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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Machiavel...

30 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Nicolas Machiavel au Magnifique Laurent de Médicis.

Ceux qui veulent gagner les bonnes grâces d'un prince ont coutume de lui offrir ce qu'ils possèdent de plus rare, ou ce qu'ils croient être le plus de son goût, comme des pierres précieuses, des étoffes d'or, des chevaux et des armes d'un prix proportionné à la grandeur de celui à qui ils en font hommage. Le désir que j'ai de me présenter à vous avec un gage de mon dévouement, ne m'a fait trouver parmi tout ce que je possède rien que j'estime davantage, ou qui soit plus précieux pour moi, que la connaissance des actions des hommes célèbres; connaissance acquise par une longue expérience des temps modernes, et par la lecture assidue des anciens. Les observations que j'ai été à même de faire avec autant d'exactitude que de réflexion et de soins, je les ai rassemblées dans le petit volume que je vous adresse; et quoique je juge cet ouvrage peu digne de vous être offert, je compte cependant assez sur votre bonté, pour espérer que vous voudrez bien l'agréer. Considérez que je ne puis vous offrir rien de mieux, que de vous procurer les moyens d'acquérir en très peu de temps, une expérience qui m'a coûté tant de peine et tant de dangers.

Vous ne trouverez dans cet opuscule, ni un style brillant et pompeux, ni aucun de ces vains ornements dont les auteurs cherchent à embellir leurs ouvrages. Si le mien a le bonheur de vous intéresser, ce sera uniquement par l'importance du sujet, et peut-être aussi par la solidité des réflexions, autant que par la vérité des faits qui y sont rapportés.

Il paraîtra peut-être téméraire à moi, né dans une condition obscure, d'oser donner des règles de conduite à ceux qui gouvernent. Mais comme ceux qui ont à dessiner des pays montagneux se placent dans la plaine, et sur des lieux élevés lorsqu'ils veulent lever la carte d'un plat pays, de même, je pense qu'il faut être prince pour bien connaître la nature et le caractère du peuple, et plébéien pour bien connaître les princes.

J'ose donc espérer que vous accueillerez ce faible hommage, en appréciant l'intention qui me fait vous l'offrir, et que vous rendrez justice au désir ardent que j'ai de vous voir remplir avec éclat, les hautes destinées auxquelles votre fortune et vos grandes qualités vous appellent. Si, du rang où vous êtes élevé, vous daignez jeter un regard de bonté sur moi, sur les persécutions auxquelles je suis en butte, vous vous convaincrez de mon innocence, et de l'injustice de mes ennemis.

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Le redoublement vu par le Ministre de l'Education Nationale... En 2013 puis en 2017...

30 Mai 2017 , Rédigé par christophe

2013

Jean-Michel Blanquer : "Le redoublement est une spécificité française à laquelle il faut mettre fin"

2017

(...)

Les redoublements

En 2014, un décret a rendu les redoublements exceptionnels et difficiles à négocier. Il pourrait être abrogé. "Ça fait partie des choses qui sont sur ma table. (...) Je convoite ce sujet comme tous les autres de façon pragmatique", déclare Jean-Michel Blanquer loin d'être réfractaire au principe. "Parfois le redoublement peut être une solution, mais ça doit être le cas le moins souvent possible. Ce qui est très important, surtout, c'est de l'aide personnalisée pendant l'année pour justement éviter le redoublement. Mais ça ne sert à rien de se voiler la face quand il y a un problème et que le redoublement peut être utile".

(...)

Jean-Michel Blanquer, Ministre de l'Education Nationale

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Education: l'inquiétante idéologie présidentielle...

30 Mai 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique

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EXTRAIT

Le programme du nouveau Président de la République pour ce qui concerne l’Education n’est pas tout à fait, comme il pourrait paraître à une lecture superficielle, d’une totale indigence. Il est plutôt particulièrement inquiétant, décrivant en effet si l’on y regarde de plus près, le projet d’une école qui ne serait plus une école mais bel et bien la préfiguration de l’Entreprise.

Cette école-entreprise aurait pour mission de produire non des objets mais des « ressources humaines », c’est-à-dire des êtres humains aussi adaptés qu’il est possible aux nécessités et au mode de vie de l’Entreprise, autrement dit des êtres humains chosifiés en ressources.

Il est donc inutile de s’attarder sur les mesures aussi « novatrices » que les classes de douze élèves en CP dans les zones socialement, non pas défavorisées, mais sacrifiées depuis longtemps ou sur la restauration des « Etudes surveillées » en « Devoirs faits » car tout cela a été expérimenté, pratiqué dans tous les sens depuis fort longtemps.

Dans les années 195O, collégien, je subissais les « études » obligatoires sous la surveillance plutôt que l’aide d’un enseignant qui, à son bureau, en profitait pour s’avancer dans la correction de ses copies. Devenu à mon tour professeur, en ZEP, au début des années 1970 j’expérimentais les études « surveillées » ou « dirigées » (sic) et autres « accompagnements éducatifs » dispensés en fin de journée après la classe : un cauchemar !

(...)

Nestor Romero

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Devoirs à l'école: "On moralise ce qui ne doit être qu'un moment d'apprentissage"...

30 Mai 2017 , Rédigé par L'Express Publié dans #Education, #Pédagogie

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Le ministre de l'Éducation souhaite le retour des études dirigées. Jean-Michel Zakhartchouk s'interroge sur la faisabilité de la mesure.

Beaucoup saluent les déclarations du nouveau ministre souhaitant que les "devoirs" soient réalisés à l'école. Devant les parents de la PEEP, il a affirmé que cela rendrait la vie plus facile aux familles. Pourtant, les choses ne sont pas si simples. 

Je parle ici en tant qu'ancien professeur de collège en éducation prioritaire qui a toujours donné des travaux personnels à effectuer à ses élèves et militant associatif qui continue à titre bénévole à aider des collégiens volontaires. Je voudrais que l'on puisse débattre de façon dépassionnée d'une question trop souvent "théologique", où on perd de vue les vrais objectifs de l'école

Premier problème: la faisabilité de ce qui est prévu par le ministre. S'agit-il à l'école primaire de revenir au dispositif Bayrou qui consistait à terminer la journée de classe par une demi-heure d'études dirigées où on récapitulait et consolidait ce qui avait été travaillé dans la journée? S'agit-il en collège de revenir à l'accompagnement éducatif qu'un ministre précédent avait osé appeler "dispositif pour les orphelins de 16h"? 

