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Vivement l'Ecole!

Michel, lycéen et autiste : "J’apprends à vivre avec les autres"...

18 Novembre 2017 , Rédigé par L'Etudiant Publié dans #Education, #Autisme

Michel, lycéen et autiste : "J’apprends à vivre avec les autres"...

Son handicap, l’autisme Asperger, est invisible. Communiquer avec ses professeurs, avoir de l’empathie envers ses camarades, Michel a dû l’apprendre. Il estime avoir eu de la chance et une famille en or. Au lycée, il est heureux !

"J’ai été diagnostiqué autiste Asperger à l’âge de 8 ans. C’est un handicap qui ne se voit pas et que les gens ne peuvent pas deviner. Depuis le diagnostic, je suis suivi dans un SESSAD [service d’éducation spéciale et de soins à domicile], un service de santé. Le mien est spécialisé dans l’autisme. J’ai appris des choses qui vous semblent naturelles et qui ne le sont pas pour moi, pas du tout, comme communiquer, aller vers les autres, se comporter en société. Je suis autiste et cela signifie que j’ai beaucoup de difficultés à me socialiser. Je ne vais pas naturellement vers autrui. Je n’ai pas besoin des autres… sauf pour me nourrir !"

"Le deuxième élément important est le manque d’empathie. J’avais du mal à comprendre les sentiments, les émotions des autres. Par exemple : quand je voyais quelqu’un pleurer, je ne me sentais pas concerné. Je n’avais pas la réaction – normale quand on n’est pas autiste – d’être triste. Mon troisième problème est la compréhension de l’abstrait. En ce moment, c’est difficile en cours de français. Une couleur va définir l’amour et à la leçon d’après cette même couleur pourra évoquer la tristesse ou le désarroi. Je m’y perds : ce qui n’est pas logique me gêne."

"J’ai aussi beaucoup de mal avec le bruit, le brouhaha m’empêche de me concentrer. Je déteste les bruits forts et soudains : un feu d’artifice, un ballon qui éclate ou le bouchon d’une bouteille de champagne… En famille, il nous arrive d’en parler mais toujours sur le ton de l’humour, on en rigole. On va dans une fête, des ballons décorent l’espace…, on va alors ironiser dessus. Quelqu’un de la famille dira : ‘Elle est super cette fête !’ Il vaut mieux rire que pleurer n’est-ce pas ? D’ailleurs, je ne pleure jamais !"

"Il y a autant d’autistes que d’autismes"

"J’ai passé des tests pour connaître mon quotient intellectuel. Je ne le connais pas exactement, mais il est élevé. Pour évoquer cette particularité, mes parents disent que je suis 'très chiant' ! Moi, je ne dis rien sauf, à la rigueur, si on me le demande. Cela dit, je ne parle que de moi, mais je tiens à souligner qu’il y a autant d’autistes que d’autismes. Et le stéréotype du jeune autiste qui exécute très vite des calculs m’agace profondément. Ce n’est pas la réalité : c’est parfois plus simple ou plus compliqué."

(...)

Propos recueillis par Maria Poblete

Entretien complet à retrouver en cliquant ci-dessous

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Esther Duflo : "Il y a un énorme gaspillage de générations d'enfants qui vont à l'école et qui n'apprennent rien"...

18 Novembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

800 millions de personnes dans le monde vivent encore avec moins de 1,90 dollars par jour. Comment réduire la pauvreté, dans un contexte de réductions budgétaires et de poussée des populismes, et dans lequel l’aide au développement pourrait repasser au second plan ?

92% des Français, pensent que la pauvreté dans le monde a augmenté ou est restée à un niveau identique au cours des 20 dernières années. Les chiffres sont pourtant formels : depuis le lancement par l’ONU de ses objectifs du millénaire, la pauvreté dans le monde recule d’années en années. Alors qu’en 30 ans la population mondiale est passée de 4.5 à 7.2 milliards d’habitants, le nombre de personnes vivant sous le seuil d’extrême pauvreté a baissé de plus d’un milliard. 

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Revue de Presse Education... Organisation - Numérique - Feu APB - Supérieur - Ressource...

18 Novembre 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education... Organisation - Numérique - Feu APB - Supérieur - Ressource...

Pour clôturer cette semaine d’actualité éducative, vous trouverez des papiers sur l’organisation éducative et le numérique. On commencerait à regretter APB et ça bougerait dans le supérieur. Enfin une ressource essentielle, et peut-être pas que pour les débutants.

