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Vivement l'Ecole!

Lutte contre le harcèlement scolaire : les animateurs, rouage essentiel mais négligé

10 Novembre 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Harcelement

Lutte contre le harcèlement scolaire : les animateurs, rouage essentiel mais négligé

Parce qu’ils dépendent des mairies et non de l’Education nationale, les agents du périscolaire sont insuffisamment pris en compte dans la prévention et la résolution des cas de harcèlement. Ce jeudi 10 novembre est la journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école.

En matière de lutte contre le harcèlement scolaire, la France progresse sans discontinuer depuis une dizaine d’années. Malgré tout, les trous dans la raquette restent nombreux. Les enseignants, déjà, sont loin d’être tous formés. Et il est des acteurs, pourtant proches des enfants, qui sont carrément oubliés : les animateurs. Parce qu’ils sont recrutés par les mairies et non par l’Education nationale, ils n’entrent dans aucun plan de formation ou de prévention national.

Pourtant, ils passent des moments privilégiés avec les élèves, le matin avant la classe, le midi, après la classe et le mercredi, au cours desquels ils organisent des activités manuelles, sportives, des sorties… «Souvent, des enfants ne se comportent pas du tout de la même manière sur le temps de classe ou de récréation et sur nos temps de Clae [centre de loisirs associé à l’école, ndlr], juge Marion, animatrice à Toulouse. Par exemple, un enfant qui parle en boucle en te criant dans les oreilles, il ne va pas écouter quand tu lui dis stop en temps d’école alors qu’en temps de Clae il s’arrête, ou inversement. Dans les cas de harcèlement, c’est pareil, ce ne sont pas les mêmes choses qui s’observent.»

Il y a deux ans, elle en a repéré un dans son école. Au sein d’une classe de CM2 très grégaire, elle voyait un petit garçon «facilement réduit au rang de clown», que les autres ne prenaient pas toujours la peine d’écouter, qui faisait l’objet de «blagues un peu nulles sur le poids», recevait «des petites tapes derrière la tête». «Des petits gestes qui ne font pas mal mais qui, dans la répétition, deviennent très violents à observer», raconte Marion.

«Ils connaissent les enfants par cœur»

L’animatrice se renseigne auprès des enfants, mais n’a pas de formation pour savoir comment s’y prendre. Son directeur lui passe un livre sur le harcèlement et la méthode de la préoccupation partagée, qui invite les harceleurs à prendre en considération les sentiments de l’enfant pris pour cible. «J’y suis allée un peu au feeling avec ce que je venais de lire», dit-elle. Elle est parvenue à résoudre le problème, mais en puisant sur son temps personnel pour y voir clair.

«Les agents du périscolaire ne sont pas formés à la prise en charge de ces violences alors qu’on sait qu’elles atteignent un pic à la pause méridienne. Les enfants vont dans un couloir, dans les escaliers, à la cantine… les corps bougent beaucoup plus. Et qui les prend en charge ? Des personnes qui récupèrent des enfants sans information, qui ne savent pas ce qui s’est passé dans la classe, si un enfant a été violenté… déplore Nora Fraisse, fondatrice de l’association Marion la main tendue. Pourtant, ils connaissent les enfants par cœur, parfois la fratrie, la famille, ils ont une connaissance du territoire, savent ce qui se passe dans le bâtiment B12 de telle rue, que le samedi le gamin fait ça… Ce sont des personnes de confiance et de référence. Puisque le harcèlement est une dynamique de groupe, il faut mettre en face un groupe qui a une démarche positive et donc s’appuyer sur le périscolaire».

Dans l’école de Marion, les échanges entre animateurs et enseignants se sont accrus ces derniers temps, ce qui «apporte plus de cohérence pour les enfants», tous les adultes se mettant d’accord sur des règles communes. Son équipe adorerait bénéficier de formations, sur le harcèlement comme sur d’autres sujets, mais «on a un métier qui ne comprend pas beaucoup d’heures, qui n’est pas très reconnu, donc on ne nous met pas beaucoup de possibilités entre les mains pour pouvoir évoluer».

Bonnes élèves

En la matière, certaines municipalités font figure de bonnes élèves. C’est le cas de Nanteuil-lès-Meaux, en Seine-et-Marne, qui a décidé de former tous ses agents du périscolaire titulaires à la lutte contre le harcèlement, en faisant appel à l’association Marion la main tendue. La vingtaine d’animateurs a suivi deux jours de formation. «Ils ont un cahier de suivi, où tout est relaté et notifié. Un enfant qui marche sur le pied d’un autre tous les jours, c’est déjà le signe d’un harcèlement. Ils peuvent repérer des situations récurrentes, même si elles paraissent anodines», indique Stéphane Giardina, responsable enfance, jeunesse et culture à la mairie.

Le maire, Régis Sarazin, l’avoue, il n’était «pas très chaud au départ», mal à l’aise à l’idée que des employés municipaux signalent aux parents que leur enfant embête les autres. Aujourd’hui, il se félicite de s’être laissé convaincre. Au point de dire : «Ça devrait peut-être être obligatoire de sensibiliser les agents.»

Elsa Maudet

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