Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!
Lire la suite

Coup de Coeur... Ivan Jablonka...

2 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de Coeur... Ivan Jablonka...

Laetitia est hominis transitio a minore ad majorem perfectionem.

La joie est le passage de l’homme d’une moindre perfection à une plus grande.

SPINOZA, L’Éthique.

Laëtitia Perrais a été enlevée dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011. C’était une serveuse de dix-huit ans domiciliée à Pornic, en Loire-Atlantique. Elle menait une vie sans histoires dans la famille d’accueil où elle avait été placée avec sa sœur jumelle. Le meurtrier a été arrêté au bout de deux jours, mais il a fallu plusieurs semaines pour retrouver le corps de Laëtitia.

L’affaire a soulevé une énorme émotion dans tout le pays. Critiquant le suivi judiciaire du meurtrier, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a mis en cause les juges auxquels il a promis des « sanctions » en réponse à leurs « fautes ». Ses propos ont déclenché un mouvement de grève inédit dans l’histoire de la magistrature. En août 2011 – affaire dans l’affaire –, le père d’accueil a été mis en examen pour des agressions sexuelles sur la sœur de Laëtitia. À ce jour, on ignore si Laëtitia elle-même a été violée, que ce soit par son père d’accueil ou par son meurtrier.

Ce fait divers est exceptionnel à tous égards – par l’onde de choc qu’il a soulevée, par son écho médiatique et politique, par l’importance des moyens mis en œuvre pour retrouver le corps, par les douze semaines que ces recherches ont duré, par l’intervention du président de la République, par la grève des magistrats. Ce n’est pas une simple affaire : c’est une affaire d’État.

Mais que sait-on de Laëtitia, hormis qu’elle a été la victime d’un fait divers marquant ? Des centaines d’articles et de reportages ont parlé d’elle, mais seulement pour évoquer la nuit de la disparition et les procès. Si son nom apparaît dans Wikipédia, c’est sur la page du meurtrier, à la rubrique « Meurtre de Laëtitia Perrais ». Éclipsée par la célébrité qu’elle a offerte malgré elle à l’homme qui l’a tuée, elle est devenue l’aboutissement d’un parcours criminel, une réussite dans l’ordre du mal.

Pouvoir du meurtrier sur « sa » victime : non seulement il lui retire la vie, mais il commande le cours de cette vie, qui désormais s’oriente vers la rencontre funeste, l’engrenage sans retour, le geste létal, l’outrage fait au corps. La mort tire la vie à elle.

Je ne connais pas de récit de crime qui ne valorise le meurtrier aux dépens de la victime. Le meurtrier est là pour raconter, exprimer des regrets ou se vanter. De son procès, il est le point focal, sinon le héros. Je voudrais, au contraire, délivrer les femmes et les hommes de leur mort, les arracher au crime qui leur a fait perdre la vie et jusqu’à leur humanité. Non pas les honorer en tant que « victimes », car c’est encore les renvoyer à leur fin ; simplement les rétablir dans leur existence. Témoigner pour eux.

Mon livre n’aura qu’une héroïne : Laëtitia. L’intérêt que nous lui portons, comme un retour en grâce, la rend à elle-même, à sa dignité et à sa liberté.

Lire la suite

À l'école des enfants de migrants...

2 Novembre 2016 , Rédigé par Sciences Humaines Mag Publié dans #Education

À l'école des enfants de migrants...

De plus en plus d’enfants et adolescents étrangers arrivent sur le territoire français, seuls ou en famille. L’école est en première ligne pour leur transmettre la langue française.

Ils sont 24 élèves, ils ont entre 11 et 17 ans, arrivent de toute la planète, et sont scolarisés dans cette classe d’accueil d’un collège marseillais. Sur une grande carte, ils ont dessiné leurs pays et langues d’origine : « Je m’appelle Abdelrahim, je viens de Barcelone, je parle espagnol, catalan, un peu d’arabe et un peu le français », raconte un jeune garçon. Syriens, Bulgares, Ghanéens, Arméniens, Mongols ou Espagnols, certains ont quitté leur pays d’origine avec leur famille, d’autres sont arrivés seuls sur le sol français. Christine Karmann, la professeure de français langue seconde, fait travailler tout ce petit monde de concert, malgré des niveaux très hétérogènes : « J’utilise énormément les pédagogies coopératives, explique cette enseignante, ancienne professeure de lettres. Je pars, par exemple, d’un élément de conjugaison ou de lexique, ou même d’un poème, et je le décline sur différents niveaux. On travaille beaucoup par petits groupes. »

Aujourd’hui, la plupart des jeunes migrants sont orientés vers des structures d’accueil. Ces classes existent depuis 1970 dans le primaire et depuis 1975 en collège. On les appelle aujourd’hui les UPE2A : unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants. Sous ce nom un peu barbare, une réalité linguistique : « On parle d’enfants allophones, ce qui signifie qu’ils parlent d’autres langues. C’est plutôt positif comme appellation : on ne dénomme pas ces élèves par ce qu’ils ne savent pas, mais par ce qu’ils savent déjà », explique Thierry Chevrolet, enseignant en UPE2A à Rennes. Cet enseignant spécialisé a en charge une quinzaine d’élèves maliens, syriens ou somaliens, dont certains, 15 ans à peine, sont arrivés seuls en France, en provenance d’Afghanistan ou du Mali.

