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Vivement l'Ecole!

Pénurie d’enseignants dans les zones rurales : des “visio-remplaçants” prévus à la rentrée, vraiment ?

25 Juin 2022 , Rédigé par Télérama Publié dans #Education

Etudier à distance sans jamais rencontrer ses camarades de promo, une  épreuve | Les Echos Start

Les académies anticipent la rentrée tant bien que mal. Dernière trouvaille pour pallier le manque de remplaçants dans l’Éducation nationale : des enseignants en visioconférence. C’est ce que Nancy-Metz a décidé d’expérimenter dès septembre.

Les académies ne savent plus quoi inventer. À l’approche des grandes vacances, ça turbine pour pallier la pénurie chronique d’enseignants remplaçants. Parmi les trouvailles locales, on a beaucoup glosé sur les opérations « job dating » lancées par Versailles, puis Amiens, qui visent à créer un vivier susceptible de venir renflouer les effectifs de contractuels.

Mais les « innovations » dépendent aussi des spécificités locales. L’académie de Nancy-Metz, qui a perdu 495 postes d’enseignants du secondaire depuis 2017, a ainsi opté pour le recrutement d’une brigade de sept visio-remplaçants. Le rectorat souhaite qu’elle soit composée majoritairement de TZR volontaires – des professeurs titulaires affectés sur une zone de remplacement –, sans toutefois exclure la présence de contractuels. Dès la rentrée scolaire, ils seront prêts à venir en renfort, en cas d’absences dans l’académie.

Le principe a un air de déjà-vu : accueillis dans un établissement proche de leur domicile, ces enseignants feront cours à distance, devant un écran d’ordinateur fourni par l’Éducation nationale, à des élèves surveillés par des assistants d’éducation. Une formation est prévue pour leur apprendre à manier le logiciel, parler devant la caméra, projeter des contenus… Leurs missions dureront maximum sept semaines, ce qui correspond au laps de temps entre deux petites vacances scolaires. Par exemple pour remplacer au pied levé un enseignant qui doit subir une intervention chirurgicale non prévue et donc impossible à anticiper. Les absences de plus longue durée, liées à des congés maternité ou des arrêts maladie, seraient plus faciles à gérer, selon l’académie, qui affirme que l’expérimentation présentée en comité technique académique le 10 mars 2022 devrait être testée pendant deux ans maximum.

Des déserts éducatifs ?

Du côté des syndicats, le scepticisme domine. « Penser que l’on peut assurer des remplacements par visioconférence est une illusion qui dénote une méconnaissance de la réalité du travail fait en classe : comment un enseignant pourrait-il enseigner à une classe qu’il ne connaît pas et dans une salle où il n’est pas ? » déplore le Snes-FSU Lorraine dans un communiqué. L’expérience du confinement prouve combien il est difficile en distanciel de motiver les élèves, de réajuster son enseignement au fil de la séance, de créer du dialogue avec la classe, de proposer une aide individuelle pour lever un blocage, d’instaurer un climat de confiance… Au niveau national, les syndicats craignent que ce ne soit qu’un premier pas destiné à être élargi à l’ensemble du territoire. Ce que dément l’académie, qui reconnaît volontiers que c’est un pis-aller : « On aurait préféré mettre des profs en présentiel, mais on ne trouve personne dans les zones rurales isolées de la Meuse ou des Vosges. Les profs habitant dans les grandes villes n’ont pas envie de faire une heure et demie de voiture pour aller travailler. On a un problème d’attractivité. Donc on préfère des brigades numériques que rien du tout. » Après les déserts médicaux, les déserts éducatifs…

Marion Rousset

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