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Vivement l'Ecole!

Ces enseignants sont passionnés, mais racontent chacun à leur façon combien ils sont à bout.

27 Novembre 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

 Ces enseignants sont passionnés, mais racontent chacun à leur façon combien ils sont à bout.

Stéphane s'est retrouvé avec une classe de 38 élèves à la rentrée. Vanessa n'a jamais été appelée à faire sa rentrée. Sébastien rame dans un océan d'ignorance, au sujet de sa hiérarchie et de ses élèves. Ces enseignants sont passionnés, mais racontent chacun à leur façon combien ils sont à bout.

Comme beaucoup d'autres enseignants, 332 850 selon les derniers chiffres recensés par l'Éducation nationale, Stéphane, Vanessa et Sébastien ont fait leur rentrée en septembre 2022. Ils sont passionnés, parlent de vocation, mais en les écoutant on les sent quitter le navire.

Stéphane, 40 ans, est professeur des écoles à Colmar, en Alsace, depuis quinze ans. Au mois de juin 2022, sa classe de CM1-CM2 a été constituée. Au fil des semaines, le nombre d’élèves, initialement fixé à 24, augmentait. Jusqu’au 20 septembre 2022 où Stéphane et deux autres professeurs de l’école ont dû se répartir les élèves d’une classe se retrouvant sans professeur. L’enseignante avait annoncé son départ en formation en mai et n’avait pas été remplacée pour la rentrée 2022.

“La logique est de faire des économies en recrutant le moins de personnes possible, au prix de la santé des enseignants.” Stéphane

Stéphane se retrouve avec 38 élèves dans sa classe. “Il faut que je modifie l'organisation des tables et des chaises pour pouvoir faire rentrer tout le monde. Les enfants sont tous massés les uns à côté des autres, ils ne peuvent pas bouger.”

Le professeur doit également modifier ses méthodes d’enseignement, délaissant le travail en groupe pour la méthode classique du cours récité par le maître d’école. Il se retrouve avec une telle charge de travail que sa vie personnelle en est impactée.

“J'ai peur qu'un jour je finisse par exploser en vol, par ne plus être capable de faire tout ce qu'on me demande de faire, par ne plus supporter la fatigue.” Stéphane

Professeure de biotechnologie dans l’académie de Bordeaux, Vanessa, 29 ans, rencontre d’autres difficultés. Après avoir enseigné pendant deux ans en région parisienne comme titulaire, elle s’est vue attribuer le statut de “titulaire sur zone de remplacement” à la rentrée 2021.

“On peut m'appeler du jour au lendemain pour aller faire un remplacement loin de mon domicile. Ça peut être un remplacement de trois jours, de deux semaines comme ça peut être un remplacement de six mois.” Vanessa

“Depuis 2021, j'ai été appelée une fois pour faire un remplacement de six heures réparties en deux semaines et une autre fois pour les épreuves du bac. Ça fait deux ans que je ne fais pas mon métier, qu'on m'a oubliée.” Vanessa

Lorsqu’elle relance son inspecteur, il lui répond qu’il n’y a pas de poste libre, pas de professeur absent et qu’elle doit attendre. Malgré cela, Vanessa touche un salaire de 1 800 euros par mois.

“Je n'ai même pas 30 ans, je n'ai pas d'enfants et je ne suis pas encore dégoûtée du métier pour faire autre chose à côté. J'ai vraiment envie de me retrouver devant des élèves et d'enseigner.” Vanessa

“Quand j'entends des collègues qui sont dépassés avec des classes de 30 élèves, ça me sidère. Pourquoi ne pas couper la classe en deux et mettre deux enseignants ?” Vanessa

Sébastien, 37 ans, est designer graphique et professeur contractuel en arts appliqués dans l’académie de Créteil depuis quatre ans.

"Quand tu décides d'être contractuel dans l’Education nationale, tu vas sur le site de ton académie et tu remplis un dossier. Généralement, on te rappelle trois jours avant la rentrée, on te pose à peu près trois questions et puis on te dit : 'Voilà, vous êtes affecté dans tel lycée. Vous commencerez la semaine prochaine.' Et puis c’est tout..." Sébastien

A chaque rentrée scolaire, Sébastien est affecté dans un nouveau lycée. “Il n’y a pas de suivi pédagogique. J'apparais dans la vie des élèves une année et je repars.”

Le professeur est partagé entre l’attachement qu’il éprouve pour ses élèves et son découragement face à la “machine Éducation nationale”.

“J'ai le sentiment à chaque fois d'être jeté au milieu de l'océan sur un canoë, et puis débrouille-toi, rame.” Sébastien

Merci à Stéphane, Vanessa et Sébastien.

  • Reportage : Alice Babin
  • Réalisation : Emily Vallat
  • Mixage : Romain Lenoir

Musique de fin : Pale Blue par Basia Bulat

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