"Ces heures devront être massives"

Dispositif qui a marché quantitativement, a permis à des enseignants d'améliorer leur ordinaire grâce aux heures supplémentaires, mais dont on ne sait rien sur les effets qualitatifs. Pas d'évaluation, sinon une note de la Cour des Comptes qui reprochait au dispositif de ne pas s'adresser en priorité à ceux qui en avaient le plus besoin. Ces heures devront être massives si on veut toucher tous les élèves (y compris ceux qui préfèrent travailler à la maison?) Va-t-on supprimer pour cela des moyens accordés à des projets culturels par exemple?  

Second problème: qui va assurer les séances? Des critiques sont faites, parfois à bon droit, sur la qualité de l'encadrement (bénévoles associatifs, assistants d'éducation). La réponse réside dans la formation à l'aide et en une meilleure liaison entre professeurs et "aidants". Ce qui serait profitable aux enseignants qui peuvent apprendre beaucoup sur les difficultés de leurs élèves du retour de ceux qui les accompagnent dans leurs devoirs. Il me paraîtrait en tout cas désastreux qu'on mette à bas tout le système d'aide bénévole qui révèle une mobilisation sociale intéressante autour de la réussite scolaire.

(...)

Jean-Michel Zakhartchouk, rédacteur aux Cahiers pédagogiques, blogueur, auteur notamment de Apprendre à apprendre.

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Revue de Presse Education... Annonces et réactions- Numérique- Divers...

30 Mai 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education... Annonces et réactions- Numérique- Divers...

L’actualité éducative de ce lundi est encore très marquée par les diverses annonces et les réactions qu’elles suscitent. Il sera également question de numérique et d’informations diverses.

Annonces et réactions

Le Parisien fait le point sur les intentions du nouveau ministre pour la rentrée 2017 : « Le nouveau ministre, Jean-Michel Blanquer, fait oeuvre de prudence. Il espère apporter du changement dès septembre, mais sans braquer les enseignants.

L’ancien directeur de grande école (l’Essec) veut s’attaquer aux problèmes « à leur racine », dit-il. Et réitère les promesses du candidat Macron : retour de la semaine de quatre jours, reconstitution des classes bilangues, lancement d’un dispositif d’aide aux devoirs dans les collèges, limitation des CP à 12 élèves dans quelque 2 000 classes de l’éducation prioritaire...

En fait, les mesures annoncées à court terme relèvent plus du signal politique, ciselé pour tilter à l’oreille des familles, que d’un changement de cap radical. »

Le Café pédagogique passe également en revue, de façon très critique, les annonces pour la rentrée : « Réception des syndicats du 24 au 26 mai, interview au Point le 25, intervention au congrès de la Peep le 26, Jean-Michel Blanquer n’a pas fait le pont. Il a précisé ses orientations sur plusieurs points qui concernent directement les enseignants : les dédoublements de CP, les rythmes scolaires, les devoirs et d’une façon générale une "évolution" des programmes et la fin du "pédagogisme". Tout en affirmant sa volonté de ne pas faire "d’injonctions contradictoires avec celles de la majorité précédente" et de laisser le terrain arbitrer, c’est bien le détricotage des réformes par en haut qu’annonce le ministre. » On peut une nouvelle fois déplorer l’usage démagogique d’un terme tout à fait méprisant pour ce qui fait le cœur de notre métier, la pédagogie, tout en rappelant que le pédagogisme n’existe que dans l’esprit de ceux qui prétendent le haïr. Mettre fin à ce phénomène s’annonce donc ardu.

Le Parisien donne la parole au nouveau président de la PEEP, fédération de parents d’élèves : « Bernard Pommier, président de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public commente les récentes annonces du ministère de l’éducation »

La lettre de l’éducation publie un entretien avec Frédérique Rolet, secrétaire générale du SNES-FSU : « Quelques jours après la nomination de Jean-Michel Blanquer, au fil de ses déclarations, de premières caractéristiques de style et d’orientation du « macronisme éducatif » commencent à se dessiner. Quelle est votre impression générale ?

Il est vrai que le nouveau ministre arrive précédé de sa réputation d’avoir été, comme recteur de Créteil puis comme directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco), un inconditionnel de l’expérimentation et du pilotage par les indicateurs de performance. Cependant, on perçoit de sa part une certaine atténuation des orientations libérales très fortes qu’il a pu développer à titre personnel dans ses ouvrages ou dans diverses interviews antérieures à sa nomination. Il prend en compte, nous semble-t-il, le fait qu’être ministre de l’éducation implique de relativiser ses idées personnelles, pour adopter un regard plus large, prendre le temps de l’écoute et éviter toute précipitation. Peut-être a-t-il perçu - en tout cas nous l’espérons - une forte attente, chez les enseignants, d’un peu de sérénité. »

Le Parisien, lui, va prendre la température d’une salle des maîtres à La Courneuve à propos de ce fameux CP à douze élèves : « Douze enfants,pas plus, dans chaque CP des quartiers défavorisés : la première mesure éducative du quinquennat Macron, annoncée pour la rentrée et calibrée pour parler au plus grand nombre, se veut une réponse simple et précise aux racines du décrochage scolaire. Et pourtant, dans cette école de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), le sujet soulève plus de questions que d’enthousiasme chez l’équipe d’enseignants rencontrés à la pause déjeuner, fourchette à la main, en salle des maîtres : Douze enfants,pas plus, dans chaque CP des quartiers défavorisés : la première mesure éducative du quinquennat Macron, annoncée pour la rentrée et calibrée pour parler au plus grand nombre, se veut une réponse simple et précise aux racines du décrochage scolaire. Et pourtant, dans cette école de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), le sujet soulève plus de questions que d’enthousiasme chez l’équipe d’enseignants rencontrés à la pause déjeuner, fourchette à la main, en salle des maîtres. »

Dans son édito de La lettre de l’éducation, Luc Cédelle appelle d’ailleurs à ce propos, et à juste titre, à une certaine prudence : « Pour étayer son projet phare de réduction des classes de CP et de CE1 en éducation prioritaire, le ministre invoque les résultats de la recherche. Il n’a pas tort, mais cet exemple montre aussi que le consensus en faveur de cette mesure a réclamé du temps pour s’établir. »

Signalons pour finir, deux tribunes intéressantes du Monde. La première est signée Pierre Merle et appelle à fonder un collège qui ne soit pas élitiste :« Le sociologue Pierre Merle observe qu’une élite passéiste s’est toujours opposée aux avancées pédagogiques nécessaires à la réussite de tous les élèves. »

La seconde, hélas réservée aux abonnés, est signée par un collectif de professeurs en sciences de l’éducation : « Pour une éducation réellement émancipatrice sans l’exploser en une multitude de « communautés scolaires autonomes » aux valeurs hétérogènes et aux pratiques claniques, estime un collectif de professeurs en sciences de l’éducation.

