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Vivement l'Ecole!

Pédagogies alternatives : écoles modernes, écoles d’élite ou écoles farfelues ? (Videos)

29 Juillet 2017 , Rédigé par Public Senat Publié dans #Education, #Pédagogie

Les pédagogies alternatives se développent au  lendemain de la Première Guerre Mondiale pour former une nouvelle élite,  un homme meilleur. Mais elles échouent à s’imposer. Aujourd’hui à la  marge du système éducatif français, elles connaissent pourtant un regain  d’intérêt certain. Entre attirance et mise au ban, les invités d’Un  monde en docs éclairent la place de ces pédagogies un peu différentes  dans un système éducatif très normalisé.

Montessori, Freinet, Steiner, Niell… Ces pédagogies aujourd’hui à la mode datent de l’entre-deux-guerres et depuis une centaine d’années, elles continuent d’exister dans la sphère éducative, sans avoir été adoptées par l’Éducation Nationale. Laurent Gutierrez, historien, spécialiste en sciences de l’éducation à l’Université de Rouen, confirme : « L’histoire du mouvement de l’éducation nouvelle nous apprend que ces pédagogies alternatives se sont essentiellement développées en périmètre de l’institution scolaire ». Il y a bien eu quelques tentatives pour imposer des pédagogies dites « actives » avec Jean Zay ou le plan Langevin-Wallon après la Deuxième Guerre Mondiale (par opposition aux pédagogies « passives » où l’élève reçoit la leçon dispensée par le professeur), « mais elles ont été fragiles et n’ont pas perduré ». Si elles ne sont pas devenues la norme, ces pédagogies n’ont pas pour autant disparues. Elles ont, d’une part, réussi à infuser dans le système classique, en influençant les méthodes utilisées par les professeurs, et d’autre part, elles continuent à exister dans le privé. Cette présence marginale peut étonner vu de l’étranger. Peter Gumbel, journaliste anglophone a porté son attention sur différents systèmes éducatifs et il pointe du doigt cette spécificité française : « En France, Montessori est quelque chose de privé, pour une élite. Si vous allez aux États-Unis, vous trouverez des écoles publiques, environ 300. D’autres pays ont même pu intégrer d’autres pédagogies au sein du système ». En France, scolariser son enfant dans une école Montessori coûterait quand même entre 5 000 et 8 500 euros à l’année, ce qui a valu à certains établissements le surnom d’écoles des enfants du CAC 40.

(...)

Aurélie Daffas

A retrouver dans son intégralité ci-dessous

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Comment former des profs innovants?...

29 Juillet 2017 , Rédigé par L'Etudiant Publié dans #Education, #Formation

Comment former des profs innovants?...

Publié le

Peut-on apprendre à innover ? Oui, selon Lasalle Beauvais et l’Insa Toulouse qui ont mis en place des dispositifs de formation à l'innovation présentés lors des QPES (Questions de pédagogie dans l'enseignement supérieur), du 17 au 19 juin à Brest.

Comment forme-t-on les enseignants à l’innovation ? C’est une des questions à laquelle ont essayé de répondre les participants du 8e colloque des QPES (Questions de pédagogie dans l'enseignement supérieur) organisé à Brest du 17 au 19 juin 2015. Un enseignement difficile à définir et encore à l’état d’expérimentation, selon Tiphaine Liu, chercheuse en innovation à l’ENS Cachan. "Former à l’innovation signifie lui donner une forme, ce qui peut paraître paradoxal. L'enseignement permet d'‘outiller’ et de ‘pousser’ à l’innovation", avance la chercheuse.

À Lasalle Beauvais, la pédagogie érigée en stratégie

Depuis 2012, l’Institut Lasalle Beauvais s’est donné comme mission de soutenir le développement pédagogique des enseignants avant de proposer des outils innovants, explique Pascale Rigaud, directrice des études. Première étape : la pédagogie a été réinscrite dans le plan stratégique de l'établissement, et un conseil de perfectionnement en pédagogie, qui se réunit une fois par an, a été créé.

