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Vivement l'Ecole!

The Rolling Stones....

2 Août 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Pierre Boulle...

2 Août 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Il y avait plusieurs éléments baroques, certains horribles, dans le tableau que j'avais sous les yeux, mais mon attention fut d'abord retenue tout entière par un personnage, immobile à trente pas de moi, qui regardait dans ma direction. Je faillis pousser un cri de surprise. Oui, malgré ma terreur, malgré le tragique de ma propre position - j'étais pris entre les rabatteurs et les tireurs - la stupéfaction étouffa tout autre sentiment quand je vis cette créature à l'affût, guettant le passage du gibier. Car cet être était un singe, un gorille de belle taille. J'avais beau me répéter que je devenais fou, je ne pouvais nourrir le moindre doute sur son espèce. Mais la rencontre d'un gorille sur la planète Soror ne constituait pas l'extravagance essentielle de l'événement. Celle-ci tenait pour moi à ce que ce singe était correctement habillé, comme un homme de chez nous, et surtout à l'aisance avec laquelle il portait ses vêtements. Ce naturel m'impressionna tout d'abord. A peine eus-je aperçu l'animal qu'il me parut évident qu'il n'était pas du tout déguisé. L'état dans lequel je le voyais était normal, aussi normal pour lui que la nudité pour Nova et ses compagnons. Il était habillé comme vous et moi, je veux dire comme nous serions habillés si nous participions à une de ces battues, organisées chez nous pour les ambassadeurs ou autres personnages importants, dans nos grandes chasses officielles. Son veston de couleur brune semblait sortir de chez le meilleur tailleur parisien et laissait voir une chemise à gros carreaux, comme en portent nos sportifs. La culotte, légèrement bouffante au-dessus des mollets, se prolongeait par une paire de guêtres. Là s'arrêtait la ressemblance; au lieu de souliers, il portait de gros gants noirs. C'était un gorille, vous dis-je! Du col de la chemise sortait la hideuse tête terminée en pain de sucre, couverte de poils noirs, au nez aplati et aux mâchoires saillantes. Il était là, debout, un peu penché en avant, dans la posture du chasseur à l'affût, serrant un fusil dans ses longues mains. Il se tenait en face de moi, de l'autre côté d'une large trouée pratiquée dans la forêt perpendiculairement à la direction de la battue.Soudain, il tressaillit. Il avait perçu comme moi un léger bruit dans les buissons, un peu sur ma droite. Il tourna la tête, en même temps qu'il relevait son arme, prêt à épauler. De mon perchoir, j'aperçus le sillage laissé dans la broussaille par un des fuyards, qui courait en aveugle droit devait lui. Je faillis crier pour l'alerter, tant l'intention du singe était évidente. Mais je n'en eus ni le temps ni la force; déjà, l'homme déboulait comme un chevreuil sur le terrain découvert. Le coup de feu retentit alors qu'il atteignait le milieu du champ de tir. Il fit un saut, s'effondra et resta immobile après quelques convulsions. Mais je n'observai l'agonie de la victime qu'un peu plus tard, mon attention ayant été encore retenue par le gorille. J'avais suivi l'altération de sa physionomie depuis qu'il était alerté par le bruit, et enregistré un certain nombre de nuances surprenantes: d'abord, la cruauté du chasseur qui guette sa proie et le plaisir fiévreux que lui procure cet exercice; mais par-dessus tout le caractère humain de son expression. C'était bien là le motif essentiel de mon étonnement: dans la prunelle de cet animal brillait l'étincelle spirituelle que j'avais vainement cherchée chez les hommes de Soror.

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« Parler bambin », et regarder de faux livres?...

2 Août 2017 , Rédigé par Album "50" Publié dans #Education, #Pédagogie

« Parler bambin », et regarder de faux livres?...