Mais il faut aussi une politique éducative hardie. Une revalorisation symbolique et matérielle du métier d’enseignant est indispensable. Une gestion de la « machine-école » plus attentive aux initiatives de ses acteurs est nécessaire. Un effort sans précédent en faveur des établissements les plus défavorisés est urgent : il faut, enfin, donner plus et mieux à ceux qui ont moins en proportionnant systématiquement leur dotation - salaires inclus, bien sûr - au niveau social des élèves qu’ils scolarisent. »

Numérique

Les Echos s’intéressent à la polémique autour de la gestion des données des élèves : « Il a suffi d’ un courrier pour remettre le feu aux poudres. Il y a dix jours, le site spécialisé Le Café pédagogique dévoilait la lettre envoyée par le ministère de l’Education nationale aux académies, dans laquelle l’institution « confirme qu’il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du Web (Gafam et autres) ». L’heure est à l’ouverture rue de Grenelle. L’administration explique que, tant que les établissements scolaires font une déclaration à la CNIL et que les services sont couverts par les CGU « éducation » des éditeurs - des conditions générales d’utilisation spécifiques -, il n’y a pas de raison de se priver de mettre à disposition des élèves et professeurs les outils de travail collaboratif de Google, Microsoft et consorts. Pour le ministère, ces précautions suffisent même à utiliser les noms et prénoms des utilisateurs et non des pseudonymes. »

Une tribune du Monde se penche sur le rôle possible du numérique dans une refondation de l’école :« Le numérique peut-il sauver l’école ? C’est ce que suggère le tandem formé par Cécile et François-Xavier Hussherr dans leur ouvrage Construire le modèle éducatif du XXIe siècle. Les promesses de la digitalisation et les nouveaux modes d’apprentissage (FYP Editions). ­

Refusant une « apologie simpliste du numérique » mais souhaitant « faire le bilan des opportunités ­offertes par le numérique à l’école et des occasions manquées », les auteurs signent un manifeste pour surfer pédagogiquement sur la ­vague du « tsunami numérique ». »

Divers

Un peu d’international pour terminer cette revue de presse. Un reportage de LCI vante (un peu trop) les mérites du système scolaire de Singapour (sans trop évoquer le système politique autoritaire qui va avec, c’est bien dommage) : « L’éducation ? A Singapour, le secteur est pris très au sérieux. Le pays est en tête des classements des meilleurs établissements scolaires. Quelle est la recette miracle ? Réponse. »

Enfin, Bruno Magliulo s’intéresse à l’internationalisation de notre enseignement supérieur : « Dans un rapport récent ("L’enseignement supérieur français par-delà les frontières", septembre 2016), France Stratégie (organisme public d’études prospectives), fait un constat concernant l’enseignement supérieur français : "au XXe siècle, on s’était accoutumé à l’idée que la mission de l’enseignement supérieur était essentiellement de former les étudiants du pays sur le territoire national. Cette époque a pris fin au début de ce siècle (...) Un nouveau paysage universitaire international se construit sous nos yeux". Et d’ajouter : "ce phénomène devrait être considéré comme une chance". »

Aurélie Gascon

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Vladimir Vysotsky...

29 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

"Ses chansons ne seront jamais autorisées (car ne correspondant pas à la politique artistique communiste) et, par conséquent à quelques exceptions près, jamais enregistrées en URSS. Le succès fut immédiat et l'interdiction officielle ne fit qu'accroître l'intérêt. Mais ce qui attirait le plus le public russe est que Vyssotski osait exprimer la vie de ses concitoyens. Malgré les interdictions, circulaient de nombreuses copies illégales de ses chansons, y compris au sein des élites soviétiques, partagés entre rejet et fascination pour ses œuvres parodiques. Quant aux annulations répétées de ses concerts par les autorités, prétextant une hypothétique maladie du chanteur, celui-ci venait les annoncer publiquement sur scène. Malgré tout, des concerts clandestins furent organisés régulièrement."

Vyssotski meurt en 1980 d'une crise cardiaque à Moscou à l'âge de 42 ans en pleins Jeux olympiques. Il est enterré au cimetière Vagankovo. Malgré le silence des médias, une foule de près d'un million d'admirateurs (chiffre annoncé dans le documentaire "Adieu camarades !" : émission "Culture infos" - ARTE 2011) lui rendit un dernier hommage à son enterrement (probablement la plus importante manifestation populaire spontanée de toute l'histoire de l'Union soviétique). Certains chanteurs comme Boulat Okoudjava et Youri Vizbor composèrent une chanson d'adieu en sa mémoire. Le chanteur politique polonais Jacek Kaczmarski, qui s'était en partie inspiré des chansons de Vyssotski, rédigea à cette occasion Epitafium dla Włodzimierza Wysockiego (Épitaphe pour Vladimir Vyssotski).

(Il fut le mari de l'actrice Marina Vlady)

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Coup de coeur... Anna Politkovskaïa...

29 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "Douloureuse Russie : Journal d'une femme en colère, d'Anna Politkovskaïa"

Note: Le 7 octobre 2006, la journaliste d'investigation russe Anna Politkovskaïa est assassinée par balles à Moscou. Cette farouche opposante au président Vladimir Poutine travaillait tout particulièrement sur les exactions commises par l'armée russe en Tchétchénie.

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Aujourd'hui, la Tchétchénie a été le théâtre d'un nouveau simulacre d'élection présidentielle. Bien entendu, le favori du Kremlin, Alou Alkhanov, a remporté le scrutin haut la main. Mais, dans les faits, la République est dirigée par un homme complètement fou : Ramzan Kadyrov, 27 ans, fils d'Akhmad Kadyrov, le président précédent, qui avait lui aussi été "élu à une écrasante majorité", en octobre 2003, avant d'être assassiné le 9 mai dernier.

