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Vivement l'Ecole!

Instrumentaliser la laïcité fait le jeu de l’extrême droite

22 Avril 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Laïcité

Instrumentaliser la laïcité fait le jeu de l’extrême droite

Certains politiques et polémistes ont transformé la laïcité en une arme défensive d’une identité fantasmée. Une approche qui n’a aucun sens et qui a participé à banaliser les thèses de l’extrême droite. Pour l’ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité Nicolas Cadène, face à la réalité tangible qu’elle représente désormais, le seul vote possible dimanche reste le vote Macron.

Le 24 avril s’opposeront à nouveau Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le premier porte un programme qui s’inscrit dans le champ républicain quand la seconde porte un programme qui, sans toujours l’assumer, s’en dégage. Bien des propositions de l’extrême droite visent à faire voler en éclats nos principes fondamentaux, dont la laïcité.

Durant les huit années où j’ai travaillé pour l’Observatoire de la laïcité, j’ai pu constater combien notre débat public dérivait dangereusement. Cette instance transpartisane, reconnue de tous les acteurs de terrain, fut l’objet d’accusations ridicules mais largement relayées, de l’extrême droite jusqu’à une certaine gauche. Ces polémistes se retrouvaient autour d’un thème obsessionnel : l’islam. Sous couvert de défendre la laïcité, leur objectif était de la transformer en une arme défensive d’une identité fantasmée et favorisant une majorité supposée.

En refusant d’identifier les ressorts du recours à la religion et de s’attaquer aux racines de la montée en puissance de courants islamistes, ils cherchaient d’abord à nourrir leur obsession par le buzz. Ainsi ont-ils participé à l’appauvrissement du débat et à la montée des peurs dans une période de crises, de troubles liés à l’identité dans la mondialisation et de sentiments de déclassement. Or, une approche purement sécuritaire et identitaire de la laïcité n’a aucun sens : non seulement, elle ne s’attaque pas aux causes de ce qu’on appelle désormais le «séparatisme», mais elle le renforce, en offrant l’argument de la discrimination aux endoctrineurs radicaux. C’est le cas avec la proposition d’interdire le port du voile dans la rue. Une telle interdiction est contraire au principe même de laïcité et entrave plusieurs libertés fondamentales. Aujourd’hui, celles de femmes de confession musulmane ; demain, qui encore ? Cette interdiction constitue un cadeau inespéré pour les islamistes et leur propagande anti-française.

C’est une évidence pour les acteurs de terrain et les juristes. Mais c’est un tube dans les cours de récré politique de tous bords, là où le bruit médiatique importe plus que le sérieux des propositions. Les «toutologues» de plateaux, soutenus par quelques médias paresseux ou privilégiant le clash, mais aussi ces politiques dénonçant «wokisme», «islamogauchisme» ou «bien-pensance», ont banalisé les thèses portées jusqu’alors par le seul camp réactionnaire. Ils ont ainsi occulté les véritables préoccupations des Français, favorisant leur abstention lors des échéances électorales. En matière de laïcité et de «séparatisme», ils ont balayé les vrais débats de fond : l’insuffisante mixité sociale et les replis communautaires qui en découlent ; ou encore le nécessaire courage diplomatique, le renforcement des moyens de la justice, de l’école et du renseignement.

D’un point de vue cynique, la dédiabolisation de l’extrême droite peut, pour chaque type d’élection, permettre un duel avec elle, a priori plus simple à emporter grâce à l’annihilation du débat par le réflexe du vote républicain. C’est un jeu dangereux. La réalité, c’est que cette entreprise de dédiabolisation a fonctionné : les idées d’extrême droite ont fait leur nid et apparaissent aujourd’hui comme acceptables. Certaines formations politiques, redoutant l’accusation absurde de «laxisme», les ont laissés prospérer. Ce reniement les a souillées et, électoralement, ne leur a rien apporté. Au contraire, elles ont convaincu trop de Français que l’extrême droite, qui portait depuis plus longtemps ces thématiques, était la plus légitime. Ce clientélisme lâche de ceux, de tous bords, qui refusent la complexité, a rendu envisageable ce que nous refusions d’envisager : la victoire de l’extrême droite en France.

La laïcité est un trésor qui rassemble. Refusons celles et ceux qui en font un instrument de division et assurons-nous que plus jamais, personne dans le champ républicain ne puisse laisser prospérer cette idée. Ne laissons pas se développer la rancœur chez beaucoup de praticiens de la laïcité déçus des prises de position publiques de ces dernières années. Le 24 avril est une première étape : face à la mobilisation de l’extrême droite, à la réalité tangible du danger qu’elle représente, il n’y a qu’un vote possible pour la battre et défendre nos droits fondamentaux. Ce vote, c’est le vote Emmanuel Macron.

Nicolas Cadène est ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, placé auprès du Premier ministre (2013-2021), cofondateur de la Vigie de la laïcité, membre de l’Académie de Nîmes, auteur d’En finir avec les idées fausses sur la laïcité (Les éditions de l’Atelier, 2020, rééditions 2021 et 2022) et de la Laïcité pour les Nuls (First éditions, 2016, réédition 2017).

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