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Vivement l'Ecole!

La précarité étudiante est « mal cernée », selon la Cour des comptes

21 Février 2022 , Rédigé par Les Echos Publié dans #Université

Files d'attente interminables d'étudiants devant les points de distribution  d'aide alimentaire

Dans son rapport annuel, publié ce mercredi, la Cour des comptes déplore une montée en puissance « trop tardive » des dispositifs d'aides aux étudiants lors de la crise sanitaire. Elle invite les universités à s'emparer davantage d'un sujet qui est aujourd'hui largement aux mains des CROUS, dont le modèle économique « devrait être revu ».

C'est une critique non dissimulée de la gestion gouvernementale de la crise sanitaire . Et une invitation, pour les candidats à l'élection présidentielle , à se saisir du sujet. « Certaines mesures de soutien à la vie étudiante ont manqué leur cible », affirme la Cour des comptes dans son rapport annuel publié ce mercredi.

En cause : le ministère de l'Enseignement supérieur qui « ne dispose pas de données suffisamment fines sur les besoins des étudiants pour les calibrer correctement ». Résultat : la précarité est « une notion mal cernée ». Les dernières études disponibles datent de 2014 et de 2018, ce qui ne permet pas « d'apprécier finement le taux de pauvreté des étudiants ».

La Cour recommande de mettre en place « des indicateurs fiables de la précarité étudiante », car la crise « a révélé des précarités étudiantes dont la nature exacte et l'ampleur étaient, jusqu'alors, ignorées des pouvoirs publics et de leurs opérateurs, les CROUS autant que les établissements d'enseignement supérieur ».

Quand, par exemple, le gouvernement a décidé de cibler les étudiants boursiers pour les aides, cela « n'était pas assis sur une analyse approfondie de la précarité et des besoins induits par la crise sanitaire », souligne le rapport. Or, « la pandémie a montré qu'une partie des étudiants non boursiers était nettement exposée au risque de précarité en de telles circonstances ». Cette population étudiante a été « délaissée dans les premiers mois de la crise ».

La Cour des comptes salue les « nombreux dispositifs » qui ont été mis en oeuvre, pour un montant total de 215 millions d'euros. « Mais la montée en puissance a été tardive », regrette-t-elle. Elle n'a été « amorcée » qu'à partir de la fin 2020, avec le versement automatique d'une aide exceptionnelle de 150 euros à l'ensemble des boursiers sur critères sociaux - la mesure la plus coûteuse (114 millions) - puis, début 2021, avec l'élargissement du bénéfice du repas à 1 euro aux étudiants non boursiers et la mise en place du dispositif Santé Psy Etudiant.

Or, d'autres aides destinées à des jeunes non étudiants en situation de précarité ont été décidées dès juin 2020, rappelle la Cour, qui évoque aussi la réactivité plus grande du Danemark ou de l'Allemagne.

« Changer d'approche »

« L'implication accrue des universités dans la prise en charge de la vie étudiante, constatée pendant la crise, a vocation à ne pas demeurer purement conjoncturelle mais à s'inscrire dans le temps », recommande la Cour. Comme un écho à la proposition d'Emmanuel Macron, le 13 janvier, de « changer d'approche » et de « donner aux universités qui le souhaitent les possibilités de contribuer davantage au développement de la vie étudiante en leur ouvrant de nouvelles compétences ».

En octobre dernier, dans une note sur les universités , la Cour des comptes avait déjà appelé à faire des universités des opérateurs uniques pour la formation, la vie étudiante et la recherche.

Le modèle économique des CROUS à revoir

Dans le rapport de ce mercredi, les magistrats estiment que la crise a mis en évidence « les défauts structurels du système de soutien à la vie étudiante », qu'elle avait déjà dénoncés en 2015 (multiplicité d'acteurs, enchevêtrement des compétences, limites du dispositif de bourses sur critères sociaux…).

De nouveaux dispositifs nés pendant la crise mériteraient-ils d'être pérennisés ? « Le dispositif du repas à 1 euro semble avoir atteint sa cible », se félicitent les magistrats. Mais pour indiquer, dans la foulée, qu'une pérennisation de ce dispositif au profit des étudiants boursiers, voire de l'ensemble des étudiants, « pose la question du modèle économique des CROUS, qui devrait être revu », car « leur activité de restauration est déjà structurellement déficitaire ».

Fin août 2020, le gouvernement avait abaissé le prix des repas servis dans les restaurants universitaires de 3,30 euros à 1 euro pour les seuls étudiants boursiers. En janvier 2021, la mesure avait été élargie à l'ensemble des étudiants avant, en septembre, d'être restreinte aux seuls boursiers et étudiants en situation de précarité.

Marie-Christine Corbier

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