Un "rendez-vous pédagogique" a lieu une fois par mois autour de thèmes tels que l'évaluation interactive d'un rapport de stage, le cours idéal ou encore l'évaluation des apprentissages. Objectifs : échanger sur les pratiques pédagogiques et les difficultés rencontrées. Entre 25 et 30% du corps enseignant qui se compose d'une centaine d'enseignants-chercheurs a déjà participé à ce type de rencontre, précise Pascale Rigaud. "C’est évidemment sans obligation, car l'innovation ne doit pas être une injonction", précise Pascale Rigaud. Trois jours de formation continue facultatifs, mais obligatoires pour la petite dizaine de nouveaux entrants, sont également proposés chaque année.

Cette pratique réflexive individuelle puis collective favorise l'émergence de l'enseignant innovant.
(P. Rigaud)

La cellule d'appui à l'enseignement centralise l'ensemble de ces actions. "Cette pratique réflexive individuelle puis collective favorise l'émergence de l'enseignant innovant, avance Pascale Rigaud. Aujourd’hui, il y a une vraie visibilité de cette cellule d'appui. La moitié des enseignants ont participé à au moins une des actions proposées et 78% déclarent avoir changé leurs pratiques. "

Cinq conseillers pédagogiques ont également été nommés afin d’assister les nouveaux  enseignants et de soutenir les innovations des plus expérimentés. C’est l’évaluation des enseignements par les étudiants, mis en place depuis une douzaine d'années, qui sert d’indicateur qualité. Environ 20% des enseignants ont même démarré des classes inversées.

Le dispositif semble rencontrer l'adhésion des enseignants, assure Pascale Rigaud, mais attention au "clivage qui peut se créer entre ceux qui ont entamé une démarche de pédagogie active et ceux qui n'ont pas commencé", prévient-elle.

À Toulouse, les jeunes enseignants ciblés

Cible privilégiée : les nouveaux entrants. C’est vers ces jeunes enseignants que l’Insa de Toulouse, l’INP Toulouse, les Mines d’Albi et l’ISAE ont mis l’accent à travers le projet "DEFI Diversités" labellisé Idefi en 2012. Difficile, selon le responsable de la pédagogie à la direction des études, Christophe Romano, car les enseignants, qui n'ont pas été formés durant leurs études, ne s'intéressent pas tous à la pédagogie.

"Nous avons commencé doucement en proposant une demi-journée puis nous avons accéléré." Aujourd’hui, l’Insa propose une formation sur 10 jours la première année, et 5 jours la deuxième année. "Nous commençons par expliquer ce qu'est la pédagogie, nous les aidons à construire un enseignement, et nous travaillons sur les bonnes pratiques dans l'enseignement traditionnel sans aller tout de suite sur l'innovation. Petit à petit, nous introduisons des notions de pédagogie active." Le cycle se termine par deux journées autour de l'apprentissage par problèmes et par projets. 55 enseignants ont à ce jour bénéficié de ce dispositif.

Moodle, Mooc, APP (Apprentissage par problèmes et par projets)... À l'issue de leur formation, une trentaine d'ateliers de deux ou trois heures chacun sont proposés. L’école fait le pari de la durée : "Nous passons une sorte de contrat moral avec eux pour qu’ils suivent une dizaine d'ateliers sur l’année, souligne Christophe Romano. L’idée est de transmettre le virus…"

Morgane Taquet

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Claudio Monteverdi...

29 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Ivan Tourgueniev...

29 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Ivan Tourgueniev...

Le lendemain, maman annonça qu’on retournerait habiter en ville. Le matin, papa était entré dans sa chambre à coucher et était resté longtemps en tête à tête avec elle. Personne n’avait rien entendu de leur conversation mais maman ne pleurait plus ; elle s’était calmée et avait mangé, seulement elle ne s’était pas montrée et ne changeait rien à sa résolution.

