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Vivement l'Ecole!

Education : la fronde du Conseil supérieur des programmes...

2 Octobre 2017 , Rédigé par Europe1 - Le JDD Publié dans #Education, #Politique

Education : la fronde du Conseil supérieur des programmes...

Après la démission de leur président Michel Lussault, plusieurs membres du CSP s’alarment des méthodes du nouveau ministre.

Que va devenir le Conseil supérieur des programmes (CSP)? Cette institution de 18 membres créée en 2013, qui a réécrit les programmes scolaires de la maternelle à la troisième sous Hollande, tiendra-t-elle encore la plume pour réformer le bac? Son président, Michel Lussault, en désaccord avec le ministre de l'Education, a démissionné mardi avec fracas. Sa vice-présidente, Sylvie Plane, l'admet au JDD : "Nous sommes tous inquiets." Jean-Michel Blanquer a beau affirmer qu'il va rencontrer les membres du CSP, cela ne suffit pas… "Cela arrive un peu tard, confie l'un deux. Après des mois de silence radio." D'autant que le nouveau ministre a annoncé ces derniers mois une série de retouches des programmes (abandon du prédicat, apprentissage de la division en CP-CE1, approche chronologique en histoire et français) sans même en aviser le CSP.

Au sein du Conseil, "la démission de M. Lussault n'a pas entraîné une volonté de démission collective", assure Roger-François Gauthier, professeur à l'université. Mais cela n'empêche pas critiques et tensions : "Le ministre donne parfois l'impression de ne pas avoir lu nos textes, regrette Denis Paget, professeur de lettres modernes et ancien responsable syndical. En histoire, par exemple, les nouveaux programmes suivent déjà un ordre chronologique." Sa collègue Marie-Aleth Grard, vice-présidente d'ATD-Quart Monde, prévient : "Dire qu'il faut savoir lire, écrire et compter à la fin du CP, c'est une hérésie. Nous avons justement conçu des cycles de trois ans pour donner du temps aux apprentissages!"

Quel président pour le CSP?

L'avenir du CSP dépendra aussi de son futur président. "Si M. Blanquer choisit Jean-Paul Brighelli [un essayiste conservateur], beaucoup quitteront le Conseil", prédit un interlocuteur. Parmi les autres noms cités : le neuroscientifique Stanislas Dehaene, très apprécié Rue de Grenelle, le linguiste Alain Bentolila ou le mathématicien Jean-Pierre Demailly, deux pourfendeurs des programmes actuels.

Le ministre de l'Education peut aussi décider de zapper cette instance consultative en évitant de la solliciter sur ses domaines de compétences, notamment "la nature des épreuves des examens". "Des bruits courent selon lesquels le programme du lycée serait déjà étudié ailleurs, s'alarme un membre du CSP. J'espère que ce n'est pas vrai…" Eric Favey, président de la Ligue de l'enseignement, prévient : "Je resterai au CSP en fonction des missions qui nous seront confiées. Je ne suis pas un adepte des comités Théodule." Jeudi, sur France Inter, Jean-Michel Blanquer est resté évasif quant à une éventuelle dissolution du CSP.

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La pédagogie en marche: «Une école républicaine!» dit Blanquer. Chiche! Par Claude Lelièvre...

2 Octobre 2017 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Pédagogie

La pédagogie en marche: «Une école républicaine!» dit Blanquer. Chiche! Par Claude Lelièvre...

Mais alors, elle ne doit pas être antinomique des recherches et des mises en œuvre d'ordre pédagogique, bien au contraire. C'est ce que montre son moment fondateur, un siècle avant que des philosophes bien piètres historiens n'évoquent dans les années 1980 une opposition inventée de toute pièce entre'' républicains'' et ''pédagogues''.

Comme l'a très bien établi Pierre Kahn dans un article remarquable : « La critique du ''pédagogisme'' ou l'invention du discours de l'autre » (paru en 2006 dans la revue « Pour l'ère nouvelle »), «  l’école républicaine de Jules Ferry, loin de se défier de la pédagogie, est celle qui l’institutionnalise (publication du ''Dictionnaire de pédagogie'', dirigé par le très influent directeur de l’enseignement primaire, Ferdinand Buisson ; fondation, toujours par Buisson, de la ''Revue pédagogique''). C’est même celle qui l’universitarise : la ''science de l’éducation'' entre à la Sorbonne à la fin 1883 (le cours est assuré par Henri Marion) pour se généraliser progressivement aux facultés de lettres de province en étant à chaque fois confiée à un professeur de philosophie, et en prenant souvent le nom de ''pédagogie'' » .