(...)

Anna Quéré

                                                      ______________________

Lire la suite

Alors Monsieur Sarkozy, les enseignants?... Des feignants privilégiés?....

2 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

dieppe-navals.fr

dieppe-navals.fr

Ah les vacances ! Les enseignants ont tout entendu à ce sujet. Nous sommes des privilégiés paraît-il. Je ne dirais pas cela. Les vacances sont un privilège, c'est incontestable. Conquis par des luttes anciennes. De là à nous ranger parmi les privilégiés comme l'a laissé entendre Nicolas Sarkozy affirmant qu'enseigner, c'était être 180 jours par an devant élèves, il y a un grand pas... Grave méconnaissance du métier de la part d'un ex Président de la République, lequel il est vrai a supprimé 80 000 postes en un seul quinquennat. 80 000 "feignasses" en moins?...

J'ai rencontré, par hasard, Stéphanie en ville. Elle montait et remontait la rue principale. C'est l'activité quasiment unique des adolescents le samedi ou pendant leurs congés. Ils descendent des bourgs environnants et viennent respirer l'air marin, cet air que l'on sent avant même d' avoir aperçu la mer. Ils viennent aussi se montrer, attirer les regards... Parfois on les croise aussi dans la galerie marchande du supermarché Auchan, là-haut, au "Belvédère" battu par les vents....

« Oh Monsieur! Bonjour ! Vous profitez des vacances ? »

Oui je profite des derniers jours. Et toi Stéphanie, qu' as tu fait pendant cette Toussaint ? Elle n' a pas grand chose à me dire. Mes élèves sont des ruraux et le Pays de Caux n' offre pas beaucoup de distraction. Les villages sont éloignés les uns des autres. Les fermes isolées sont nombreuses. La vie, comme le climat, y est rude. Maupassant et Flaubert, nos célébrités, l'ont dit mieux que moi, ce Pays. Le horsain, celui qui n' est pas né ici, est encore regardé de travers. On soulève discrètement le rideau à carreaux pour observer l'étrange étranger. Et on laisse aboyer le chien longtemps dans la cour avant de répondre au coup de sonnette de l'importun. Forcément importun. Même s'il pleut... Surtout s'il pleut ! Le normand est taquin... On "dérange" toujours dans le Pays de Caux. Mais on sait aussi être solidaire. Tradition de marins. Les hommes y ont les doigts épais et crevassés de ceux qui remuent la terre ou qui remontent les filets. Ils ont les yeux bleus et fatigués des agriculteurs endettés jusqu' à la gorge, des pêcheurs qui voient le port se vider de tous les bateaux, remplacés par ces cochons de plaisanciers , les parisiens comme ils les appellent. Quand on n'est pas d' ici, on est de Paris... De nulle part ailleurs...

Je les aime ces hommes là ! Les vacances, eux, ils en entendent parler...

Et leurs enfants ne veulent pas poursuivre l'activité du père. Trop dure ! En trente-quatre ans de métier, mes principaux de collège ont souvent affiché une note qui annonçait la disparition d' un parent d' élève. Le suicide est fréquent en Pays de Caux. Mais l'enfant est là. La vie doit continuer, heureusement. Ils ont les ambitions de leurs parents, modestes. Même ceux qui sont doués ne veulent pas poursuivre des études trop longues. Il faut travailler, gagner un salaire, rapidement. Les filles veulent être coiffeuses, les garçons mécaniciens. Et on peut tout essayer, ils n'en démordent pas ! C' est qu'on est têtu en Normandie ! Les choses évoluent mais si lentement...

 « On commence la poésie alors, vous êtes sûr ? »

Oui Stéphanie, on commence la poésie. Tu verras, je vais te surprendre ! Il faut toujours les surprendre ! Chaque cours doit être un cadeau à leur faire. On n' y parvient pas à tout coup. Tout se joue dans les cinq premières minutes. Si vous parvenez à accrocher leur regard, leur attention et leur curiosité, alors c'est gagné. Ils vous suivront au bout du cours, au bout du monde, sur des bateaux imaginaires. Ils participeront... La classe sera l'île de Robinson, la scène du Bourgeois Gentilhomme, la Guerre de Troie y aura lieu et la conjugaison, la grammaire et l'orthographe prendront du sens. Eh oui, Monsieur Sarkozy, l'enseignement n' est pas qu'affaire d' experts ou de donneurs de leçons ! Il est aussi, surtout, affaire de passion et d' amour.

Je les aime ces enfants là ! Les vacances, ils les ont bien méritées.

«  A jeudi Stéphanie ! »

Le froid est vif. Mais il fait un soleil magnifique. Je me dirige vers le port pour aller regarder les hommes sur les quais, réparant un filet ou rangeant leurs casiers. J'irai peut être même boire un café avec eux. J'aime les entendre parler. Ils parlent si bien de leur vie et de leur bonheur. Jamais de la dureté de leur existence.

