennement.    

Les contre-exemples aux propos de Zemmour ne manquent pas. Bon nombres de sociétés africaines contemporaines ne sont pas forcément "multiculturelles" (encore qu'il faudrait revenir sur la définition de ce mot : deux ethnies animistes ou chrétiennes se partageant un espace constituent-elles un ensemble « multi-culturel » ? Une culture, d’ailleurs, qu’est-ce que c’est ? Serbe et Croates ont la même langue, la même culture, mais ils se sont entretués : comment Zemmour interprète-t-il ce conflit?), mais du fait de la déstabilisation socio-économique qui leur a été imposée pendant la période coloniale et ensuite, lors de l'entrée forcée dans le marché mondial et des « ajustements structurels » du FMI, ce sont parfois des sociétés violentes. Idem pour les sociétés des pays d’Amérique Centrale, pas très « multi-culturelles », mais gangrénées par la violence des cartels -et, les cas échéant, de gouvernements autoritaires. Multiculturalisme et violence n'ont AUCUN rapport de fait : ce qu'il faut prendre en compte, ce sont les conflits socio-économiques et politiques et les enjeux qu'ils induisent, enjeux qui peuvent venir se greffer, éventuellement, sur des logiques ethniques.  Ce ne me paraît pas si difficile à comprendre.

(...)

Macko Dragan

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Daniel Pennac : "J'ai utilisé la lecture à voix haute pour faire aimer la lecture silencieuse et solitaire"...

20 Janvier 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Lecture

 Daniel Pennac : "J'ai utilisé la lecture à voix haute pour faire aimer la lecture silencieuse et solitaire"...

Porte-parole de la littérature et du plaisir de lire, Daniel Pennac est le parrain de la deuxième "Nuit de la lecture". L'auteur de la saga Malaussène est notre invité pour nous parler de la lecture à voix haute, qu'il a défini comme un "droit imprescriptible" du lecteur dans "Comme un roman".

Daniel Pennac est le parrain de la seconde édition de la Nuit de la lecture. Un événement qui se déroule ce samedi 20 janvier partout en France - et à travers le monde - dans les bibliothèques et les librairies.

"J'ai été professeur durant une trentaine d'années. J'avais affaire avec des élèves en grandes difficultés scolaire (...) Pour les réconcilier avec la lecture silencieuse et solitaire j'ai transité par la lecture à voix haute. 

Quand un élève vous dit qu'il n'aime pas lire, il ne sait pas ce qu'il dit. Si vous le croyez, il est foutu et vous aussi comme professeur."

Références des extraits des œuvres lues par Daniel Pennac et Caroline Broué durant l'émission : 

Daniel Pennac est le parrain de la seconde édition de la Nuit de la lecture. Un événement qui se déroule cette nuit partout en France - et à travers le monde - dans les bibliothèques et les librairies.

"Si vous croyez un élève qui vous dit qu’il n’aime pas lire, il est foutu et vous aussi"

Références des extraits des œuvres lues par Daniel Pennac et Caroline Broué durant l'émission : 

Références des œuvres citées :

Le documentaire Arte qui sera diffusé mercredi soir sur l'écrivain Vassili Grossman, et son roman Vie et destin est déjà disponible sur le site.

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Mai 68... Les lieux de la commémoration...

20 Janvier 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Mai68, #Histoire

http://www.lelivrescolaire.fr/#!manuel/62/histoire-geographie-education-civique-3e/chapitre/804/de-gaulle-et-le-nouveau-systeme-republicain-1958-1969/page/694172/-mai-68-/lecon

http://www.lelivrescolaire.fr/#!manuel/62/histoire-geographie-education-civique-3e/chapitre/804/de-gaulle-et-le-nouveau-systeme-republicain-1958-1969/page/694172/-mai-68-/lecon

Neuf institutions de la capitale se sont associées pour proposer un retour sur le mouvement social et son actualité. A l’université Paris-Nanterre, les étudiants proposeront une journée d’échanges (le 22 mars, bien sûr) et la fac mettra en avant l’aspect international de la contestation en lien avec les universités de Pittsburgh, de Prague et l’Institut français de Berlin. Le Théâtre Nanterre-Amandiers réinterprète le spectacle Paradise Now donné par le Living Theatre à Avignon en 68 (Re-Paradise, de Gwenaël Morin). L’artiste Escif reproduira les graffitis dessinés par des anonymes dans les toilettes du Palais de Tokyo sur la façade du musée. Le centre Pompidou installera un «amphi», qui accueillera séminaires et performances, et tiendra de «Nouveaux Ateliers populaires». La Cinémathèque française rediffusera, grandeur nature, la toute première Quinzaine des réalisateurs de mai 1969. Côté expos : «Mai 68, l’architecture aussi !» (Cité de l’architecture et du patrimoine), «Images en lutte la culture visuelle de l’extrême gauche en France» (Beaux-Arts de Paris), «68, les archives du pouvoir» (Archives nationales), «Icônes de Mai 68 : les images ont une histoire» (Bibliothèque nationale de France).