Elle est conçue comme le fonds d’une formation professionnelle dont Henri Marion lui-même avoue que, tout normalien et agrégé qu’il fut, elle lui aurait été bien utile pour ne pas apprendre son métier aux dépens de ses premiers élèves. Idée que Georges Dumesnil exprime encore plus nettement dans un livre au titre sans équivoque « Pour la pédagogie » (Colin, 1902),  : « J’affirme que le nombre est incalculable des heures qui sont, chaque jour, gâchées nuisiblement dans les classes de France, malgré la bonne volonté et les efforts des professeurs, parce qu’on ne sait pas la pédagogie. Pour que le personnel enseignant peu à peu l’apprenne […], il faut commencer par le haut, il faut créer une agrégation de pédagogie. C’est ainsi que de proche en proche et par des épreuves de pédagogie qui deviendront exigibles pour toute licentia docendi, cette science, cet art, le plus nécessaire de tous pour les professeurs, quoiqu’en pensent certains marquis de l’enseignement qui veulent tout savoir sans avoir rien appris, se propagera dans tout le pays, rehaussant les administrateurs en dignité, les professeurs en savoir, utile aux maîtres, infiniment profitable aux élèves. »

Tout cela (qui peut certes être discuté) est à cent lieues de ceux qui, en prenant souvent le « moment Ferry » pour référence, souhaitent aujourd’hui une « refondation républicaine » de l’école… sans apparemment savoir que leurs prédécesseurs en critique de la pédagogie étaient qualifiés de « marquis de l’enseignement » par le très républicain Georges Dumesnil.

Et Pierre Kahn conclut son article en soutenant qu' « il suffirait bien souvent de cacher la signature de leurs auteurs pour que bien des écrits pédagogiques de l’école républicaine historique passent aujourd’hui pour du'' pédagogisme''' »

Travaux pratiques ( issus pour partie d'extraits raccourcis de mon billet précédent)

« Je n’en veux pour preuve que la direction actuelle de la pédagogie, que les méthodes nouvelles qui consistent, non plus à dicter comme un arrêt la règle à l’enfant, mais à la lui faire trouver ; qui se proposent avant tout d’exciter la spontanéité de l’enfant, pour en diriger le développement normal au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il n’entend rien, au lieu de l’enfermer dans des formules dont il ne retire que de l’ennui, et qui n’aboutissent qu’à jeter dans ces petites têtes des idées vagues et pesantes, et comme une sorte de crépuscule intellectuel».(Jules Ferry au Congrès pédagogique des inspecteurs primaires, et des directeurs et directrices d'écoles normales primaires du 2 avril 1880).

« Mais, disent-ils, est-ce que, autrefois, avec les anciennes méthodes, avec le programme restreint à lire, à écrire et à compter, on ne faisait pas des élèves sachant bien lire, écrivant correctement, comptant à merveille, comptant et écrivant peut-être mieux que ceux d’aujourd’hui, au bout d’un an ou deux d’école ? Cela est possible ; il se peut que l’éducation que nous voulons donner dès la petite classe nuise un peu à ce que j’appelais tout à l’heure la discipline mécanique de l’esprit. Oui, il est possible qu’au bout d’un an ou deux, nos petits enfants soient un peu moins familiers avec certaines difficultés de lecture ; seulement, entre eux et les autres, il y a cette différence : c’est que ceux qui sont plus forts sur le mécanisme ne comprennent rien à ce qu’ils lisent, tandis que les nôtres comprennent. Voilà l’esprit de nos réformes ».( Jules Ferry au Congrès pédagogique des instituteurs et institutrices de France du 19 avril 1881)

« La bonne méthode, c’est celle qui dit au maître, il faut vous faire aider dans votre tâche. Par qui ? […]. Par l’élève lui-même. C’est votre collaborateur le plus efficace. Faites en sorte qu’il ne subisse pas l’instruction, mais qu’il y prenne une part active […]. C’est ce qui distingue l’éducation du dressage : l’une développe des dispositions naturelles, l’autre n’obtient que des résultats apparents à l’aide de procédés mécaniques ». (Conférence de Ferdinand Buisson aux instituteurs délégués à l’Exposition universelle de 1878). Et cela d’autant plus, ajoute Ferdinand Buisson, que le but de l’éducation républicaine est « le gouvernement de soi », le « pouvoir de se diriger soi-même ».