Je me souviens que toute la journée j’errai au hasard, mais je n’allai pas au jardin, pas une seule fois je ne regardai le pavillon, et le soir je fus témoin d’un fait étonnant. Mon père mena sous le bras le comte Malevsky du salon jusqu’au vestibule, et, en présence du laquais, dit d’une voix froide :

— Il y a quelques jours, dans une maison, on a montré la porte à Votre Seigneurie, et maintenant, je ne veux pas entrer avec vous dans des explications, mais j’ai l’honneur de vous annoncer que si vous prenez la peine de venir chez moi encore une fois, je vous jetterai par la fenêtre. Je n’aime pas votre écriture.

Le comte se courba, en se rapetissant, serra les dents et disparut.

On commença les préparatifs du déménagement en ville du côté de l’Arbate où nous avions une maison. Papa, probablement, ne tenait plus lui-même à rester à la campagne ; il avait seulement prié maman de ne pas faire de scandale. Tout se passait en silence, sans hâte ; maman avait même fait dire de saluer la vieille princesse et de la prier de l’excuser si une indisposition l’empêchait d’aller prendre congé d’elle.

 

J’étais comme perdu, ne souhaitant qu’une seule chose, c’est que tout fût au plus vite fini. Une seule idée me poursuivait : « Comment pouvait-elle, jeune fille, princesse, se laisser aller a une semblable action, sachant que mon père n’était pas libre, et qu’elle, au contraire, avait la possibilité de se marier, quand ce n’eût été qu’avec Belovzorov ? Qu’avait-elle donc espéré ? Comment n’avait-elle pas eu peur de briser tout son avenir ?

« Oui, criais-je, voilà l’amour, voilà jusqu’où peuvent aller la passion et le dévouement ! Et je me souvins des paroles de Louchine : il en est à qui il est doux de se sacrifier. »

Il m’arriva une fois d’apercevoir dans une des fenêtres du pavillon une tache pâle. « Est-il possible que ce soit le visage de Zinaïda ? » pensai-je. Oui, c’était son visage. Je ne pouvais plus me retenir ; je ne pouvais plus me résigner à me séparer d’elle sans lui dire un dernier adieu, je saisis un moment favorable et j’allai dans le pavillon.

Au salon, la vieille princesse m’accueillit de son air ordinaire, à la fois distrait et nonchalant.

— Qu’est-ce donc, mon petit père, que vos parent se sont imaginé de quitter la campagne si tôt dans la saison ? dit-elle en bourrant ses deux narines de tabac.

Je la regardai et je me sentis soulagé : le mot « effet souscrit » prononcé par Philippe me tourmentait : et elle paraissait ne se douter de rien. Du moins cela me semblait ainsi en ce moment.

Zinaïda en robe noire, pâle, les cheveux défrisés, apparut sur le seuil de la chambre voisine ; elle me prit silencieusement par la main et m’emmena avec elle.

— J’ai entendu votre voix, commença-t-elle, et je suis venue tout de suite. Alors, il vous en coûte si peu que cela de nous abandonner, méchant garçon ?

— Je suis venu vous dire adieu, princesse, répondis-je, probablement pour toujours. Peut-être avez-vous déjà entendu dire que nous partions ?

Zinaïda me regarda fixement.

— Oui, je l’ai entendu dire. Je vous remercie d’être venu ; je pensais même que je ne vous reverrais pas. Ne gardez pas de moi un mauvais souvenir. Je vous ai quelquefois tourmenté, mais cependant, je ne suis pas telle que vous me croyez.

Elle se détourna et s’appuya contre la fenêtre.

— Je vous assure, je ne suis pas comme vous croyez, je sais que vous me jugez mal.

— Moi ?

— Oui ! Vous ! Vous !

— Moi ! Répétai-je amèrement et mon cœur, de nouveau, trembla comme avant sous l’influence de la même fascination inexplicable et irrésistible.

— Moi ?... Croyez, Zinaïda Alexandrovna, que quoi que vous eussiez fait, et alors même que vous m’auriez tourmenté, je vous aimerais et je vous adorerais jusqu’à la fin de mes jours.

