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Vivement l'Ecole!

Chants et Musique du Moyen Age...

22 Janvier 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coups de coeur... Christine de Pisan...

22 Janvier 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Voici venu  le très aimable mois...

Voici venu le très aimable mois
de mai, le gai, qui a tant de douceur
Que les vergers, les buissons et les bois
Sont tout chargés de verdure et de fleurs
    Et toute chose se réjouit.
Parmi les champs tout fleurit et verdoie,
Et il n'est rien qui n'oublie ses soucis,
Par la douceur du jolis mois de mai.

Les oisillons vont chantant de plaisir,
Tout s'éjouit partout communément,
Sauf moi, hélas ! qui souffre trop de peine,
Parce que loin je suis de mon amour
    Et je ne peux avoir de joie.
Et plus est gai le temps et plus me peine.
Mais mieux connait si une fois s'étonne,
Par la douceur du joli mois de mai.

J'ai déploré en pleurant maintes fois,
Il me manque celui dont n'ai secours.
Et maux d'amour encor plus forts connais,
Les dommages, les assauts et les tours.
    En ce doux temps, que je me rende
encor n'ai fait; car cela me détourne
Du grand désir que plus trop ferme n'ai,
Par la douceur du joli mois de mai.

                                ____________________________________

La grand douleur que je porte...

La grand(e) douleur que je porte
Est si âpre et si très forte
Qu'il n'est rien qui conforter
Me pourrait ni apporter
Joie, ains(i) voudrait être morte.

Puisque je perds mes amours,
Mon ami, mon espérance
Qui s'en va, dans quelques jours,
Hors du royaume de France

Demeurer, (hé)las ! il emporte
Mon coeur qui se déconforte ;
Bien se doit déconforter
Car jamais joie conseiller
Ne me peux, dont se déporte
La grand(e) douleur que je porte.

Si n'aurais jamais secours
Du mal qui met à outrance
Mon coeur las, qui noie en plo(e)urs
Pour la dure départance

De cel(ui) qui ouvre la porte
De ma mort et que m'exhorte
Désespoir, qui rapporter
Me vient deuil et emporter
Ma joie, et deuil me rapporte
La grand(e) douleur que je porte.

                              ________________________________________

Je ne sais comment je dure

Je ne sais comment je dure,
 Car mon dolent cœur fond d’ire
 Et plaindre n’ose, ni dire
 Ma douleureuse aventure,

Ma dolente vie obscure.
 Rien, hors la mort ne désire ;
 Je ne sais comment je dure.

Et me faut, par couverture,
 Chanter que mon cœur soupire
 Et faire semblant de rire ;
 Mais Dieu sait ce que j’endure.
 Je ne sais comment je dure.

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Une Phrase.. Un Jour... Ferveur...

22 Janvier 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Citation

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Goya - La maja desnuda

La  vie, jeune homme, est une femme étendue, avec des seins rapprochés et  gonflés, avec un grand ventre lisse et mou entre les hanches saillantes,  avec des bras minces, des cuisses rebondies et des yeux mi-clos, qui  dans sa provocation magnifique et moqueuse exige notre ferveur la plus  haute, toute la tension de notre plaisir de mâle qui lui tient tête ou  qui est fichu.

La montagne magique, Thomas Mann 

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Éduquer à l’incertitude - Élèves, enseignants : comment sortir du piège du dogmatisme?...

22 Janvier 2017 , Rédigé par Dunod Publié dans #Education, #Pédagogie

La faible résistance des jeunes aux chants des sirènes religieuses, consuméristes ou complotistes est inquiétante. Avec la laïcité comme valeur, l’École demeure, pourtant, le lieu par excellence pour apprendre à résister à de telles emprises. Face aux questions existentielles des hommes, la science a multiplié les questions, mais n’a apporté aucune certitude.

L’École ne doit donc pas se tromper d’ennemi, et opposer dogmatiquement science et spiritualité. Ce qui jette les hommes les uns contre les autres, c’est le dogmatisme et l’addiction aux certitudes. Si l’École devenait le lieu où l’on apprend à « sentir ce qu’on pense et à penser ce que l’on ressent », l’incertitude serait sans doute moins angoissante, et la peur d’apprendre moins intense.

D’où la proposition de Daniel Favre : développer la reconnaissance et la validation de l’expérience subjective, tout autant que la pensée critique, pour former une personne plus unifiée, donc difficile à manipuler – une personne qui, par son ouverture d’esprit et son sentiment de sécurité, peut relever les défis propres à l’évolution accélérée de notre monde.