EXTRAIT

Fortement soutenu par l’agence « La France s’engage », le programme de sur-stimulation langagière « Parler bambin » est présenté ici ou là comme la panacée pour réduire les écarts de compétences  langagières des jeunes enfants, particulièrement dans les zones urbaines sensibles. Salué par les uns, notamment des professionnels de la petite enfance grenoblois qui ont testé le dispositif lorsqu’il était encore à l’étude, et qui reconnaissent que l’expérience les a incités à interagir plus et mieux avec les tout petits, le dispositif est pourtant controversé.

Un article publié sur le site « Les Pros de la petite enfance » résume les inquiétudes nées de l’extension peut-être un peu rapide et systématique de ce programme : celles par exemple des psychanalystes, qui redoutent un dispositif normatif, générateur de stress quand il stigmatise des « retards » enfantins qui ne sont que des rapports à une norme quantitative rigide1. Craintes aussi des orthophonistes, qui s’inquiètent de la dimension étroitement utilitariste et comportementaliste du dispositif, et lui reprochent de s’appuyer sur une conception réductrice du langage et de son développement :

« Parler bambin » est un programme utilitariste, instrumental et de performance : il ne s’agit pas du développement de l’enfant, mais de l’élève et de son avenir scolaire. Il comporte des risques de non respect de son rythme de développement2.

Craintes encore de la part du collectif « Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans » (né en 2006 au moment où le gouvernement invitait à dépister dès l’âge de la maternelle des troubles comportementaux « susceptibles d’évoluer en délinquance »), qui dénonce dans ce dispositif une vision très étriquée des échanges langagiers, notamment dans une tribune relayée par Mediapart :

Le langage ne véhicule pas seulement l’information, il n’est pas uniquement outil technique de communication mais il exprime les premières représentations qui permettront à l’enfant de développer sa subjectivité naissante et ses capacités de symbolisation. L’enfant apprend à parler en partageant avec les autres enfants et les adultes du plaisir – ou du déplaisir –,  s’appuyant sur les supports langagiers divers qui véhiculent affection, sens, humour, images, sentiments, comme par exemple la peur, la jalousie… Sont minimisées dans le rapport les vertus éducatives du jeu, du chant, des comptines, de la poésie, du rire…, où l’acquisition de mots se fait au travers du désir de relation avec l’autre.3

Bien que j’aie mes convictions, étayées par plusieurs années de lectures sur le sujet, je ne me prononcerai pas ici sur le fond du débat. Qu’il me soit permis seulement d’apporter ma contribution à ce concert d’interrogations inquiètes, en m’attachant aux outils livresques promus dans le cadre de ce dispositif « Parler Bambin », outillage proposé aux crèches et structures d’accueil participantes, mais aussi aux familles des enfants bénéficiaires.

(...)

Cécile Boulaire

Suite et fin à retrouver en cliquant ci-dessous

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"Ce qui est terrible pour les ados, c'est que (se) détruire marche à coup sûr, alors que réussir est aléatoire" Philippe Jeammet

2 Août 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

"Ce qui est terrible pour les ados, c'est que (se) détruire marche à coup sûr, alors que réussir est aléatoire" Philippe Jeammet

"Ce qui est terrible pour les ados, c'est que (se) détruire marche à coup sûr, alors que réussir est aléatoire"

Philippe Jeammet

Tu vois Julie (mais ils ou elles pourraient s'appeler Arthur, Maud, Laure, Stéphanie, Pierre, Hugo, Tom ou Sélim), les vacances cela sert aussi à ça: ralentir jusqu'à s'arrêter et faire le point... Réfléchir... Pendant ces neuf mois qui nous ont réunis, de quoi avons-nous eu le temps? A-t-on pris le temps? Oui parfois nous avons profité de quelques minutes volées aux "bien nommés" (?) emplois du temps pour nous évader et échapper aux obligations nécessaires... Plus rarement avons-nous délibérément choisi de ne pas céder aux injonctions des programmes: "Allez, tant pis pour ce petit retard! On pousse tables et chaises! On se pose et on se parle"... Tu te souviens? C'était tellement bien!