Elle se retourna subitement vers moi et, ouvrant ses mains, elle en entoura ma tête et m’embrassa chaudement et fortement. Dieu sait à qui allait ce long baiser d’adieu ! mais j’en goûtai quand même la douceur ; je savais qu’il ne se répéterait jamais plus.

— Adieu ! Adieu ! Répétai-je...

Elle s’arracha de moi et sortit. Je partis aussi. Je ne suis pas capable d’expliquer le sentiment avec lequel je partis. Je ne désirerais pas qu’une pareille émotion se renouvelât, mais je serais malheureux de ne l’avoir jamais éprouvée.

Notre déménagement s’effectua.

Bien longtemps je fus avant de pouvoir me débarrasser du passé, et bien longtemps je restai avant de me remettre à l’ouvrage. Ma blessure se guérissait lentement, mais contre mon père, je n’éprouvais aucun mauvais sentiment. Loin de là, il semblait grandi à mes yeux. Que les psychologues expliquent comme ils le voudront ce contresens...

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Travail, chômage, mépris...

29 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

Travail, chômage, mépris...

"Je m' appelle Victoria, j'habite dans ce bloque, je fais tout pour 2,50 euros ». Cette phrase est écrite au marqueur bleu à l'extérieur de la porte d'un ascenseur sur laquelle on peut lire aussi, gravé au canif : «PORTE DE L' ENFER». Nous sommes dans un ancien bassin minier transfrontalier, à cheval sur le Nord de la France et le Hainaut belge. Trois cités s'y côtoient, aux noms évocateurs : les Mimosas, les Amazones, les Phares. Pascale Jamoulle, anthropologue, s' y est immergée pendant des mois. Elle a écrit un livre relatant son expérience" 

Des hommes sur le fil. La construction de l'identité masculine en milieux précaires, La Découverte, Paris 2005, 292 pages, 29 euros.

C'était en 2005... La politique mise en place par le Gouvernement Philippe, sous la responsabilité du Président Emmanuel Macron, nous mène droit vers ce sombre passé!

Le livre de Pascale Jamoulle relate la situation, les parcours et les relations de trois générations d' hommes en milieu précaire. De descriptions en récits, au fil des chapitres, elle explore plusieurs sphères de la vie de ces hommes : l' emploi, le logement, la famille, la bande, la rue, l'entr'aide. C'est encore aujourd' hui le tableau le plus vrai, le plus juste et le plus saisissant de la violence sociale faite aux jeunes et aux moins jeunes dans les quartiers dits sensibles. Une violence souvent retournée contre eux-mêmes par l'intermédiaire des conduites à risques: drogues, défis d'honneur, fugues, vols, automutilations, pratiques sexuelles imposées et/ou à risques.

A qui la faute?

Ce n' est pas la bonne question. L'auteure ne se la pose pas aussi superficiellement. Les hommes et les femmes de ce bassin minier dévasté en veulent évidemment au «système» et à ses institutions. Ils VIVENT les dégradations de leurs conditions de vie. Chaque jour, ils ont vu leurs parents se réveiller « en train de calculer », tant la pénurie est immense. Devenus parents eux-mêmes, ils vivent la même précarité et ne parviennent pas à « serrer » leurs enfants. Leur autorité se transforme en impuissance devant l' impossibilité d'associer la promesse d'un destin acceptable à la transmission de règles et de valeurs morales. Les générations précédentes rêvaient d'ascension sociale pour ses enfants ; celle d'aujourd'hui espèrent surtout qu'ils ne « tomberont » pas en prison.

Comment éviter les incarcérations dans des cités qui fonctionnent comme des machines de «dépaternalisation»? Sans travail, mis à la porte souvent par leur propre compagne, les hommes ont le sentiment de n'être ni mari, ni pêre. Leurs femmes, accablées de responsabilités, leur reprochent de ne pas assumer leur place. Leurs filles grandissent auprès d'hommes, à leurs yeux, défaillants. Les enfants, les garçons principalement, prennent le pouvoir. Elevés par les mères, rarement par les pères, jamais par les deux à la fois, ils sont perçus à l'extérieur comme des «dégénérés», exposés quotidiennement aux politiques répressives, antijeunes, à toutes les formes de ségrégation et de disqualification spatiale et sociale. Plus d'un « finit » en prison.

