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Vivement l'Ecole!

L'homme régénéré : de Robespierre au fascisme prétend Michel Onfray - Par Claude Lelièvre

3 Août 2022 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Histoire, #Politique

Robespierre.

Selon Michel Onfray l'origine de  «l 'homme nouveau » ou « régénéré » du fascisme se trouverait chez Robespierre et n'aurait donc pas « ses racines à l'extrême droite ». Ce tête à queue idéologique fait fi de toute référence historique d'ampleur et marque à l'évidence la pente accentuée de Michel Onfray vers la médiocrité, en pleine dégénérescence.

« Les universitaires sont dans une logique de robespierrisme. La grande idée de l'homme fasciste c'est l'homme régénéré, ça se retrouve chez Robespierre. L'homme nouveau du fascisme ne prend pas ses racines à l'extrême droite » (Michel Onfray sur Cnews le 31 juillet, dans l'émission Punchline)

Si on prend la peine de se référer à l'article « Régénération » (signé Mona Ozouf) du « Dictionnaire critique de la révolution française » (dirigé par François Furet et Mona Ozouf) paru chez Flammarion en 1988 , on peut noter d'abord que « l'idée d'homme nouveau est très loin, quand la Révolution éclate, d'être une idée neuve. Tout le XVIII° siècle [et donc les ''Lumières''] a rêvé autour des images de la seconde naissance […] C'est un rêve mais ce n'est pas seulement un rêve. Vers lui ont convergé pendant la décennie révolutionnaire mille institutions et créations » (pp. 821 et 822).

La focalisation à cet égard sur Robespierre (ou la « logique robespierriste ») relève d'une ignorance crasse ou d'une occultation en vue d'une manoeuvre idéologique tout à fait inadmissible.

On peut aussi noter qu'il y a continuité en l'occurrence après Thermidor et la chute de Robespierre . « A-t-on tout à fait rompu avec l'idée de faire de l 'école, abrégé de la société, le moyen de régénérer le peuple tout entier ? Il s'en faut […] On n'en continue pas moins de croire à la discontinuité du temps révolutionnaire, à voir , comme l'a si bien compris Benjamin Constant , dans les habitudes le fruit de la malveillance, à attribuer à des volontés mauvaises la lenteur de la régénération. Cela témoigne, malgré toutes les désillusions, de la ténacité d'un rêve pédagogique auquel seul Brumaire mettra fin » ( p. 828)

Enfin Robespierre ne s'est pas particulièrement illustré en la matière. Il en est d'autres qui ont été plus en vue à cet égard. Dans mon livre sur « L'histoire des institutions scolaires (depuis 1989) » paru chez Nathan en 1990, j'ai cité en particulier Gabriel Bouquier et son « Plan général d'ins truction publique » présenté devant la Convention en décembre 1793, fort éloigné de celui qui avait été présenté par Robespierre (car étant pour l'essentiel hors ''forme scolaire'') : « La Révolution a, pour ainsi dire d'elle-même, organisé l'éducation publique et placé partout des sources inépuisables d'éducation. N'allons pas substituer à cette organisation, simple et sublime comme le peuple qui la créée, une organisation factice et calculée sur des statuts académiques qui ne doivent plus infecter une nation régénérée » (p . 25)

Mais en l'an de grâce 2022, une référence biaisée à un ''Robespierre'' (plus ou moins mythique) peut contribuer à faire le buzz et semer le trouble en vue de la confusion et de l'inversion. On aurait tort de n'y voir que la dérive d'un homme.

Claude Lelièvre

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