Organisation

Claude Lelièvre : Les filières au lycée, une hiérarchisation qui n’en finit pas. “La ’’mise en filières’’ a été instituée par un simple décret, celui du 10 juin 1965 . Ce décret n’a été précédé d’aucune discussion de loi ayant quelque rapport avec lui, alors même qu’il changeait pourtant sensiblement l’organisation du second cycle de l’enseignement secondaire. Mais, contrairement à ce que l’on pense généralement, les lois sur l’enseignement scolaire sont rares, et rarement décisives (le ministre Jean-Michel Blanquer le sait fort bien). Il n’en va pas de même pour les décrets…

Les systèmes éducatifs en Europe. “Eurydice permet de voir d’un coup d’oeil l’organisation des études du primaire au supérieur pour tous les pays européens à travers des graphiques simples. On peut relever trois grands types d’organisation. L’Europe du nord propose une école unique pour toute la scolarité obligatoire. Ainsi en Finlande une seule école couvre la scolarité de 7 à 17 ans. En Suède de 7 à 16 ans. Les pays d’Europe centrale propose une sélection dès la fin du primaire avec des branches différentes. Ainsi en Allemagne dès l’âge de 10 ans les élèves sont triés entre 5 types d’enseignement secondaire. Enfin les pays de l’ouest et du sud de l’Europe, du Royaume Uni à la Grèce en passant par la France , connaissent une différenciation après le collège.”

Le document en version anglaise :ici.

Formation des profs : plus de pratique pour plus de confiance en soi. “Selon une étude de l’OCDE, la confiance en soi des enseignants dans la gestion de la classe est "cruciale". Les jeunes profs démissionnaires n’y seraient pas assez préparés.”

Études et statistiques de la Depp. L’état de l’École 2017. Coûts, activités, résultats. Synthèses statistiques - Statistiques - publications annuelles - Numéro 27, novembre 2017

Numérique

Melun : il veut lancer un collège 100 % en ligne pour les élèves déscolarisés. “Fabrice Lenoble, qui proposait des cours en visioconférence pour pallier le non-remplacement ponctuel d’enseignants, vise désormais les collégiens déscolarisés.”

De la table mobile à l’écran tactile, des établissements esquissent la classe de demain. “Repenser le mobilier et l’espace d’une salle de classe pour encourager de nouvelles formes d’apprentissage : tel est le pari de quelques établissements pionniers en France, qui inventent peut-être l’école de demain.”

EdTechFrance cherche à devenir la porte d’entrée de la filière française des EdTech. “Fédérer les entrepreneurs de la filière et démontrer l’utilité de la technologie dans les apprentissages : tels sont les objectifs d’EdTechFrance. L’initiative, lancée le 17 novembre 2017, à l’occasion de EdUp, rassemble d’ores et déjà 140 entrepreneurs du secteur. Ces derniers publient un manifeste à l’ambition claire : faire de la France une "EdTech Nation".”
http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/edtechfrance-veut-devenir-la-porte-d-entree-de-la-filiere-francaise-edtech.html

Feu APB

Est-ce qu’on ne commencerait à le regretter ?

Plan étudiants : Les personnels de direction sous tension. “"Les personnels de direction se retrouvent seuls à la manœuvre et voient leurs conditions de travail dégradées", dénonce ID Fo dans un communiqué. Le Snpden tweete de son coté sur une circulaire de 72 pages pour appliquer la réforme de l’orientation. Les chefs d’établissement sont sommés de trouver un second professeur principal pour les terminales et d’organiser la semaine d’orientation avant les conseils de classe du 1er trimestre qui ont lieu dans quelques jours et en même temps de lancer les fiches Avenir sans avoir le temps de les présenter. Et ne parlons pas des proviseurs de LP pour qui le calendrier officiel n’a pas de rapport avec l’organisation de l’année…

APB : des chercheurs s’inquiètent du fonctionnement de la future plate-forme. “Les candidats ne devront pas classer leurs vœux. Ce qui fait craindre aux spécialistes de ce dossier auditionnés jeudi à l’Assemblée des listes d’attente à rallonge.”

Sur LCP, Admission Post Bac : la nouvelle plateforme (déjà) très critiquée. “Victime de la réforme de l’accès à l’enseignement supérieure, la plateforme Admission Post Bac sera remplacée à partir du 15 janvier. Mais professeurs et représentants universitaires expriment de vives inquiétudes sur le nouveau dispositif du gouvernement.”

Et la meilleure info je pense : Le gouvernement lance une consultation en ligne pour choisir le nom de la plateforme qui remplacera APB. "A partir de ce vendredi, et jusqu’au 19 novembre, les ministères de l’Education et de l’Enseignement supérieur organisent une consultation en ligne pour choisir le nom de la nouvelle plateforme destinée à remplacer dès janvier 2018 Admission Post Bac (APB)." Même pas capable de dénommer la chose...

Supérieur

Bientôt des DUT en trois ans ? “Le ministère de l’Enseignement supérieur ouvre une réflexion sur un allongement du DUT de deux à trois ans qui conférerait le grade de licence. Une réforme qui pourrait voir le jour pour la rentrée 2019.” après plus de dix on se mettrait en conformité avec le LMD ?

Par Olivier Rollot : Evaluation des écoles de commerce : comment la France s’y est mise. “La Commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion (CEFDG) vient de changer de présidente avec la nomination de Carole Godard-Drucker. Ancien directeur de l’IAE de Paris et d’Audencia BS, aujourd’hui doyen du corps professoral d’EDC Paris Jean-Pierre Helfer explique comment il a introduit l’évaluation au cœur des écoles de management françaises en créant la CEFDG en 2001.”