Claude Lelièvre

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École : « On a favorisé les élites, et de longue date »...

2 Octobre 2017 , Rédigé par Le Dauphine Libere Publié dans #Education

École : « On a favorisé les élites, et de longue date »...

EXTRAIT

Claude Lelièvre est agrégé de philosophie et professeur honoraire d’histoire de l’éducation à l’université Paris V. Expert reconnu de l’histoire du système éducatif français, il revient sur le débat qui agite l’Éducation nationale au sujet des programmes.

Division en CE2, apprentissage chronologique de l’histoire, prédicat… Les polémiques fleurissent, le ministre veut changer des choses, le président du Conseil supérieur des programmes (CSP) démissionne… Pourquoi tant d’agitation ?

Les éléments que vous citez ne sont que des éléments clivants, qui font tilt. Mais en réalité, ils ne sont pas si importants. Pour la première fois, les programmes de l’École obligatoire ont été revus ensemble, de la maternelle au collège, alors qu’on avait tendance jusqu’à présent à les revoir de façon partielle, dans un certain désordre. Michel Lussault a su faire avancer les choses collectivement, de manière à favoriser la cohésion des parcours. Ces programmes ont été plutôt bien acceptés dans le primaire. Le ministre aura d’ailleurs certainement du mal à les modifier.

Le secondaire les a moins bien accueillis…

Oui, ils ont été reçus avec réserve mais parce qu’en collège, les enseignants sont sensibles à leur discipline et se préoccupent moins de l’ensemble. Ils ont aussi différents niveaux de classes et appréhendent de s’adapter à plusieurs changements. Mais c’est la formation des enseignants qui reste le problème central, surtout leur formation professionnelle et continue.

(...)

Propos recueillis par Muriel FLORIN

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Michel Lussault : "une école démocratique et de qualité est possible !" (Audio)

1 Octobre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Politique

Directeur du Conseil supérieur des programmes (CSP) depuis 2014, le géographe M.Lussault vient de démissionner avec fracas, au nom de ses divergences profondes avec le nouveau ministre de l'éducation J-M Blanquer, qu'il accuse de "servir les bas instincts d'une clientèle politique" réactionnaire...

Rue des écoles le reçoit aujourd'hui pour parler de cette rupture, mais aussi de ses idées, celles qui ont guidé sa refondation du "socle commun" des programmes scolaires, comme celles qui animent sa vision de l'avenir de l'éducation nationale et de la "bataille culturelle" dont elle est aujourd'hui le théâtre...

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La Demoiselle Inconnue... (Camille Hardouin)

1 Octobre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Albert Camus... Le Vent à Djemila...

1 Octobre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Albert Camus... Le Vent à Djemila...

Il est des lieux où meurt l'esprit pour que naisse une vérité qui est sa négation même.  Lorsque je suis allé à Djémila, il y avait du vent et du soleil, mais  c'est une autre histoire. Ce qu'il faut dire d'abord, c'est qu'il y  régnait un grand silence lourd et sans fêlure - quelque chose comme  l'équilibre d'une balance. Des cris d'oiseaux, le son feutré de la flûte  à trois trous, un piétinement de chèvres, des rumeurs venues du ciel,  autant de bruits qui faisaient le silence et la désolation de ces lieux.  De loin en loin, un claquement sec, un cri aigu, marquaient l'envol  d'un oiseau tapi entre des pierres. Chaque chemin suivi, sentiers parmi  les restes des maisons, grandes rues dallées sous les colonnes  luisantes, forum immense entre l'arc de triomphe et le temple sur une  éminence, tout conduit aux ravins qui bornent de toutes parts Djémila,  jeu de cartes ouvert sur un ciel sans limites. Et l'on se trouve là,  concentré, mis en face des pierres et du silence, à mesure que le jour  avance et que les montagnes grandissent en devenant violettes. Mais le  vent souffle sur le plateau de Djémila. Dans cette grande confusion du  vent et du soleil qui mêle aux ruines la lumière, quelque chose se forge  qui donne à l'homme la mesure de son identité avec la solitude et le  silence de la ville morte.