DANIEL FAVRE Professeur en Sciences de l’éducation à la FDE-ESPE Université Montpellier, formateur d’enseignants depuis 1983, il a également été neurobiologiste de 1975 à 1990.

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Revue de Presse Education... Prédicat – Primaire - Mammouth – Mises au point...

22 Janvier 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education, #Médias

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Dans ce bloc notes, nous continuerons à nous intéresser au prédicat qui en est à sa troisième semaine et qui vient de franchir un stade nouveau avec le discours de François Fillon. On évoquera aussi la primaire de la gauche où les sujets d’éducation ont été abordés dans les deuxième et troisième débats. Nous prendrons aussi des nouvelles du Mammouth : un animal qu’il vaut mieux caresser dans le sens du poil. Et pour finir, je me livrerai à un exercice inhabituel en réagissant à des informations me concernant. Je suis équipé du tout-à-l’égo...

Prédicat (épisode 3)

Le prédicat passe brillamment la troisième semaine du concours du buzz imbécile et malveillant et de la polémique à la c... ! Après la phase de buzz à partir d’un billet de blog douteux et le copiage circulaire entre journaux qui en a suivi, on en est maintenant au stade de la récupération politique... J’attends toujours la quatrième phase avec la tribune de Finkielkraut sur la décadence de la civilisation et la défense du COD face à la barbarie qui ne saurait tarder... !
Cette semaine Le Figaro a donc consacré sa Une à la réforme de la grammaire avec plusieurs articles sur le sujet : un sur le “jargon” un autre sur la “guerre” du prédicat et enfin une interview d’Alain Bentolila pour qui, derrière cette notion grammaticale “ se cache une idéologie épouvantable”. Le Figaro essaie, en fait, de refaire le coup de la réforme de l’orthographe et d’attiser les peurs des parents soucieux de la réussite de leurs enfants en s’appuyant sur une vision patrimoniale et intangible de l’École et en cherchant à idéologiser et politiser un point didactique et relativement mineur. Et ça marche !

La preuve en est que, comme on le prédisait (!), ce sont maintenant les politiques qui s’en mêlent... “Des pédagogistes savants ont créé un fourre-tout : le prédicat. Un nouveau symbole de la dérive de l’enseignement qui s’éloigne du bon sens. […] Mes amis, libérons l’École de ces pédagogistes prétentieux” s’est écrié François Fillon dans une réunion publique à Oyonnax dans l’Ain le 19 janvier. A notre connaissance, Donald Trump ne s’est pas exprimé sur ce sujet...

Pour ne pas rester sur ce constat un peu désabusé et amer, on pourra se faire une opinion plus nuancée avec un bon article de synthèse dans Libération ou une interview de Sylvie Plane sur VousNousIls . On pourra aussi écouter l’émission Rue Des Écoles sur France Culture ou encore lire une interview de l’animatrice de Charivari à l’école dans L’Express .

On parie sur une quatrième semaine ?

(...)

Mammouth

Contrairement à ce que l’on pouvait croire, la chasse au « mammouth » reste un hobby d’aujourd’hui. Une chasse facile, au fond. Il suffit d’un titre accrocheur - « Raser Grenelle », « Les assassins de l’école » ou « Achever le mammouth » - pour s’assurer un succès de librairie et surfer sans vergogne sur la vague de l’antisystème. Alors, je veux être précise : je ne refuse pas la critique. Il y a, évidemment, des choses à changer, à faire évoluer. Mais je trouve profondément injuste le procès récurrent fait à l’Education nationale, d’ignorer délibérément les résultats de la recherche scientifique, de préférer le confort des certitudes idéologiques et des fausses évidences à l’effort hardi de réforme qu’exige l’état de notre système scolaire. Les difficultés et les problèmes existent, oui. Mais au fil des pamphlets, revient un refrain lancinant : les difficultés dans la maîtrise des fondamentaux ? La faute au mammouth ! Les inégalités sociales et scolaires ? La faute au mammouth ! L’orthographe, la condition enseignante, les relations avec les familles ? Le mammouth, encore le mammouth, toujours le mammouth. Vraiment ? Rien sur la situation de la société dans son ensemble ? Rien sur la promotion délirante d’un discours consumériste et matérialiste ? Rien sur les crises auxquelles nous faisons face ? La prétendue « critique » de l’Institution scolaire ne peut se résumer à « l’esprit qui toujours nie », pour reprendre la formule de Goethe. Elle doit tenir compte de ce qui est, au lieu de pontifier béatement en faveur de la suppression d’une méthode globale d’apprentissage de la lecture… pourtant disparue depuis des décennies. Voilà pourquoi je tiens à rappeler la réalité du ministère, loin des fantasmes véhiculés. ” C’est un extrait de la tribune proposée par la Ministre de l’Éducation Nationale à Libération le 16 janvier 2017.