Face à ces premiers constats, le débat public s'organise à travers une tension injustice/malheur. La tendance dominante dans nos sociétés est d'y voir tantôt un malheur dû à des forces abstraites (les contraintes objectives), tantôt un défaut moral des victimes (paresse; manque de volonté; refus de s'intégrer dans le corps social).

Ces questions ont un point commun: éluder celle de l'injustice sociale.

Naître dans l'environnement des cités est à coup sûr une malchance. Mais la multiplication des ghettos ou «quartiers» dans les sociétés occidentales bien portantes n'en est pas un. L' extension des zônes de vulnérabilité sociale renvoie bien à une INJUSTICE faite aux moins chanceux, actionnée par un système sans visage aux mains si nombreuses que les intentions, les responsabilités et les chaînes de causalité se diluent dans la multiplicité des rapports de force. Or parler de «malheur» pour désigner les cités est inapproprié. L' idée de malheur attribue les causes des désastres sociaux aux forces de la nature, à des lois objectives indépendantes de la volonté humaine. Et elle induit les notions de fatalité, de résignation, d'adaptation, de soumission à l'ordre du monde. De fait, et souvent volontairement, l'idée de malheur rend opaque l' injustice, empêche de la comprendre et d'en tirer les conséquences.

L' injustice s'accompagne toujours d'une forme de culpabilité. Un phénomène bien connu où les victimes se couvrent de honte et de mépris d'eux-mêmes. Les témoignages des rescapés des camps de concentration, «coupables» d'en avoir réchappé, sont à ce titre très éclairants. Les habitants des quartiers «sensibles» en viennent eux-aussi à s'auto punir, la honte interdisant de s'ouvrir aux autres:

Les hommes fuient leur famille ; ils se murent dans le silence et la dépression ; ils se réfugient dans l'errance, les conduites à risques, les psychotropes, dans des cas extrêmes, le suicide.

Les jeunes filles s'automutilent, se droguent, se prostituent : « Je me hais et je dois enlever ce qui fait qu'il y a tant de mains non désirées qui ont paralysé mon corps, qui ont fait de ma vie la mort ». L' autoaccusation permet aussi au sujet d' échapper à la responsabilité sans visage trop dure à supporter, c'est à dire le malheur de n' être qu'une victime aléatoire parmi d'autres dans un monde dénué de sens et de règles ou les événements frapperaient arbitrairement.

Y a-t-il un antidote à cette honte de soi?

N'est ce pas un antidote à la honte que d'espérer amasser de la « thune » afin de monter un jour son affaire pour entrer dans les « business » légaux? Pour la grande majorité des jeunes rencontrés dans le Nord et le Hainaut belge, les petits trafics illégaux sont une « dépanne », un moyen de surmonter le stigmate qui les frappe: « C' est dans les milieux les plus pauvres qu'on a le plus besoin de paraître. C' est cacher la misère, c'est masquer. Quand tu es sapé comme un seigneur, on vient te dire bonjour. Tu arrives à vivre socialement, à participer avec tout le monde. Il faut être reconnu ».

Prendre des risques dans ces activités, c'est encore un moyen de se faire un nom. D'être comme le père sidérurgiste au train du laminoir ou sur les échafaudages, quoique dans un autre registre, celui de l' illégalité : « Une cité sociale doit avoir une renommée, il lui faut des gamins qui se montrent, sinon on n'est pas une vraie cité ! ».