Ces écoles et universités qui s’engagent contre le sexisme par Corinne Dillenseger. "Depuis 2015, sept établissements d’enseignement supérieur publics ont signé la convention pour une communication sans stéréotype de sexe du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Du Cnam à l’ENA en passant par l’Upec et l’université Paris-Nanterre, tour d’horizon des actions mises en place."

Ressource

Parution du Hors-série n°47 des Cahiers pédagogiques, « Ressources pour débuter » - Gratuit. « Débuter a toujours été difficile. » Entretien avec les coordonnateurs du dossier, Yannick Mével et Dominique Seghetchian

Bernard Desclaux vous souhaite un bon week-end

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Florian Philippot applaudit Jean-Michel Blanquer... (Video)

17 Novembre 2017 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Politique

"Il y a une seule langue française, une seule grammaire, une seule République". C'est ce qu'a tweeté le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer mercredi 15 novembre. Une réponse qui montre fermement la position du ministre face au débat sur l'écriture inclusive. Une position défendue également par Florian Philippot qui a déclaré dans "L'instant Politique" avec Gilles Bornstein : "je souscris totalement à cette déclaration, j'applaudis le ministre de l'Education nationale". 

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N'y a-t-il vraiment qu' "une langue française"?...

17 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Langue

N'y a-t-il vraiment qu' "une langue française"?...

Ce jeudi matin à Aix-en-Provence, le maître de conférences en sociolinguistique Médéric Gasquet-Cyrus a ouvert son cours par une petite question. Il a demandé à ses étudiants d’analyser cette phrase : «Il y a une seule langue française, une seule grammaire, une seule République.» Les étudiants, en l’occurrence des premières années en sciences du langage, «ont pensé qu’il s’agissait d’une bêtise trouvée dans une copie», raconte l’universitaire. «Ils ont été très étonnés quand ils ont appris de qui venait la phrase.»

De qui? Rien de moins que du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Mercredi 15 novembre, à l’Assemblée, il a affirmé son opposition à l’écriture inclusive. «La France a comme emblème une femme, Marianne, l’un de ses plus beaux mots est féminin, la République, et notre langue a porté bien des combats féministes, hier, aujourd’hui et encore demain», a commencé le ministre. Mais point trop n’en faut : ces combats féministes ne doivent pas aller jusqu’à l’écriture inclusive. D’ailleurs, a-t-il asséné, «le seul arbitre, c’est l’usage et c’est l’Académie française» (qui a parlé de «péril mortel» sur cette question). Et de conclure : «Je serai donc bien entendu vigilant pour qu’il n’y ait qu’une grammaire, comme il n’y a qu’une langue, une République.» Le message a été aussi tweeté sur le compte officiel du ministre.

Qu’en est-il ? Certes, il y a bien une seule République : bleu-blanc-rouge, Marianne, «aux armes citoyens». Mais de langue ? En France, il existe effectivement un seul idiome officiel – et ce n’est pas un scoop de révéler que c’est le français. Par comparaison, la Belgique par exemple, en compte trois : le français, le néerlandais et l’allemand.

«Langue nationale» depuis 1992

Ce statut de «langue nationale» a été acté en 1992, date à laquelle la chose a été inscrite dans la Constitution française. Assez récemment donc. Cette inscription revêt un caractère pratique : elle signifie «que dans les actes de la vie publique et institutionnelle, la langue est le français de France», explique Florence Bistagne, historienne de la langue et docteur en linguistique comparée des langues romane et marseillaise. Cette langue, le français de France, est encadrée par la commission d’enrichissement de la langue française (anciennement commission générale de terminologie et de néologie) du ministère de la Culture, qui publie au Journal officiel tous les nouveaux termes que l’administration peut utiliser, après validation par l’Académie française. C’est cette commission qui édicte par exemple qu’il faut dire «mot-dièse» et non «hashtag», «éreintage» et non «bashing». C'est elle aussi qui vient de décider qu'on ne disait plus «nègre littéraire» mais «prête-plume». Contrairement à l’idée reçue, le dictionnaire établi par l’Académie n’a qu’un rôle moral et symbolique, et ce n’est pas lui qui a le pouvoir d’établir cette langue officielle.

Mais, et c’est là que le ministre voit sa tirade devenir fausse, cette commission dépend de la très officielle DGLFLF, soit : la délégation générale à la langue française et aux langues de France. Aux langues de France, oui. La France reconnaît bien officiellement qu’il y a plusieurs langues dans le territoire. Et trouve même ça plutôt enrichissant. «A côté du français, écrit la DGLFLF, les langues de France sont notre bien commun, elles contribuent à la créativité de notre pays et à son rayonnement culturel. On entend par langues de France les langues régionales ou minoritaires parlées par des citoyens français sur le territoire de la République depuis assez longtemps pour faire partie du patrimoine culturel national, et ne sont langue officielle d’aucun Etat.» Par exemple le normand, le créole, l’auvergnat, le kumak, le tahitien, le franc-comtois, le basque, le corse ou le breton. A ces langues parlées en France «peuvent être ajoutées les langues non territorialisées comme l’arabe maghrébin, le romani ou le yiddish», précise Aude Wirth-Jaillard, philologue à l’université catholique de Louvain. «Une partie de ces langues font l’objet d’enseignements, dans le primaire, le secondaire et parfois même le supérieur.»