Les allusions qu’on trouve dans cet extrait sont assez claires. Najat Vallaud-Belkacem s’insurge contre toutes les attaques qui sont portées à l’institution qu’est l’Éducation Nationale. Et elle semble renvoyer dos-à-dos le livre de Carole Barjon (« Mais qui sont les assassins de l’école  ») et celui de Bernard Toulemonde et Soazig le Névé ( “Et si on tuait le mammouth”). Elle conteste aussi la critique sur le caractère bureaucratique de son Ministère en affirmant que “à rebours des politiques éducatives descendantes à partir de la rue de Grenelle, j’ai décidé de construire une politique nationale à partir des solutions du terrain et de l’expertise scientifique. L’Education nationale n’est plus, loin s’en faut, ce cliché blessant du mammouth centralisé et ultra-jacobin. ”. En fait dans ce texte, la Ministre se livre à une double défense. D’abord celle des enseignants qui ont tendance à voir dans les attaques de l’institution une remise en cause de leur propre travail. Et ensuite celle de sa propre administration centrale (dont B. Toulemonde a été un membre éminent) qui est souvent qualifiée de bureaucratique.

Bernard Toulemonde et Soazig Le Neve n’ont pas apprécié cette tribune dans Libération et l’amalgame qui est fait avec le livre de C. Barjon. Ils lui répondent dans le même journal en l’interpellant : “Alors, Madame la Ministre, le « mammouth » n’est responsable de rien ?”. Pour eux, il faut distinguer l’institution et les enseignants, ils reprennent une métaphore que j’ai maintes fois utilisée : “Les enseignants sont-ils heureux ? Ils sont hélas comme l’orchestre du Titanic : ils font de leur mieux pendant que le navire coule… C’est donc un système qu’il faut modifier pour que, comme vous le souhaitez, nous ayons « une école ouverte sur le monde », « capable d’évoluer » et « d’adapter les méthodes d’apprentissages ».” Et ils reprennent leur credo fondé sur l’autonomie : “Pour cela, cessons de penser que la France d’en haut, celle de la rue de Grenelle, sait tout ce qu’il faut faire et que la France d’en bas n’a qu’à appliquer. Faisons vraiment confiance aux acteurs locaux, aux équipes d’établissement, laissons-leur de larges marges de liberté et accompagnons-les pour inventer les solutions de réussite de leurs élèves. Formons vraiment les enseignants à la pédagogie, modernisons cette gestion archaïque qui les désespère.

Cette polémique est assez emblématique de la difficulté du débat sur l’École. On en trouve une autre illustration avec un article de Louis Maurin sur le site (rénové) d’Alternatives Économiques qui est assez largement transféré et retweeté sur les réseaux sociaux. Le directeur de l’observatoire des inégalités affirme en titre “Non, l’école n’augmente pas les inégalités”. On ne va pas ici rentrer dans le débat assez technique et portant sur la méthodologie qui constitue le cœur de ce texte. On peut surtout souligner les raisons de son succès et l’usage qui peut en être fait. On peut en effet y voir une sorte de dédouanement de l’École (et par extension de ses enseignants) et c’est certainement une des raisons de l’intérêt qui y est porté. Mais il faudrait dire à tous ceux qui transfèrent ce texte (avec évidemment des arrières pensées syndicalo-politiques) en pensant qu’il exonère le système scolaire de toute responsabilité et qui le voient comme une forme d’absolution des enseignants (comme s’il fallait se sentir coupable personnellement du dysfonctionnement d’une institution) qu’il serait utile de lire aussi la fin du texte ! Louis Maurin précise : « L’école française ne ressemble pas au portrait qu’on en fait, cela n’empêche qu’elle peut mieux faire. Un constat raisonné pourrait aider à améliorer le niveau scolaire de notre pays et le rendre plus juste. […] Le système français n’est pas le pire au monde, il est hypocrite. Ce qui fâche, ce n’est pas ce qu’il est, mais l’écart entre un discours sur l’égalité scolaire et la réalité vécue par les « non-initiés » des milieux populaires. Leur rejet par le système est d’une rare violence et nourrit les tensions sociales. C’est l’un des piliers oubliés de la montée de l’extrême droite.[…] Si l’on croit, au contraire, qu’il est de l’intérêt général d’avoir une école plus juste, il est temps de mettre en œuvre non plus des replâtrages permanents mais des transformations de fond. »

