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Vivement l'Ecole!

Je ne supporterai pas que meurent les Champs d'amandiers illuminant le Rif...

18 Mai 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Maroc

Champ d'amandiers dans le Rif (Maroc) | Vacances maroc, Maroc, Marocaine

La chance de ma vie sera d'avoir vécu les années de mon enfance et de mon adolescence, disons de 1960 à 1976, dans un pays baigné par la lumière, bercé par le frisson du vent venu de la mer ou parfois du sud, du désert brûlant, emportant avec lui quelques milliards de grains de sable repeignant en ocre les murs blanchis à la chaux, accueillant des rivières de bougainvilliers en fleurs ou la nonchalance d'un chat à demi somnolant de chaleur.

Les couleurs de ce pays sont ceux de mes souvenirs.

Celles et ceux qui me connaissent un peu savent mon attachement, mon amour infini pour la douceur et la violence de son climat, pour la beauté des courbes de ses plages caressant l'Atlantique et la Méditerranée, pour ses contrastes entre villes surpeuplées accueillant riches et pauvres, campagnes de terres avares à rendre ce qu'on leur donne et celles, plus généreuses, offrant à nos palais le goût des clémentines, oranges, citrons, olives après avoir enchanté nos narines des parfums mêlés de leurs fleurs au printemps. Mon pays, celui de mes souvenirs comme celui présent, mérite à lui-seul que nous autres, frères humains, nous battions pour lui. Et bien évidemment, pour tous les autres.

Je ne supporterai pas que disparaissent par notre faute, nos égarements, notre appât du gain, nos inconsciences partagées car je suis aussi coupable que tant d'autres, les dunes, ces océans immobiles fracassant les rochers du Hoggar. Remplacées peut-être un jour par des villes géantes aux tours illuminées construites par des femmes et hommes venus tout exprès survivre pour des salaires de misère mais nourrissant les rêves fous de quelques nababs en mal d'une reconnaissance frelatée.

Je ne supporterai pas que meurent les Champs d'amandiers illuminant le Rif, la source bleue de Meski dans la vallée du Ziz, les neiges du Toubkal entre Marrakech et Taroudant, les grandes forêts de chênes-lièges et celles d'eucalyptus dont je cueillais les feuilles en les faisant siffler, serrées entre mes mains ; que disparaissent à jamais les poissons amassés sur les quais des ports avides des odeurs fortes envahissant l'azur, les hérissons du désert, les caracals, les flamants rose affamés de crevettes, les scinques et les mangoustes ichneumon, les vipères de l'erg, les grands-ducs ascalaphe, les oryx algazelle et ce caméléon qui venait au jardin jouer les magiciens par ses couleurs changeantes.

Et puis mon Atlantique, polluée tant et plus, dont j'entends les rouleaux écrasant de sa force les rives ensablées où mes courses anciennes m'amenaient à plonger et puis à revenir vers la maison-jardin envahie de mille fleurs aux mille noms oubliés.

Voilà ce que je suis. Paysages, animaux, fleurs et parfums. Massacrer tout cela, c'est me tuer et nous tuer !

Je n'ai pas dit le nom du pays dont je parle : le Maroc, quelque part sur la terre...

Christophe Chartreux

Les merveilles naturelles qu'Agadir et sa région nous cachent | TV5MONDE -  Voyage

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