Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Qui a la main sur la politique de formation professionnelle ? - Par Claude Lelièvre

3 Octobre 2022 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education

5 raisons de faire une formation professionnelle | Ecole de l'image  GOBELINS : cinéma d'animation, photographie, design interactif et  graphique, communication plurimédia

Historiquement, ce n'est pas le ministre de l'Education nationale, mais plutôt le Premier ministre et/ou le Chef de l'Etat. La réforme actuelle envisagée ne déroge pas à cette ligne, tant s'en faut.

Cela commence d'une certaine façon dès les débuts de la Cinquième République, avec une orientation de principe de base qu'il convient de rappeler tant elle apparaît éloignée de ce qui est envisagé actuellement.

La formation professionnelle devient alors une préoccupation majeure de l’Ecole française. Le traité de Rome, signé en 1957, vient d’instituer l’Europe communautaire. Le volontarisme nationaliste gaullien prend cette situation comme un défi à relever. L’Ecole, pour le général de Gaulle, doit profondément évoluer pour apporter son concours – direct ou indirect – à cette transformation de situation. Les témoignages des anciens collaborateurs du Président de la République montrent que le Général tenait sans ambiguïté à ce que la formation professionnelle soit une affaire d’Etat, une affaire de l’Etat. Michel Debré, son Premier ministre, souligne que « l’importance à donner à l’enseignement technique et à la formation professionnelle était l’un des grands points d’accord entre le Général et lui ». Il rappelle que, ministre des Finances, il a fait voter une loi déclarant que « L’Etat était responsable de la formation professionnelle » ; et il évoque « le plaisir ressenti par le Général à la sortie de ce texte » (Actes du colloque « De Gaulle en son siècle : moderniser la France », Plon, p.593. Il s'agit de la loi du 3 décembre 1966 et de son article premier).

L'institution en 1985 des baccalauréats professionnels et des lycées professionnels parachève cette évolution. Le 22 mai 1985, c'est le Premier ministre Laurent Fabius qui annonce que le gouvernement prépare « une loi-programme sur cinq ans». Il s’agit de favoriser « un gigantesque bond en avant, fondamental pour la modernisation du pays ». Laurent Fabius précise que cette loi permettra la création de nouveaux établissements scolaires, les « lycées professionnels », et la mise en place d’un nouveau baccalauréat, le « baccalauréat professionnel ».

Mais on assiste à une inflexion sensible de la ligne générale de cette politique avec la nomination d'Edith Cresson à la tête du gouvernement en mai 1991. Et cette inflexion reçoit alors le soutien appuyé du Président de la République François Mitterrand en dépit notamment des réserves de son ministre de l'Education nationale, Lionel Jospin

Lors de sa déclaration de politique générale prononcée le 22 mai 1991 devant l'Assemblée nationale, Edith Cresson indique qu'elle « souhaite encourager dès le collège l'ouverture au monde de l'entreprise et organiser une meilleure articulation avec un apprentissage rénové »

Mais le 26 mai , lors de la rencontre nationale du PS destinée à préparer le projet socialiste pour l'éducation et la formation, le premier secrétaire du PS – Pierre Mauroy – déclare qu'il ne saurait être question de promouvoir un système éducatif qui serait dominé par les objectifs du court terme et de l'emploi. Le débat se poursuit à l'occasion de la conférence nationale du secteur « entreprise » du PS qui a lieu du 31 mai au 2 juin 1991. Pierre Mauroy revient notamment à la charge en présence d'Edith Cresson : « il était certes nécessaire de poser le problème de l'apprentissage, mais soyons conscients que l'industrie française s'est longtemps contentée d'un modèle productif fondé essentiellement sur un bas niveau de qualification […]. Que les entreprises, aujourd'hui, ne viennent pas se retourner contre le système scolaire ! »

Finalement le président de la. République François Mitterrand intervient publiquement pour arrêter et trancher le débat le 11 juin 1991 en déclarant qu' « il faut choisir le meilleur modèle pour généraliser l'expérience de l'apprentissage, sans abandonner les raisons pour lesquelles l'école a vu son rôle dessiné au cours de ces dernières années […] Il ne s'agit pas de substituer le système de l'apprentissage à celui de l'école, mais d'harmoniser les deux pour que chacun apporte le meilleur de ce qu'il peut apporter […]. Le modèle de l'enseignement par alternance doit être développé […]. Il faut renforcer les liens entre l'école et l'entreprise, c'est une des clés pour l'emploi des jeunes […]. La question n'est pas de savoir si un débat doit être ou non engagé sur l'enseignement par l'alternance : il l'a été par une voix très autorisée, celle du Premier ministre […] C'est l'élément fondamental de la politique industrielle souhaitée par Mme Edith Cresson, que j'encourage dans ses efforts, que je soutiens sans réserve » .

La messe était dite, par ses desservants principaux. Bis repetita une trentaine d'années plus tard, en amplifié ?

Claude Lelièvre

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :