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Vivement l'Ecole!

A Lille: premiers jours d’école pour Nazarii et Evan, réfugiés ukrainiens

24 Mars 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Ukraine

Lille mobilisée pour l'accueil des Ukrainiens / Actualités - Ville de Lille  : adresses, horaires, calendriers et histoire

Nazarii, de Oujhorod, et Evan, de la banlieue de Kyiv, viennent d’arriver à Lille. «Libération» a suivi leurs premières journées de classe à l’école primaire Sophie-Germain.

Dans la classe de CE2, c’est le brouhaha des premières minutes, en ce mardi matin de mars, à Lille. Pierre est à son affaire, il est chargé de la météo aujourd’hui : chacun doit passer le voir, trouver la bonne phrase pour définir le temps du jour. Nazarii est un peu paumé, c’est son deuxième jour à l’école primaire Sophie-Germain, établissement du centre-ville, avec section internationale d’anglais. Il vient d’arriver d’Ukraine, sa mère, aux yeux cernés, l’a serré brièvement, mais fort, dans ses bras avant de le laisser aux bons soins de l’Education nationale, et du Casnav, le Centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés.

Aux petits soins

Rien ne le distingue des autres, sauf son cartable, trop neuf. Il a été offert par la mairie de Lille. Pierre le prend sous son aile, lui explique l’exercice avec gestes et idéogramme d’un soleil bordé de nuages. Sa présence est encore une nouveauté, il y a comme une effervescence autour de lui. «Nous avons appris son arrivée vendredi soir, pour le lundi, nous avons eu le temps d’envoyer un message aux parents», raconte la directrice, Elise Quidé. Ce qui a laissé le week-end pour en parler dans les familles. Le circuit a été rodé par la ville de Lille avec un programme d’accueil des Afghans après l’arrivée au pouvoir des talibans, en septembre. La mairie organise l’hébergement dans les familles d’accueil bénévoles et la prise en charge administrative. Les enfants sont inscrits d’office dans les écoles à proximité du lieu d’habitation, si les familles le souhaitent, en coordination avec l’Education nationale. La cantine et les temps périscolaires, mercredi compris, sont gratuits, précise Charlotte Brun, adjointe (PS) à l’Education.

Et c’est comme ça, tout juste débarqué en France, avec son «boujour» timide mais bien maîtrisé, que Nazarii s’est retrouvé propulsé au milieu d’une classe aux petits soins. Les autres élèves lui font travailler les couleurs et les nombres, jusqu’à 39, en répétiteurs attentifs. Nazarii vivait à Oujhorod, à la frontière slovaque, et est hébergé avec son petit frère, scolarisé en CP, et sa grande sœur, en sixième, chez sa tante, qui vit à Lille depuis des années. Le père est resté au pays.

«Vivre dans l’espoir de repartir»

«On perçoit une super dynamique sur cette vague migratoire», admire Maud Gantois, enseignante au Casnav, venue faire passer des tests de niveau. Elle évalue, avec ses collègues, les 32 enfants scolarisés à Lille en primaire, pour mettre en place un enseignement renforcé du français adapté à leur situation. Soit en passant une journée ou une demi-journée dans une classe spécialisée, soit avec des heures supplémentaires de cours dispensées dans leur école, sur le temps du midi ou du soir.

D’après la mairie de Lille, onze élèves ukrainiens de plus devraient arriver dès jeudi. La pratique est habituelle : toute l’année, les établissements scolaires reçoivent des élèves allophones qu’elles accompagnent avec l’aide du Casnav. Roms, Afghans ou Américains. Avec les enfants ukrainiens – de bon niveau, car ils ont été à l’école dans leur pays –, le défi réside dans leur nombre, si l’exode se poursuit. Autre difficulté, l’apprentissage du français peut se compliquer si le projet familial reste flou. Maud Gantois le rappelle : «Apprendre la langue d’un pays, c’est vouloir s’y établir. Les familles ukrainiennes n’ont pas choisi de quitter leur pays, l’enfant va vivre dans l’espoir de repartir.»

«J’adore le voir sourire, ça me donne de l’espoir pour la guerre»

Evan, le deuxième Ukrainien scolarisé à Sophie-Germain, a 10 ans. Il est arrivé jeudi dernier, le 17 mars, en classe de CM2. Une bouille ronde et des lunettes de vue à la monture noire, il a des allures de nounours tendre. Sa ville, Bucha, dans la banlieue de Kyiv, a connu de violents combats. «C’est un enfant très gentil, juge Victoire, dans la même classe que lui. Ça se voit qu’il aime son pays, il m’apprend beaucoup de mots en ukrainien. J’adore le voir sourire, ça me donne de l’espoir pour la guerre.» Maud Gantois alerte : en entretien individuel, le garçon lui a expliqué que son frère de 19 ans n’avait pas quitté l’Ukraine. Il refuse de s’éloigner de son téléphone portable, qu’il consulte souvent. La directrice a autorisé, exceptionnellement, à ce qu’il le garde avec lui. «Cela le rassure», constate-t-elle. En espérant que cela ne durera qu’un temps.

Zeid, jeune élève syrien, arrivé en France en septembre 2020, dans la même classe qu’Evan, le comprend : «Je pensais aussi que j’étais tout seul. Je faisais quoi là, je ne le savais pas. Maintenant, je parle français, et c’est mieux.» Maud Gantois le rappelle : l’objectif, c’est le bien-être à l’école. «Il ne faut pas alimenter le sentiment de peur, l’enfant doit respirer à l’école. Etre un élève classique dans une école ordinaire.»

Stéphanie Maurice

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