Des grammaires

En outre, si l’on s’en tient au français, il est lui-même divers. «Il y a beaucoup de variations à l’oral, entre la langue académique, la langue parlée, la langue des jeunes…», cite le sociolinguiste Médéric Gasquet-Cyrus. «A l’écrit, de même : on ajoute des smileys, du gras, de l’italique», en clair, on la métisse.

Quant à la grammaire, de même, il n’y en a pas qu’une seule. Celle que l’on apprend en classe accepte déjà «des variantes régionales: serpillière ou pièce, chocolatine ou pain au chocolat – et des orthographes concurrentes: clé ou clef», toutes «scolairement acceptées», précise Florence Bistagne. Mais il existe en outre «des grammaires spécifiques comme la grammaire des variantes régionales ou grammaire descriptive et grammaire prescriptive», détaille l’historienne de la langue.

Dire le contraire, selon les experts interrogés, relève du vieux «fantasme» centralisateur à la française. «On est ici encore dans l’héritage du XVIIsiècle, et de la construction de l’Etat autour de la langue», pose Médéric Gasquet-Cyrus.

La langue «se caractérise par des variations» 

Alors «il y a bien une langue française, note la philologue Aude Wirth-Jaillard. C’est elle qui fait que tous ses locuteurs se comprennent globalement. Mais elle se caractérise par des variations, notamment au niveau du lexique, qui font que, parfois, des explications sont nécessaires. Un des intérêts de la norme est justement d’éviter que ces différences ponctuelles ne s’amplifient et ne se multiplient, finissant par entraîner une incompréhension totale. Mais la langue est vivante, et elle ne se laisse pas toujours enfermer dans une norme.» Un brin provocateur, Médéric Gasquet-Cyrus se dit en tout cas prêt à «donner des cours au ministre» – de l’Education nationale, rappelons-le. «En deux semaines il ne dira plus de bêtises comme ça.» Le message est passé.

Guillaume Lecaplain

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Mavis Staples...

17 Novembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Amélie Nothomb...

17 Novembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Marie aimait son prénom. Moins banal qu'on ne le croyait, il la comblait. Quand elle disait qu'elle s'appelait Marie, cela produisait son effet. « Marie », répétait-on, charmé.

Le nom ne suffisait pas à expliquer le succès. Elle se savait jolie. Grande et bien faite, le visage éclairé de blondeur, elle ne laissait pas indifférent. À Paris, elle serait passée inaperçue, mais elle habitait une ville assez éloignée de la capitale pour ne pas lui servir de banlieue. Elle avait toujours vécu là, tout le monde la connaissait.

Marie avait 19 ans, son heure était venue. Une existence formidable l'attendait, elle le sentait. Elle étudiait le secrétariat, ce qui ne présageait rien – il fallait bien étudier quelque chose. On était en 1971. « Place aux jeunes », entendait-on partout.

Elle fréquentait les gens de son âge aux soirées de la ville, elle n'en manquait pas une. Il y avait une fête presque chaque soir pour qui connaissait du monde. Après une enfance calme et une adolescence ennuyeuse, la vie commençait. « Désormais, c'est moi qui compte, c'est enfin mon histoire, ce n'est plus celle de mes parents, ni de ma sœur. » Son aînée avait épousé un brave garçon l'été d'avant, elle était déjà mère, Marie l'avait félicitée en pensant : « Fini de rire, ma vieille ! »

Elle trouvait grisant d'attirer les regards, d'être jalousée des autres filles, de danser jusqu'au bout de la nuit, de rentrer chez elle au lever du jour, d'arriver en retard au cours. « Marie, vous avez encore fait la vie, vous », disait à chaque fois le professeur avec une fausse sévérité. Les laiderons qui étaient toujours à l'heure la contemplaient rageusement. Marie éclatait de son rire lumineux.

Si on lui avait dit qu'appartenir à la jeunesse dorée d'une ville de province n'augurait rien d'extraordinaire, elle ne l'aurait pas cru. Elle ne prévoyait rien de particulier, elle savait seulement que ce serait immense. Quand elle s'éveillait le matin, elle sentait dans son cœur un appel gigantesque, elle se laissait porter par cet enthousiasme.

Le jour neuf promettait des événements dont elle ignorait la nature. Elle chérissait cette impression d'imminence.

Lorsque les filles du cours parlaient de leur avenir, Marie s'esclaffait en son for intérieur : mariage, enfants, maison – comment pouvaient-elles se contenter de cela ? Quelle sottise de mettre des mots sur son espérance, à plus forte raison des mots aussi mesquins ? Marie ne nommait pas son attente, elle en savourait l'infini.

Aux fêtes, elle aimait que les garçons n'en aient que pour elle, elle veillait à ne donner la préférence à aucun – qu'ils soient tous pâles d'angoisse de ne pas être choisis. Quel plaisir d'être cent fois respirée, mille fois convoitée, jamais butinée !