Rens. : www.soixantehuit.fr

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Le roman 68 : sous les clichés, les faits...

20 Janvier 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Histoire

EXTRAIT

Contre une vision romancée ou culturaliste du mouvement, des historiens réancrent l’événement dans sa diversité sociale et collective. Un récit qui met l’accent sur la conflictualité et répond aux critiques des anti-68.

Les barricades fument encore ou presque quand, au cœur de l’été 68, Raymond Aron, «spectateur engagé» au service du Figaro, publie la Révolution introuvable. L’ouvrage réunit ses analyses parues à chaud dans le quotidien au printemps, accompagnées d’un entretien réalisé par Alain Duhamel. Déjà, l’essai veut «démythifier et désacraliser» l’événement. A l’automne 1968, la Bibliothèque nationale répertorie 124 livres sur Mai ! C’est le paradoxe de 68 : avant même de devenir histoire, la plus grande crise sociale qu’ait connue la France du XXe siècle est un «événement de papier», analyse Michelle Zancarini-Fournel, l’une des toutes premières historiennes à avoir travaillé sur la période (1). Depuis cinquante ans, cette passion française à interpréter, analyser, critiquer, instruire le procès de 68 ne s’est pas tarie. Tous les dix ans, à chaque commémoration, à travers les témoignages des acteurs du mouvement, s’ajoute une nouvelle strate au récit de 68 - à sa légende, diront certains. «Une belle histoire racontée aux enfants, celles des vainqueurs, des vedettes», regrette Jean-Pierre Le Goff, qui a participé aux journées de Mai avant de devenir sociologue et de publier un livre critique Mai 68, l’héritage impossible (La Découverte, 1998). Décennie après décennie, on s’intéresse aux étudiants parisiens, aux romanesques barricades, aux slogans poétiques (souvent nés de l’imagination du jeune Christian Sébastiani, proche des situationnistes), aux leaders - Cohn-Bendit, Geismar ou Goupil. On oublie les salariés, les anonymes, les provinciaux.

«Effet délétère»

Le 2 mai 1978, la fameuse émission de télévision les Dossiers de l’écran fête les 10 ans de la contestation en célébrant «l’imagination au pouvoir» et les graffitis muraux (1). La «belle histoire» de 68, c’est aussi le brave préfet Grimaud qui, compréhensif avec les étudiants, aurait évité bien des morts avec sa lettre aux policiers («Je veux leur parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l’emploi de la force.»). L’historienne Ludivine Bantigny (lire aussi pages 4-6) nous rappelle aujourd’hui qu’elle vient bien tard, à la toute fin de Mai, alors que de nombreux et graves dérapages des forces de l’ordre ont eu lieu depuis les premiers jours du mouvement. Quand on parle de 68, on évoque rarement ses six morts et sa violence policière.

Un ouvrage est emblématique de ce cantonnement de Mai à Paris : Génération, d’Hervé Hamon et de Patrick Rotman (Seuil). Succès de librairie, cet imposant ouvrage en deux tomes va durablement modeler le grand roman de 68. Bien troussé, le récit s’appuie sur des témoignages d’acteurs (Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner ou Alain Krivine) mais se focalise sur les étudiants du Quartier latin et les parcours individuels de ceux qui ont fait, depuis, carrière. «En captant la mémoire de 68 au profit de quelques-uns, il a eu un effet délétère, estime le philosophe Serge Audier, auteur de la Pensée anti-68 (La Découverte, 2008). Il a permis le discours rétrospectif qui insinue que Mai 68 a été un accélérateur de carrière pour une poignée d’ambitieux. Il a recouvert le collectif. D’autant plus qu’il est paru en 1987-1988, où s’accentue l’adaptation de la gauche au capitalisme et au marché, accréditant la thèse de la "trahison de la gauche".»