Au début de l'année 2003, il avait été nommé chef du service de sécurité de son père. A ce poste, il n'a pas su empêcher l'attentat qui lui a coûté la vie. Mais au lieu d'être limogé pour incompétence, il est immédiatement monté en grade, sur intervention expresse de Poutine en personne. Désormais, il est vice-premier ministre de la Tchétchénie et responsable en chef des structures de force de la République - ce qui signifie qu'il est chargé de la police, de diverses brigades d'intervention et de la section locale de l'OMON 43. Ramzan n'a aucun diplôme. En revanche, il est titulaire du grade de capitaine de police. Dieu seul sait pour quel mérite exceptionnel ce titre lui a été attribué : normalement, il faut avoir fait des études supérieures... Il a désormais sous ses ordres des colonels et des généraux de l'armée, qui exécutent ses injonctions sans rechigner. Pourquoi ces militaires aguerris acceptent-ils de se plier à la volonté de ce jeune chien fou sans éducation ? Pour une seule raison : ils savent que c'est Poutine lui-même qui l'a nommé à ce poste.

Mais qui est donc Ramzan Kadyrov, cet homme qui contrôle toute la Tchétchénie et qui lève un tribut aux quatre coins de la République comme s'il était un bey ottoman ? Ramzan sort peu de son village, Tsentoroï, l'un des endroits les plus sinistres qui soient. Sa quasi-réclusion ne doit rien au hasard. Ce hameau est un entrelacs de petites rues étroites longées de gigantesques clôtures électrifiées. Derrière la plupart de ces palissades surveillées par des hommes à la mine patibulaire se trouvent des résidences qui appartiennent à la famille Kadyrov, à son entourage proche et aux membres du "service de sécurité du président" - un détachement spécial créé du vivant d'Akhmad et qui est à présent dévoué à son fils, même si celui-ci n'est pas président, mais seulement vice-premier ministre.

Tous les habitants de Tsentoroï qui, pour une raison ou pour une autre, suscitaient la suspicion des Kadyrov ont été relogés de force dans d'autres villages. Quant à leurs maisons, elles ont été attribuées aux partisans de la famille régnante et, spécialement, au "service de sécurité du président". Cette organisation paramilitaire informelle - mais très bien fournie en armes fédérales - n'est enregistrée nulle part. Officiellement, aucune instance des structures locales ou fédérales n'est au courant de son existence. De fait, c'est une bande armée comme il y en a beaucoup en Tchétchénie. La seule chose qui la distingue des groupes de Bassaev, c'est qu'elle est contrôlée par le favori de Poutine. Ce qui signifie qu'elle peut tout se permettre.

Comme s'ils étaient des militaires fédéraux, les "kadyroviens" participent aux escarmouches avec les rebelles. Et comme s'ils étaient des agents du ministère de l'intérieur, ils arrêtent et interrogent des "suspects". Mais comme, au fond, ils ne sont rien de plus que des bandits, ils ne se privent pas de torturer, parfois à mort, les malheureux qui tombent entre leurs mains. Les caves de plusieurs maisons de Tsentoroï ont été transformées en miniprisons à cet effet.

Aucun procureur ne viendra jamais ordonner une enquête sur ce qui se passe dans cette zone de non-droit. Car telle est la volonté de Poutine : Ramzan est au-dessus des lois. Les règles qui valent pour tous ne s'appliquent pas à lui, puisqu'il combat les terroristes "à sa façon". En vérité, il ne combat nullement les terroristes. Il est bien trop occupé à piller le pays. Et c'est ce pillage qu'il camoufle en "lutte antiterroriste".

Tsentoroï est pratiquement devenue la nouvelle capitale tchétchène. Tous les fonctionnaires locaux y viennent en pèlerinage pour s'incliner devant le maître des lieux. Parfois, c'est lui qui les mande, et ils accourent immédiatement. Tous. Y compris Sergueï Abramov, le jeune premier ministre de la République, le supérieur hiérarchique direct de Ramzan, si l'on en croit la répartition officielle des postes au sein du gouvernement... Ce bourg est le véritable centre du pouvoir. C'est ici que sont prises toutes les décisions d'importance. C'est ici, par exemple, qu'il a été décidé qu'Alou Alkhanov allait succéder à Akhmad Kadyrov au poste de président.

Ramzan se rend rarement à Grozny, car il craint pour sa vie : il faut une heure et demie de voiture pour rejoindre la capitale officielle, et les routes ne sont pas sûres. Voilà pourquoi Tsentoroï a été transformée en forteresse. Le village se trouve au centre d'un périmètre de haute sécurité. Pour y parvenir, il faut franchir toute une série de points de contrôle. A la sortie de ces interminables procédures de vérification, on me conduit dans la "maison des invités". J'y patiente, contrainte et forcée, pendant six à sept heures. Il se fait tard. Or en Tchétchénie, quand l'obscurité commence à tomber, chacun se met précipitamment à chercher un abri. La nuit est mortelle, dehors. Je m'adresse aux gardes, qui ressemblent de plus en plus à des geôliers. "Où est Ramzan ? Nous avions pris rendez-vous ! - Il va arriver, t'en fais pas", grommelle l'un d'eux.

Un certain Vakha Vissaev ne me lâche pas d'une semelle. Il m'a dit être le directeur de l'entreprise Iougoïlprodukt, dont l'actif principal est une petite usine de raffinage de pétrole située à Goudermes, la deuxième ville du pays.
Vakha me propose de visiter la "maison des invités" (...). La terrasse (à colonnes !) est décorée de meubles en bambou. Vakha me montre les étiquettes pour me prouver que ces bancs et ces fauteuils viennent de Hongkong. On dirait que c'est très important à ses yeux. Peut-être est-ce un cadeau qu'il a payé de sa poche... Cela n'aurait rien d'étonnant : tous ceux qui veulent faire des affaires dans la République rivalisent d'ingéniosité pour offrir à Ramzan les présents les plus originaux. Il vaut mieux être en bons termes avec le jeune chef, tout le monde l'a très bien compris. Le sort d'Akhmed Goutiev est dans toutes les mémoires...

Goutiev dirigeait le district de Chali. Un jour, il n'a pas payé le tribut que Ramzan lui réclamait. Les hommes de Ramzan l'ont enlevé et torturé. Puis ils ont exigé de sa famille une rançon de 100 000 dollars. Les Goutiev ont réussi à trouver cette somme et l'ont remise aux ravisseurs. Akhmed a été relâché, dans un sale état. Il a immédiatement quitté la Tchétchénie, et un autre candidat au suicide a été nommé à son poste. Je connaissais personnellement Goutiev. C'était un jeune homme intelligent, qui semblait plein d'avenir. Il m'avait dit qu'il respectait Poutine et qu'il pensait qu'étant donné les circonstances la promotion de Ramzan au rang de numéro un officieux de la République était une bonne chose, car il allait "débarrasser la Tchétchénie des wahhabites"... Je me demande quelle est son opinion à présent. Mais je ne le saurai probablement jamais : d'après des rumeurs insistantes, il se serait réfugié à l'étranger.