Il  faut beaucoup de temps pour aller à Djémila. Ce n'est pas une ville où  l'on s'arrête et que l'on dépasse. Elle ne mène nulle part et n'ouvre  sur aucun pays. C'est un lieu d'où l'on revient. La ville morte est au  terme d'une longue route en lacet qui semble la promettre à chacun de  ses tournants et paraît d'autant plus longue. Lorsque surgit enfin sur  un plateau aux couleurs éteintes, enfoncé entre de hautes montagnes, son  squelette jaunâtre comme une forêt d'ossements, Djémila figure alors le  symbole de cette leçon d'amour et de patience qui peut seule nous  conduire au coeur battant du monde. Là, parmi quelques arbres, de  l'herbe sèche, elle se défend de toutes ses montagnes et de toutes ses  pierres, contre l'admiration vulgaire, le pittoresque ou les jeux de  l'espoir.

Dans  cette splendeur aride, nous avions erré toute la journée. Peu à peu, le  vent à peine senti au début de l'après-midi, semblait grandir avec les  heures et remplir tout le paysage. Il soufflait depuis une trouée entre  les montagnes, loin vers l'est, accourait du fond de l'horizon et venait  bondir en cascades parmi les pierres et le soleil. Sans arrêt, il  sifflait avec force à travers les ruines, tournait dans un cirque de  pierres et de terre, baignait les amas de blocs grêlés, entourait chaque  colonne de son souffle et venait se répandre en cris incessants sur le  forum qui s'ouvrait dans le ciel. Je me sentais claquer au vent comme  une mâture. Creusé par le milieu, les yeux brûlés, les lèvres  craquantes, ma peau se desséchait jusqu'à ne plus être mienne. Par elle,  auparavant, je déchiffrais l'écriture du monde. Il y traçait les signes  de sa tendresse ou de sa colère, la réchauffant de son souffle d'été ou  la mordant de ses dents de givre. Mais si longuement frotté du vent,  secoué depuis plus d'une heure, étourdi de résistance, je perdais  conscience du dessin que traçait mon corps. Comme le galet verni par les  marées, j'étais poli par le vent, usé jusqu'à l'âme. J'étais un peu de  cette force selon laquelle je flottais, puis beaucoup, puis elle enfin,  confondant les battements de mon sang et les grands coups sonores de ce  coeur partout présent de la nature. Le vent me façonnait à l'image de  l'ardente nudité qui m'entourait. Et sa fugitive étreinte me donnait,  pierre parmi les pierres, la solitude d'une colonne ou d'un olivier dans  le ciel d'été. Ce  bain violent de soleil et de vent épuisait toutes mes forces de vie. A  peine en moi ce battement d'ailes qui affleure, cette vie qui se plaint,  cette faible révolte de l'esprit. Bientôt, répandu aux  quatre coins du monde, oublieux, oublié de moi-même, je suis ce vent et  dans le vent, ces colonnes et cet arc, ces dalles qui sentent chaud et  ces montagnes pâles autour de la ville déserte. Et jamais je n'ai senti,  si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au  monde.

Oui,  je suis présent. Et ce qui me frappe à ce moment, c'est que je ne peux  aller plus loin. Comme un homme emprisonné à perpétuité -- et tout lui  est présent. Mais aussi comme un homme qui sait que demain sera  semblable et tous les autres jours. Car pour un homme, prendre  conscience de son présent, c'est ne plus rien attendre. S'il est des  paysages qui sont des états d'âme, ce sont les plus vulgaires. Et je  suivais tout le long de ce pays quelque chose qui n'était pas à moi,  mais de lui, comme un goût de la mort qui nous était commun. Entre  les colonnes aux ombres maintenant obliques, les inquiétudes fondaient  dans l'air comme des oiseaux blessés. Et à leur place, cette lucidité  aride. L'inquiétude naît du coeur des vivants. Mais le calme recouvrira  ce coeur vivant : voici toute ma clairvoyance. A mesure que la journée  avançait, que les bruits et les lumières étouffaient sous les cendres  qui descendaient du ciel, abandonné de moi-même, je me sentais sans  défense contre les forces lentes qui en moi disaient non.