Il y avait une joie encore beaucoup plus puissante : il s'agissait de susciter la jalousie des autres. Quand Marie voyait les filles la regarder avec cette envie douloureuse, elle jouissait de leur supplice au point d'en avoir la bouche sèche. Au-delà même de cette volupté, ce que disaient ces yeux amers posés sur elle, c'était que l'histoire en cours était la sienne, c'était elle qu'on racontait, et les autres souffraient de se découvrir figurantes, invitées au festin pour en récolter les miettes, conviées au drame pour y mourir d'une balle perdue, c'est‐à-dire d'une brûlure qui ne leur était pas destinée.

La destinée ne s'intéresserait qu'à Marie et c'était cette exclusion des tiers qui la faisait suprêmement jubiler. Si l'on avait tenté de lui expliquer que l'envers de la jalousie équivalait à de la jalousie et qu'il n'y avait pas de sentiment plus laid, elle eût haussé les épaules. Et aussi longtemps qu'elle dansait au centre de la fête, la joliesse de son sourire pouvait donner le change.

Le plus beau garçon de la ville s'appelait Olivier. Élancé, très brun comme un Méridional, il était le fils du pharmacien et reprendrait ce métier. Gentil, drôle, serviable, il plaisait à tous et à toutes. Ce dernier détail n'avait pas échappé à Marie. Elle n'eut qu'à apparaître et le tour fut joué : Olivier tomba fou amoureux d'elle. Marie savoura que cela se vît tant. Dans le regard des filles, l'envie douloureuse laissa place à la haine, et la jouissance qu'elle éprouva à être ainsi contemplée la fit trembler.

Amélie Nothomb - Frappe-toi le coeur

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Education - Pourquoi tant de bruit hier et ce silence aujourd'hui?...

17 Novembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

Education - Pourquoi tant de bruit hier et ce silence aujourd'hui?...

C'était il y a peu de temps... C'était hier... C'était presque tout à l'heure... Et cela a duré cinq ans ! Pendant cinq ans, de 2012 à 2017, quelques médias importants par l'audience et relayés toujours par les quotidiens régionaux ont systématiquement commenté les décisions des gouvernements successifs en semblant prendre un plaisir malin à démolir les ministres de l'Education nationale - Vincent Peillon, Benoît Hamon, Najat Vallaud-Belkacem - ayant occupé le bureau du 110 Rue de Grenelle.

Tout, absolument tout, jusqu'au ridicule parfois!

Souvenons-nous, entre autres, de la rumeur colportée  au sujet de l'apprentissage de la langue arabe dès le CP ou de cette absurde perte de temps et de salive concernant une "réforme de l'orthographe" (renouvelée il y a quelques jours par un "expert" sans qu'aucun journaliste - de RTL - présent ne contredise), ou encore de la tension extrême à l'Académie trouvant son acmé avec l'accent circonflexe qui pourtant ne demandait rien à personne. Tout cela fut sujet à débats sans fin ni conclusion car souvent sans objet, à articles argumentés et contre-argumentés, à attaques sexistes et mâtinées de racisme lorsqu'elles s'adressaient à "Najat", réduite à un prénom, parfois à son seul nom de jeune fille, à des titres incendiaires, offusqués et vengeurs: "Incroyable cafouillage";  "Le sommet de l'incompétence"; "Du jamais vu"... Et j'en oublie... Ce fut un jeu de massacre, mensuel, hebdomadaire, quotidien dans les "grands moments"...

Pourtant, à la grande surprise de beaucoup, l'OCDE se montra très positive à l'égard des réformes menées par les ministres de François Hollande, par Najat Vallaud-Belkacem particulièrement. (Voir lien en bas de page). Mais rien, jamais, n'y fit. Le mal se construisait. Même ses sourires trouvaient des opposants. Même un chemisier noir croisa un pamphlétaire. 

Arriva donc ce qui devait arriver. La défaite électorale de la gauche, le triomphe jupitérien d'Emmanuel Macron, la nomination de Jean-Michel Blanquer, directeur général de l'enseignement scolaire (un Ministre "bis") sous Nicolas Sarkozy, servi avec zèle... beaucoup de zèle ! Puis vinrent les premières annonces... Commentées par les mêmes médias trouvant hier à dire et redire mais qui soudain devenant tous parfaits thuriféraires. Un seul exemple : les évaluations (en CP et 6e) décidées sans concertation, quelques jours avant les vacances d'été et imposées verticalement par le Ministère. Ces évaluations furent plutôt bien accueillies par la presse, très peu de critiques. Puis les exercices proposés furent divulgués publiquement - avant passation! - et les syndicats enseignants, pour une fois unanimes, dénoncèrent des épreuves difficiles, mal construites, sans intérêt pédagogique véritable. Des chercheurs en sciences cognitives, sciences très appréciées par notre nouveau Ministre, s'inquiétèrent ouvertement. Je pense à  Liliane Sprenger-Charolles (CNRS, université d’Aix-Marseille) et à Edouard Gentaz (président du département de psychologie et des sciences de l’éducation de l’université de Genève), faisant tous deux état de «sérieux problèmes» quant à la «validité scientifique et pédagogique» de ces évaluations diagnostiques. (Voir lien en bas de page). La presse spécialisée se fit le relais de tout cela. Quant à la presse nationale généraliste, elle observa un silence quasi total. 

