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Vivement l'Ecole!

Le « syndrome de la salle des profs » est-il un mythe ?

3 Mai 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Le « syndrome de la salle des profs » est-il un mythe ?

EXTRAITS

A quelques jours du premier tour, Emmanuel Macron avait déclenché la colère des enseignants sur les réseaux sociaux en évoquant ce supposé syndrome, selon lequel les professeurs les moins investis décourageraient les plus motivés.

Le métier d’enseignant, réputé plutôt solitaire, serait soumis aux dynamiques de groupe – et plutôt pour le pire que pour le meilleur. C’est en tout cas ce qu’a sous-entendu Emmanuel Macron, le 6 avril, en campagne pour sa propre réélection à l’Elysée, dans les colonnes du Figaro, lorsqu’il a déclaré vouloir « répondre au syndrome de la salle des profs, où celui qui se démène est parfois moqué par celui qui fait le minimum syndical ».

Des propos jugés blessants par de nombreux professeurs – quand d’autres, moins nombreux, assuraient avoir déjà fait l’expérience de salles des profs figées dans des habitudes anciennes qui les empêchaient d’avancer.

Le « syndrome de la salle des profs » est-il un mythe ou une réalité ? Et dans quelle mesure les dynamiques collectives influent-elles sur le travail dans chaque classe ?

Les enseignants prêts à démontrer les retombées positives d’un « effet de groupe » sont évidemment plus nombreux que ceux qui dénoncent son caractère délétère. Beaucoup sont échaudés par les déclarations du président de la République – et tiennent à souligner que, de la « cueillette des fraises » du premier confinement jusqu’au « syndrome de la salle des profs », la Macronie n’a cessé d’entretenir l’image d’une profession minée par l’indolence supposée de quelques-uns.

(...)

La formation par les pairs – en échangeant des supports pédagogiques, en mélangeant les groupes, voire en visitant la classe de l’autre – est plébiscitée par ceux qui la pratiquent. « En général, c’est quand quelque chose ne marche pas qu’on a besoin d’échanger, rappelle Raphaël Giromini, professeur de mathématiques et militant du SNES au lycée Le Corbusier d’Aubervilliers – un établissement de Seine-Saint-Denis systématiquement classé en tête des meilleurs lycées en valeur ajoutée du taux de réussite, et réputé pour le travail concerté de son équipe pédagogique. C’est pour cela que c’est important. Il y a beaucoup d’établissements où, sans l’équipe, on ne tiendrait pas. »

(...)

A toutes les échelles de la vie quotidienne, « l’esprit d’équipe » – ou son absence – transforme la vie des enseignants, juge cette professeure des écoles. Arrivée quasiment débutante dans sa précédente école, elle avoue y avoir « dépéri », privée d’échanges avec des enseignants plus âgés dont elle aurait apprécié l’aide et les conseils. « Bizarrement, plus j’étais en difficulté, plus ils m’appréciaient », s’amuse-t-elle aujourd’hui.

(...)

Les professeurs interrogés sur la « petite phrase » d’Emmanuel Macron tiennent aussi à revenir sur l’expression « minimum syndical », qui convoque l’image de l’enseignant militant, critique de tout et constamment sur le point de déclarer la grève. « C’est un vieux cliché, mais en pratique, ça ne tient pas, assure Raphaël Giromini. Pour être un bon syndicaliste, vous devez d’abord être un bon prof, poursuit-il. Si vous ne fichez rien de la journée, les gens n’auront pas envie de vous suivre ! »

Violaine Morin

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