Et pourtant, ils en auraient des choses à dire, eux qui n'ont que très peu de privilèges!...

Christophe Chartreux

Lire la suite

Regards sur l'education 2016... Les chiffres de l'OCDE...

2 Novembre 2016 , Rédigé par OCDE Publié dans #Education

Lire la suite

La laïcisation du personnel de l'enseignement public... Par Claude Lelièvre...

2 Novembre 2016 , Rédigé par Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Laïcité

La laïcisation du personnel de l'enseignement public... Par Claude Lelièvre...

La loi du 30 octobre 1886 parachève l'oeuvre de laïcisation de Jules Ferry en substituant – mais très progressivement- un personnel laïque aux congréganistes présents dans les écoles communales. La « laïcisation » : un long fleuve (tranquille?)

Depuis la loi Guizot de juin 1833, les écoles primaires se distribuaient en quatre groupes d'inégale importance : «publiques laïques» (c'est à dire encadrées par des ''laïcs'', des ''non religieux'') ; «publiques congréganistes» ; «privées congréganistes» ; «privées laïques».

Les écoles privées et publiques sont alors distinguées uniquement par la nature de leur financement :« Les écoles publiques sont celles qu'entretiennent, en tout ou partie, les communes, les départements, ou l'Etat »  (article 8 de la loi Guizot. Une école qui reçoit - même un peu – un financement public est ipso facto considérée comme ''publique'').

Pour le ministre de l'Instruction publique René Goblet (qui est l'auteur de la loi du 30 octobre 1886), « l'enseignement primaire étant devenu de toutes les manières, au point de vue matériel comme au point de vue moral, un service public analogue à tous les autres, il est incontestable que l'Etat a le droit de mettre dans les écoles des maîtres formés par lui […]. La laïcisation du personnel est le seul moyen d'établir dans l'école la neutralité confessionnelle qui a été le le but de la loi de 1882 » (Sénat, 8 février 1886).

Deux jours plus tôt, lors de la présentation de la loi au Sénat, René Goblet avait précisé la raison de cette laïcisation du personnel de l'enseignement primaire public : « Il y a une nécessité d'ordre moral parce que je ne comprends pas qu'on laisse le soin d'enseigner et d'apprendre les libertés civiles et politiques à des hommes qui n'ont ni la liberté de l'âme, ni la liberté de conscience, ni la liberté de pensée » (à savoir les congréganistes).

La loi du 30 octobre 1886 institue que les maîtres congréganistes doivent être remplacés dans un délai de cinq ans maximum par des instituteurs laïques, les institutrices congréganistes au fur et à mesure que leurs postes deviennent vacants.

Si la mesure visant les maîtres congréganistes est plus expéditive que celle ayant trait aux institutrices, c'est qu'elle est plus facile à prendre car ceux-ci sont déjà très minoritaires dans l'enseignement primaire public masculin. En 1886, au moment du vote de la loi, sur cent élèves garçons du primaire, 82 se trouvent dans le public laïque, 6 dans le public congréganiste, 10 dans le privé congréganiste et 2 dans le privé laïque.

En revanche, sur cent élèves filles du primaire, 49 seulement sont dans le public laïque, 23 dans le public congréganiste, 24 dans le privé congréganiste et 4 dans le privé laïque.

Alors que sur 100 garçons dans le primaire public, il n'y a que 7 d'entre eux encadrés par des congréganistes, sur 100 filles dans le primaire public il y a 32 d'entre elles éduquées par des congréganistes. La mise en place de la laïcisation du personnel de l'enseignement primaire public sera donc plus longue et plus délicate pour ce qui concerne les filles. Mais c'est là aussi que se situe l'enjeu essentiel. Rien n'est jamais simple … La modification des réalités ne relève pas de la magie à effets immédiats !

En 1902, à la veille des mesures d'Emile Combes interdisant aux congrégations d'enseigner, 13% des filles de l'enseignement primaire public seront encore encadrées par des institutrices congréganistes (et 58% des filles seulement sont alors scolarisées dans le public laïque contre 83% des garçons).

Il convient de le rappeler (et de se le rappeler en ces temps troublés voire troubles), la ''laïcité'' (ou plutôt la ''laïcisation''), n'est pas un état mais un processus : un long fleuve (pas si tranquille que cela d'ailleurs...)

1889. Une date importante dans le long processus de la laïcisation des enseignants du primaire public : les instituteurs et institutrices deviennent fonctionnaires. Mais Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la primaire de droite, préconise de supprimer le statut de fonctionnaire « dans un grand nombre de missions pour lequel il n'est pas nécessaire », en donnant l'exemple des enseignants : « on n'est pas obligé d'être fonctionnaire pour être enseignant »...

Claude Lelièvre

Lire la suite

L'école française? Championne d'Europe des "fondamentaux"!...

1 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

L'école française? Championne d'Europe des "fondamentaux"!...

Madame Barjon, les Le Maire, Juppé, Sarkozy et autres candidats de droite, Marianne, Le Point, Valeurs Actuelles, les Brighelli, Polony, Ferroni, Ferry, Finkie (C'est pour la rime en "i"), et tous les passéistes nous rabâchent à longueur d'articles, de tribunes, de déclarations enflammées qu'ils ont LA solution pour pallier les maux de l'école:

"Mettre le paquet sur les FONDAMENTAUX!"