Au risque de me répéter, on devrait pouvoir critiquer l’institution qu’est l’École sans que cela soit vu comme une attaque des enseignants eux-mêmes qui font du mieux qu’ils peuvent dans un système qui dysfonctionne. Et pareillement, on devrait pouvoir pointer le fonctionnement bureaucratique de l’administration sans s’exposer à des protestations énergiques de cette technostructure persuadée dans une sorte de discours performatif que la volonté de ses membres tient lieu de politique et qui nie ou minimise la pesanteur du système. J’ai pu éprouver personnellement l’une et l’autre de ces difficultés !

Le mammouth est un animal revêche et susceptible !

(...)

Philippe Watrelot

Vous retrouverez son toujours remarquable bloc-notes en entier par l'intermédiaire d' un clic ci-dessous

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Daniel Darc...

21 Janvier 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Jean Jaurès...

21 Janvier 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Jean Jaurès...

 

Discours à la Chambre des Députés - Février 1912

(...)

... c’est à la France, à toute la France pensante qu’il importe  d’enseigner ce qu’est la civilisation arabe. Très souvent c’est par  ignorance que les hommes sont mauvais (Très bien! très bien !),  c’est parce qu’ils ne se représentent pas avec une force suffisante la  pensée, le droit, la vie, les conditions d’existence d’autres hommes. Quoi ! vous avez là une civilisation admirable et ancienne, une  civilisation qui, par ses sources, tient à toutes les variétés du monde  antique, une civilisation où s’est fondue la tradition juive, la  tradition chrétienne, la tradition syrienne, la force de l’Iran et toute  la force du génie aryen mêlée avec les Abbassides à la force du génie  sémitique ; et depuis des siècles cette force est en mouvement,  religion, philosophie, science, politique, avec des périodes de déclin  mais aussi avec des périodes de réveil.

(Applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs.)

[…]

C’est que, voyez-vous, il est temps d’aboutir, il est temps de se  poser le grand problème. Comment arriverez-vous à la conciliation, à la  coopération de ces forces, de ces races, qui ne sont encore, il faut  bien le dire, que juxtaposées sur le sol de l’Afrique ? Il y a là deux  grandes forces, et ce n’est pas en écrasant l’une ou l’autre que vous  ferez l’ordre et la paix. Il y a ces Jeunes Tunisiens qui rêvent, pour  leur race et pour leur peuple, un développement dans le sens moderne. Je  crois que ceux-là savent bien que, dans leurs traditions et dans le  Coran même, il y a, à côté des forces de fanatisme et des affirmations  de guerre, de grandes paroles magnifiques de continuité humaine et de  tolérance.

Ah ! messieurs, permettez-moi un souvenir, qui vient tout  naturellement à l’esprit quand on parle de races qui ont une existence  séculaire. Dans nos vieilles épopées du XIIe et du XIIIe siècle, dans  ces épopées comme La Chanson de Roland et les Alyscamps  qui mettent le monde chrétien aux prises avec le monde musulman ; oui, à  cette époque même où la lutte était le plus âpre, où les Normands de  Sicile débarquaient sur les côtes africaines, où, de la Sicile  chrétienne à l’Afrique musulmane, c’était un terrible échange de  cruautés et de massacres, même à cette époque, dans nos vieux livres  épiques, nos hommes de génie, nos chantres de génie, quand ils montrent  les musulmans qui arrivent, oh ! ils ont des paroles d’anathème pour  l’infidèle ; mais ils ont des paroles de respect pour le soldat de  courage et pour le chevalier, et ils disent, montrant la charge des  escadrons sarrasins : « Voyez surgir en avant les jeunes hommes pleins  de chevalerie ! » Et c’est le poète chrétien des Alyscamps qui  met dans la bouche d’un guerrier musulman la plus belle, la plus  admirable profession de foi monothéiste qui ait retenti dans la poésie  française avant les stances du Polyeucte de Corneille et où l’auteur loue la sage Guibourg, la femme du marquis, d’être restée sage dans la loi sarrasine.

