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Vivement l'Ecole!

Ces établissements scolaires qui manquent toujours de professeurs : « Nous avons des noms sur le papier, mais pas d’enseignants dans les classes »

21 Septembre 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Ces établissements scolaires qui manquent toujours de professeurs : « Nous avons des noms sur le papier, mais pas d’enseignants dans les classes »

EXTRAITS

Deux semaines après la rentrée, des problèmes subsistent. Les rectorats plaident une « période d’adaptation » inhérente à la rentrée. Les heures de cours perdues s’accumulent pour les élèves.

La réunion parents-professeurs des 2des est à peine terminée que deux mères de famille se dirigent vers le stand de la FCPE, devant le lycée Eugène-Delacroix, à Drancy (Seine-Saint-Denis). Leurs enfants n’ont pas de professeur d’espagnol depuis la rentrée, et personne n’a pu les rassurer quant au délai qui sera nécessaire pour résoudre le problème. « Qu’est-ce qu’on peut faire ? », demande l’une d’elles aux représentants de parents d’élèves. « Appelez le rectorat tous les jours pour qu’il trouve quelqu’un », lui conseillent les élus, assurant que la direction fait tout ce qu’elle peut de son côté.

La promesse d’un enseignant devant chaque classe à la rentrée n’a pas été tenue dans ce lycée polyvalent accueillant plus de 2 000 élèves et étudiants. Mathématiques, espagnol, anglais, sciences et vie de la Terre (SVT), histoire-géographie, mais aussi biotechnologies ou gestion-administration pour la voie professionnelle… Il manquait ici, de source syndicale, plus d’une dizaine de professeurs le 16 septembre, sur un effectif total de 190.

Pour les élèves, ce sont des dizaines d’heures de cours déjà perdues. « On ne peut pas compenser en interne, beaucoup de professeurs font déjà des heures supplémentaires et les emplois du temps ne sont pas toujours compatibles », explique Colleen, enseignante d’anglais au lycée, qui ne souhaite pas donner son nom.

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Dans les rectorats, on affirme qu’il s’agit d’une « période d’adaptation » inhérente à chaque rentrée. « Nous ne manquons pas d’enseignants, ce sont des ajustements, assure-t-on par exemple au rectorat d’Orléans-Tours, où plus de 90 % des chefs d’établissements déclaraient au moins un poste vacant après la rentrée, selon le SNPDEN. Dans le second degré, nous avons 15 600 enseignants répartis dans un peu plus de 300 établissements… C’est un défi de gestion des ressources humaines et la répartition des enseignants peut prendre du temps. »

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D’après les proviseurs, si ces manques de début d’année sont classiques, ils durent davantage qu’à l’accoutumée cette rentrée. « Le nombre de postes vacants baisse progressivement, mais les affectations, notamment des stagiaires, ont pris du retard », constate Laurence Colin, secrétaire générale adjointe du SNPDEN et proviseure d’un lycée professionnel en Gironde où il manque encore deux professeurs, contre sept le jour de la prérentrée.

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« Si les absences sont résolues rapidement, nous pouvons essayer d’assurer des heures de rattrapage sur le reste de l’année, explique Radouane M’Hamdi, proviseur du lycée André-Boulloche à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), où il manquait encore, le 16 septembre, des enseignants pour assurer dix-huit heures de français et neuf heures de sciences économiques et sociales (SES). Mais il y a trente-six semaines de cours par an, donc un poste vacant plus de trois semaines, c’est 10 % des heures annuelles dans la discipline qui sont perdues pour les élèves et ça devient difficile à compenser. »

Un terreau d’inégalités des chances, particulièrement préjudiciable lorsqu’il touche des classes à examen. Les professionnels s’inquiètent aussi du risque de décrochage de certains élèves dont les emplois du temps sont noyautés dès la rentrée, notamment en filière professionnelle. « Quand les élèves ont huit heures de travaux pratiques dans la journée avec un enseignant et que ce dernier n’est pas là, les dégâts potentiels sur les élèves sont énormes », relève Laurence Colin.

Enseignants, chefs d’établissement et parents s’inquiètent désormais de savoir à quel point les viviers de remplaçants ont été mobilisés pour couvrir ces manques. Et combien seront encore disponibles pour pallier les absences, beaucoup plus nombreuses, qui s’accumuleront cet hiver.

Eléa Pommiers et Violaine Morin

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