Peu  de gens comprennent qu'il y a un refus qui n'a rien de commun avec le  renoncement. Que signifient ici les mots d'avenir, de mieux être, de  situation? Que signifie le progrès du coeur: Si je refuse obstinément  tous les « plus tard » du monde, c'est qu'il s'agit aussi bien de ne pas  renoncer à ma richesse présente. Il ne me plaît pas de croire que la  mort ouvre sur une autre vie. Elle est pour moi une porte fermée. Je ne  dis pas que c'est un pas qu'il faut franchir : mais que c'est une  aventure horrible et sale. Tout ce qu'on me propose s'efforce de  décharger l'homme du poids de sa propre vie. Et devant le vol lourd des  grands oiseaux dans le ciel de Djémila, c'est justement un certain poids  de vie que je réclame et que j'obtiens. Etre entier dans cette passion  passive et le reste ne m'appartient plus. J'ai trop de jeunesse en moi  pour pouvoir parler de la mort. Mais il me semble que si je le devais,  c'est ici que je trouverais le mot exact qui dirait, entre l'horreur et  le silence, la certitude consciente d'une mort sans espoir.

On  vit avec quelques idées familières. Deux ou trois. Au hasard des mondes  et des hommes rencontrés, on les polit, on les transforme. Il faut dix  ans pour avoir une idée bien à soi - dont on puisse parler.  Naturellement, c'est un peu décourageant. Mais l'homme y gagne une  certaine familiarité avec le beau visage du monde. Jusque-là, il le  voyait face à face. Il lui faut alors faire un pas de côté pour regarder  son profil. Un homme jeune regarde le monde face à face. Il n'a pas eu  le temps de polir l'idée de mort ou de néant dont pourtant il a mâché  l'horreur. Ce doit être cela la jeunesse, ce dur tête-à-tête avec la  mort, cette peur physique de l'animal qui aime le soleil. Contrairement à  ce qui se dit, à cet égard du moins, la jeunesse n'a pas d'illusions.  Elle n'a eu ni le temps ni la piété de s'en construire. Et je ne sais  pourquoi, devant ce paysage raviné, devant ce cri de pierre lugubre et  solennel, Djémila, inhumaine dans la chute du soleil, devant cette mort  de l'espoir et des couleurs, j'étais sûr qu'arrivés à la fin d'une vie,  les hommes dignes de ce nom doivent retrouver ce tête-à-tête, renier les  quelques idées qui furent les leurs et recouvrer l'innocence et la  vérité qui luit dans le regard des hommes antiques en face de leur  destin. Ils regagnent leur jeunesse, mais c'est en étreignant la mort.  Rien de plus méprisable à cet égard que la maladie. C'est un remède  contre la mort. Elle y prépare. Elle crée un apprentissage dont le  premier stade est l'attendrissement sur soi-même. Elle appuie l'homme  dans son grand effort qui est de se dérober à la certitude de mourir  tout entier. Mais Djémila... et je sens bien alors que le vrai, le seul  progrès de la civilisation, celui auquel de temps en temps un homme  s'attache, c'est de créer des morts conscientes.

Ce  qui m'étonne toujours, alors que nous sommes si prompts à raffiner sur  d'autres sujets, c'est la pauvreté de nos idées sur la mort. C'est bien  ou c'est mal. J'en ai peur ou je l'appelle (qu'ils disent). Mais cela  prouve aussi que tout ce qui est simple nous dépasse. Qu'est-ce que le  bleu et que penser du bleu? C'est la même difficulté pour la mort. De la  mort et des couleurs, nous ne savons pas discuter. Et pourtant, c'est  bien l'important cet homme devant moi, lourd comme la terre, qui  préfigure mon avenir. Mais puis-je y penser vraiment? Je me dis : je  dois mourir, mais ceci ne veut rien dire, puisque je n'arrive pas à le  croire et que je ne puis avoir que l'expérience de la mort des autres.  J'ai vu des gens mourir. Surtout, j'ai vu des chiens mourir. C'est de  les toucher qui me bouleversait. Je pense alors : fleurs, sourires,  désirs de femme, et je comprends que toute mon horreur de mourir tient  dans ma jalousie de vivre. Je suis jaloux de ceux qui vivront et pour  qui fleurs et désirs de femme auront tout leur sens de chair et de sang.  Je suis envieux, parce que j'aime trop la vie pour ne pas être égoïste.  Que m'importe l'éternité. On peut être là, couché un jour, s'entendre  dire : « Vous êtes fort et je vous dois d'être sincère : je peux vous  dire que vous allez mourir »; être là, avec toute sa vie entre les  mains, toute sa peur aux entrailles et un regard idiot. Que signifie le  reste : des flots de sang viennent battre à mes tempes et il me semble  que j'écraserais tout autour de moi.