Je voudrais que la France aujourd’hui aussi fût sage dans la loi  sarrasine, qu’elle connût les moeurs, la pensée, les ressources d’avenir  de ces peuples et qu’elle les traitât avec le respect qu’elle leur doit  et qu’au plus fort même des mêlées épiques leur ont donné nos aïeux. (Applaudissements.)

Nous sommes revenus à une période de dures guerres, non pas  guerres de croyances, non pas guerres des croyants chrétiens contre les  croyants musulmans, mais de guerres déchaînées par l’esprit de conquête  et d’annexion.

Ah ! on a parlé des événements de Tunis et du contrecoup qu’a eu, là-bas, la guerre des Turcs et des Italiens.

Le patriotisme a des formes multiples. Il est, par certaines cimes,  là où il se confond avec l’idée d’un avenir des fédérations humaines, il  est au plus haut sommet de l’espérance des hommes, et il est aussi une  force élémentaire par la brutalité de certains instincts de violence qui  se déchaînent à certaines heures.

J’étais en Argentine au moment où a éclaté le conflit italo-turc.  Trois jours après, oubliant l’unité de misère qui les avait jetés à  travers l’océan sur les mêmes chantiers, là-bas, à vingt jours de mer,  les ouvriers italiens se battaient contre les ouvriers turcs. (Mouvements divers.) Et comment voulez-vous qu’en Tunisie, tout près du foyer, ces événements n’aient pas de répercussion ?

Eh bien ! c’est à nous de montrer que, même à travers ces brutalités  de la guerre, même quand, au Maroc, à Tripoli, le glaive brille et le  fusil retentit, la France n’a pas oublié, qu’elle exalte au contraire sa  volonté de justice sociale et de solidarité humaine. Plus les temps  sont troublés par des événements dont je ne veux pas ce soir rechercher  les responsabilités, plus il importe que vous alliez vite et que vous  fassiez là-bas oeuvre décisive, sensible, profonde, de justice et de  solidarité.

Tenez, messieurs, voyez à quel péril nous serions exposés si nous  n’allions pas vite dans le sens que je vous marque. J’ai découpé, il y a  deux jours, dans le Times une correspondance de Tanger. Ah ! messieurs, vous ne récuserez pas le Times.  Il est, si je puis dire, un des organes officiels de l’Entente  cordiale, et il a toujours soutenu votre politique au Maroc. Mais voici  ce qu’il écrit, et cela est bien révélateur des procédés de conquête :

«Il y a une compagnie française qui a acheté de quelque vendeur  plus ou moins autorisé un immense domaine. Dans les limites de ce  domaine étaient comprises de nombreuses petites propriétés marocaines.  La compagnie française n’en a pas tenu compte, elle a tout englobé, elle  a tout enveloppé et elle a dit aux Marocains : « Je suis ici chez  moi. » Et les Marocains, qui occupaient leurs terres et leurs maisons,  n’ont eu d’autres ressources que de s’en aller en acceptant une  indemnité qui, dit le Times, était complètement inadéquate à la valeur de leurs propriétés. Mais c’était à choisir : cela, ou rien. »

(Mouvements divers.)

Comment de telles choses sont-elles possibles ? Ces Marocains  dépouillés, ces indigènes volés n’ont aucun recours. En 1870, par la  convention de Madrid, la France s’est engagée à ce que, dans le cas de  litige, ses nationaux comparaîtraient devant les juges marocains; mais  elle n’a pris aucune disposition précise et pénale pour les y  contraindre. Et la compagnie profite de cette lacune pour se refuser à  aller devant la juridiction marocaine, qui est indiquée, pour ces  litiges, par la convention de 1860.

Bien mieux. Les Maures ont demandé l’arbitrage, on l’a refusé. Ils  ont offert comme arbitre le chargé d’affaires de France ; la compagnie a  refusé (Exclamations sur divers bancs) ; et depuis des mois, des  centaines d’indigènes marocains, aux portes de Tanger, meurent de faim,  chassés de chez eux par la violence de la conquête.

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Non à l'autonomie libérale des établissements! Oui à l'autonomie pédagogique et républicaine...

21 Janvier 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

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A bien plus de 80 ans, Michel Serres nous parle souvent d'un monde en métamorphose pour lequel il est urgent et nécessaire d'inventer d' "inimaginables nouveautés". Très souvent aussi, à propos des pédagogies du XXIème siècle, le "vieux jeune homme" conseille d'en expérimenter en même temps qu'apparaissent les nouvelles technologies.

