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Vivement l'Ecole!

Le «francocide» de Zemmour, rengaine de haine - Par Cécile Alduy - (Extraits)

20 Septembre 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Sémiologie

Comment Éric Zemmour veut introduire le mot « francocide » dans le débat  public

EXTRAITS

Contrairement au concept de «féminicide» dont il s’inspire, le terme récemment inventé par le polémiste ne recouvre aucune réalité documentée, fustige la sémiologue Cécile Alduy. Il ne sert qu’à renforcer un imaginaire raciste opposant les supposés «Français de souche» chrétiens, aux «immigrés», musulmans.

Eric Zemmour rêvait d’entrer à l’Elysée et de se faire un nom dans l’histoire des «grands hommes». Déçu dans ses ambitions électorales, l’éditorialiste n’aspire plus, semble-t-il, qu’à entrer dans le dictionnaire des noms communs. Avec le néologisme «francocide», gadget médiatique pour reproduire le récit d’une «guerre des races» qu’il a tenté d’imposer dans ses livres, puis dans la campagne présidentielle de 2022. Cette chimère en dit davantage sur ses propres obsessions raciales que sur la France.

Chantre de la «bataille culturelle» , l’ancien éditorialiste du Figaro professe depuis longtemps qu’il «ne faut pas négliger les guerres linguistiques». Pendant longtemps, il a plutôt joué sur la défensive. Analysant et dénigrant le vocabulaire de ses adversaires, et, singulièrement, des féministes, il comptait leurs victoires. Ainsi dans le Premier Sexe (2006) reconnaissait-il déjà dans le mot «macho» une «géniale trouvaille linguistique des féministes dans les années 70 qui ont, avec un unique petit mot, transformé les hommes, tous les hommes, en accusés commis d’office».

A présent qu’il est au creux de la vague, Zemmour souhaite se relancer en avant-gardiste du combat sémantique et passer à l’attaque. A l’université d’été de son parti Reconquête ! le 11 septembre dans le Var, le «clou» de son discours de rentrée fut l’apologie inattendue du mot «féminicide» – du moins de son efficacité – et l’annonce mythomaniaque qu’il allait imposer lui aussi un nouveau mot dans la langue, pour «opposer la vérité, les faits, la réalité» à «l’idéologie (sic)» et au «Grand Endoctrinement (sic)».

(...)

Ce néologisme, francocide, serait, selon Zemmour, le calque de féminicide – et, espère-t-il, de son succès. Alors qu’il a toujours réfuté le bien-fondé de ce dernier concept (il critiquait encore le 4 mai 2021 dans Face à̀ l’info, sur CNews, les «minorités qui font la loi à travers le langage qu’ils imposent» et que «le Larousse enregistre sans beaucoup de filtre»), soudain il l’instrumentalise et le dégrade par une comparaison grossière et fausse.

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Des juristes, rhétoriciens, politologues, responsables associatifs et politiques ont déjà souligné l’inanité du concept. Comment peut-on assigner à une «haine du Français parce que Français», des meurtres dont les motivations sont souvent crapuleuses, contextuelles, ou dont on ne sait rien ? Quid quand les auteurs supposés de ces supposés actes sont eux-mêmes français ? En quoi y a-t-il phénomène structurel et anthropologique documenté, comme c’est le cas pour les féminicides, catégorie de crimes recensés par l’OMS ? Plus fondamentalement, en quoi ce mot, avec le sens intentionnel et politique qui lui est donné, correspond-il à des faits avérés, à quoi que ce soit de renseigné précisément dans le recensement des homicides en France ? Comme souvent chez Zemmour, le mot fonctionne non pour désigner un phénomène du monde réel, mais pour construire et faire prospérer un imaginaire.

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Un mot destiné à susciter terreur et panique

Francocide pose une équivalence factice et implicite entre genre et race : le sens réel du mot, en contexte, n’est pas «simplement» celui de «meurtre contre un Français parce que Français», comme l’étymologie et la comparaison avec féminicide le laissent supposer, mais bien, et je cite les phrases qui précèdent l’extrait généralement repris par les médias : «colonisation par la violence», «jihad du coin de la rue», «terrorisme du quotidien qui chasse les Français de souche au profit de nouveaux habitants». Ce sont ces termes («colonisation», «chasser») qui ont été utilisés par les Damien Rieu, Stéphane Ravier, FDesouche et les commentateurs de CNews pour expliquer le concept. (...)

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Sous ce néologisme, l’opposition structurante est entre Français de souche, sous-entendus blancs, et immigrés ainsi que, de manière implicite avec l’allusion au jihad du coin de la rue, musulmans, quels qu’ils soient, Français ou non, contre chrétiens. Seules la «race» et la religion sont pertinentes dans cette grille de lecture manichéenne et fantasmagorique. Si le mot est nouveau, l’imaginaire raciste, lui, n’a pas changé.

Cécile Alduy est l’autrice de la Langue de Zemmour , «Libelle», Seuil, 2022.

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