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Vivement l'Ecole!

L'apprentissage, un filon pour les fonds d'investissement ?

26 Novembre 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Apprentissage

Apprentissage, mode d'emploi

Une enquête de Libé nous apprend comment l'apprentissage est devenu un juteux marché pour des fonds d'investissements qui profitent des failles d'une loi peut être trop généreuse...

Une enquête menée par Marie Piquemal de Libé et qui nous apprend comment l’apprentissage cher au Président de la République est devenu un juteux business pour des fonds d’investissements qui utilisent sans vergogne les failles d’une loi peut être trop généreuse. 11,3 milliards d’euros dépensés, rien qu’en 2021. Une enquête menée à partir des rapports publics mais aussi de témoignages directs de personnes travaillant pour ces fonds d’investissements, écœurées par un système qui nuit aux jeunes et à leurs formations... Ou comment l’apprentissage est pavé de bonnes intentions, retour sur cette affaire avec Marie Piquemal

Marie Piquemal : En fait, c'est parce que j'avais fait un premier volet sur la façon dont est restructuré l'enseignement supérieur. Ce qu'on fait aujourd'hui, on a un étudiant sur quatre qui est dans l'enseignement supérieur privé, donc dans les écoles privées. Et une bonne partie d'entre elles sont détenues par des fonds d'investissement, certains très agressifs, mais qui sont vraiment là pour faire, pour faire de l'argent. Et j'avais fait un premier volet sur Sur ça. Et au cours de cette première enquête, est apparu assez de façon assez éclatante que l'apprentissage, qui est en effet très soutenu depuis depuis quelques années par par le gouvernement, était pour les organismes de formation privés détenu par des fonds d'investissement, une une porte d'entrée géniale pour augmenter leur nombre d'élèves. Pour une raison assez simple, c'est que la formation est payée par la taxe d'apprentissage et est de fait aussi les aides publiques. Et donc cela permet pour le jeune d'avoir sa formation qui est gratuite.

Une aubaine pour les fonds d’investissement. Au lieu de se limiter à juste un petit vivier d’élèves dont les familles ont les moyens de payer la formation à sept ou huit mille euros par an, l’apprentissage élargit leur clientèle et leur permet de toucher des classes moyennes et populaires qui jusque-là n'avaient pas accès à ces formations privées. Le résultat est là, en trois ans, l’apprentissage augmente en France de 300 à 730 000 personnes. Une manne financière qui n’est pas exempte de dérives. Dans son enquête, Marie Piquemal raconte comment l’association Sos apprentis est devenue je cite le « réceptacle d’abus en tout genre ». Avec par exemple le cas de ce Nino de 26 ans qui entre en cuisine comme apprenti, et qui se retrouve, au bout de quelques semaines, à travailler à temps plein, avec, pour seul enseignement donné par son CFA, son Centre de Formation d’Apprentis, quelques vidéos en ligne.

Marie Piquemal : Pour bien comprendre, il faut remonter à 2018 2017. Quand Emmanuel Macron est élu, il lance un premier chantier : la réforme de la formation professionnelle et la formation à la fois continue et initiale via l'apprentissage. Et à ce moment-là, en effet, il l'ouvre, il lance la réforme et il ouvre complètement les vannes. C'est ce que racontent les syndicats de l'époque. Avec un principe assez simple, c'est que les recettes restent les mêmes, c'est-à dire la taxe d'apprentissage. Par contre, n'importe qui peut devenir CFA, c'est-à dire centre de formation d'apprentis, donc héberger des apprentis. Il suffit de se déclarer une déclaration très simple et peut toucher de l'argent public pour soutenir l'apprentissage. Donc en fait, on a énormément augmenté les dépenses sans forcément augmenter les recettes. Ce qui fait qu'aujourd'hui en effet l'Etat est obligé de renflouer et n'arrête pas de remettre des milliards et des milliards. Il a mis 2 milliards cet été, ils ont remis 2 milliards il y a quelques semaines pour essayer de maintenir cet organisme à flot, mais sans grand succès.

France Compétences, l’organisme chargé de distribuer l’argent de la taxe d’apprentissage, voit rouge depuis 2018. Mais ce n’est pas la seule anomalie. Contre toute attente, la journaliste découvre que Bercy n’a jamais donné son aval financier à la loi votée en 2018. Pis, aucun avis de soutenabilité financière n’a été prononcé. De son côté, la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme. Rien qu’en 2022, le déficit est de 5,9 milliards d’Euros. Le tout, révèle Libération, sans aucun dispositif de contrôle. La porte ouverte pour les organismes de formation et les fonds d’investissement qui cherchent à maximiser les profits sur ces apprentissages financés par l’Etat. Allègement de la formation, diminution du nombre de cours donnés, réduction des professeurs et des intervenants, passage au tout numérique avec des bouquets vidéos. Les marges réalisées pour une formation coûtant 10 000 euros par étudiant tournent entre 40% et 70% de bénéfices. L’apprentissage est devenu un filon.

Marie Piquemal : L'idée que l'apprentissage, c'est devenir un filon, C'est vraiment pour le coup une idée que j'avais moi même un peu en tête au démarrage et qui écrit et que j'ai eu presque du mal à accepter  parce que moi même, au cours de l'enquête déjà, je n'étais pas du tout parti sur ça. Parce que je suis moi même bercé par ce discours très présent dans notre société. Et je me suis rendu compte après, très entretenu aussi par les lobbies, que l'apprentissage c'est super. On a tous une idée très positive de l'apprentissage et d'ailleurs à juste titre, il y a rien de mieux, ce temps de passer un peu de temps à l'école et un peu de temps en entreprise pour se préparer au marché du travail. Donc que ça devienne un filon, c'est une idée qu'on a, on n'a pas du tout en tête et pourtant c'est vraiment la réalité que j'ai fabriquée, que je décris dans l’article. Rien que sur l'année 2020, c'est plus de 11 milliards d'euros qui ont été dépensés pour soutenir cette politique publique. À la fois on pourrait se dire, et c'est ce que soutiennent les défenseurs de la réforme et qui est un argument qui qui parle, c'est de dire est ce que c'est vraiment une dépense ou est ce que c'est un investissement ? Mais si cet argent, est ce que la question c'est est ce qu'on est vraiment sûr que cet argent serve les intérêts de nos jeunes ? Ce que Libération montre aujourd'hui, c'est que non, cet argent ne sert pas à la pédagogie mais sert à engraisser vraiment pas fonds d'investissement.

Apprentissage dans le supérieur : les dérives d’une «réforme open bar» , c’est une enquête de Libération, qui prépare pour les jours à venir un prochain volet sur ce business de la formation, et devrait concerner les lobbys de l’apprentissage. Une enquête que vous pouvez bien évidemment retrouver sur la page d’Open Source, sur l’appli et le site de Radiofrance. Et maintenant, c’est à vous, Quentin Lafay

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