Parce que c'est bien connu, en France, l'école a abandonné les fondamentaux!

Le Gouvernement a tué les FONDAMENTAUX!

La Ministre est l'ennemie des FONDAMENTAUX!

Ah bon?

Alors lisons plutôt le rapport OCDE 2015 sur l'éducation.

En moyenne dans l’OCDE,  37% du temps scolaire sont consacrés à l'apprentissage de la langue et des mathématiques en primaire.

En France, nous sommes TRES au dessus puisque c'est 58% du temps qui sont consacrés à ces apprentissages!

Pour le seul apprentissage de la langue, c'est 37% du temps total qui lui sont dévolus contre:

- 22% en moyenne OCDE;

- 24% en Finlande.

Le temps consacré à l'apprentissage des mathématiques est de 22% en France contre:

- 15% en moyenne OCDE;

- 16% en Finlande.

Mais à part ça, la droite et les tenants de l'école fantasmée d'avant (d'avant le déluge?) continueront de faire croire que les Professeurs, d'Ecole et de collège, ne fichent rien et qu'on n'apprend plus les FONDAMENTAUX!

Mensonge!

Pour la milliardième fois, les solutions ne sont pas à chercher dans le quantitatif, mais dans le qualitatif personnalisé!

Il faudra que la droite explique comment elle compte y parvenir en massacrant tout le travail engagé pour réparer les dégâts du quinquennat Sarkozy, dégâts qu'elle compte aggraver si par malheur elle parvenait au pouvoir en 2017!

Pour rappel, c'est 50 000 postes - a minima - dont elle annonce la disparition!

Nous ne pouvons pas laisser faire cela!

Christophe Chartreux

Lire la suite

Patti Smith...

1 Novembre 2016 , Rédigé par Patti Smith Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de Coeur... Asli Erdogan... Romancière emprisonnée dans les geôles turques...

1 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de Coeur... Asli Erdogan... Romancière emprisonnée dans les geôles turques...

En cheminant dans les méandres déserts du bâtiment de pierre, au long des couloirs secrets enfouis dans une pénombre bleutée, en franchissant des portes qui s'ouvrent et se referment promptement, sans retour possible, comme des tourniquets, tu atteins le coeur du labyrinthe. Un coeur vaste, bien réel, dur comme un coup de poing... C'est une salle vide, froide, blanche comme une pierre tombale, semblable à toutes les salles verrouillées de ta mémoire. Lieu d'où provient la voix que tu entends, qui te parle et t'appelle désespérément. Lieu où te conduit cette mélodie, compagne de ta solitude, faite du murmure du vent dans les coquillages marins et où se mêlent le bruit des gouttes frappant l'eau et le sifflotement des matelots, les battements d'ailes et les chansons d'adieu... Sur les chemins de la terre, tu as laissé derrière toi bien des nuits et des aurores, bien des vies ; tantôt, débordant d'enthousiasme, tu intégrais tout à ton destin, tantôt, épuisé, tu te coulais dans le destin de tout ce qui se dressait devant toi et tu es arrivé ici. Dans la dernière salle sans pilier, sans ornement, sans écho, totalement muette... Envoyé par le sphinx, venu des profondeurs abyssales de l'homme, tu as atteint le coeur excavé du labyrinthe, qui va t'emprunter ta voix... A ce coeur qui bat pour toutes les choses disparues ou non encore créées, perdues ou vouées à leur perte... Dans le silence de cette salle, tu pourras rester éternellement muet et attendre au chevet des défunts. Tu pourras faire ta plus authentique prière, tes plus sincères aveux et verser sans te gêner les larmes qui se sont accumulées en toi. Tu resteras dans cette salle devenue ton propre reflet, tu reviendras en arrière et tu attendras. Ici, tu ne t'exprimeras qu'avec les mots du sang, tu crieras, tu t'insurgeras, tu appelleras désespérément. Personne ne viendra. Le bourreau et toi, la victime, demeurerez en tête à tête, vous blottirez l'un contre l'autre pour vous réchauffer et, au lieu de scruter les lointains, vous vous regarderez dans les yeux. Vos larmes se mêleront, en ruisselant elles atteindront le sol et feront leur nid au sein de la terre. Après avoir fait neuf fois le tour du monde des vivants, elles se perdront dans l'invisible.

La dernière fois que je l'ai vu, sa tête était tombée lourdement en avant. Ses cheveux cachaient son front et ses yeux. Ce que je craignais le plus, en cet instant, c'était qu'il ne lève les yeux sur moi et ne me regarde... Mais en même temps, c'était ce que je désirais le plus, qu'il me regarde, qu'il me voie, qu'il me murmure un mot. Qu'il m'adresse un signe, un reproche, un adieu... Il n'en fit rien. C'est ainsi qu'il m'a laissé ses yeux. Parce qu'il n'avait personne à me laisser.

Lire la suite

Education - Bloc-notes de la semaine... Violences - Laxisme - Entreprendre – Goujat ?- Butinages...