Parallèlement, plus profondément, une autre histoire de Mai se met en place, venue celle-là des sphères intellectuelles et pamphlétaires. Elle est bien plus sombre. Façonnée aussi bien par des intellectuels du PCF ou par les gaullistes, elle a des grands ressorts narratifs en place dès les lendemains du mouvement : 68 serait l’acte de baptême de l’individualisme, du libéralisme ou du relativisme culturel. Une crise générale de l’autorité et de l’obéissance, dit Raymond Aron. En 1978, Régis Debray accuse l’esprit soixante-huitard d’avoir américanisé la France dans Modeste Contribution aux discours et cérémonies officielles du dixième anniversaire (éditions François Maspero). Les législatives de mars viennent de sanctionner la gauche, et Raymond Barre installe le tournant libéral. «L’idée insinuée alors, c’est que l’effondrement du modèle étatique français, en germe en 68, aurait importé dans le pays le libéralisme économique et culturel américain, comme le théorise Debray, qui parle en 2008 d’une "contre-révolution réussie"», analyse Serge Audier.

(...)

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Sonya Faure et Cécile Daumas

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Vers la création d' individus performants?...

20 Janvier 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Sociologie, #Neurosciences

Vers la création d' individus performants?...

Le pouvoir en place depuis maintenant sept mois semble avoir décidé, sous l'impulsion jupitérienne  du Président de la République Emmanuel Macron, l' "état de performance", comme il existe un "état d'urgence".

Tout dans notre République est désormais tourné vers la performance maximale. Il FAUT, c'est un dogme, "performer" en tout. Tout individu, groupe et sous-groupe refusant ou n'étant pas en capacité de réaliser ces objectifs est immédiatement mis de coté, considéré comme un dangereux déviant. Dangereux car susceptible d'empêcher ou de ralentir la course vers les objectifs fixés d'en-haut. "Vae victis" disait-on, le pouce baissé, dans les cirques romains de l'Antiquité. "Mort aux loosers" croit-on entendre dans le grand cirque de la macronie triomphante.

Loosers, echoués, décrochés dont il n'est jamais question dans aucun discours présidentiel, dans aucune intervention ministérielle. Les perdants ont disparu du champ des intérêts gouvernementaux, ceux-ci se portant uniquement, exclusivement sur les "performants", ceux capables d'écrire les "success stories" voulues par le pouvoir, relayées par une partie de la presse complaisante - Paris-Match et BFMTV en sont les plus éclatants représentants -  exemplaires de cette "France first", reflet d'un président n'ayant jamais connu l'échec. A tel point qu'il est permis de se demander si Emmanuel Macron est seulement capable d'imaginer qu'il puisse exister en France des individus malheureux, brisés, écartés. Très éloignés de l'égalité révolutionnaire, traduite en "égalitarisme" - pouah! Quelle horreur! - dans un pays de plus en plus séduit par les "bienfaits" de l'inégalité.

La France macronienne se veut pragmatique. Le pragmatisme, cet outil glacial qui élimine les clivages gauche/droite, les débats d'idées, les réflexions contradictoires fondées sur des valeurs et illustrées par elles.

Au diable les valeurs! Ou plus exactement vive la valeur "efficacité", seule capable de déterminer le degré d'intérêt porté sur un individu, un groupe ou une idée. Personne ne semble s'apercevoir que les plus performants, pragmatiques et efficaces sont toujours les mêmes: ceux nés avec un capital - financier et culturel - important. Quant aux autres, les loosers, ils ne peuvent espérer qu'un ruissellement sans jamais - vous l'aurez remarqué - être invités à la table du festin. Ni à devenir les "premiers de cordée". Mesdames et messieurs les perdants, dégustez les restes. Restez à votre place. Cela vous suffira bien.

L'école qui se construit sous nos yeux est à l'image de ce qui vient d'être dit. Afin d'éliminer tout débat interne et, notamment, celui qui oppose depuis des décennies les républicains aux pédagogues - rebaptisés "pédagogistes" par le Ministre de l'Education Nationale en personne - il est fait appel à un troisième "larron" dont la mission, pragmatique et politique, est d'éliminer les deux autres: les neurosciences.

Obnubilées par les capacités "performatives" du cerveau de nos élèves, elles évitent habilement d'autres problématiques. Au diable les ennuyeuses questions sur le but de l'école, les causes des inégalités scolaires, la sociologie de l'éducation, l'école que nous voulons pour nos enfants et les enfants que nous voulons pour la société qui vient, le sort des "échoués"! Tout cela disparait. DOIT disparaitre!