Revenons à la description du pavillon. En face de l'entrée principale, on a installé une cheminée en marbre. Le couloir à droite mène vers les saunas, le jacuzzi et la piscine. Mais l'attraction principale, ce sont les deux immenses chambres à coucher et leurs lits gigantesques. L'une des chambres est peinte en bleu clair, l'autre en rose. De toutes parts on est écrasé par des meubles massifs en bois sombre. Et sur chacun, sans exception, il y a encore l'étiquette du vendeur ! Ce ne sont pas des petites étiquettes discrètes, collées dans un coin, qu'on aurait oublié de retirer : non, il s'agit d'inscriptions énormes ! On ne peut pas les rater. Elles semblent hurler à tous les visiteurs : "Cette commode a coûté tant de milliers de dollars ! Ce miroir est très cher ! Ces toilettes sont hors de prix !" Bref, toute cette résidence est d'une vulgarité sans nom. (...)

Ramzan arrive à la nuit tombée, entouré d'une nuée d'hommes en armes qui se dispersent dans tout le pavillon. Certains d'entre eux assistent à ma conversation avec leur chef et n'hésitent pas à m'interrompre très brutalement, avec une grande agressivité. Ramzan s'affale dans un fauteuil et se met à l'aise. Il enlève ses chaussures et étend ses jambes, au point que ses pieds se retrouvent à quelques centimètres de mon nez, mais il ne paraît même pas s'en rendre compte. Charmant. Je recule un peu avant de commencer l'entretien en l'interrogeant sur ses objectifs.
"Nous voulons remettre de l'ordre, pas seulement en Tchétchénie, mais dans tout le Caucase du Nord. Pour qu'à tout moment nous puissions nous rendre sans problème à Stavropol, voire à Saint-Pétersbourg. Nous sommes prêts à combattre partout en Russie. Nous allons nous occuper des bandits où qu'ils se trouvent.

- Qui appelez-vous "bandits" ?
- Maskhadov (président élu de Tchétchénie, tué en mars 2005), Bassaev (chef terroriste, tué en juillet 2006) et leurs semblables.
- Vos hommes ont donc pour but de débusquer Maskhadov et Bassaev ?
- Oui. L'essentiel, c'est de les trouver et de les abattre.
- Vous ne parlez que d'"abattre", de "liquider"... La guerre n'a-t-elle pas suffisamment duré ?
- Bien sûr qu'elle a suffisamment duré ! D'ailleurs, nos ennemis s'en rendent bien compte. La preuve : il y a déjà 700 boïeviki qui se sont rendus à mes combattants. Maintenant, ces anciens maquisards sont revenus à une vie normale... Nous voulons que les autres abandonnent à leur tour cette résistance inutile. Mais ils continuent de guerroyer. Et nous n'avons d'autre choix que de les liquider. Aujourd'hui encore, nous en avons attrapé trois. Deux d'entre eux ont été tués. (...)
- Quel droit avez-vous de liquider quiconque, a fortiori en Ingouchie ? Officiellement, vos hommes ne sont que le service de sécurité du président de la Tchétchénie...
- C'est notre droit le plus strict. Nous avons réalisé cette opération conjointement avec le FSB ingouche. Nous avons obtenu toutes les autorisations officielles requises. (Il ment : il n'a même pas cherché à obtenir la moindre autorisation. A. P.) (...)
- Récemment, vous avez lancé un ultimatum à tous les rebelles qui ne se sont toujours pas rendus. Cet ultimatum visait-il expressément Maskhadov ?
- Non. Il était destiné à tous ces gamins de 17 ou 18 ans qui ne connaissent pas grand-chose de la vie, qui ne comprennent rien à la situation et qui ont été dupés par Maskhadov. Ils l'ont rejoint dans les forêts. Maintenant, leurs mères pleurent, elles viennent me voir en m'implorant : "Ramzan, retrouve nos fils !" Elles maudissent Maskhadov. Par conséquent, cet appel, c'est aussi un ultimatum à toutes les femmes, pour leur dire de bien surveiller leurs enfants. J'ai prévenu les mères des rebelles : elles doivent raisonner leurs fils, les convaincre de rentrer. Ceux qui ne se rendront pas seront abattus. Evidemment. La question ne se pose même pas.
- Mais peut-être est-il temps pour les Tchétchènes de cesser de s'entretuer et de s'asseoir autour d'une table de négociations ?
- Avec qui pourrais-je m'asseoir autour de la même table ?
- Avec tous vos compatriotes qui sont dans le maquis.
- Vous pensez encore à Maskhadov ? Mais Maskhadov n'est plus rien. Personne ne l'écoute. L'homme fort, c'est Bassaev. C'est un grand guerrier, un bon stratège, et j'ose même dire que c'est un bon Tchétchène. Quant à Maskhadov, ce n'est qu'un vieillard. Le pauvre, il ne peut plus rien ! (Ramzan part d'un grand éclat de rire. Toute sa cour se met immédiatement à rire à son tour.)
- Vous semblez mépriser Maskhadov et respecter Bassaev, c'est étrange...
- Je respecte Bassaev en tant que guerrier. On peut dire ce que l'on veut de lui, ce n'est pas un lâche. Je prie Allah pour qu'il me permette de défier Bassaev en combat singulier. Chacun a ses rêves. Certains rêvent d'être président, d'autres d'être aviateur ou agriculteur... Moi, je rêve de me confronter à Bassaev, dans une bataille loyale. Mon groupe contre le sien, et personne d'autre. (...)
- Et si Bassaev sortait vainqueur de ce combat ?
- C'est impossible. Je gagne toujours.
- Comment vous définiriez-vous vous-même ? Quel est votre point fort ?
- Je ne comprends pas cette question.
- En quoi êtes-vous fort et en quoi êtes-vous faible ?
- Je ne suis faible en rien du tout. Je suis fort. Si Alou Alkhanov est devenu président, c'est parce que j'estime qu'il est fort. Je lui fais confiance à cent pour cent. Tu crois que c'est le Kremlin qui décide ? (...)
" Si vous nous aviez laissés tranquilles, voilà longtemps que nous, les Tchétchènes, vivrions en paix.
- Qui ça, "vous" ?
- Les journalistes comme toi. Et certains hommes politiques russes. Vous ne nous laissez pas remettre de l'ordre. Vous semez la division chez nous. Toi, par exemple, tu t'es interposée entre les Tchétchènes. Tu es notre ennemie. Pour moi, tu es pire que Bassaev.
- Qui d'autre considérez-vous comme vos ennemis ?
- Je n'ai pas d'ennemis. Il y a seulement des bandits que je pourchasse.
- Avez-vous l'intention de devenir, un jour, président de la Tchétchénie ?
- Non.
- Qu'est-ce que vous aimez le plus faire dans la vie ?
- Faire la guerre. Je suis un guerrier.
- Avez-vous déjà tué quelqu'un de vos mains ?
- Non. Je suis un donneur d'ordres, pas un exécutant.
- Mais vous n'avez pas toujours donné des ordres... Il y a bien eu un moment où quelqu'un vous donnait des ordres, à vous.
- Oui, mon père. C'est le seul homme qui m'ait jamais donné des ordres.
- Avez-vous déjà donné l'ordre de tuer ?
- Oui.
- Cela ne vous fait pas peur ?
- Ce n'est pas ma décision, mais celle d'Allah. C'est lui qui nous dit de tuer les wahhabites.
- Et quand il n'en restera plus ? A qui allez-vous faire la guerre, alors ?
- Je m'occuperai de mes abeilles. J'ai des ruches, tu sais ? J'ai aussi des veaux. Et des chiens de combat.
- Avez-vous d'autres hobbies ?
- Les femmes. J'aime beaucoup les femmes.
- Votre épouse n'a rien contre ?
- Elle n'est pas au courant.
- Quelles études avez-vous faites ?
- Des études de droit. Je suis juriste.
- Votre mémoire, vous l'avez fait sur quel sujet ?
- J'ai oublié. C'était il y a longtemps."