Et quand on regarde du coté des pratiques de travail légal, la loi n'est pas le bon critère pour comprendre l'injustice. Dans certains secteurs industriels (amiante, nucléaire, sidérurgie, chimie, agro-alimentaire, services), de nombreuses analyses concluent à une véritable mise en danger délibérée de la vie d'autrui pour servir des stratégies de sous-traitances, de délocalisations. Mais on délocalise aussi les risques sanitaires et sociaux en les transférant aux plus faibles: intérimaires et étrangers. (Lire à ce sujet le livre d' Annie Thébaud-Mony, Directrice de recherches à l'INSERM, Travailler peut nuire gravement à votre santé, La Découverte Paris 2007) .

En voici un exemple, celui de Gaetano... Fils de sidérurgiste, habitant une Cité, il rêve de suivre les traces de son père. L' intérim lui en donne l'occasion et il entre, par l'intermédiaire d'une filiale sous-traitante, chez Usinor-Sacilor. Selon son contrat de travail, il devra trier des plaques de tôles. Mais le jour de son arrivée, le chef d'équipe lui ordonne de découper au chalumeau des poutrelles métalliques situées à neuf mêtres du sol. Gaetano tente de refuser la tâche. Mais voilà, le chef d'équipe se fâche, menace, et puis le donneur d'ordres est pressé, le temps est compté, les futurs marchés de l'entreprise sous-traitante pourraient être menacés. Alors Gaetano monte, et commence à découper muni d'un chalumeau qu'il manipule pour la première fois. Par inexpérience, il coupe son harnais. Neuf mêtres plus bas, on le relève mort, tué sur le coup.

Intérimaire, son accident ne figure pas et ne figurera jamais au bilan social d' Usinor-Sacilor. Le procès pénal visera le chef d'équipe et l'entreprise sous-traitante. Certains donneurs d'ordre ont fait de cette «facilité» un véritable slogan, lisible dans certaines brochures internes : « Entreprises, sous-traitez ! Vous diminuerez votre taux d'accidents de travail ! ». Et à partir de cet exemple se posent de nombreuses questions : Dira-t-on de Gaetano qu'il fut un bon citoyen, respectueux de la légalité et de l'ordre public ? Contrairement à cet autre jeune des cités qui se mesure lui aussi, par d'autres moyens, à son père sidérurgiste ? Parce que le second préfèrerait chercher dans le «business» et la «came» la preuve de sa propre valeur ? Du point de vue de l'injustice sociale, Gaetano serait-il un meilleur sujet que lui ? Mais plus malchanceux peut-être ? A-t-il seulement été victime d'un malheur ? L' accident n'aurait-il pas pu être évité ?

Si, comme la plupart des accidents. Mais il aurait fallu pour cela que l'injustice ne soit pas rendue socialement invisible.

C' est la raison pour laquelle on ne peut pas espérer lutter contre le «mépris» sans porter dans l'espace public la question des injustices sociales.

Le Parti Socialiste et la gauche en général auront tout intérêt à explorer les pistes de nature à provoquer un vaste débat démocratique autour de ces « licenciements contemporains ». Car tant que l'injustice sociale restera confinée dans l'invisibilité et les espaces privés, la maxime de John Trani, grand patron américain passé entre autres par Général Electric, restera malheureusement et cyniquement d'actualité :

« Pour avoir du succès, il faut regarder la réalité telle qu'elle existe sans espérer qu'elle change »

La présidence Macron prend hélas le risque de renforcer les sentiments d'injustices sociales. C'est en cours. 

Le récent épisode de baisse des APL (et autres aides) n'est que la première illustration d'un "paysage français" construit sur l'exacerbation des frustrations, des amertumes et des rancoeurs.

Toujours des mêmes...

Attention! Danger majeur!

D'après un article (et ma propre réflexion)) de Noelle Burgi, Le Monde Diplomatique, octobre 2007.

Christophe Chartreux

Lire également ci-dessous l' "exemple" même de ce qu'il ne faut surtout pas faire. Ce gouvernement fabrique lui-même la bombe qui risque de lui exploser au visage.

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Dan Auerbach...

28 Juillet 2017 , Rédigé par christophe

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Coup de coeur... Euripide...

28 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Euripide...