Au nom d'un seul credo:

faire de l'enfant/individu un être performant.

Je refuse de m'engager dans cette voie. Elle est d'une dangerosité redoutable!

Christophe Chartreux

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Revue de Presse Education... Apprentissage - Supérieur - Divers - Ressources...

20 Janvier 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education... Apprentissage - Supérieur - Divers - Ressources...

Réforme de l’apprentissage et problèmes du supérieur occupent toujours l’actualité. On complètera avec quelques ressources pour ce week-end.

Apprentissage

Erasmus des apprentis : Pénicaud puisera dans le rapport Arthuis. « Elle a cité notamment celles concernant “l’autonomie financière” des apprentis en mobilité, leur “couverture sociale”, ainsi que la problématique du “contrat de travail”. »

Le gouvernement décidé à faire décoller l’Erasmus de l’apprentissage. « Remis ce vendredi à la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, le rapport de l’eurodéputé Jean Arthuis formule seize propositions pour lever les freins à la mobilité des jeunes. »

Y a-t-il un pilote dans l’avion du Medef ? « Empêtrée dans la guerre de succession à son président Pierre Gattaz, l’organisation patronale compromet les réformes sur l’apprentissage, la formation et l’assurance chômage. »

Apprentissage : le Medef et la CPME excluent de partager le pouvoir avec les régions. « Les deux organisations patronales demandent à l’exécutif de préciser ce qu’il a lâché aux régions en matière de pilotage de l’apprentissage. En attendant, la négociation sur la formation professionnelle est suspendue. »

Apprentissage : les concessions faites aux régions inquiètent le Medef. « La réforme doit être bouclée dans des délais très serrés puisqu’elle fera l’objet d’un texte de loi présenté, en principe, au début du printemps. »

Débat : Pour le renouveau de l’apprentissage, supprimons la taxe d’apprentissage ! « Toute la communauté éducative bruisse de rumeurs quant au contenu à venir de la réforme de la taxe d’apprentissage et de son usage supposé, l’apprentissage. Les conséquences financières sont lourdes (plus de trois milliards d’euros attendus en 2018) quelles que soient les parties concernées, État, établissements d’enseignement, conseils régionaux, entreprises, apprentis… » Une longue analyse très documentée par Jérôme Caby, Professeur des universités, IAE Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Réforme de l’apprentissage : le financement des grandes écoles sera préservé par Marie-Christine Corbier. « La partie “hors quota” de l’actuelle taxe d’apprentissage qui sert à financer les grandes écoles serait “transformée” mais subsisterait sous un autre nom. »

Supérieur

Plan étudiants : interrogation sur la répartition des moyens pour la rentrée 2018 par Laura Taillandier. « Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche prévoit la création de 22000 places pour la rentrée 2018 afin de faire face à l’arrivée de 28000 bacheliers supplémentaires et de désengorger les filières en tension. Des chiffres insuffisants pour les acteurs universitaires, qui déplorent le manque de visibilité sur la répartition des moyens alloués. »

Licence universitaire : les étudiants inquiets pour la compensation de leurs notes. « La logique de compétences et de modules de la future licence est en contradiction avec le système actuel de compensation des notes entre différentes matières. »

Le ciel s’assombrit au dessus de la plateforme Parcoursup par Bruno Magliulo, qui présente dans ce texte les points de difficultés, et ils sont nombreux !

Réforme de l’entrée à l’université : appel à la grève le 1er février 2018. « Des syndicats ont appelé la communauté éducative à se mettre en grève le 1er février pour protester contre Parcoursup et contre la réforme de l’entrée dans l’enseignement supérieur. »

Divers

Une année à l’école des profs : « J’ai pris confiance en moi », par Erwin Canard, « Immersion à l’ESPE. Épisode 4. Davantage de confiance en eux, de meilleures relations avec les élèves, des habitudes de travail qui se créent : Clémentine et Théo, enseignants-stagiaires de français en lycée, reviennent sur leurs premiers mois en tant que professeurs. »

Séance publique / Mercredi 17 janvier 2018. 1ère séance : Questions au Gouvernement ; Questions sur l’enseignement du premier degré, en vidéo sur le site de l’Assemblée nationale.