Tu vois Arthur, je vais te retrouver dans deux mois. Enfin peut-être! Je ne sais pas si tu seras dans la 3e qui m'aura été attribuée. Tu auras changé. On change vite à 14 ans. Moi je n'aurai que vieilli... Tu seras moins timide, ou plus encore. Je ne sais pas. Oui tu vas changer et, alors que depuis des décennies, seuls les élèves se transforment sans qu'aucun programme ni méthode ne varient vraiment, tu vas découvrir un "nouveau collège". Dans la douleur de tes inquiétudes légitimes.

La France est un pays qui n'aime rien tant que se projeter dans le passé. Il faudrait quand même, non pas oublier un passé glorieux et moins glorieux, mais cesser de faire référence en permanence à notre Histoire pour l'unique plaisir masochiste de nous y enfermer en n'osant plus nous tourner résolument vers l'avenir, malgré des atouts incontestables et que nous envient bien des pays étrangers.

Parmi ces atouts, il y a toi Arthur, cette jeunesse qui "fait peur" à bien des adultes quand elle devrait au contraire nous porter à l'optimisme! A condition bien entendu de ne pas réduire celle-ci à des rêves de milliardaire dans une France "startupisée"!

Tu vois Maud, le collège ne t'accueillera plus l'an prochain. Tu as eu ton Brevet. Je t'en félicite! Ce n'est pas un examen facile pour ces élèves qui, comme toi, ont souffert pendant quatre ans mais ont voulu aller au bout et, avec acharnement, abnégation, patience, rires et larmes, malgré les difficultés héritées année après année et depuis le CP, ont décroché ce premier diplôme d'une vie... Tu iras en lycée professionnel. C'est ton choix et celui dicté par ton parcours. Je suis fièr de toi!...

Vous voyez, toutes et tous, à quel point "réussir" est une longue marche et pas du tout un long fleuve tranquille. Et ceci pour TOUS les élèves, excellents, moyens et plus fragiles, qui parfois, devant des programmes ayant attendu un temps certain pour être renouvelés, s'ennuient à mourir.

Je vous souhaite de belles vacances, que vous changiez d'horizon ou pas pendant cette période qui est aussi un apprentissage. Je déteste, vous le savez, les "conseils d'adultes", ces recommandations dont nous-mêmes savions nous affranchir lorsque nous avions votre âge. Si je devais néanmoins me plier à l'exercice, je vous dirais ceci:

"Profitez de cet été pour vivre, rire, chanter, aimer et danser. Pour faire des rencontre loin des réseaux "sociaux" qui n'offrent que des profils quand on veut des amis! Ouvrez plutôt vos yeux et vos oreilles... Ils sont vos cahiers, bien moins évanescents...

Vous n'oublierez jamais le parfum délicat de cette joue embrassée, ni l'odeur matinale du pain posé sur la table et n'attendant que vous, ni le bruit du vent couvrant à peine le clapotis joyeux de la rivière toute proche...

Vous n'oublierez jamais la caresse intime de l'eau glissant entre vos doigts, apaisant votre soif...

Vous n'oublierez jamais ce regard appuyé dans le silence d'une rencontre éphémère...

Vous n'oublierez jamais ce livre, ce seul passage, ces quelques lignes, ce seul mot peut-être, qui feront de vous un autre ou une autre...

Dont vous vous souviendrez...

Alors vous aurez réussi!

A jamais!

Christophe Chartreux

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Latin - "Nous ne venons pas de nulle part" - JM Blanquer... En effet, nous venons de partout...

2 Août 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Latin - "Nous ne venons pas de nulle part" - JM Blanquer... En effet, nous venons de partout...

Depuis quelques semaines, le nouveau locataire de la rue de Grenelle, Ministre de l'Education Nationale, affirme à qui veut l'entendre que sans le latin, l'apprentissage du français s'avère difficile. Pourquoi alors ne pas commencer le latin dès le CP? Pourquoi, en collège, le maintenir en option réservée à quelques-uns?