Rue de Grenelle, prenant enfin conscience néanmoins du "ratage" en vue, il fut décidé, certainement en très haut lieu, peut-être dans cette pièce où trône le magnifique bureau ministériel de Jean Zay, de faire "En Marche" arrière toute ! Les personnels de direction des écoles élémentaires reçurent un courrier (voir lien en bas de page) enjoignant les professeurs d'école de faire à peu près ce qu'ils voulaient de ces évaluations de CP, pourtant présentées comme capitales, essentielles, importantes, utiles, nécessaires. Bref, un outil de référence, la première pierre d'une "réparation" d'un édifice abimé par une ministre iconoclaste qui avait osé imaginer, l'impudente, pouvoir réformer l'Ecole... 

Face à un tel pataquès, car c'en est un de première grandeur, j'ai imaginé ce qu'auraient écrit les contempteurs d'hier, les fidèles relais des auteurs de pamphlets - "Les assassins de l'école" de Nicole Barjon sévissant dans L'Obs, les billets de Jean-Paul Brighelli dans Le Point, les élucubrations d'Elisabeth Lévy dans Causeur et sur les plateaux de télévision où elle est complaisamment invitée, les éructations d'Alain Finkielkraut redoutant la mort de la civilisation (blanche et européenne), les propos de Natacha Polony, jusqu'à un éditorial de Laurent Joffrin jadis mieux inspiré, s'installant dans le même wagon que celles et ceux cités à l'instant - et je me rappelai ces titres: "Incroyable cafouillage";  "Le sommet de l'incompétence"; "Du jamais vu"...

Mais je n'en trouvai aucun... Rien! Absolument rien! Pas une critique. Pas un éditorial. Pas un seul de ces propos fielleux qui firent les mauvais jours de ministres harcelés et constamment désignés à la vindicte populaire!

Aujourd'hui, le Ministre de l'Education Nationale peut tout se permettre, d'autant plus qu'aucun contradicteur de poids ne lui est jamais opposé :

qu'il touche aux programmes, qu'il aborde la laïcité sans tenir aucun compte du travail de ses prédécesseurs, qu'il parle d'autonomie des personnels de direction pouvant aller jusqu'à embaucher (débaucher?) des personnels enseignants, qu'il évoque le retour à un apprentissage chronologique de la littérature au collège (???), qu'il interdise les téléphones portables (déjà interdits dans 98% des collèges), qu'il dédouble les CP en REP+ alourdissant les autres effectifs et affaiblissant le dispositif "Plus de maîtres que de classes", qu'il ne tienne pas compte du Conseil Supérieur des Programmes dirigé par Michel Lussault jusqu'à son départ et toujours pas remplacé, rien, absolument rien ne lui est jamais reproché par ces mêmes médias et éditorialistes, mitraillant hier Najat Vallaud-Belkacem à la moindre peccadille.

Que peut signifier ce soudain silence?...

Je pose la question... J'attends la réponse!  

Christophe Chartreux

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Blanquer, Marianne et la République... Par Claude Lelièvre...

17 Novembre 2017 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Histoire, #Politique

Blanquer, Marianne et la République... Par Claude Lelièvre...

Pas besoin d'écriture inclusive, a balayé Blanquer le 15 novembre devant l'Assemblée nationale : « La France a comme emblème une femme, Marianne ; l'un de ses plus beaux mots est féminin, la République ». Fermez le ban ! Mais quelles insuffisances dans la suffisance !

On ne reviendra pas ici sur la question de « l'écriture inclusive », sujet complexe s'il en est, et qui dépasse tout à fait les compétences de l'historien. En revanche, il y a beaucoup à dire pour ce qui concerne l'argumentaire du ministre de l'Education nationale en l'occurrence.

On peut certes d'abord remarquer qu'un certain nombre de termes emblématiques (tels par exemple que la Liberté, ou la République ou la France, ou la Loi ) s'énoncent au féminin parce que, en latin et en français, le genre grammatical entraîne le sexe de l'allégorie (et que l'on a les phantasmes que l'on peut).

Mais on peut aussi aller plus loin et plus profond en reprenant les explications de l'historien Maurice Agulhon qui montrent que la nature du pouvoir politique en France a été déterminante pour la symbolisation de la figure fondamentale, celle de la République : « La République française a décidé en 1792 que l'effigie du roi-Etat serait remplacée par celle de la (déesse) Liberté, représentée, conformément à l'iconologie classique, par une femme et un bonnet phrygien. Ainsi est née la personnification si l'on peut dire impersonnelle (allégorique, abstraite, permanente) de l'Etat républicain en femme éternelle, clairement opposée à l'Etat monarchique officiellement incarné en hommes singuliers successifs » ( « Histoire vagabonde », Gallimard, 1988, t.I, page 288 ).