La conversation prend soudain un tour tendu. Mon hôte se met à m'accuser de tous les maux. "Tu veux que nous épargnions les bandits... Tu es une ennemie du peuple tchétchène... Tu devras répondre de tout ce que tu as fait..." Ramzan gesticule bizarrement, il hurle de plus en plus fort en sautillant sur sa chaise. Il se conduit comme un enfant gâté : il éclate régulièrement de rire, se gratte, puis demande à ses gardes du corps de lui frotter le dos, ce qu'ils s'empressent de faire. Il s'étire dans tous les sens, se lève, exécute quelques pas de danse... Ses répliques sont de plus en plus décousues. Il se renverse dans son fauteuil, puis se lève d'un bond : on lui a dit qu'il était en train de passer à la télévision. Il est très content. Puis le petit écran montre Poutine. "Qu'il est beau !", s'écrie Ramzan avec ravissement. Il affirme que le président russe a une démarche de vrai montagnard. Pendant ce temps, il fait nuit noire. Il faut que je parte, mais l'atmosphère est très tendue... Finalement, Ramzan ordonne de m'emmener à Grozny.

Moussa, un ancien combattant indépendantiste, ainsi que deux gardes sont chargés de m'accompagner. Nous nous installons dans leur voiture. Je me dis que cette nuit, sur cette route sinistre pleine de postes de contrôle, ils vont sans doute me tuer. Mais non. Moussa semble avoir longtemps attendu de ne plus être à proximité de Ramzan pour parler à coeur ouvert. Quand il commence à me raconter l'histoire de sa vie, je comprends qu'il ne me tuera pas. Il veut que je raconte son destin au monde entier. Je vais vivre. Mais je ne peux pas m'empêcher de pleurer. De peur et de dégoût. "Ne pleure pas ! Tu es forte !", finit-il par me dire. (...)

C'est une histoire vieille comme la Russie : le Kremlin a élevé un petit dragon et doit maintenant le nourrir régulièrement pour qu'il ne crache pas du feu. En Tchétchénie, notre Etat a connu un échec monumental. Un échec que les hommes au pouvoir essayent de présenter comme une victoire éclatante. Le peuple tchétchène, pour sa part, n'a guère le choix. Il est bien obligé de composer avec le petit dragon, s'il tient à la vie. Le Kremlin a montré à ce peuple rebelle que, sous Poutine, il était impossible de protester. Et la majorité des Tchétchènes a fini par baisser la tête. Maintenant, c'est tout le pays qui suit leur exemple.

Extrait de Douloureuse Russie : Journal d'une femme en colère, d'Anna Politkovskaïa, traduit du russe par Natalia Rutkevitch, sous la direction de Galia Ackerman (Buchet-Chastel, 420 pages, 25 €). Anna Politkovskaïa était journaliste à la "Novaïa Gazeta".

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Principal d'un collège, j'ai lu attentivement le programme de Macron. J'ai des craintes...

29 Mai 2017 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Education, #Politique

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EXTRAIT

Stéphane (*) est le responsable d'un collège en zone d'éducation prioritaire dans les Hauts-de-France. Il voit des similitudes entre les promesses d'Emmanuel Macron et des dispositifs déjà mis en place dans le cadre de la réforme précédente, mais aussi de nouvelles orientations qui risquent de briser la dynamique impulsée.

Je suis le principal d’un collège situé en zone d’éducation prioritaire dans les Hauts-de-France et nous voilà vraisemblablement confrontés à une nouvelle réforme.

Nous avons quand même un problème à l’Éducation nationale : chaque nouveau gouvernement veut laisser son empreinte. De ce fait, on souffre d’un manque de continuité, telle qu’on peut la retrouver notamment dans les pays scandinaves, qui restent cohérents malgré les changements de tendances politiques.

En France, plus d’un enseignant aura à coup sûr des difficultés à s’adapter à une nouvelle réforme. Ils se diront : "Attendons le prochain gouvernement !" Nous venons de vivre la réforme des collèges sous le précédent quinquennat. Les équipes se sont vraiment attelées à la mener à bien, certes avec des hauts et des bas, mais on avance. Aujourd’hui, on se dit qu’il va peut-être falloir faire face à la disparition de certains dispositifs.

J’ai des craintes

Je pense d’abord à l’accompagnement des élèves. Que ce soit dans le premier ou le second degré, j’ai des craintes. Dans le cadre de la précédente réforme, on a mis en place un dispositif "Plus de maîtres que de classes" : à savoir des enseignants supplémentaires qui aident les enfants entre le CP et le CM2. Au collège, nous disposons de "l’accompagnement personnalisé".