Lorsque le Ministre évoque, en interview, le latin - et il l'évoque désormais systématiquement, au moins autant que Montessori, c'est dire - il ne manque jamais d'utiliser les mots "civilisation", "racines/enracinement", "origines", "sources de vie"

Je cite:

"Pourquoi le latin ? Parce que nous ne venons pas de nulle part. Il faut donner des racines et des ailes aux enfants, ne pas opposer tradition et modernité. Il y a un besoin de sens, un besoin d’enracinement et aussi de projection dans le futur. On aura du mal à se projeter dans l’avenir si on n’a pas de racines. Notre langue a une architecture, une grammaire, ses origines doivent être explicitées. 

J’ai vu des initiatives intéressantes à l’école primaire – notamment autour de l’étymologie. Ce qui peut même devenir ludique pour les enfants ! Pour moi, il n’y a pas de langues mortes. Elles méritent plus que d’autres le qualificatif de langues vivantes, car elles sont les sources de vie de notre langue."

Très souvent il ajoute: "Nous ne voulons pas de nulle part"... Un mantra...

L'entretien complet est à lire en cliquant ci-dessous

Nous ne venons, en effet, pas de nulle part. Notre langue ne vient pas de nulle part. Nous, comme elle, venons de partout.

Je conseille à ce sujet la lecture de L'Amiral des mots, Pierre Aroneanu et Laurent Berman - Syros Edition.

Préface de l'auteur

"A tous ceux qui, au nom d'une écologie raciale, parlent de "nettoyer" leur environnement, je dédie ce conte.

Ils apprendront ainsi que, comme Monsieur Jourdain parlait en prose sans le savoir, ils parlent arabe, hébreu, hindi, malais, algonquin, nahuatl et même chinois, sans le vouloir."

Laissons le mot de la fin à Albert Jacquard, cité par l'auteur:

"Ma langue est belle parce qu’elle s’est enrichie de toutes les autres"

Christophe Chartreux

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Kiri te Kanawa chante Mozart....

1 Août 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Eric Nonn...

1 Août 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Eric Nonn...

Là-bas, elles étaient toutes déguisées en Vietnamiennes. La loueuse de bouées aussi était déguisée en Vietnamienne. Même dans les villes, la plupart étaient encore comme cela. Une remarque... Est-ce qu'on peut venir jusqu'à Cura Daï pour une simple remarque... A cause d'une sueur qui aurait pu venir d'ici, de cette chaleur d'avant mousson, une chaleur qui semblait attendre la moiteur. Parce qu'à un moment il faut bien qu'un souvenir ne soit plus qu'une remarque. Et même cette sueur d'une heure encalminée, une heure d'un été chaud comme un été de Cho Lon, de Saigon, des années trente, dans cette perspective esthétique n'était plus qu'une remarque, une remarque de soie noire, une remarque filiale. Elle était déguisée en vietnamienne et bien que mère française cela avait donné à ce moment un certain érotisme colonial pour cette heure qui ressemblait presque à une sieste de bordel.

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A Lire... Louis Chauvel, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions...

1 Août 2017 , Rédigé par La Vie des Idees Publié dans #Sociologie

A Lire... Louis Chauvel, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions...

La France en général, et ses classes moyennes en particulier, sont touchées par un phénomène de déclassement systémique. Dans un essai tonique, Louis Chauvel contribue à l’analyse des inégalités en y intégrant la prise en compte de la fracture générationnelle.

Recensé : Louis Chauvel, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions, Seuil, Paris, 2016, 147 p., 16 €.

La société française subit depuis une quarantaine d’années des transformations en profondeur, dont la persistance d’un niveau élevé de chômage n’est que l’un des signes. Aucun pays sur la planète n’échappe à cette lame de fond dont les retentissements se font sentir dans la vie quotidienne de tous les citoyens. Le monde, à l’évidence, est entré dans une nouvelle phase à laquelle chaque État fait face à sa manière. Il est donc urgent pour les sciences sociales d’identifier et d’analyser en profondeur ces transformations et de tenter d’en comprendre les causes, les logiques et les conséquences. Les travaux de Thomas Piketty [1] apportent déjà une pierre substantielle à l’édifice explicatif en montrant que, dans la conjoncture actuelle, une croissance faible et des rendements du capital supérieurs au taux de croissance tendent à déséquilibrer les sources et le partage de la richesse. Le capital accumulé dans le passé reprend peu à peu la place et le rôle hégémonique qu’il avait conquis au cours des siècles antérieurs à la seconde moitié du XXe siècle. Avec toutes les conséquences de ce retour au passé sur la composition de la société française.

