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Vivement l'Ecole!

Guerre d'Algérie : ce que la télévision française en montre aujourd'hui

17 Mars 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Histoire, #Médias

Benjamin Stora et Georges-Marc Benhamou sont les invités de l'Instant M pour « C’était la guerre d’Algérie », diffusé lundi 14 et mardi 15 mars sur France 2.

Il fallait bien cinq épisodes d’une heure pour brosser 132 ans de colonisation française en Algérie et sept années de guerre. L’injustice, la misère, l’humiliation, la lutte armée, l’engrenage de la terreur, la défaite du politique, la radicalisation des deux côtés.

Il fallait ces voix multiples pour construire le récit choral des enfants du conflit. Arabes musulmans qui comptent les morts et les mutilations, descendants de combattants, pieds-noirs arrachés à leur terre, héritiers d’une extrême-droite jusqu’au-boutiste, fils et filles de Harkis, appelés du contingent à vie traumatisés, juifs à l’identité broyée…

Tous, ils disent la mémoire à l’œuvre, ils disent la guerre d’Algérie dans la France d’aujourd’hui.

Il fallait une producteur-documentariste né en Algérie, George-Marc Benamou. Il fallait un historien né en Algérie, Benjamin Stora. Il fallait une antenne de service public.

Extraits de l'entretien

La guerre d'Algérie

Qu'est-ce que la France peut montrer aujourd'hui qu'elle ne pouvait pas montrer hier ? Benjamin Stora explique : "Contrairement à ce qu'on croit, il existe beaucoup d'images de la Guerre. Elles proviennent de l'armée, de l'UCPAD (Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense). Elle a énormément filmé cette guerre. Mais les documents ont rarement été montrés : pour des raisons de censure, mais aussi parce que les Français voulaient oublier cette guerre. Donc les archives audiovisuelles (500 000) dorment depuis au Fort d'Ivry en particulier. Parfois, des verrous sautaient grâce à des documentaires : celui de Peter Batty (La Guerre d'Algérie (1984)), ou le mien (Guerre d'Algérie : la déchirure 1954 – 1962). Mais il fallait aller plus loin et remonter 132 ans en arrière."

Le premier épisode de la Guerre d'Algérie : les débuts de la colonisation

Pourquoi remonter si loin ? Georges Marc Benhamou confie que Pierre Joxe, appelé en Algérie et fils d'un ministre du Général De Gaulle dit : "La première guerre d'Algérie date de 1830. Et la guerre est-elle d'ailleurs vraiment terminée ? On ne reconnaît officiellement en France le terme de Guerre d'Algérie que depuis 1999 !"

Un documentaire pour lever les tabous

Georges Marc Benhamou : "Pour réaliser ce documentaire, nous étions guidés par l'étoile de Camus et de Mouloud Feraoun, deux grands écrivains libres qui ont vécu le drame algérien et essayé de lever tous les tabous, de dire toutes les vérités. L'extrême gauche et l'extrême droite nous feront peut-être des reproches. Mais l'important est de tout dire et de ne plus censurer."

En Algérie, un sentiment antigaulliste

On ne sait pas toujours, mais pendant la Seconde guerre mondiale, L'Algérie avait été un fief de pétainistes. D'où un fort sentiment anti-gaulliste. Benjamin Stora explique : "Les Européens d'Algérie, comme on les appelait à l'époque, préféraient Giraud à de Gaulle qui était plutôt mal vu. De Gaulle était surnommé "la grande Zohra" dans les milieux ultras de la colonisation. Ils le soupçonnaient d'être un "bradeur d'Empire". Et le reproche sera fait aussi, à d'autres comme Pierre Mendès-France. On montre dans ce film qu'à chaque fois que des portes pouvaient s'ouvrir et que des occasions pouvaient se présenter vers plus de paix, elles se refermaient. Cela va conduire à des situations qui vont déboucher sur de la violence.

Le grand mensonge de la colonisation, un sujet d'aujourd'hui

Georges-Marc Benhamou remarque que "La campagne électorale tourne autour de questions d'assimilation, de la pseudo-non-compatibilité de l'islam avec La République… Mais l'histoire bégaie depuis 1871 ! L'universalisme républicain le message de Jules Ferry, magnifique d'un côté et de l'autre les contradictions insupportables du colonialisme. Et tout cela va créer de la violence."

"La dramaturgie des relations franco-algérienne avec des espérances folles est incroyable. À la fin des années 1920, quand Ferhat Abbas, le grand patron du nationalisme algérien modéré Messali Hadj aspirent à la France : ils vont taper à la porte de la France pendant trente ans ! Nice et la Savoie vont devenir françaises après l'Algérie, mais leurs habitants vont devenir français, les Algériens pas.

C'est le grand mensonge de la colonisation. Quand le député Blum-Viollette du Front populaire veut proposer la nationalité à 24 000 personnes sur 9 millions ! C'est la révolution. Le lobby colonial d'Alger empêche Léon Blum de déposer ce projet."

Explique Georges-Marc Benhamou. Il ajoute que l'issue aurait pu être différente : "Au fond, on croit qu'il n'y a qu'un nationalisme algérien qui dirige l'Algérie, qui est le Front de libération nationale. Il y a eu d'autres tentations.

Il y avait d'autres chemins : le chemin assimilationniste, le chemin ouvrier, démocratique et pluraliste de Messali Hadj, qui aurait pu qui aurait pu être le Mandela de l'Algérie. On voit que les radicaux, les militaires français, les blocages font que les extrêmes des deux côtés vont l'emporter."

Montrer la violence

La violence des rapports est une donnée importante du conflit franco-algérien. Benjamin Stora précise qu'il existe une immense "souffrance algérienne, avec le déplacement de deux millions de paysans algériens, la destruction de milliers de familles, l'utilisation du napalm aussi et bien sûr, la torture, les exactions… Cela a marqué considérablement l'imaginaire algérien. Mais les réalisateurs montrent aussi "l'exil, l'exode, l'arrachement de tous ces Français d'Algérie qui sont nés là-bas sur 2, 3, 4, 5, 6 générations ! On a du mal à imaginer cela aujourd'hui. Toutes ces personnes parties terrorisées vers un pays qu'ils connaissaient à peine."

C'était la guerre d'Algérie sur France TV

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