1 Novembre 2016 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education, #Médias

Education - Bloc-notes de la semaine... Violences - Laxisme - Entreprendre – Goujat ?- Butinages...

On aurait pu croire que l’actualité éducative allait avoir du mal à remplir ce bloc notes en cette période de vacances scolaires. Il n’en est rien. La violence qui s’est manifestée avant les congés a continué à occuper la presse. Elle a été l’objet d’une instrumentalisation avec le thème récurrent du “laxisme” mais avec une violence verbale relativement inédite.

On parlera également de l’esprit d’entreprise et on évoquera aussi une accusation de sexisme à propos d’un rapport de jury du Capes. Avant de finir par quelques lectures diverses.

Violences

La France a peur. Au delà d’un certain âge, on est nombreux à se rappeler de la phrase d’ouverture du journal télévisé de TF1 du 18 février 1976, prononcée par le présentateur Roger Gicquel. Toutes proportions gardées, on a l’impression que la presse d’aujourd’hui utilise le même registre. De nombreux journaux évoquent une montée de la violence contre la police mais aussi contre d’autres institutions telles que les hôpitaux et l’éducation nationale. Même si tout cela s’est heureusement arrêté avec les vacances scolaires, les journaux et autres sites d’information restent sur la lancée de la semaine dernière et récapitulent de nombreux cas de violence dans l’éducation. Cocktails Molotov lancés sur un lycée de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) dont le proviseur a été violemment agressé ; élève s’en prenant à son professeur au point de lui casser la mâchoire dans un lycée professionnel de Calais (Pas-de-Calais) ; enseignant passé à tabac en pleine rue à Argenteuil au moment où il ramenait sa classe dans son établissement ; tentative d’étranglement d’un professeur à Lyon, coup de poing contre une prof au lycée international de Colomiers près de Toulouse, etc.

La presse nous apprend que huit jeunes ont été interpellés mardi après les violences qui ont eu lieu devant le lycée professionnel Hélène Boucher à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) le 17 octobre dernier. Environ 80 jeunes avaient semé le trouble devant les grilles de l’établissement avec des jets de mortiers et de cocktail Molotov. La proviseure du lycée avait reçu des coups et perdu connaissance. Une enquête du journal Le Monde évoque une «  tension particulière » au lycée depuis la rentrée. « Ils s’en sont pris à l’institution, confirme le responsable du pôle adolescents de la ville de Tremblay. Quelque chose a dû se passer au lycée, une chose vécue comme une discrimination. Ce mouvement part de là.  »

La sociologue Marie-Duru Bellat sur France Info explique ce phénomène par deux tendances longues : “. La première est d’ordre général sur la jeunesse. On a souvent tendance à dire que ça ne va pas bien. Ce qui se traduit par des problèmes d’intégration de nombreux jeunes, notamment chez ceux qui sont peu instruits. La seconde est liée à la stratégie pour lutter contre l’échec scolaire. On garde les jeunes longtemps à l’école, dans les filières générales, même lorsqu’ils sont en situation d’échec. Cela nourrit des ambitions et crée des désillusions. Quand vous vous sentez nul pendant dix ans, cela peut poser des problèmes.” Et elle conclue cette interview ainsi “ce que ces événements disent, c’est qu’il faut plus de mixité sociale. C’est en brassant les élèves qui posent problème avec ceux qui souhaitent travailler que les classes pourront s’autocontrôler. ”. Pour le sociologue Sébastien Roché dans Le Point, ces violences ne sont pas inédites et s’inscrivent même dans un schéma ancien : “Ces établissements sont tous situés dans des zones sensibles avec des tensions structurelles qu’on connaît depuis plus de trente ans. Ces violences nouvelles révèlent des tensions classiques, malheureusement anciennes.

Dans ce genre de situation où les médias (et les politiques) mettent le projecteur sur un phénomène on sait bien qu’il est toujours difficile de faire la part des choses et de déterminer s’il s’agit bien d’une amplification de celui-ci ou juste une présentation qui fait porter l’attention sur un aspect qui n’est pas forcément plus important mais qui va faire système et créer un sentiment de peur voire d’imitation et de contagion. Mais quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins que face à des actes graves, les sanctions sont indispensables. Poser des limites et faire respecter un cadre fait partie de l’éducation. Et encore une fois, il faut malheureusement le rappeler, analyser, expliquer, n’est pas excuser...

Laxisme

Avec la médiatisation de ces évènements, la tentation est grande pour ceux qui cherchent à instrumentaliser ces actes de violences, symboles selon eux du « laxisme » du gouvernement et de la dégradation des conditions de travail des enseignants.