Mais  les hommes meurent malgré eux, malgré leurs décors. On leur dit : "  Quand tu seras guéri...", et ils meurent. Je ne veux pas de cela. Car  s'il y a des jours où la nature ment, il y a des jours où elle dit vrai.  Djémila dit vrai ce soir, et avec quelle tristesse et insistante  beauté! Pour moi, devant ce monde, je ne veux pas mentir ni qu'on me  mente. Je veux porter ma lucidité jusqu'au bout et regarder ma fin avec  toute la profusion de ma jalousie et de mon horreur. C'est dans la  mesure où je me sépare du monde que j'ai peur de la mort, dans la mesure  où je m'attache au sort des hommes qui vivent, au lieu de contempler le  ciel qui dure. Créer des morts conscientes, c'est diminuer la distance  qui nous sépare du monde, et entrer sans joie dans l'accomplissement,  conscient des images exaltantes d'un monde à jamais perdu. Et le chant  triste des collines de Djémila m'enfonce plus avant dans l'âme  l'amertume de cet enseignement.

Vers  le soir, nous gravissions les pentes qui mènent au village et, revenus  sur nos pas, nous écoutions des explications :« Ici se trouve la ville  païenne; ce quartier qui se pousse hors des terres, c'est celui des  chrétiens. Plus tard... » Oui, c'est vrai. Des hommes et des sociétés se  sont succédé là; des conquérants ont marqué ce pays avec leur  civilisation de sous-officiers. Ils se faisaient une idée basse et  ridicule de la grandeur et mesuraient celle de leur Empire à la surface  qu'il couvrait. Le miracle, c'est que les ruines de leur civilisation  soient la négation même de leur idéal. Car cette ville squelette, vue de  si haut dans le soir finissant et dans les vols blancs des pigeons  autour de l'arc de triomphe, n'inscrivait pas sur le ciel les signes de  la conquête et de l'ambition. Le monde finit toujours par vaincre  l'histoire. Ce grand cri de pierre que Djémila jette entre les  montagnes, le ciel et le silence, j'en sais bien la poésie : lucidité,  indifférence, les vrais signes du désespoir ou de la beauté. Le coeur se  serre devant cette grandeur que nous quittons déjà. Djémila reste  derrière nous avec l'eau triste de son ciel, un chant d'oiseau qui vient  de l'autre côté du plateau, de soudains et brefs ruissellements de  chèvres sur les flancs des collines et, dans le crépuscule détendu et  sonore, le visage vivant d'un dieu à cornes au fronton d'un autel.

Albert Camus 

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Les Grands Esprits... L'analyse de Philippe Meirieu...

1 Octobre 2017 , Rédigé par Philippe Meirieu Publié dans #Education, #Cinéma

François, professeur de Lettres classiques dans un prestigieux lycée parisien, commet la fâcheuse imprudence de proposer qu’on envoie les professeurs les plus chevronnés devant les élèves les plus difficiles. Malheureusement pour lui, ses propos sont repris au vol par un haut fonctionnaire du ministère de l’Éducation nationale… et le piège se referme sur lui. Le malentendu tourne un moment à la farce. Il aurait pu, ensuite, basculer dans le tragique ou patauger dans les lieux communs de la vulgate sociologique : choc de cultures, violence de la confrontation, montée des exaspérations, dénonciation d’un système absurde et du manque de moyens, plainte contre des enseignants mal formés et individualistes, etc. Mais il n’en est rien.  Car François, formidablement interprété ici par Denis Podalydès, aborde sa classe de quatrième avec une modestie extraordinaire. Même s’il est parfois tenté de plastronner un peu devant ses collègues en laissant entendre qu’il s’en sort facilement, il découvre vite que les injonctions, aussi solennelles et fermes soient-elles, ne sont guère efficaces… Le voilà donc qui apprend minutieusement les noms de ses élèves pour pouvoir s’adresser à eux. Le voilà qui découvre les situations sociales compliquées auxquelles ils sont affrontés. Le voilà qui comprend que le rapport de forces, parfois nécessaire pour maintenir le fragile équilibre de la classe, ne permet de rien construire durablement.