Divers avatars de personnalisation du pouvoir par de « grands hommes » (Mirabeau, La Fayette, Napoléon I, puis Napoléon III) ont entretenu « la France républicaine dans la méfiance du grand homme vivant ; et, en conséquence iconographique, dans la fidélité à une image féminine idéale de l'Etat » ( Ibid, page 288 )

La contre-épreuve positive de ces explications vient immédiatement à l'esprit, et elle est éclairante : la « révolution nationale » vichyssoise qui abolit en 1940 la République supprime du même coup l'image féminine du régime et la remplace par l'effigie du ''chef de l'Etat'', le maréchal Pétain.

Mais ne pourrait-on dire, en dernière analyse, que c'est précisément parce qu'il ne saurait guère être question que le genre féminin ait un pouvoir politique éminent effectif qu'il a été invité à symboliser la République française ?

Claude Lelièvre

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Réformer l'université française? Impossible sans en éliminer les dérives... Que voici.

17 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Universite

Réformer l'université française? Impossible sans en éliminer les dérives... Que voici.

Une Huronne à Paris… ou les dérives de l’Université française

Professeure nord-américaine, Josette Féral se réjouissait d’occuper un poste à l’Université française. Elle y a découvert un système de pouvoir opaque et violent. Des mentalités d’un autre âge qui empêchent la faculté de rayonner à l’étranger comme elle le mériterait.

En repensant aux six années que je viens de passer en France, il m’apparaît désormais évident que le vrai problème de l’Université française, sa résistance à tout changement, ne vient pas des compétences de ses chercheurs ou enseignants (j’y ai rencontré des collègues extrêmement compétents et travailleurs), pas plus que des étudiants (qui ne diffèrent pas de ceux du reste du monde ; certains y sont excellents et d’autres peu à leur place à l’université) ; il ne tient pas non plus aux conditions matérielles, certes, difficiles, dans lesquelles l’Université française évolue : il tient, avant tout, à des fonctionnements et à des mentalités d’un autre temps qui handicapent toute évolution et court-circuitent tout changement qui pourrait se faire hors des schémas préétablis. Comment dès lors penser l’ouverture aux idées ? Aux autres visions de l’université ? Comment imaginer à un niveau national ou international l’avenir d’une discipline ? Ces comportements contribuent à paralyser l’Université française et l’empêchent d’occuper la place qui devrait être la sienne dans le monde.

Brimades. En 2008, le suicide d’une enseignante à l’université de Brest (article de l’Express du 15 avril 2011) attirait l’attention sur les irrégularités d’une commission qui avait mené à sa non-titularisation. En 2016, un professeur en cardiologie de l’hôpital Georges-Pompidou se suicidait au terme d’une série de mesures prises par ses supérieurs et ressenties comme des brimades par la victime. Ces exemples rappellent la violence de mondes - universitaire ou médical - que l’on croit feutrés, policés, dont on imagine volontiers qu’ils sont réservés à une élite intellectuelle, imprégnée de sagesse et de modération. Or, ceux-ci révèlent, examinés de près, une violence endémique, difficile à mettre en lumière mais bien réelle. Celle-ci s’exerce de façon sournoise, par petites touches sous les apparences de décisions prises démocratiquement, alors que cette collégialité de façade cache une collusion qui se fonde sur des factions travaillant dans l’ombre pour atteindre leurs objectifs et imposer leur vision d’un monde qu’ils n’imaginent pas autrement que hiérarchique, marqué par des privilèges qui ne tiennent pas au mérite mais aux petits pouvoirs méthodiquement mis en place.

Cette violence subreptice, affleurant, fait tellement partie des institutions que nombre de collègues français demeurent convaincus qu’il ne peut en être autrement. Selon cette vision du monde, il faut être le plus fort, à défaut d’être le meilleur. Les formes de pouvoir qui se mettent en place sont le fait d’apparatchiks qui s’imposent non par la force d’une pensée mais par un appétit de régenter le monde qui les entoure. «Il faudra que tu rentres dans le rang», disait une collègue senior à une jeune maître de conférences. Rentrer dans le rang, comme dans l’armée !

Les Petits Pouvoirs, comme les nommait une pièce de théâtre de la Québécoise Suzanne Lebeau, expliquent le désir d’asseoir l’illégitimité de cette autorité sur des apparences de démocratie, d’où la course pour occuper des postes décisionnels au sein des commissions ou des conseils de l’Université. Il ne s’agit pas d’aider l’institution à mieux fonctionner mais de la faire fonctionner à sa main, en éliminant ou en marginalisant, quand il le faut, les dissidents qui ne partagent pas nos idées.