Une information va particulièrement accentuer le sentiment d’abandon ressenti par certains enseignants. Elle est relatée par France3 Nord-Pas de Calais. L’article intitulé “Harcèlement scolaire à Condé-sur-l’Escaut : des profs sanctionnés, un député choqué” nous informe que des enseignants du Lycée du Pays de Condé à Condé sur l’Escaut s’étaient mis en grève, pour dénoncer des faits de harcèlement scolaire, dont un élève de seconde se plaignait. Sept élèves ont été mis en cause dans cette affaire, parmi lesquels trois principaux protagonistes qui sont aujourd’hui mis en examen, et qui ont été exclus de l’établissement à l’issue d’un conseil de discipline. Mais l’affaire n’en est pas restée là, côté enseignants, puisque l’on apprend que des professeurs qui s’étaient mis en grève le 3 octobre, en soutien au lycéen harcelé, ont été l’objet d’une retenue sur salaire. Ce qui indigne le député maire (PCF) de Saint-Amand Alain Bocquet qui le dénonce dans un courrier adressé en début de semaine à la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem. Cette affaire ajoutée aux autres a pu constituer la goutte d’eau qui fait déborder le vase de l’exaspération dans un contexte de forte crispation.

Face aux violences scolaires, l’Education Nationale fait le choix des bourreaux ”Une tribune sur le Huffngton Post de Fatiha Boudjahlat circule en ce moment sur les réseaux sociaux. Elle entonne le refrain du “laxisme” qui serait dominant aujourd’hui et selon elle "fait le choix des bourreaux". Elle s’en prend aux CPE qui seraient les principaux instruments de ce laxisme avec l’“idéologie libérale-libertaire des pédagogistes”. Cette enseignante dans la région de Toulouse est secrétaire nationale à l’éducation du MRC. Elle a aussi donné une interview à Jean-Paul Brighelli dans Le Point où elle reprend la même argumentation et s’en prend nommément à plusieurs personnes (Éric Debarbieux, Laurence De Cock, Grégory Chambat,...) coupables selon elle d’être des “pédagogistes baignés dans leur idéologie méprisante, compassionnelle et misérabiliste” et d’inverser le “rôle de la victime et de l’agresseur ”. On peut citer aussi la conclusion de cette interview : “On ne peut plus parler de sauvageons, mais de barbares. Créés de toute pièce par la philanthropie misérabiliste des élus, des hauts fonctionnaires et des pédagogistes. Une fausse générosité aux frais de la société et au prix de la réussite du plus grand nombre.

Depuis la publication de cette tribune et cette interview le ton est encore monté. Le fait de l’avoir citée dans ma veille sur Facebook me vaut d’être associé, moi aussi, aux “pédagogistes” honnis par cette dame qui continue ses invectives sur les réseaux sociaux. “Bourreaux aujourd’hui ... après les “assassins de l’École il y a quinze jours, on voit que le champ sémantique reste le même et que l’escalade verbale continue. On est très loin de l’argumentation et même de la raison avec cette fabrication d’un monstre coupable de tous les maux de l’école et de la société que serait le “pédagogiste” et des attaques contre les personnes. Et on ressort de cet épisode avec un goût très amer et la désagréable impression qu’on a franchi encore un cran dans ce que je n’ose plus appeler un “débat” sur l’école…

Pour ne pas en rester sur ce sentiment, il faut aller lire sur ce sujet le très bon billet de Guillaume Caron sur son blog : “Où se cache le laxisme ? . Tout le texte est évidemment à lire mais on peut mettre en exergue ce passage : “Le premier des laxismes, c’est justement de considérer ces questions de violence, de climat scolaire et d’autorité comme une question simple… et donc d’en profiter pour asséner des discours simplistes (voir populistes). Là se niche bien un laxisme intellectuel et professionnel qui ne manque pas, au passage, de trouver des boucs émissaires plutôt que de tenter de trouver des solutions. Agir ainsi, c’est aussi cloisonner les acteurs de l’éducation des enfants (opposer les profs et les parents, les profs et les chefs d’établissement, les profs et les animateurs périscolaires…). Se contenter d’affirmer qu’il “faut restaurer l’autorité” ou “rendre l’autorité aux enseignants”, c’est précisément faire preuve de laxisme dans l’action au profit d’une exigence de façade. ” Et notre ami conclut ainsi “ Pour finir, s’il y a bien un laxisme qui ronge l’école, c’est celui qui consiste à laisser des élèves sur le bord du chemin. Et là encore, les facteurs sont multiples et les discours simplistes sont contre productifs. Mais là se nichent les germes d’une part de la violence quotidienne. Dire cela, ce n’est en rien nier certains problèmes du quotidien des profs et des éducateurs. Dire cela ce n’est pas non plus évacuer les questions d’autorité. Au contraire, il faut en parler mais en professionnels, au risque de se voir confisquer le sujet par des gens dont l’intention n’est en rien la réussite de tous les élèves…

Entreprendre

Dans un texte paru sur le site The Conversation, la sociologue Lucie Tanguy se livre à une analyse critique des dispositifs de découverte de l’entreprise tels que les créations de "mini-entreprises" par l’intermédiaire d’une association comme “entreprendre pour apprendre" . Selon elle, “laisser aux entreprises la liberté de concevoir un cursus d’enseignement enfreint le principe de laïcité à l’école.” et elle considère que “La philosophie entrepreunariale repose sur une autre conception [que la formation du citoyen NDLR]  : la responsabilité de soi, de sa réussite comme de ses échecs. Elle relativise la connaissance et l’arrime aux situations dans lesquelles elle peut être mobilisée. Dans un cas la pédagogie est, en principe, un moyen de faire accéder tous les jeunes aux connaissances nécessaires et à la culture dans une société donnée à un moment donné, dans l’autre, les inégalités de départ sont entérinées pour conduire les jeunes apprenants vers des places qui leur sont présentées comme accessibles.