Échos du Québec : Génération J’ai l’doua, par un blogueur, Simon-Pierre Savard-Tremblay. « On apprenait hier qu’un “élève”, terme désormais proscrit au profit de celui d’“apprenant” car il renverrait à un rapport hiérarchique –scandale !- entre le professeur et l’étudiant, mettait en demeure les autorités scolaires de Chicoutimi-Nord contre un règlement interne stipulant que l’emploi du cellulaire en classe pouvait mener à sa confiscation pour une période pouvant aller jusqu’à 24 heures. »

Ressources

Humour et enseignement : La chaire est triste ? « "On pourrait se demander si l’école, l’enseignement, ne serait pas le dernier petit village gaulois qui échapperait à l’injonction à rire, dans cette société du comique, prégnante et bête, au nom, justement, d’une certaine éthique intellectuelle". L’humour et l’enseignement n’iraient pas ensemble, annonce Corinne François-Denève (Université de Bourgogne) dans cet ouvrage qui explore la relation humour - enseignement (La chaire est triste L’Harmattan). Pourtant l’humour a aussi une efficacité pédagogique. "De nos jours, c’est certainement le numérique qui porte le message le plus créatif en matière d’humour et d’enseignement", conclut-elle, en interrogeant les princes du rire sur Twitter... Mais le livre passe à coté du vrai humour pédagogique. »

L’éducation, les sciences du cerveau, la sociologie par le journaliste, spécialisé en science de puis 1986, Sylvestre Huet. « Appuyer la politique éducative sur les sciences, c’est une bonne idée. Le savoir, c’est toujours mieux que l’ignorance. L’ennui, c’est que le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer semble croire que l’étude par l’IRM fonctionnelle du cerveau apporte les clés essentielles du succès d’une telle politique. D’où la mise en place d’un conseil scientifique de vingt-et-un membres où les neuroscientifiques ont une place prépondérante au regard des spécialistes des sciences de l’éducation, de la didactique ou… des sociologues de l’éducation (l’un de ses membres, Franck Ramus conteste cette présentation voir commentaires, avec raison, dont acte). »

Rythmes scolaires : des ateliers de parents d’élèves ont imaginé les trois scénarios possibles. « Dans le cadre de la réorganisation des temps de l’enfant et de la réflexion engagée par la mairie et les parents, deux ateliers d’échanges ont été organisés en novembre et décembre derniers. Ce mercredi à l’hôtel de ville de Lille, l’heure était à la restitution de ces ateliers, en présence de près de 150 parents d’élèves, du directeur académique des services de l’Éducation nationale (DASEN), de Martine Aubry et de Charlotte Brun. »

Retour sur le « Dictionnaire amoureux de la laïcité » d’Henri Pena-Ruiz par Charles Conte. « En décembre 2016 Henri Pena-Ruiz publiait une édition considérablement augmentée de son “Dictionnaire”. Cet ouvrage est devenu une référence. »

Bernard Desclaux

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Fishbach...

19 Janvier 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Marie Cardinal...

19 Janvier 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

L'impasse, une dernière fois, ses petites maisons serrées les unes contre les autres, ses pavés disjoints, ses trottoirs crevés, la grille dans le fond, les marches dans le jardinet, la salle d'attente Henri II, le bureau, la gargouille au bout de sa poutre, le divan, le petit homme énigmatique... Sacré petit bonhomme, il sera resté masqué jusqu'au bout ! La porte fermée dans mon dos. Devant moi, l'impasse, la rue, la ville, le pays, la terre et un goût de vivre et de reconstruire gros comme elle.

 

Quelques jours plus tard, c'était mai 68.

Marie Cardinal - Les mots pour le dire

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Le P'tit Libé - Les théories du complot...

19 Janvier 2018 , Rédigé par Liberation - Le P'tit Libé Publié dans #Education, #Complot

Le P'tit Libé - Les théories du complot...

Les théories du complot

Depuis trois ans, de plus en plus de théories du complot sont diffusées en France. Il s'agit d'histoires censées prouver que les personnes puissantes nous mentent pour pouvoir nous faire faire ce qu’elles veulent. Les gens qui y croient sont appelés des complotistes.

Les théories du complot se sont multipliées après les attentats de janvier 2015 contre le journal «Charlie Hebdo» et le magasin Hyper Cacher, à Paris. Rapidement, des gens ont pensé que les responsables politiques et les journalistes cachaient la vérité.

Qu’est-ce qu’une théorie du complot ? Comment les complotistes arrivent-ils à nous convaincre ? Comment reconnaître une théorie du complot ? Suis-moi pour tout comprendre !

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