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Vivement l'Ecole!

Salaires des profs : les enseignants juste au-dessus de 2000 euros, les grands oubliés de la revalorisation

3 Octobre 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

Salaires des profs : les enseignants juste au-dessus de 2000 euros, les grands oubliés de la revalorisation

La concertation sur les revalorisations salariales des professeurs commence ce lundi. À partir de septembre 2023, aucun professeur ne sera en dessous de 2000 euros net mensuels. Mais tous n'auront pas une augmentation pour autant. Ceux qui ont dépassé le milieu de carrière risquent d'être oubliés.

Le ministère de l'Éducation nationale engage ce lundi la concertation sur les revalorisations salariales. Aucun professeur ne sera en dessous de 2000 euros net par mois à partir de septembre 2023. Une enveloppe de 635 millions d'euros a été budgétée. Mais il faut maintenant définir qui sera concerné et jusqu'où remonter dans la grille salariale.

Le cabinet du ministre a annoncé que la revalorisation concernerait les débutants et jusqu'aux milieux de carrière. Mais la limite est cruelle. Ceux qui ont dépassé le milieu de carrière risquent d'être les grands oubliés.

"J'attends de voir"

Environ 100 000 enseignants gagnent moins de 2000 euros net par mois, d'après les chiffres du ministère. C'est le cas de Martin, qui fera partie des professeurs qui seront revalorisés. Il est tout juste sous la barre des 2000 euros, après six ans d'ancienneté, primes comprises, puisqu'il exerce en éducation prioritaire. Il enseigne les mathématiques dans un collège de Saint-Denis, en région parisienne.

À 31 ans, il a gardé son mode de vie étudiant, il est hébergé et limite au maximum ses dépenses. "J'arrive à vivre avec 2000 euros", dit-il, "mais ça m'empêche de faire beaucoup de choses. Par exemple, trouver un logement sur Paris intra-muros est impossible parce que les dossiers sont systématiquement refusés. Au final, je suis resté avec un rythme qui est assez proche du rythme que j'avais pendant mes études, ce qui me permet de tenir à peu près, mais entre le tarif du transport, le loyer et les courses nécessaires, il ne reste vraiment pas grand-chose à la fin."

Martin reste passionné par son métier et s'accroche mais il est résigné face à l'évolution des salaires. "Ça fait tellement longtemps que cette situation perdure", confie-t-il, "que c'est devenu habituel malheureusement. Je n'ai pas gagné beaucoup de salaire en six ans. Ma première année en tant que professeur titulaire en poste, j'ai commencé à l'échelon 3 de la grille salariale, je suis maintenant à l'échelon 6. J'ai dû gagner 200 euros en six ans ! Et c'est de plus en plus lent encore pour la suite." Concernant la revalorisation promise, il reste malgré tout sceptique : "J'attends de voir dans combien de temps ce sera effectif et à quel point ce sera effectif."

"C'est très difficile à accepter"

Alice, sait en revanche, qu'elle n'y aura pas droit. Elle gagne pourtant 2072 euros nets par mois seulement, après 14 ans de carrière. "Je n'ai aucune prime", précise cette professeure dans une école du Nord, "parce que je ne suis pas directrice et que je ne suis pas non plus en éducation prioritaire, je suis dans une petite école rurale." Déçue, elle raconte : "Je ne serai pas concernée par cette mesure puisque j'ai dépassé la moitié de la grille indiciaire donc, au vu des promesses qui nous sont faites, pour l'instant moi je suis à l'échelon 9 et on risque d'être exclus des possibilités de revalorisation salariale. Je le vis assez mal puisque je ne nie pas le fait qu'il faut rendre de l'attractivité au métier, il faut redonner envie aux jeunes d'exercer ce métier, mais cela n'exclut pas que les personnels en place ont besoin aussi de se sentir revalorisés. Et ce n'est pas le cas actuellement. On va se retrouver au même niveau que des débutants !"

Pour elle, "c'est difficile à accepter, très difficile. Le sentiment qui prédomine, c'est la lassitude parce qu'on nous en demande toujours plus, sans jamais prendre en compte tout ce qu'on fait déjà."

Le sentiment d'être "méprisés"

Pour Alice, il est hors de question d'accepter de nouvelles missions pour être augmentée. Le gouvernement prévoit en effet une autre revalorisation sous condition, pour les enseignants qui accepteront des missions supplémentaires en contrepartie d'une augmentation de salaire d'environ 10%. "On nous dit, 'vous serez revalorisés si vous faites plus'", s'agace Alice, "mais non, ce n'est pas possible, parce que je fais déjà 44 heures par semaine et je ne suis pas payée pour faire mes 44 heures par semaine. On est fonctionnaire, on travaille pour les enfants et on ne va pas laisser tomber, mais on a vraiment l'impression d'être méprisés."

Sonia Princet

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