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Vivement l'Ecole!

Parcoursup : les professeurs principaux de terminale se désolent de l’opacité et des incohérences de la plate-forme d’orientation

23 Juin 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Parcoursup: comment va se passer la phase d'admission? - La Voix du Nord

EXTRAITS

Les enseignants ne comprennent pas toujours les propositions faites à leurs élèves et se retrouvent en difficulté pour les aider.

Ils scrutent les résultats de leurs élèves, leur progression sur les listes d’attente. Ils évaluent les chances des uns et des autres d’intégrer telle formation en analysant le rang du dernier admis à la session précédente. En quelques années, les professeurs principaux des lycéens de terminale sont devenus des experts de Parcoursup. Le jargon de la plate-forme d’admission dans l’enseignement supérieur, son calendrier, ses différentes phases n’ont plus beaucoup de secrets pour eux, et, pourtant, ils n’en ont pas encore percé tous les mystères. Pourquoi, à la veille de l’ouverture de la phase complémentaire, les élèves d’une classe ont quasiment tous reçu au moins une proposition, alors que dans une autre, près d’un quart est toujours en attente ? Les enseignants ne le comprennent pas, alors qu’au niveau national plus de 86 % des candidats ont déjà reçu une proposition d’admission, selon les statistiques ministérielles.

Si « la logique » est respectée dans la plupart des cas, les professeurs principaux remarquent tous « des anomalies » entre les propositions que reçoivent certains candidats et leur profil ou leur niveau. Ces enseignants parlent même d’« aberrations » lorsqu’il leur arrive de comparer les résultats de différents lycéens. Les exemples sont légion. Jérôme Derancourt, professeur de mathématiques près de Lyon, n’arrive pas à saisir les différences de situation entre deux de ses élèves qui souhaitent intégrer la même licence de Staps. « L’un a été pris dès le premier jour et l’autre est encore très loin sur la liste d’attente. Pourtant, le deuxième possède le BAFA et pratique un sport au niveau régional », raconte l’enseignant.

Anne Bey, professeure de mathématiques à Montpellier, s’étonne du sort de cet « élève exceptionnel en sciences » qui n’est encore accepté dans aucune classe préparatoire alors que d’autres élèves moins brillants le sont. L’enseignante échafaude des hypothèses : « Les notes en français semblent peser pour départager les candidats, même pour des formations scientifiques. »

Hervé Lacrampe s’interroge aussi. L’enseignant d’histoire-géographie au lycée Jean-Macé, à Niort, accompagne un lycéen qui a fait un break d’un an pour effectuer un tour du monde à vélo. « L’an dernier, il était pris dans deux licences de droit sur les six auxquelles il avait candidaté. Cette année, il est accepté partout avec les mêmes vœux », constate-t-il, dubitatif.

(...)

« Découragement et résignation »

Comment aider les élèves dans ce flou ? Pour la plupart, les professeurs principaux ne disposent pas de formation à l’orientation et les cinquante-quatre heures qui devraient être dédiées à ce suivi dans les emplois du temps des élèves passent souvent à l’as. Des liens étroits entre lycée et enseignement supérieur restent à construire. Les enseignants ont alors « peur de se tromper » lorsqu’ils prodiguent leurs conseils. Hervé Lacrampe a coaché une de ses élèves qui souhaite intégrer Sciences Po Paris. « Elle devait produire trois écrits. Je lui ai fait retravailler plusieurs versions pour que le résultat final soit plus percutant, plus original, sans savoir vraiment ce que l’école attendait. » Il a pensé « être dans le vrai » quand il a vu qu’elle était admissible. Autre difficulté : lors de la phase d’admission principale – qui s’étale cette année du 2 juin au 15 juillet, les élèves quittent rapidement les cours pour passer le bac. L’accompagnement se fait alors par mail et téléphone pour les professeurs principaux.

(...)

« La phase d’attente crée du découragement et de la résignation chez nos élèves, qui ont le sentiment d’être classés et parfois déclassés, se désole-t-il. Je ne peux pas accomplir cette mission correctement, je ne suis pas d’accord avec ce système, et pourtant je dois en assurer le service après-vente. Autant arrêter. »

Sylvie Lecherbonnier

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