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Vivement l'Ecole!

Moi qui ai toujours été la bonne élève du vote, j'ai envie de m'abstenir

8 Janvier 2022 , Rédigé par Slate Publié dans #Politique

Départementales: la grande peur de l'abstention

EXTRAITS

C'est précisément au moment où je devrais être le plus mobilisée que je ressens une perte totale d'intérêt pour la politique.

Je n'avais pas très envie de me remettre à travailler. Ou plus exactement, pas très envie de me remettre à commenter l'actualité. La présidentielle, les polémiques. La crise écologique. Le drapeau européen. La crise écologique. Le fascisme.

Et puis, je me suis rappelée Beauvoir.

Avant d'être obsédée par Balzac, j'ai été longtemps dévorée de passion pour Beauvoir et Sartre. J'étais convaincue qu'ils étaient mes amis, et le fait qu'ils soient morts me semblait assez anecdotique face à la puissance de notre relation.

Plus jeune, j'ai donc beaucoup lu La force de l'âge.

Beauvoir y raconte leurs vies avant la Seconde Guerre mondiale, alors que, jeunes profs, ils se rêvent en écrivains. Elle explique comment tous les deux se sentaient totalement désintéressé·es, désinvesti·es de la politique. Ni l'une ni l'autre ne votait. Hors de question de se mêler de ces affaires-là. (C'est piquant, parce que, par la suite, Beauvoir et Sartre vont devenir les modèles des intellectuel·les engagé·es.)

Et puis, arrive la guerre. Et là, brusquement, c'est comme si la politique et l'histoire les rattrapaient. À ce sujet, Beauvoir écrit: «En 1939, mon existence a basculé d'une manière radicale: l'Histoire m'a saisie pour ne plus me lâcher. [...] Soudain, l'Histoire fondit sur moi, j'éclatai: je me retrouvai éparpillée aux quatre coins de la terre, liée par toutes mes fibres à chacun et à tous. [...] Je cessai de concevoir ma vie comme une entreprise autonome et fermée sur soi; il me fallut découvrir à neuf mes rapports avec un univers dont je ne reconnaissais pas le visage. C'est cette transformation que je vais raconter.»

(...)

Et j'ai envie de ne pas voter précisément au moment où l'on n'aura jamais aussi bien perçu l'importance du politique. Avec la pandémie, on a vu, concrètement, l'impact des décisions politiques sur nos vies. La possibilité, certes exceptionnelle, du pouvoir politique de nous interdire de sortir de chez nous. De limiter toutes nos libertés, d'arrêter le pays. Difficile de considérer que le politique ne compte pour rien quand on a vécu suspendu·es aux allocutions présidentielles, quand on a attendu qu'un homme parle pour savoir ce que seraient nos vies deux jours plus tard.

Et par-dessus tout cela, l'urgence à agir pour l'écologie est là, omniprésente.

Les choix politiques sont fondamentaux.
Cela devrait donner à cette élection présidentielle un goût particulier.

Et pourtant, je ressens l'inverse. Une agueusie totale.
Une absence de goût politique complète.
La fameuse absence de goût liée au Covid?
Aurais-je chopé un Covid politique?
Ou alors l'offre politique me paraît-elle si nulle par rapport à l'exceptionnalité de la situation que je m'en désintéresse?
C'est précisément au moment où je devrais être le plus mobilisée que je ressens une perte totale d'intérêt.

Titiou Lecoq

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