Le voilà qui est tenté par la démagogie du « goûter de classe », censé réconcilier dans le « périscolaire » ceux qui ne peuvent s’accorder dans le quotidien des apprentissages. Le voilà qui s’essaye en vain à l’autoritarisme et à la sanction, exclut de sa classe l’élève récalcitrant, avant de tenter de le convaincre qu’il doit travailler « pour son bien »… et l’on sent alors, dans sa voix, tout autant la tristesse de l’impuissance que le refus de la résignation.  Sans doute serait-il resté un peu plus longtemps au seuil de la pédagogie sans la conviction et les arguments de sa sœur, les débats avec la Conseillère principale d’Éducation ou la rencontre avec Seydou, cet élève réfractaire qui lui retourne, un jour, le mot par lequel il l’avait qualifié : « Je ne réussirai pas, parce que je suis un idiot ! ». Le jugement de son professeur devient là un moyen bien commode de justifier son manque de travail et de s’exonérer de toute responsabilité dans ses propres échecs. 

(...)

Philippe Meirieu

Billet à lire ci dessous dans son intégralité

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Ecole : la guerre idéologique est-elle relancée?...

1 Octobre 2017 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Politique, #Pédagogie

Ecole : la guerre idéologique est-elle relancée?...

EXTRAITS

Autour des « pédagos », depuis mai, la bataille s’est durcie. Le dernier épisode s’est joué autour de la démission du président du Conseil supérieur des programmes.

Est-ce à coups de formules-chocs et de Tweet assassins, de gros titres et de petites piques que l’école, dont les gouvernants par-delà les alternances politiques disent faire leur « priorité », peut se résumer ? C’est pourtant le spectacle qui s’offre, depuis quelques mois, aux citoyens désireux de suivre le débat éducatif.

De débat, il n’y en a presque plus : sur les réseaux sociaux comme à la « une » des médias, l’invective a pris le pas sur l’échange ; la tribune, le pamphlet ont quasiment remplacé l’entretien croisé. Dans le sillage d’une campagne présidentielle qui a fait de l’école un champ d’affrontement politique, l’heure est au match idéologique, parfois sans face-à-face, souvent sans retenue.

(...)

« Une victoire par K.-O. de Jean-Michel Blanquer sur les pédagogistes », en a conclu, dans un entretien au Figaro, la journaliste de L’Obs Carole Barjon, partie en guerre, il y a tout juste un an, contre les « assassins de l’école » dans un livre au vitriol publié chez Laffont.

A la « une » du Figaro ce même 27 septembre, le titre en dit long : « Education : Blanquer bouscule la gauche pédago ». Pas de démenti de sa part : pour un ministre qui, à sa nomination, s’engageait à dépasser les « querelles stériles » pour « concilier la tradition et la modernité, l’exigence et la bienveillance », la logique d’apaisement aura, semble-t-il, tourné court.

Tout l’été, la presse a jeté des braises sur cette querelle vieille comme l’école opposant pédagogues et républicains, grimés en « pédagogos » et « réacs-publicains ». C’est Le Point qui, le 22 juin, a salué en Blanquer « l’homme qui veut arrêter les bêtises ». L’Obs qui, le 24 août, a sifflé « la fin de la récré » en titrant sur « le grand ménage ». L’Express qui, le 13 septembre, s’exclame : « Arrêtons le n’importe-quoi ! » Sans parler des mises en scène dans Causeur ou Valeurs actuelles.

(...)

Pas de gros titre qui, en revanche, viendrait contrebalancer le discours décliniste sur l’école pour le recentrer sur ses défis, son quotidien. Comme si le débat, au final, était préempté par un seul camp.

(...)

« Le débat médiatique se structure autour du collège unique et de l’intégration des enfants du peuple, reprend Claude Lelièvre. Intellectuels et philosophes s’alarment des risques d’un nivellement par le bas. Les livres polémiques fleurissent… C’est alors qu’on voit émerger l’opposition entre républicains et pédagogues telle qu’elle existe aujourd’hui. »

(...)

Qu’une étape ait été franchie dans la forme et la virulence du débat, la plupart des observateurs du microcosme scolaire le pensent. Une « hystérisation des positions, à l’heure du 2.0 », glisse tel leader syndical. Mais dans les classes ? Pas sûr. « Au quotidien, pour les enseignants, l’opposition entre deux logiques est tout simplement absurde, relève l’ancien recteur Alain Boissinot. Eux doivent concilier la bienveillance et l’ambition ; l’attention portée aux élèves, la confiance dans leurs progrès, avec l’attention aux savoirs et aux disciplines. » Rien – ou très peu – à voir avec ce que laisse entendre de leurs pratiques « l’écume médiatico-politique », disent les syndicats.

