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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Chantal Thomas...

1 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Chantal Thomas...

Paris, été 1721

Dans le bain du Régent

« La gueule de bois n’a jamais empêché les bonnes idées », se dit Philippe d’Orléans en fermant les yeux dans les forts parfums de son bain. S’il les ouvrait, il aurait le regard bloqué sur ce gros corps ventru, blanchâtre, flottant dans l’eau chaude ; et cette bedaine de bête échouée, cette espèce de molle bonbonne gonflée par les nuits de débauche et de goinfrerie, sans lui gâcher complètement le plaisir de la bonne idée, l’affaiblirait. « Mes enfants sont gros et gras », déclare la princesse Palatine, sa mère, laquelle n’est pas mince. Comme penser à sa mère lui est toujours agréable, son embonpoint lui devient complètement indifférent. Mais s’il se rappelait aussi la phrase qu’elle ajoute volontiers : « Les grands et gros ne vivent pas plus longtemps que les autres », il ressentirait un affreux coup de tristesse. Sa fille aînée qu’il adorait, la duchesse de Berry, est morte dans un état physique horrifiant, une bizarre obésité redoublée, a-t-on dit, d’un début de grossesse. À la vitesse à laquelle elle avait brûlé sa jeune existence, dans sa soif de jouissance et d’extinction, dans ce délire de théâtralité et d’autodestruction où il aimait tant la rejoindre, elle ne pouvait engendrer que sa propre mort. Il sait qu’il est préférable de ne pas évoquer la duchesse de Berry. Il ne doit pas penser à elle en ces mauvaises heures plombées par l’alcool. Ne pas bouger du présent et de tout ce qui peut faire croire en un avenir… Oui, il a eu une idée de génie, se répète-t-il, en plongeant la tête sous l’eau. Il a trouvé la solution à deux problèmes qui le tourmentaient : le besoin politique de neutraliser l’Espagne et d’empêcher une nouvelle guerre ; l’envie secrète, sournoise, de retarder au maximum l’époque où le petit roi Louis XV pourrait donner naissance à un dauphin de France. Ce n’est pas pour demain puisqu’il n’a encore que onze ans et n’atteindra sa majorité qu’à treize ans révolus, et même alors… Mais il vaut mieux déjà s’en préoccuper. Si le roi meurt en ayant un fils, il va de soi que la couronne revient à celui-ci, mais s’il meurt sans héritier, alors… alors… eh bien… la couronne lui appartient, à lui Philippe d’Orléans, actuel régent, neveu du feu roi Louis XIV, qui s’était appliqué tout au long de son règne à le tenir éloigné du gouvernement, à le traiter comme un bon à rien, et cela avec d’autant plus de rigueur qu’il était conscient de ses capacités. Sauf au service du Roi-Soleil, l’intelligence n’était pas un atout à Versailles. Une réflexion qui le ramène en douceur vers la bonne idée. L’eau du bain tiédit. Le Régent, tout au bonheur de ses plans sur le futur, n’en a cure. Il est quelqu’un qui accomplit sa tâche avec un soin scrupuleux, et ce n’est pas facile avec les soupçons d’empoisonnement qui pèsent sur lui et que le parti de l’ancienne cour ne cesse de réanimer, mais, si l’occasion l’y autorisait, en toute légalité, il se verrait très bien en roi. Philippe Ier ? Le titre a déjà été pris, un roi capétien, qui s’est battu comme un chien contre Guillaume le Conquérant et s’est fait excommunier pour avoir répudié son épouse, Berthe de Hollande, choisie pour des motifs politiques… comme s’il y en avait d’autres, comme si cela se faisait d’épouser par amour, lui-même d’ailleurs… et ce point, sans être aussi douloureux que celui de la mort de sa fille, n’a rien de plaisant. Alors, Philippe II ? Pourquoi pas ? Philippe II, dit « le Débauché ». C’est naïf mais irrésistible ; une fois qu’on a goûté au pouvoir, on a du mal à s’en déprendre. On a beau être lucide, savoir que plus l’on gagne en puissance, moins l’on compte personnellement, puisque l’on n’est qu’un pion sur l’échiquier des ambitieux qui s’agitent au-dessous de vous, on s’accroche, on repousse autant que possible le moment de sortir du cercle de lumière, de son bruissement de louanges et compliments – le moment où l’on va se trouver seul dans le noir, chassé du monde, rayé des vivants. Philippe II par rapport à l’actuel roi d’Espagne, Philippe V, est-ce que ça ne serait pas compliqué ? Si, très compliqué, et pas seulement du fait qu’ils s’appellent tous les deux Philippe, le roi d’Espagne lui aussi serait sur les rangs si jamais Louis XV disparaissait. Philippe II ? Bien entendu que le titre a été pris. Philippe II, dit « le Prudent », le sombre bâtisseur de l’Escurial, un archipieux, lent et bureaucrate. Du Prudent au Débauché, toute une histoire… Les songeries du Régent achèvent de s’effilocher dans les brumes de la salle de bains. Seule persiste la question : Comment Philippe V va-t-il réagir à la bonne idée ? Le Régent se caresse vaguement. Il commence à s’endormir dans son bain. Deux femmes de chambre le rattrapent de part et d’autre. Elles se penchent sur lui, le tirent par-dessous les bras. Leurs seins tremblent dans l’air embué. Le Régent sourit, béat.

Mais plutôt qu’à sa gueule de bois, c’est peut-être au cardinal Dubois qu’il songe… Dubois, un homme qui non seulement n’a jamais empêché les bonnes idées, mais en regorge, surtout en matière de diplomatie. Et la bonne, l’excellente idée dont se félicite le Régent pourrait lui avoir été soufflée par le cardinal, son ancien gouverneur, son âme damnée, un être au dernier degré de l’avilissement et au sommet de tous les honneurs.

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Chers amis...

1 Septembre 2017 , Rédigé par christophe

Chers amis...

Chers amis,

En raison d'une journée de pré-rentrée chargée au collège, journée au cours de laquelle se sont croisés plusieurs sentiments marqués principalement aux sceaux du doute, de la colère et de la déception, le blog reprendra demain.

Christophe

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