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Vivement l'Ecole!

Face à l’affaire Bayou, on ferait bien de relire Gisèle Halimi

4 Octobre 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Feminisme, #Droit des femmes, #Femmes

Gisèle Halimi : l'avocate de tous les défis (1re partie) - Contribution :  Le Soir d'Algérie

Les écologistes, qui regroupent certainement les militants les plus en pointe sur les questions de sexisme, devraient se replonger dans un texte publié par l’avocate en 2003, après la sortie d’une enquête sur les violences sexistes et sexuelles.

Comment en est-on arrivé à cette dérive inquisitoriale qui conduira peut-être à la mort politique du parti écologiste alors même que, sur l’état de la planète, ce sont bien les écologistes qui ont eu raison avant tout le monde ? Comment les écologistes qui, là encore, sont précurseurs et avant-gardistes sur la question de l’égalité femmes-hommes en politique et la prise en compte de la réalité de la violence faites aux femmes, comment se sont-ils débrouillés pour se fourvoyer à ce point dans les dérives de l’espionite interne ?

Aux yeux du grand public, EE-LV est une sorte de mouvement politique de quelques milliers de membres, pour la plupart inconnus, qui ne cessent de s’écharper sur leurs statuts internes et se perdent dans une course à la radicalité puriste. Ils avaient pourtant un boulevard parce qu’ils sont dans le sens de l’histoire.

Dérives tragiques

L’historienne Michèle Riot-Sarcey explique que depuis toujours «la liberté aurait dû se décliner dans tous les domaines (politique, social et privé). Or, celle des femmes a été particulièrement négligée». Depuis MeToo, nous assistons à un rattrapage. Pierre Bourdieu soulignait déjà l’existence de la domination masculine qui «inscrit dans la définition de l’être humain des propriétés historiques de l’homme viril, construit en opposition avec les femmes». Le monde (occidental au moins) commence à comprendre que la vraie libération des femmes passera par cette déconstruction masculine et que, donc, le combat féministe n’est pas qu’un combat législatif.

Les partis politiques, ces machines à conquérir le pouvoir politique, sont-ils les mieux formatés pour mener un combat anthropologique ? Non, et les dérives tragiques observées chez les Verts en sont le signe. En France, cette idée selon laquelle le combat féministe le plus important était celui que les hommes devaient faire sur eux-mêmes est apparue au grand jour en 2003, au moment de la publication de l’Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (ENVEFF), qui montre que les violences dont les femmes sont victimes n’apparaissent pas spécifiquement dans les statistiques de la délinquance. Cette enquête, pour la première fois, regroupe alors plusieurs sortes de violences physiques et psychologiques subies par les femmes. Elle révèle que près d’une femme sur dix vivant en couple a été victime de violences conjugales et qu’une femme sur cinq a été importunée sexuellement dans la rue ou au travail en 1999.

Enthousiasmante révolution des rapports humains

Cette enquête avait été très critiquée par la presse de droite et des féministes dites de la vieille école parce qu’elle semblait pointer une responsabilité intrinsèquement masculine plus que politique. Certains (même parmi les féministes) parlaient encore, en défense des hommes, de leurs pulsions souveraines… La crainte était que le féminisme dérive en guerre des sexes. Mais, cette même année 2003, une féministe universaliste et républicaine comme Gisèle Halimi, dans un très beau texte que republie ces jours-ci le Monde diplomatique, à qui il était destiné, défendait l’importance de l’ENVEFF. Gisèle Halimi s’adressait à l’autre partie de l’humanité ainsi : «Les hommes doivent avoir «l’intelligence théorique» de leur libération à travers la nôtre. Nous les convaincrons.»

Le travail le plus utile que puisse mener un parti politique qui voudrait être fer de lance du combat féministe moderne, post-MeToo, serait de suivre le conseil de Gisèle Halimi et d’œuvrer pour convaincre les hommes qu’ils ont tout à gagner de se débarrasser de l’injonction séculaire à la domination, à la virilité violente et écrasante. Les écologistes, qui regroupent certainement les militants les plus en pointe sur ces questions, sont en train de tout gâcher par leurs dérives coupeuses de têtes de surveillance interne. En répondant à ceux qui critiquaient l’enquête de 2003, Gisèle Halimi disait aussi ceci : «Nos procureurs ont-ils voulu nous mettre en garde contre des dérapages éventuels ? Ce serait la (toute) petite utilité de leurs propos.» Les dérapages éventuels, nous y sommes. Mais il ne faudrait pas que la dénonciation utile de ces dérapages ne fasse oublier l’importance et même l’enthousiasmante révolution des rapports humains entre hommes et femmes qui s’amorce en ce début de XXIe siècle.

Thomas Legrand

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