Cette tribune sans concession de Lucie Tanguy a suscité quelques réactions et en particulier celle de Laurent Fillion sur son blog qui estime que la chercheuse “aurait dû aller sur le terrain voir ce qui se fait vraiment plutôt que d’enquêter à partir des documents écrits et de rester sur ses a priori. ” Après avoir relevé plusieurs approximations dans l’analyse, et avant de raconter l’effet sur ses élèves de ce type de projet, il ajoute : “J’entends déjà ceux qui adorent jouer les avant-garde du prolétariat derrière leur écran crier au grand complot du capitalisme mangeur d’hommes, de la marchandisation et de l’uberisation de l’école comme le fait sur la fin Lucie Tanguy. Dans les faits, on en est bien loin …”.

Le débat est en effet complexe et, là aussi, il est souvent difficile de dépasser les a priori et les représentations. Rappelons qu’en 2005, le premier socle commun de compétences et de connaissances, comportait sept “piliers”. Ils étaient inspirés d’une proposition du conseil de l’Europe qui proposait huit “compétences clés”. On notera que la huitième compétence a disparu dans la transcription française, il s’agissait d’“apprendre à apprendre”, ce n’est pas innocent mais ce n’est pas notre sujet. Une autre compétence européenne a changé de nom. En effet, l’“esprit d’entreprise” (entrepreneurship) de la liste européenne est devenu “Autonomie et initiative” dans le socle français. Trop polémique… Pour beaucoup d’enseignants, l’idée même de préparer les élèves au monde du travail leur apparait comme indigne et antinomique de leur mission de transmission de la culture. Et le mot d’entreprise et même d’entrepreneuriat est tabou.

On peut toutefois partager une bonne partie des critiques de Lucie Tanguy. Quand on est comme moi, professeur de sciences économiques et sociales, on voit l’importance de l’influence des lobbys patronaux sur la connaissance de l’entreprise et cet objectif quasi-idéologique de faire "aimer" l’entreprise. Or, pour moi l’enseignement n’est pas une question d’émotions mais de connaissances. J’œuvre pour que mes élèves aient une meilleure connaissance des mécanismes économiques et sociaux et notamment de l’entreprise mais je ne suis pas là pour leur faire "aimer", comme je le disais déjà il y a quelques années sur mon blog ce n’est pas un savoir ni même une compétence.

En revanche, l’“entrepreneuriat" doit-il être un mot tabou ? Peut-on développer l’esprit d’entreprise ou plutôt d’entreprendre dans le cadre de l’École ? On peut d’abord rappeler que cet “esprit” là ne se réalise pas uniquement dans le cadre des entreprises privées mais aussi dans l’ESS et l’engagement associatif. Mais comment ? Certainement pas par de l’endoctrinement et pas uniquement par une accumulation de connaissances sur le sujet. L’esprit d’entreprendre est surtout une affaire de compétences et de savoirs-être. Dans le billet de blog que j’ai cité, je joignais un texte de Philippe Frémeaux qui le dit bien mieux que je ne pourrais l’écrire : « Si l’école française à un problème avec la transmission de l’envie d’entreprendre, ce n’est pas en ajoutant une discipline supplémentaire qu’on va le résoudre. L’enjeu est plus profond et tient d’abord aux valeurs et aux méthodes que l’école française a trop longtemps portées et porte trop souvent encore : la soumission à l’autorité, la transmission de haut en bas de savoirs incontestables, la faible valorisation de l’initiative, l’absence de travail collectif. Si l’on veut que l’école encourage l’esprit d’entreprise, il faut au contraire qu’elle valorise et développe l’autonomie des élèves, leur prise d’initiative, leur sens critique, aussi bien individuellement qu’en groupe, car l’entreprise qui réussit n’est pas seulement une aventure individuelle mais le fruit d’un projet collectif.  »

Goujat ?

Sur le site de Rue89, on apprend que le dernier rapport de jury du CAPES de lettres n’est pas passé inaperçu. Quelques lignes dans l’introduction faite par le président du jury suscitent la colère d’un nombre croissant de professeurs qui lui reprochent son sexisme. Le président du jury, Patrick Laudet, universitaire, Inspecteur Général fait le constat de la dégradation du métier mais se félicite entre autres de l’augmentation du nombre de candidats, et particulièrement de candidats masculins au CAPES de Lettres. Il écrit « La proportion des garçons au CAPES de lettres, celle des candidats et plus encore celle des reçus, s’améliore significativement, ce qui est un symptôme d’attractivité nouvelle pour le métier de professeur de Lettres. Enseigner les lettres n’est pas une spécificité féminine et nos élèves ont besoin de l’expérimenter au quotidien. Ils y gagneront incontestablement, les garçons entre autres, et la présence accrue d’hommes pour enseigner les Lettres contribuera à affiner l’image parfois dégradée qu’ils ont de la discipline. Pour qui est légitimement soucieux de parité, c’est là une tendance vraiment encourageante.  »

C’est ce passage qui a suscité un texte et une pétition pour demander le retrait de ces remarques et l’engagement d’une réflexion sur la parité dans l’Education Nationale. Il faut souligner que cette affaire n’est pas sans rappeler l’indignation qui avait suivi des propos assez comparables d’Antoine Compagnon en 2014 .