Sans voix. L’observation du fonctionnement du milieu universitaire français et des structures qui y sont associées laisse parfois sans voix : décisions prises dans l’opacité la plus complète, absence de consultation réelle à l’interne, actions qui relèvent du contournement le plus évident des règles déontologiques, absentéisme endémique aux réunions, commissions de recrutement noyautées en amont pour s’assurer du choix final des candidats, postes taillés sur mesure pour certains candidats, sélection arbitraire de doctorants auxquels sont attribués des contrats doctoraux ou des postes d’Ater [attaché temporaire d’enseignement et de recherche], candidatures étudiées sommairement, exclusion de collègues compétents des responsabilités internes. «Il faut vivre et laisser vivre», me disait un directeur philosophe. Dans son discours, il s’agissait de laisser vivre certains et d’en sacrifier d’autres sans complexe. Le fonctionnement de la recherche n’est guère plus démocratique. Ainsi, avons-nous tenté, avec quelques collègues de l’IET [l’Institut d’études théâtrales] et d’ailleurs, de créer une équipe de recherche nouvelle, interdisciplinaire. Elle fut tout de suite perçue comme dissidente. Au lieu de voir dans cette initiative une volonté de renouvellement, les équipes existantes y virent une menace et un désaveu. La sanction fut immédiate. La douzaine de collègues aux CV conséquents qui formaient l’équipe fut mise au ban, et les directeurs de thèse exclus de l’Ecole doctorale, sans autre forme de procès, du jour au lendemain. Ailleurs, il aurait suffi d’une semaine pour révéler non seulement le caractère scandaleux d’un tel comportement mais son absolue illégalité. Mais en France, une telle situation peut durer des années sans que les responsables n’interviennent.

Le fonctionnement de l’évaluation des enseignants n’a guère amélioré les choses. Les critères de cette évaluation ne sont que rarement énoncés clairement et souvent laissés à une subjectivité que n’épargnent pas les règlements de compte. Les bourses et postes d’allocataires étant comptabilisés au bénéfice des enseignants (!), l’on assiste à des batailles où chacun tente de placer ses étudiants et non de promouvoir les plus méritants. Cette dérive est amplifiée du fait que le nombre de dossiers étant fort élevé, nombre de collègues se dispensent de les lire, faisant confiance à ceux qui se sont prononcés avant eux et qui ont, en principe, évalué les dossiers en amont. L’ex-système mandarinal a ainsi cédé la place à un semblant de méritocratie particulièrement hypocrite et pernicieux.

Il n’existe malheureusement, au sein des institutions, aucun rempart contre les féodalités, et les petits chefs s’y imposent. Tous les garde-fous disparaissent, et l’on retrouve souvent les mêmes personnes (ou leurs séides) dans différentes instances, dûment placées par leur faction. Les mesures ministérielles tentent d’endiguer ce mode de fonctionnement et semblent en avoir accru, sans l’avoir voulu, le côté négatif, en ce qui concerne les commissions de recrutement notamment. Les voies de contournement des lois demeurent nombreuses et sont largement exploitées. Comment éviter la cooptation, le renforcement d’une seule vision disciplinaire, le choix de gens qui nous ressemblent, que nous avons déjà côtoyés, formés et qui pensent comme nous ? L’inbreeding, considéré ailleurs comme source d’enfermement intellectuel, est devenu la norme. La «diversité» mais une diversité qui nous ressemble.

Dans la distribution au compte-gouttes de gratifications, pièce majeure du système, tout se monnaye donc, et chacun accepte de prêter son vote à de petites vilenies, traîtrises, injustices au nom de la nécessité d’éviter les ruptures et d’assurer, du moins en apparence, le bon fonctionnement de l’ensemble. Petites lâchetés au quotidien dûment récompensées et qui participent de l’immobilisme global et de la surveillance réciproque.

Connues, reconnues et commentées abondamment en privé, ces dérives sont rarement dénoncées en public de peur d’en payer le prix - dérisoire mais néanmoins important - sous forme de refus de promotion, de prime de recherche ou de congé sabbatique. Un fonctionnement tribal pourrait-on dire où il est indispensable pour survivre d’adhérer au groupe. Sans doute chacun se dit-il, en son for intérieur, qu’il n’y a rien à faire. Résignation peut-être qui finit par imprégner toute l’atmosphère et dicter les comportements. Les étudiants le constatent. Triste entrée dans le monde professionnel qu’ils ont choisi.

Partage. La raison sans doute en est que les présidents d’université n’ont pas toujours le pouvoir qui devrait leur revenir, et que leur périmètre d’action est somme toute limité. Partage des pouvoirs et démocratie obligent. La crainte endémique au sein de l’institution est toujours de voir les «responsables» au plus haut niveau imposer leur vision sans consultation de la base même si le fonctionnement de cette base est souvent totalement dévoyé ! Aussi présidents et vice-présidents naviguent-ils souvent entre les factions politiques, s’usant dans des guerres de pouvoir et réussissant, tout au plus, à gérer les apparences de la démocratie, au lieu de consacrer tous leurs efforts au bon fonctionnement de l’institution.

Comment dès lors, dans un pareil système, pouvoir penser l’ouverture à d’autres organisations universitaires, d’autres visions, d’autres perspectives ? Comment imaginer que les universités, pourtant si mal en point, puissent s’ouvrir à des modifications radicales et profondes, indispensables pour l’avenir ? Comment peuvent-elles changer d’ère ?

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