Médée

"Femmes de Corinthe, je suis sortie de la maison pour ne pas encourir vos reproches. Car, je le sais, beaucoup de mortels ont montré une telle fierté — les uns que j'ai vus de mes yeux, les autres parmi les étrangers — que leur insouciance à se produire leur a valu un fâcheux renom de négligence. La Justice ne réside pas dans les yeux des mortels quand, avant d'avoir sondé à fond le coeur d'un homme, ils le haïssent, à une première vue et sans en avoir reçu aucune offense. Il faut que l'étranger aille au-devant de la cité qu'il habite et je n'approuve pas non plus en général le citoyen qui, par orgueil, se rend odieux à ses compatriotes faute d'être connu. Mais un malheur s'est abattu sur moi à l'improviste et m'a brisé l'âme. C'en est fait de mai; j'ai perdu la joie de vivre et je désire mourir, mes amies. Celui en qui j'avais mis tout mon bonheur, — je ne le sais que trop, — mon époux, est devenu le pire des hommes. De tout ce qui a la vie et la pensée, nous sommes, nous autres femmes, la créature la plus misérable. D'abord il nous faut, en jetant plus d'argent qu'il n'en mérite, ache-ter un mari et donner un maître à notre corps, ce dernier mal pire encore que l'autre. Puis se pose la grande question : le choix a-t-il été bon ou mauvais ? Car il y a toujours scandale à divorcer, pour les femmes, et elles ne peuvent répudier un mari. Quand on entre dans des habitudes et des lois nouvelles, il faut être un devin pour tirer, sans l'avoir appris dans sa famille, le meilleur parti possible de l'homme dont on partagera le lit. Si après de longues épreuves nous y arrivons et qu'un mari vive avec nous sans porter le joug à contrecoeur, notre sort est digne d'envie. Sinon, il faut mourir. Quand la vie domestique pèse à un mari, il va au-dehors guérir son coeur de son dégoût et se tourne vers un ami ou un camarade de son âge. Mais nous, il faut que nous n'ayons d'yeux que pour un seul être. Ils disent de nous que nous vivons une vie sans danger à la maison tandis qu'ils combattent avec la lance. Piètre raisonnement! Je préférerais lutter trois fois sous un bouclier que d'accoucher une seule. Mais je me tais, car le même langage ne vaut pas pour toi et pour moi : toi, tu as ici une patrie, une demeure paternelle, les jouissances de la vie et la société d'amis. Moi, je suis seule, sans patrie, outragée par un homme qui m'a, comme un butin, arrachée à une terre barbare, sans mère, sans frère, sans parent près de qui trouver un mouillage à l'abri de l'infortune. Voici tout ce que je te demande : si je trouve un moyen, une ruse pour faire payer la rançon de mes maux à mon mari,< à l'homme qui lui a donné sa fille et à celle qu'il a épousée >, tais-toi. Une femme d'ordinaire est pleine de crainte, lâche au combat et à la vue du fer; mais quand on attente aux droits de sa couche, il n'y a pas d'âme plus altérée de sang."

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Et toujours plus d'indécence...

28 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Medias, #Politique

Et toujours plus d'indécence...

Il y a pire que tout... Il y a toujours pire que le pire... En cette année 2017, me reviennent en mémoire quelques souvenirs de lectures, de choses vues et entendues, souvent sans le vouloir...

Oui, l'avez-vous remarqué ? Jadis, nous allumions la radio, la télévision, ouvrions un journal et tous ces gestes "magiques" étaient des actes volontaires, choisis. La soirée s'organisait autour de tel film, de telle émission... Le journal s'étalait sur la table de la cuisine recouverte d'une toile cirée... Le chat dormait sur un fauteuil, celui du grand-père quand il venait encore à la maison... Ce n'était pas mieux avant. C'était différent.

Moins indécent.

Aujourd'hui, c'est la télévision, la radio, le défilement des tweets et messages "Facebook", les titres étalés qui s'imposent à nous. Ils nous "allument" presque. Le téléspectateur, l'auditeur, le lecteur, l'utilisateur des réseaux dits "sociaux", s'il n'est pas éduqué, s'il n'est pas éclairé, se laisse alors, sans même s'en rendre compte, happer, engloutir, enfermer dans des torrents d'images, de sons et de textes dont 80% sont d'une rare indigence, d'une absolue indécence...