On peut reconnaitre une réelle maladresse (voire un impensé) dans ce texte. Ce qui a irrité de nombreux collègues c’est qu’elle laisse entendre une causalité simpliste ou la présence féminine dans l’enseignement contribuerait à dégrader l’image de la discipline. La question me semble t-il, que l’on peut se poser est de se demander si la remarque du président du jury relève du constat sociologique ou du jugement. Et si la solution qu’il préconise est la seule ou s’il en existe d’autres.

L’analyse des évolutions de la société nous montre en effet que certains métiers ont vu leur prestige diminuer. L’enseignement en fait partie. C’est un fait sociale que la féminisation d’un métier s’accompagne d’une perte de prestige dudit métier dans la société (patriarcale, marquée par les stéréotypes, etc.). Mais il serait réducteur de l’expliquer par le seul phénomène de la féminisation et dans un lien unique de causalité. Il faut d’abord prendre en compte la massification. A la suite de l’effort de scolarisation et de l’accueil des générations du baby-boom, dans les années 70-80, les effectifs d’enseignants ont considérablement augmenté et cela s’est fait aussi par un apport féminin important. La massification couplée à la hausse du niveau de qualification de la population conduit à la perte de prestige à laquelle s’ajoute des rémunérations qui stagnent. Dans ce contexte, plutôt qu’une causalité, il faudrait parler d’interaction : les femmes vont occuper des emplois moins prestigieux et moins rémunérés et la féminisation joue aussi dans la perte de prestige. D’autre part, il faut aussi souligner que dans une société qui reste très patriarcale, les métiers très féminisés correspondent aussi à une transposition dans le monde professionnel des stéréotypes traditionnels : la femme qui soigne, la femme qui accueille, la femme qui s’occupe des enfants...

Il faut évidemment déplorer cette situation. Aller vers plus de mixité dans les recrutement des concours est évidemment une des solutions mais on ne peut faire l’économie (sans jeux de mots…) de la question des rémunérations des enseignants dans l’amélioration du prestige et donc de l’attractivité de ce métier. Et sans parler du fait que, y compris dans la fonction publique et dans l’enseignement, plus on s’élève dans la hiérarchie, plus la proportion de femmes se réduit... La parité, même dans l’EN, ce n’est pas gagné...

On pourra compléter la réflexion par un article paru dans The Conversation qui relate une étude publiée dans la revue Science qui montre qu’à niveau égal, les femmes bénéficient d’évaluations plus favorables lors des recrutements dans les disciplines où elles sont sous-représentées. On pourra aussi consulter un article de la chercheuse Marlaine Cacouault-Bitaud dans la revue Travail, genre et sociétés qui tente de répondre de manière bien plus argumentée et scientifique à la question posée plus haut “La feminisation d’une profession est-elle le signe d’une baisse de prestige ?

Butinages

Comme à l’habitude, pour finir, quelques lectures glanées ici et là sur les sites d’information et ailleurs.

les enfants c’était mieux avant… Les enfants seraient plus violents, moins bons à l’école, en orthographe, moins respectueux des aînés... Sur Slate.fr, la journaliste Béatrice Kammerer se livre à une savoureuse déconstruction historique et psychologique de tous ces préjugés.

C’est sur le site de France Musique qu’on apprend que la ministre de la Culture a lancé un nouveau dispositif. “Création en cours” - c’est son nom - vise à installer 100 jeunes artistes issus de toutes les disciplines (spectacle vivant, arts plastiques, cinéma, audiovisuel…) en résidence dans les écoles et collèges les plus éloignés de la culture. Il s’appliquera dans les classes du CM1 à la 6e, et son objectif est double : démocratiser la culture et l’éducation artistique tout en favorisant l’insertion professionnelle des jeunes artistes.

Parents, lisez des histoires à vos enfants !” c’est le conseil que nous lance Lucien Marboeuf sur son blog. Il s’appuie sur une étude norvégienne parue il y a presque un an, qui vient confirmer ce que bien d’autres – et nombre d’enseignants – disent déjà : la lecture parent / enfant est décisive dans l’apprentissage de la lecture.

Oui, mais on peut pas tout lire... C’est l’humoriste François Morel dans sa chronique de vendredi 28 octobre sur France Inter , intitulée “Ces livres abominables” qui nous apprend qu’une responsable de la politique éducative de la ville de Paris aurait envoyé un courrier à la direction des affaires scolaires pour qu’on retire des “espaces lecture” deux ouvrages et en particulier le dictionnaire fou du corps de Katy Couprie aux éditions Thierry Magnier. Pudibonderie ? Censure ? Crainte du retour d’une campagne réactionnaire qui s’était déjà intéressée aux livres pour enfants  ?

Nous vivons vraiment une drôle d’époque...

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

Lire la suite
<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 > >>