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Vivement l'Ecole!

Élèves traqués par les publicitaires du Net : le casse-tête des enseignants français

25 Mai 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

L'Ademe dénonce des publicités Cdiscount qui incitent à la surconsommation

EXTRAITS

Avec seulement deux applications mises en cause, la France fait figure de bonne élève dans le rapport de Human Rights Watch sur la collecte de données durant la pandémie. Mais, dans les salles de classe, la situation est en réalité plus complexe, notamment en raison de l’usage d’outils non validés par le gouvernement.

À la lecture du rapport de Human Rights Watch (HRW) sur la collecte des données privées des enfants à des fins publicitaires par les outils numériques éducatifs durant la pandémie, la France fait figure de bon élève.

Alors que certains pays ont imposé à leurs élèves des outils permettant leur géolocalisation, enregistrant leurs moindres faits et gestes et les pistant lors de leur navigation pour leur proposer des publicités ciblées, la France n’est épinglée que pour deux outils. Les sites internet English for Schools et Deutsch für Schulen, édités par le ministère de l’éducation nationale, intégraient chacun des pisteurs : un de Google Analytics, un outil de mesure d’audience, et un de doubleclick.net, une régie publicitaire appartenant au géant américain.

Mais la réalité est plus complexe qu’il y paraît.

« Il est important de clarifier un point : le nombre de pisteurs ou de trackeurs n’est pas un bon indicateur en termes de gravité, explique la chercheuse Esther Onfroy, cofondatrice de la société de cybersécurité Defensive Lab Agency, créatrice de deux outils d’analyse d’applications, Exodus privacy et Pithus, et ayant collaboré au rapport de HRW. « Tout dépend du type de trackeur », poursuit-elle.

De plus, « le problème ne se résume pas à une entreprise. C’est tout un système », reprend Esther Onfroy. Le pistage est en effet assuré par une multitude d’outils dont « le but est de toujours mieux connaître la personne pour mieux la cibler »« Les données sont généralement collectées à votre insu. Puis, les entreprises vont se les repartager et elles vont finir dans des silos géants. Une fois qu’une donnée qui vous concerne a été collectée, vous n’avez plus la main dessus. Il suffit d’une fois. »

Pour illustrer ce système, la chercheuse rappelle le scandale, révélé par le site Vice au mois de novembre 2020, de la société X-Mode. Cette entreprise publicitaire américaine est spécialisée dans la collecte et la revente de données de géolocalisation issues des téléphones portables. Or, il s’est avéré que, parmi ses clients, figurait notamment un sous-traitant de l’armée américaine qui a ainsi pu mettre la main sur de nombreuses données, dont celles des 98 millions d’utilisateurs d’une application destinée à des musulmans.

Concernant les EdTech, les outils éducatifs numériques, il est important de souligner que le rapport de HRW se concentre sur ceux officiellement recommandés par des gouvernements dans le cadre de la pandémie. Et, effectivement, dans ce cadre, la France n’a pas imposé à ses élèves des outils développés par des Gafam comme ont pu le faire d’autres pays. Et, sur ceux proposés par le ministère de l’éducation nationale, seuls deux semblaient ne pas respecter le règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD) en incluant deux cookies, sans que cela soit précisé dans ses conditions générales d’utilisation.

Mais la situation est en réalité beaucoup plus compliquée. En effet, de nombreux enseignant·es ont pris l’habitude de recourir à des outils non officiellement recommandés par leur ministère, et par ailleurs mis en cause dans le rapport de Human Rights Watch. C’est par exemple le cas de Minecraft : Education Edition.

Cette version éducative du célèbre jeu édité par Microsoft depuis 2016 a en effet connu un succès fulgurant durant la pandémie. Au mois de septembre 2020, la presse rapportait ainsi que pas moins de 2,6 millions de « leçons » avaient été téléchargées en France depuis le début du confinement. Or, selon les analyses menées par HRW, cette application fait partie de celles attribuant un identifiant persistant à ses utilisatrices et utilisateurs, afin de pouvoir les pister par la suite plus facilement, et collectant leurs données de géolocalisation horodatées.

(...)

Contacté par Mediapart, le ministère de l’éducation nationale défend de son côté les outils qu’il a mis en place « dès le début de la pandémie »« Les enseignants disposent, au travers de la solution “Ma classe à la maison” (MCALM) mise en place par le Cned, d’un outil de classe virtuelle reposant sur l’outil Blackboard », explique-t-il. « Les ressources pédagogiques de cette plateforme, conçue pendant l’hiver 2019-2020, ont été utilisées par plus de deux millions de familles, détaille encore le ministère. Les classes virtuelles proposées dans le cadre de ce service – non exclusif – ont été utilisées par plus de 500 000 professeurs. Pendant la période de confinement, plus de 3 millions d’élèves ont bénéficié chaque jour, par ce biais, d’une ou plusieurs classes virtuelles. »

Il souligne également la forte croissance durant la pandémie de l’usage des espaces numériques de travail (ENT) mis à la disposition des enseignant·es. « De mars à juin 2020, les ENT ont contribué massivement à la continuité pédagogique (+ 346 % de visites pour le mois de mars 2020). Ils absorbent jusqu’à 57,91 millions de pages vues par jour », explique-t-il. Désormais, « 80 % des élèves du second degré et 20 % des élèves du premier degré (ainsi que leurs parents et leurs enseignants) bénéficient d’un ENT et du cadre de confiance assorti, avec une sécurité pour les données personnelles nécessaires au fonctionnement des services, sous l’autorité du chef d’établissement – ou du Dasen [directeur académique des services de l’Éducation nationale – ndlr] pour le premier degré – en tant que responsable de traitement. »

Concernant l’utilisation d’outils non officiellement recommandés, le ministère précise avoir « fortement déconseillé […] l’utilisation des logiciels Zoom et Discord […], en raison de leur faible niveau de protection et leur modèle économique reposant essentiellement sur l’exploitation des données utilisateurs ».

Dans sa réponse à Mediapart, le ministère n’évoque cependant pas le cas des deux applications citées dans le rapport de Human Rights Watch (lire la réponse complète du ministère de l’éducation nationale dans la page Annexes).

Jérôme Hourdeaux

https://www.mediapart.fr/journal/france/250522/eleves-traques-par-les-publicitaires-du-net-le-casse-tete-des-enseignants-francais?at_medium=custom7&at_campaign=1046&fbclid=IwAR0zFC1KVDJJ78Ta81O5Su3oqKUEKhZUijTo2SDflv8Sk_ea34qT9zfq-oA

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