Depuis fort longtemps déjà, des Philippe Meirieu ou Edgar Morin, chacun à leur manière, ne disent pas autre chose. Pourtant, malgré ces avis éclairés, malgré des expériences innovantes aux réussites incontestables, malgré des travaux, des séminaires, des colloques, des conférences nationales et internationales, malgré les résultats d'enquêtes (dont PISA mais pas seulement), malgré les recommandations d'experts reconnus comme de praticiens anonymes, l'Ecole évolue peu, se contente ici d'ordinateurs, là de tableaux blancs interactifs mais refuse de bouleverser ses habitudes. 

Incompréhensible attitude puisque dans le même temps, un certain nombre de professeurs critique allègrement le "système", renâcle devant toutes les réformes, le terme de "réforme" servant à lui seul de repoussoir. Il faut dire que les désormais politiquement ultra-corrects Finkielkraut, Polony, Zemmour, Brighelli entonnent partout où ils passent le chant du conservatisme revendiqué. "L'école est par nature conservatrice" a même déclaré Rama Yade... Affirmation révélatrice néanmoins d'une position hélas largement partagée à l'intérieur même de l'institution scolaire, y compris dans l'électorat de gauche TRES à gauche.

A toutes ces frilosités, car pour beaucoup d'enseignants la peur de l'inconnu est très présente, je choisis et choisirai toujours les audaces d'un Michel Serres, les visions d'un Edgar Morin, les courages d'un Philippe Meirieu... Tous, avec d'autres, ont raison depuis longtemps. Chaque année qui passe voit leurs analyses confortées, leurs avertissements justifiés. QUAND donc enfin allons-NOUS, toutes "catégories éducatives confondues", avoir le courage de les entendre ? Combien d'années d'échecs faudra-t-il pour que NOUS prenions à bras-le-corps les transformations nécessaires qu'une Ministre courageuse a portées? (et qu'elle aurait aimé plus radicales et plus audacieuses encore mais les inerties sont redoutablement puissantes dans la "maison Education"). Combien de milliers de gamins abandonnés en cours de scolarité faudra-t-il pour que NOUS mettions en place les outils QUI EXISTENT permettant l'arrêt du massacre ? Quand déciderons-NOUS de modifier radicalement un système qui ne reproduit pas les inégalités sociales mais - bien pire - les creuse davantage encore ?

Quand cesserons-NOUS de prêter des oreilles bien trop attentives aux "Macron", ces candidats "youpiii" vendant en excellents (dé)marcheurs une autonomie libérale des établissements alors qu'il convient urgemment de faciliter l'autonomie pédagogique des enseignants dans une "école démocratique", émancipatrice et républicaine!

Faisons un rêve... 2017 et l'échéance majeure des présidentielles, au milieu d'un monde chaotique, dangereux, bouleversé, replié sur les petits nationalismes égoïstes NOUS offriront peut-être l'occasion d'oser...

D'oser avec l'audace tranquille et lumineuse d'un Michel Serres...

Christophe Chartreux

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A Lire... "Je ne capitule pas - Après les attentats de Charlie Hebdo : à quoi ça sert un prof ?" (+ video)

21 Janvier 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education

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« Sauf exception, vous et moi, on ne fréquente pas les mêmes types. Mes potes sont dangereux : ils pensent toujours en avance des autres. Vous croyez que je dis ça parce que je vis en banlieue et que j’y suis prof ? Pas du tout. Pour vous, Montaigne, par exemple, c’est un vieux mort il y a des siècles, qui parle dans un langage qu’on ne comprend pas et dont on n’a rien à fiche. Pour moi, c’est un gars qui en a, parce qu’il faut en avoir, au XVIe siècle, pour braver la censure, risquer l’exil ou la mort, regarder autrement que tout le monde, et déclarer face à un Indien exhibé par le roi que c’est pas de la marchandise, c’est un humain. Ils sont comme ça, mes potes. Ils s’appellent Aristote, La Boétie, Molière, Voltaire, Victor Hugo, Robert Desnos, Prévert ou Camus. Y’en a même des vivants : Schmitt, Pennac, Abd Al Malik, Daoud… Mon boulot, c’est de faire le “truchementˮ, le passeur d’art entre eux et la centaine d’ados qu’on me confie tous les ans depuis plus de vingt ans. »

Lire également le trés beau portrait de Marie-Sandrine Lamoureux, écrit par Monique Royer, en cliquant ci-dessous

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