L'indécence des titres raccoleurs qu'on lit en passant vite, en remontant son col car les courants d'air sont terribles dans les couloirs du métro, avant de rejoindre le bureau.

L'indécence d'émissions de télévision dont le crétinisme le dispute au voyeurisme. Il suffit de réunir quelques invités ayant "une actualité", c'est à dire ayant quelque chose à vendre, de les faire réagir en se moquant de tout - y compris du téléspectateur qui lui ne se doute de rien - de les faire de disputer très artificiellement puis, sans avoir construit le moindre début de réflexion, sans avoir abouti à aucune proposition, le "présentateur vedette" - car la vedette c'est lui - conclut par une pirouette avant la publicité et un feuilleton cathodique maintenant l'audimat à flot. Il n'y a d'ailleurs plus que l'audimat qui soit à flot... Le reste est noyé depuis longtemps dans l'indécence de croire que le téléspectateur, l'auditeur, le lecteur est le dernier des imbéciles auquel il suffirait de donner quelques miettes pour qu'il vienne, tel un pigeon des Jardins du Luxembourg, consommer sa pitance quotidienne d'imbécilité et de crétinisme.

Je n'ose dire ici quelques mots des émissions dites de "variétés". Mes propos pourraient dépasser des limites que ces mêmes émissions ont pourtant très largement outrepassées. De même les radios, dites "libres" il y a quelques années - les "années Mitterrand" - et devenues aujourd'hui prisonnières plus encore que sous de Gaulle. Elles déversent des "sons" au kilomêtre, des propos sans autre objectif que de coller l'auditeur au "poste" et de le pousser à consommer... A lui aussi, quelques miettes quotidiennes...

Et tout cela recouvre indécemment le génie toujours vivace de ce pays, ce pays qui préfère Angot à Le Clézio... Tout est dit dans ce comble de l'indécence... Car enfin comment peut-on préférer Zemmour à Jean-Claude Guillebaud ? Comment peut-on se passer d'une Florence Aubenas, remarquable plume journalistique pour lui préférer Eric Nolleau? Comment peut-on interviewer sur TOUTES les chaînes ces théâtreux poussifs, ces acteurs d'une rare nullité et délaisser tous ces anonymes du vrai spectacle vivant ? Comment peut-on permettre à une Arlette Chabot d'interroger les puissants avec une prudence presque douteuse quand un Laurent Joffrin ou un Edwy Plenel seraient plus percutants, quel que soit l'invité devant eux? Comment peut-on laisser, sans mot-dire, ces fielleux, ces moqueurs de bas-étages, ces caricaturistes qui insultent Daumier, ces menteurs, parfois, faire la pluie et le beau temps, tous complices, toujours les mêmes, usant de leur jeton de présence sur les plateaux où ils s'invitent ?

Comment peut-on laisser l'indécence prendre le pas sur l'intelligence partagée ?

Il y a là des sujets de révolte, de profondes inquiétudes aussi. Car c'est l'indécence qui triomphe aujourd'hui et par-là, c'est l'intelligence et la beauté qui meurent... A celà, un seul remède qui soit à ma modeste portée : le dire, l'écrire, le hurler et souhaiter que d'un cri naisse la conviction qu'il faut en finir, vite, avec l'indécence qui voudrait faire de nous des imbéciles irréfléchis... qui voudrait faire de nous des consommateurs passifs... qui voudrait faire de nous d'obéissants toutous... qui voudrait faire de nous des électeurs dociles... qui voudrait faire de nous des cerveaux éteints... qui voudrait faire de nous des lecteurs aveugles, des auditeurs sourds, des spectateurs toujours admiratifs sans une once d'esprit critique.

Au secours ! Je n'en peux plus !

Christophe Chartreux

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Jean-Roger Caussimon...

27 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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