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Vivement l'Ecole!

Réforme du collège : Pap Ndiaye rouvre un débat vieux de cinquante ans

27 Septembre 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Réforme du collège : Pap Ndiaye rouvre un débat vieux de cinquante ans

EXTRAITS

Le ministre de l’éducation nationale a qualifié le collège d’« homme malade du système ». Si observateurs et acteurs de terrain confirment l’existence de tensions, ils se méfient d’une énième réforme.

Eclipsé des débats pendant cinq ans, le collège revient au cœur des discours politiques. Dans un entretien accordé à Midi libre, mi-septembre, le ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, a affiché sa volonté de « s’attaquer » au collège, qu’il qualifie d’« homme malade du système ». Depuis sa nomination, fin mai, le locataire de la Rue de Grenelle multiplie les prises de parole sur cette étape de la scolarité. Il a plusieurs fois évoqué l’« attention particulière » qu’il tenait à accorder au collège, « pris en sandwich » entre l’école primaire, érigée en « priorité » sous son prédécesseur Jean-Michel Blanquer, et le lycée, objet de la plus vaste réforme éducative du premier quinquennat d’Emmanuel Macron.

Pourquoi se focaliser sur le collège ? Pap Ndiaye insiste sur le « faible » niveau des élèves à la fin de la 3e, surtout en mathématiques et en anglais, et sur les inégalités qui se « creusent » en 6e pour justifier la nécessité d’une transformation. Les tests passés en début de 2de montrent, en effet, qu’une partie des élèves n’a pas une maîtrise suffisante des compétences et des connaissances évaluées en maths et en français, et que les importants écarts de niveaux sont fortement corrélés à l’origine sociale des élèves.

Pour l’heure, le ministre de l’éducation nationale ne se risque à aucune annonce d’ampleur et renvoie à la concertation qui va se mettre en place dans le cadre du Conseil national de la refondation, cette instance de dialogue lancée par Emmanuel Macron début septembre. Seuls des dispositifs spécifiques ont été proposés pour la rentrée, comme la poursuite du « plan mathématiques » ou le déploiement d’un « plan d’urgence » pour améliorer le niveau d’anglais des collégiens. La Rue de Grenelle met également l’accent sur les expérimentations prévues pour « mieux accompagner la transition » entre le CM2 et la 6e ou pour encourager la « découverte des métiers » pour les élèves dès la 5e.

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Observateurs et acteurs de terrain le reconnaissent cependant : il y a bien un « sujet collège », niveau de la scolarité où « se concentrent beaucoup de difficultés liées aux apprentissages », selon les mots de Sophie Vénétitay, responsable du SNES-FSU. « Au collège comme à l’école, des élèves de tous les horizons sont ensemble, sauf qu’au collège les problématiques liées à l’adolescence s’ajoutent au cumul des lacunes qui devient psychologiquement difficile à supporter pour des élèves qui vivent toute leur scolarité obligatoire en échec », abonde Jérôme Fournier, du SE-UNSA.

Sur le terrain, les enseignants témoignent, en outre, de tensions croissantes dans la gestion de l’hétérogénéité des classes. « Dans une même classe, j’ai un élève non francophone, des élèves qui doivent être accompagnés par des AESH [accompagnants d’élèves en situation de handicap] et n’en ont pas, ou pas à tous les cours, des élèves en très grandes difficultés scolaires… », énumère Emilie (qui n’a pas souhaité donner son nom), professeure d’anglais en REP + à Sedan (Ardennes). « C’est très compliqué de gérer seule autant de problématiques dans un groupe de 25 élèves, surtout quand on n’y est pas formé. »

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La réforme de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale de François Hollande, avait été pensée pour le consolider et pour clarifier ses finalités. Après l’inscription du « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » dans la loi en 2005 et sa déclinaison pédagogique précise en 2013 (quarante ans après la création du collège unique), la réforme de 2015 avait pour ambition « de réorganiser le système pour assurer l’acquisition du socle commun par tous les élèves », souligne Alexis Torchet, du SGEN-CFDT.

Jean-Michel Blanquer a cependant détricoté les fondements de cette réforme dès son arrivée Rue de Grenelle, en 2017, et les changements mis en œuvre depuis 2016 (les marges d’autonomie, les heures d’enseignement pratiques interdisciplinaires…) et leurs conséquences sur la scolarité des élèves n’ont jamais été évalués – pas plus, d’ailleurs, que toutes les précédentes réformes. « Des choses ont été mises en place dans les collèges, mais elles passent sous les radars institutionnels », regrette Alexis Torchet.

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Eléa Pommiers et Sylvie Lecherbonnier

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