(...)

« Blanquer qui, ouvertement ou non, vise les pédagos, c’est comme Macron qui s’en prend aux “fainéants”, glisse un autre syndicaliste. Il grille ses cartouches et hérisse une large frange de la communauté éducative – enseignants, parents, associations – avec qui il aura pourtant à négocier ses réformes. L’éducation nationale, ça ne se pilote pas en solo ! »

« Il est devenu le ministre médiatique par excellence, renchérit un autre, et c’est à double tranchant de se laisser à ce point étiqueter, alors qu’Emmanuel Macron s’est fait élire président en promettant de dépasser les querelles droite-gauche. Ça risque de ne pas concourir au rayonnement du chef de l’Etat. » Certains, au sein du gouvernement, mettent déjà en garde contre des positions « trop conservatrices » affichées par M. Blanquer.

Mattea Battaglia

L'article complet (remarquable) est à lire en cliquant ci-dessous

Commentaire:

« Au quotidien, pour les enseignants, l’opposition entre deux logiques est tout simplement absurde, relève l’ancien recteur Alain Boissinot. Eux doivent concilier la bienveillance et l’ambition ; l’attention portée aux élèves, la confiance dans leurs progrès, avec l’attention aux savoirs et aux disciplines. »

C'est absolument exact!

Le Ministre, en ré-hystérisant un débat très ancien, joue à la fois contre son camp politique, contre les positions, affichées en tout cas, du Président de la République et surtout contre ces personnes dont personne ne parle jamais:

les élèves...

Christophe Chartreux

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A Lire... Parler... Sandrine Rousseau...

1 Octobre 2017 , Rédigé par Divers Publié dans #Television, #Société

A Lire... Parler... Sandrine Rousseau...

"Les chiffres sont effrayants : seule une victime de violences sexuelles sur dix porte plainte, seul un agresseur sur cent sera condamné par la justice. Cette impunité est un fléau qui ronge notre société et se nourrit du silence des femmes et surtout de leurs peurs. Peur de n’être pas crue, pas entendue, pas respectée. Peur de perdre leur emploi, leurs ami(e)s, leur famille. J’ai écrit ce livre comme on défriche un chemin. Pour que d’autres, plus nombreuses, puissent l’emprunter ensuite. J’ai marché dans les pas de celles qui, avant moi, avaient dit “non” et demandé que justice soit faite. J’ai entendu des femmes dire qu’il était plus dur de parler que de se taire. Se taire, c’est croire que, seule, nous parviendrons à “passer à autre chose”. C’est faux dans la plupart des cas. Les blessures peuvent être invisibles mais elles existent. Briser la loi du silence est un remède qui peut être douloureux au début mais aide à se réconcilier avec soi-même, à être plus forte ensuite. Parler permet de faire en sorte que les auteurs de ces violences sentent enfin le vent tourner. Il n’y a pas de plus puissant facteur de libération des femmes dans leur ensemble que de défier cette forme de domination et de dénoncer les agressions et harcèlements dont nous pouvons être victimes. Parlons, sans haine et sans hargne, mais parlons."

Sandrine Rousseau - Parler

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Podcast : Réformer ou transformer l’éducation?...

1 Octobre 2017 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education

Podcast : Réformer ou transformer l’éducation?...

Faut-il réformer – encore – le système éducatif français ? Le transformer ? Ou en changer ? Faut-il continuer de réformer par injonctions venant du haut ? Ou faire confiance au « terrain », aux enseignants, aux chercheurs ? Trois parties dans cette émission :

  • Réformer, transformer ? Comment faire et par quoi commencer ? Séquence lancée par Béatrice Mabilon-Bonfils.

  • Innover en éducation, pour quelles finalités et comment ? Séquence lancée par Philippe Watrelot.

  • Qu’en pensent les enseignants ? Comment mieux les impliquer ? Séquence lancée par Laurent Frajerman.


Animation : Yves Bongarçon (Moustic the Audio Agency) et Didier Pourquery (The Conversation France). Réalisation : Joseph Carabalona (Moustic the Audio Agency).

L'émission est à écouter en cliquant ci-dessous

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