La plupart des chefs d’établissement ont mis en place ce dispositif via des professeurs supplémentaires, de manière à faire du co-enseignement ou des groupes de besoins, de niveaux et de soutien.

Dans les deux cas, il y a des échanges de compétences entre professionnels, de l’auto-formation, une dynamique commune. Or, lorsqu’on regarde le programme d’Emmanuel Macron, on constate qu’il souhaite – pour le premier degré en éducation prioritaire – des classes de CP- CE1 à effectifs réduits à 12 élèves. En créant des postes, mais en prenant aussi les moyens existants, c’est-à-dire notamment les postes surnuméraires du dispositif "Plus de maîtres que de classes".

Lorsqu’on échange avec nos collègues du primaire, on sait que ce dispositif est tout à fait pertinent. Aujourd’hui, on va peut-être annuler ce dispositif pour faire autre chose. Personnellement, je trouve que retourner à un isolement de chaque prof dans sa classe, même à effectifs réduits, n’est non seulement pas la priorité, mais la perte de la dynamique que nous avions acquise.

On reprend de vieilles recettes

De la 6e à la 3e, on met également en place cet accompagnement. Et là, si je lis encore les propositions d’Emmanuel Macron, il préconise des études dirigées après la classe. Ce qui veut dire que l’on externalise encore la prise en charge de la difficulté de l’élève, alors que tout l’esprit de la réforme précédente était que chaque professeur, accompagné par des collègues, se saisisse au sein de son enseignement de la nécessité de "différencier". Que ce soit pour accompagner les collégiens les plus en difficultés ou pour permettre aux meilleurs d’entre eux de viser l’excellence en allant plus loin.

On reprend de vieilles recettes qui, pédagogiquement, sont moins efficaces. D’autant qu’il est indiqué sur le site de candidature du président qu’il fera appel à la participation bénévole des étudiants, à raison d’un trimestre dans chaque cursus, et des retraités. Tout cela, on l’a déjà fait par le passé. Ça peut fonctionner comme je l’ai vu dans un établissement parmi tous ceux que j’ai connus. Mais dans tous les autres, j’avais des étudiants à gérer en plus qui arrivaient en retard ou étaient absents sans prévenir pour cause de partiels. Se pose aussi la question essentielle de la formation à la pédagogie de ces intervenants bénévoles.

Les retraités, c’est la même chose : il y a plein de gens motivés, dynamiques, mais aussi des personnes qui ne sont plus en lien avec l’école et qui n’ont pas obligatoirement connaissance de son fonctionnement, de ses contraintes, de ses élèves et profs ou ne conçoivent pas un positionnement "moderne".

(...)

Par 
Citoyen

Propos recueillis par Jean-Frédéric Tronche

Suite et fin ci-dessous

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L'annonce égotiste et inédite de Blanquer... Par Claude Lelièvre...

29 Mai 2017 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Politique

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Le nouveau ministre de l'Education nationale vient d'annoncer qu'il n'y aura pas de loi à son nom (en gage de la fin d'une politique d'évolutions «verticales» du système scolaire). La belle affaire ! Car la plupart des réformes scolaires initiées «d'en haut» l'ont été par simples décrets...

« Il n'y aura pas de ''loi Blanquer'', et j'en serai fier » a déclaré vendredi dernier Jean-Michel Blanquer au congrès de la PEEP (Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public) : « il y aura des évolutions du système qui ne seront pas verticales ».

Mais celui que l'on présente comme un « fin connaisseur du système éducatif » ne doit pas ignorer que l'essentiel des réformes tentées d'en haut (''verticales'') l'ont été par ''décrets'' et non par des ''lois'' !

Durant le dernier quinquennat, il y a bien eu une loi d'orientation et de programmation votée en 2013 par l'ensemble des parlementaires de gauche (PC, PS, Europe Ecologie les Verts) et refusée ''par principe'' par l'ensemble des parlementaires de droite. Mais les trois réformes qui ont été tentées et décidées d'en haut (et qui ont plus ou moins défrayé la chronique) ont été décidées par simples décrets : la réforme des rythmes scolaires dans le primaire ; la grande réforme des programmes scolaires (de la maternelle à la classe de troisième) ; et enfin ce qu'il est convenu d'appeler la ''réforme du collège''.

L'essentiel des très importantes réformes scolaires de la période gaullienne ne sont pas passées, elles aussi, par des lois ad hoc. On peut citer en particulier la décision de prolonger la fin de la scolarité obligatoire de 14 ans à 16 ans (prise par Ordonnance le 6 janvier 1959) et la création du CES (collège d’enseignement secondaire) destiné à accueillir désormais (de la sixième à la troisième) tous les élèves entre l’âge de 11-12 ans et l’âge de 15-16 ans (une création décidée par simples décrets le 3 août 1963).

La plupart des « grandes lois scolaires » (celles qui ''balaient'' un champ assez vaste) sont davantage des ‘’lois-principes’’ (qui affirment des ‘’principes’’, des ‘’orientations’’ ) que des ‘’lois-réformes’’ (qui réforment directement des dispositifs et/ou des pratiques en usage), comme je l'ai déjà souligné antérieurement dans « Médiapart » (cf mon billet du 2 janvier 2013). Cela tient foncièrement au fait que les questions éducatives  relèvent certes toujours peu ou prou de choix politiques au sens large du terme, mais de choix qui ne recoupent pas nécessairement (loin s’en faut assez souvent) les clivages entre les différents regroupements d’élus parlementaires. Il est difficile de regrouper son ‘’camp’’ sur des ‘’dénominateurs communs’’ nombreux, ‘’concrets’’ et précis ; mais c’est davantage possible (et utile pour donner du sens) de le rassembler sur des ‘’ principes’’ et/ou des ‘’orientations’’.

On peut prendre pour exemple (parmi bien d'autres possibles, mais on l'a encore en mémoire) la loi ''Haby'' du 11 juillet 1975 (les protagonistes des débats parlementaires s'accordant pour trouver qu'il n'y avait pas grand chose d'''opérationnel''' dans la loi) tout cela étant repoussé à des décrets pour une réforme effective : les décrets du 28 décembre 1976.

La tentation est grande de ''faire de nécessité vertu''. Beaucoup l'ont eue (à tort ou à raison) ; et le nouveau ministre de l'Education nationale est loin d'être une exception, contrairement à ce qu'il laisse entendre...In fine, on peut se demander si Jean-Michel Blanquer ne s'est pas résolu purement et simplement à ''amuser la galerie'' en l'occurrence, avec une tonalité et une mimique à la ''Buster Keaton'' qui ne manquent pas de sel et d'aplomb.