Le grand mérite du livre de Louis Chauvel consiste à tenter, lui aussi, d’accéder à une vision d’ensemble des grandes tendances d’évolution de la société française et de sa structure de classe. Il mobilise à cette occasion des données diverses et de bonne qualité. Il adopte une perspective historique de moyen terme, en saisissant les transformations en cours dans leur dynamique temporelle. Il situe le cas français dans un contexte mondial grâce à des comparaisons internationales. Son approche, principalement statistique, est globale. Sa recherche est originale par deux traits : il prend en compte une dimension dont il a depuis longtemps éprouvé la fécondité, la rupture générationnelle qui creuse aujourd’hui de profonds fossés entre les niveaux de vie, les conditions d’emploi et de travail et surtout les perspectives d’avenir entre celles et ceux qui sont nés avant et après les années 1950. Il concentre son étude sur un segment de la réalité sociale particulièrement sensible et révélateur des transformations en cours, les classes moyennes, centre de gravité selon lui de notre structure sociale [2].

Inégalités, déclassements, fractures

Les grands traits de son argumentation sont les suivants. Grâce à la forte croissance de l’après-guerre, la deuxième moitié du XXe siècle a réussi à construire une « civilisation de classe moyenne », animée par les valeurs de la méritocratie et les idéaux du progrès. Il s’agissait pour les familles d’assurer à leurs enfants des conditions de vie et de travail meilleures que celles de leurs parents. Et beaucoup y sont parvenues. Or, depuis les premiers chocs pétroliers plusieurs facteurs ont gravement dégradé cet édifice social au point d’en menacer l’existence même. L’accroissement vertigineux des inégalités dans la répartition des richesses, en partie provoquée par la distorsion croissante entre les revenus du travail et du capital, comme l’a montré Thomas Piketty, ruine les bases morales et matérielles de la méritocratie : une part croissante de la richesse ne provient plus du travail mais du capital. Le centre de gravité de la société, les classes moyennes, se trouve ainsi déstabilisé par un processus de déclassement systémique : les écarts se creusent avec les catégories supérieures tandis qu’ils se comblent avec les classes populaires.

Plus gravement encore, une fracture générationnelle oppose désormais les nouvelles générations aux plus anciennes : on constate une baisse sensible du niveau de vie des premières, un rendement décroissant des diplômes, une mobilité intergénérationnelle descendante et un déclassement résidentiel provoqué par la hausse vertigineuse des prix de l’immobilier dans les grandes métropoles. Le pacte générationnel d’hier est brisé : impossible désormais aux nouvelles générations de laisser un monde meilleur à leurs enfants. Tous ces bouleversements internes se traduisent aussi par une régression de la place de la France dans « la verticale du pouvoir socio-économique mondial » (p. 152). Celle-ci se traduit à son tour par un rattrapage du bas et du milieu de notre édifice social par les élites populaires des pays en voie de développement. Les classes populaires et moyennes ne se comparent plus aux cadres des pays du Nord mais aux ouvriers du Sud.

Loin d’êtres clairs et intelligibles à celles et ceux qui les subissent, ces bouleversements de fond ne sont pas non plus perçus à leur juste valeur par les dirigeants politiques et les responsables de tous ordres qui pourraient les contrecarrer, Ils font l’objet d’un déni général. « L’aliénation politique des jeunes générations » (p. 125) est telle qu’une spirale des illusions devant le changement social vient doubler la spirale des déclassements objectifs. Face à une conjoncture aussi dramatique, le premier devoir du sociologue est de faire œuvre de lucidité. C’est l’objectif explicite de ce livre et de son auteur qui prend ainsi la pose d’un lanceur d’alerte.

