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Vivement l'Ecole!

Après le premier tour, la Sorbonne occupée: «On en a marre d’élire tous les cinq ans le roi des bourgeois»

14 Avril 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

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Quelques centaines d’étudiants venus de plusieurs facs parisiennes ont pris le contrôle d’une partie de la Sorbonne ce mercredi. Ils dénoncent un second tour de présidentielle dans lequel ils ne se sentent pas représentés.

Un rassemblement de visages juvéniles et des vigiles sur les dents. Ce mercredi après-midi, les entrées de la Sorbonne, dans le centre de Paris, restent fermées. Certaines sont bloquées de l’intérieur par des cadenas costauds. Les autres surveillés par des gardes costauds. Devant, quelques grappes d’étudiants patientent calmement. Certains tentent par tous les moyens de se frayer un chemin pour rentrer dans l’université en parlementant avec la sécurité ou en forçant le passage. Avec plus ou moins de réussite.

A l’intérieur, quelques centaines d’étudiants ont pris le contrôle d’une partie des locaux après un appel à une assemblée générale «contre l’arnaque du deuxième tour». Y étaient conviés des jeunes des facs parisiennes – Sorbonne, donc, mais aussi Paris-VIII, l’ENS Jourdan et Paris Nanterre –, mécontents du scrutin de ce week-end et du système politique actuel. Dans les couloirs, des tags implacables : «Ni Macron ni Le Pen», «Le fascisme tue, combattons-le», ou encore «Pierre par pierre, nous détruirons Emmanuel Macron» ont été tagués. En parallèle, certaines issues ont été bloquées par des amoncellements des tables et des chaises.

Dans l’un des imposants amphithéâtres de la fac, réquisitionné pour l’occasion, on se passe la parole, on débat sur la conduite à tenir et sur la suite à donner aux événements. Quelques chants antifascistes et de la gauche révolutionnaire sont aussi entonnés. Les échanges s’éternisent et les journalistes ne sont eux pas vraiment les bienvenus.

«C’est difficile pour la jeunesse qui ne se sent pas du tout représentée»

«Il y a beaucoup de revendications, et c’est impossible de parler au nom de tout le monde», explique Léo (1), grand maigrichon aux cheveux longs de 23 ans, clope électronique à la main, qui nous a permis d’accéder aux locaux là où la plupart de nos confrères ont été laissés à la porte. «De manière générale, je pense qu’on peut dire sans trop se mouiller qu’on est tous contre ce second tour où s’opposent l’extrême droite et l’ultralibéralisme. C’est vraiment difficile pour la jeunesse qui ne se sent pas du tout représentée.»

L’étudiant en maths, habitué des mouvements sociaux, cite le manque d’ambitions sociales d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen. Et surtout «l’absence de réel programme pour lutter contre le réchauffement climatique» : «Le Giec nous dit qu’il nous reste trois ans pour changer les choses. Et là, on est repartis pour cinq ans de plus avec des gens au pouvoir qui s’en moquent royalement. On file tout droit vers la catastrophe, peut-être que l’on ne sera pas là à l’âge de nos profs pour en parler, et pour l’instant on en est encore à débattre d’interdire ou non les pailles en plastique.»

Quelques mètres plus loin, des étudiants ont pris place dans des salles de classe. Accoudés à la fenêtre, certains interpellent leurs camarades restés dehors pour qu’ils leur fassent passer quelques vivres – des bières et des paquets de gâteaux surtout. De quoi tenir plusieurs heures, voire toute la nuit si l’occupation se poursuit. D’autres refont le monde, discutent de l’élection passée et s’imaginent, par des mouvements comme le leur, «faire revenir le pouvoir aux mains du peuple». Des numéros d’avocats et d’associations sont écrits au tableau, à appeler en cas d’intervention des forces de l’ordre, et des prospectus traînent sur la table sur lesquels sont écrits les droits de chacun s’il est interpellé.

Appel à une mobilisation générale

Gaïa, tout juste la vingtaine, cheveux blonds, l’arcade percée et au crop top bleu, se réjouit de voir «plein de jeunes qui n’ont pas les mêmes idées se retrouver et arriver par la discussion à se mettre d’accord». Une façon, selon iel, de sortir de ce «pseudo-système démocratique» dans lequel le «pouvoir est dans les mains des plus puissants» et où les citoyens n’ont que la possibilité «d’élire tous les cinq ans le roi des bourgeois».

A ses côtés, Axel (1), cheveux noirs plaqués en arrière et lunettes rondes sur le nez, opine du chef : «Ce genre d’action, ça permet de rappeler que certes nous ne sommes que des fourmis, mais que plein de fourmis bout à bout peuvent permettre de mettre la pression sur les élites. Maintenant il faut qu’on soit encore plus nombreux pour faire bouger les choses.» Tous appellent les étudiants du pays, et plus encore, à prendre le contrôle de leurs universités et à des manifestations dans les jours qui viennent pour que l’action ne se transforme pas en pétard mouillé. En attendant, la Sorbonne reste occupée.

Julien Lecot

(1) Les prénoms ont été changés.

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