Si l'on récapitule les lois concernant le système scolaire qui ont eu quelque importance sous la cinquième République, on obtient la liste suivante. 31 décembre 1959 : loi  Michel Debré ; il est proposé aux établissements privés des « contrats » (d’ « association » ou « simple »). 22 avril 1960 : loi créant les collèges et lycées agricoles. 3 décembre 1966 : loi sur la formation professionnelle. 12 novembre 1968 : loi Edgar Faure d’orientation de l’enseignement supérieur. 1er juin 1971 : loi pérennisant les contrats « simples » (qui avaient été proposés à ‘’l ‘essai’’ pour une période de dix ans à l’origine). 16 juillet 1971 : loi organisant la formation professionnelle continue dans le cadre de la « formation permanente ». 11 juillet 1975 : loi René Haby créant notamment le ‘’collège unique’’. 25 novembre 1977 :   loi Guy Guermeur, donnant de nouveaux droits et de nouveaux avantages financiers aux établissements privés sous contrats. 22 janvier 1983 : loi relative à la répartition des compétences entre les communes, les départements, les régions et l’Etat. 26 janvier 1984 :  loi Alain Savary  d’orientation de l’enseignement supérieur. 9 juillet 1984 ; loi portant rénovation de l'enseignement agricole public.31 décembre 1984, loi portant réforme des relations entre l'Etat et les établissements d'enseignement agricole privé. 25 janvier 1985 : loi sur l’enseignement privé modifiée : l’Etat prend à sa charge la rémunération des personnels enseignants des établissements privés sous contrats, les collectivités locales subventionnant le fonctionnement. 14 juillet 1989 : loi Lionel Jospin d’orientation sur l’éducation. 23 avril 2005 : loi François Fillon d’ « orientation et de programme pour l’avenir de l’Ecole ». 10 août 2007: loi Valérie Pécresse relative "aux libertés et responsabilités des universités'' (LRU). 28 octobre 2009 : loi Jean-Claude Carle « tendant à garantir la parité de financement entre les écoles publiques et privées sous contrat d’association lorsqu’elle accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence ». Juillet 2013 : loi Vincent Peillon d'orientation et de programmation.

Au total, durant toute la cinquième République, seulement sept ministres de l'Education nationale « ont donné leur nom à une loi scolaire » . Sept sur les trente quatre qui se sont succédé ! Jean-Michel Blanquer ''surfe'' (à bon compte!) sur l'idée (répandue, mais fausse) que chaque ministre de l'Education nationale n'a de cesse de donner son nom à une loi (alors que seulement un sur cinq l'a fait...). On le voit, le nouveau ministre de l'Education nationale a une façon bien singulière de satisfaire son ego en excipant (d'entrée de jeu et pour l'Histoire) d'une exceptionnalité qui n'a aucun fondement : « il n'y aura pas de loi ''Blanquer'', et j'en serai fier ». Bigre.

Claude Lelièvre

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Le dédoublement des classes : une épine dans le pied du nouveau ministre de l'Education nationale...

29 Mai 2017 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Politique

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Emmanuel Macron, en campagne présidentielle, a promis de dédoubler une partie des classes de CP et CE1 dès 2017. Le ministre de l'Education nationale risque de se heurter à des enseignants qui plébiscitent l'ancien dispositif.

Pendant la campagne de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron avait promis d'alléger les effectifs d'une partie des classes de CP et CE1 dans les zones les plus difficiles, dès la rentrée prochaine. À l'heure de l'application du dédoublement, la question de l'avenir du dispositif "Plus de maîtres que de classes" se pose. Or, les enseignants concernés préfèrent ce plan lancé sous le précédent quinquennat, à celui annoncé par le nouveau président.

Le système des enseignants épaulés devait être renforcé

"Plus de maîtres que de classes" est un dispositif mis en œuvre depuis trois ans. Il fait appel à 3 200 enseignants répartis dans les écoles primaires des zones les plus difficiles, les réseaux d'éducation prioritaire (Rep) et d'éducation prioritaire renforcée (Rep+). Le précédent gouvernement avait prévu d'embaucher 1 900 enseignants de plus pour la rentrée de septembre 2017. Le principe consiste à faire venir un maître supplémentaire par école retenue. Le professeur des écoles navigue alors de classe en classe pour épauler ses collègues, comme l'expliquent Laurence et Christelle, deux enseignantes dans une école des Hauts-de-France. L'une enseigne  en cours préparatoire (CP) est en CP, l'autre appartient au dispositif "Plus de maîtres que de classes". Elles forment un binôme et travaillent, "en co-intervention" dans la classe, avec un regard croisé, enrichissant.

On peut faire des ateliers, on peut dédoubler la classe, faire des groupes de besoin ou de niveau.

Laurence et Christelle, enseignantes

Deux enseignantes travaillent dans une classe de 24 élèves aujourd'hui. Demain, avec la promesse d'Emmanuel Macron, elles seraient toujours là, mais chacune dirigerait une classe de 12 élèves. Au final, le tableau sera-t-il le même ? Non, regrettent Laurence et Christelle. Elles perdraient, disent-elles, de la souplesse pédagogique et les effets positifs d'un travail en équipe. Elles redoutent aussi des conséquences sur l'ambiance de travail en classe. "À douze, nous n'aurons pas, peut-être, la même émulation", déclarent-elles.

Le chantier du ministre : sans "casse"

Le sentiment de regret émis par les deux enseignantes n'est pas isolé. Une pétition contre la suppression du dispositif "Plus de maîtres que de classes" a déjà été signée par plus de 11 000 personnes. Les syndicats enseignants sont également montés au créneau. Le nouveau ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, marche sur un terrain sensible. Le successeur de Najat Vallaud-Belkacem affirme avoir entendu le message.

On ne dépouille rien. On ne casse pas le dispositif 'Plus de maîtres que de classe'.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale

Où trouver les 2300 enseignants nécessaires au dédoublement d'ici septembre prochain ? Il est trop tard pour les embaucher et il n'existe pas de réservoir disponible, d'autant que l'Education nationale manque déjà de remplaçants. Faute d'alternatives, le nouveau ministre pourrait être contraint de redéployer, malgré tout, les 1 900 enseignants recrutés spécialement pour cette rentrée afin de compléter l'ancien dispositif. Mais ce serait alors déclarer la guerre aux syndicats enseignants.

Solenne Le Hen - france-info  Radio France

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