(...)

Christian Baudelot

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Education... N'oublions pas les écoles et collèges en milieu rural...

1 Août 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Sociologie

Education... N'oublions pas les écoles et collèges en milieu rural...

Enseignant depuis trente-quatre ans en collège rural du Pays de Caux (Seine-Maritime, quelque part entre Rouen et Dieppe, sur les bords de la vallée de la Scie), je suis bien placé pour observer les ravages provoqués par les pauvretés de toutes sortes, pauvretés alourdies par le fait qu'elles naissent et se développent en milieu rural :

- pauvreté financière;
- pauvreté intellectuelle;
- pauvreté des ambitions. (Comment être ambitieux quand il y a si peu à ambitionner);
- pauvreté des situations familiales (Mères isolées ; divorces difficiles);
- pauvreté des moyens de divertissements (A peine 10% des enfants du collège partent en vacances);

etc...

J’utilise le mot « pauvre » dans sa signification la plus large. On parle souvent des difficultés des enfants des cités. Beaucoup moins souvent de celles des élèves en milieu rural. Elles sont certes d'un autre ordre mais mériteraient une attention plus soutenue.

Ce tableau très noir n'est évidemment pas le seul. Il existe un tableau blanc. Avec des élèves et des familles heureuses. Mais la croissance des « grandes misères » doit nous inquiéter. Leur gravité et leur durée également.

Aucun enseignant ne peut ignorer, lorsqu'il est dans sa classe, qu'il a face à lui des élèves évidemment, mais toutes et tous porteurs d'un vécu social, bagage léger pour certains, extraordinairement lourd pour d'autres. Aucun professeur ne peut ignorer cela sous peine de passer à coté d'une réalité qui vit et qu'il vit pourtant chaque jour sous ses yeux, les « enfants/pré-adolescents » ne cherchant même plus à la cacher.

Sans verser dans la compassion, il est néanmoins criant d'évidence que lorsqu'on est pauvre, une pauvreté qui n'est pas circonscrite à la misère financière (on peut être riche et « pauvre »...), l'effort demandé à l'élève pour s'élever est souvent surhumain. Contrairement à des idées reçues et véhiculées par confort ou par lâcheté, l’École est certes un havre de paix, de transmissions de savoirs et de savoirs-faire, mais elle n'est pas, par je-ne-sais quel enchantement, épargnée ou dispensée des malheurs qui frappent celles et ceux dont nous partageons les journées.

Il nous faut repenser la pauvreté, repenser nos manières d'y répondre, cette pauvreté aux mille visages qui frappe des filles et des garçons auxquels on demande l'excellence sans se soucier parfois des obstacles invisibles, cachés, tus dans un lourd silence qui rendent l'objectif absolument inaccessible. Alors ils deviennent des « mauvais élèves » dans cette école qui ne tolère encore trop souvent que la "bonne" réponse, sanctionnant la "mauvaise". Et s'ils étaient déjà en difficultés, c'est la double peine qui les attend au sortir des conseils de classe :

pauvres chez eux et pauvres à l'école, pauvres partout!

Pourtant - et je me pose souvent la question - le « mauvais élève » n'est-il pas tout simplement un bon élève laissé à lui-même, depuis la maternelle ? Les seules explications culturelles à la pauvreté sont très éloignées de la réalité. Très insuffisantes en tout cas. Si seulement on pouvait comprendre vite, très vite et très tôt, que beaucoup de « mauvais » élèves le seraient moins si l'institution les aidait, ainsi que leurs parents, à prendre les bonnes décisions, à faire les bons choix, à saisir les bonnes opportunités, à s'engager dans la bonne orientation.

Hélas, ces bonnes décisions, ces bons choix, ces bonnes opportunités, ces bonnes orientations semblent encore trop souvent réservés à ceux qui ont échappé - et heureusement pour eux ! - aux pauvretés accablantes, qu'elles soient sociales, morales, intellectuelles ou toutes à la fois !

Christophe Chartreux

Education... N'oublions pas les écoles et collèges en milieu rural...
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