Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Emmanuel Macron veut remettre en cause la quasi-gratuité des études universitaires

15 Janvier 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Devant les présidents d’universités, le Président a esquissé les grandes lignes de ce que serait un deuxième quinquennat pour l’enseignement supérieur et la recherche : l’émergence d’établissements à l’américaine, et donc payants.

Vers toujours plus de libéralisme dans les universités. S’il est réélu, Emmanuel Macron s’attaquera à la sacro-sainte quasi-gratuité des études supérieures en France. C’est ce qu’il a annoncé lors de son discours de clôture du 50e anniversaire du congrès de la Conférence des présidents d’universités, jeudi soir.

«On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants», a lancé le chef de l’Etat. Avant de décrire, dans un enchaînement logique qui nous échappe, un monde de l’université «où un tiers des étudiants sont boursiers et où, pourtant, nous avons tant de précarité étudiante et une difficulté à financer un modèle qui est beaucoup plus financé sur l’argent public que partout dans le monde pour répondre à la compétition internationale». Faire payer les étudiants pour lutter contre la précarité des étudiants, en somme.

La tendance était déjà là, même si les choses n’avaient peut-être jamais été dites aussi directement. Depuis cinq ans, c’est la réforme en profondeur du système universitaire français qui est en cours. Vers une «modernisation» libérale. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, a déjà réussi à autoriser les universités à faire payer des frais d’inscriptions aux étudiants étrangers, à commencer à détricoter le statut des enseignants-chercheurs et à institutionnaliser la sélection à l’entrée en licence et en master. Si Emmanuel Macron est réélu, son prochain quinquennat sera à l’avenant, si l’on en croit le discours du candidat-président.

Avant cette sortie, Emmanuel Macron s’était d’abord lancé dans un satisfecit étonnant sur la gestion de la crise sanitaire dans les universités – on rappelle que le gouvernement a attendu de voir nombre d’étudiants aux soupes populaires pour agir. Mais le président de la République s’est félicité de toute son action dans le secteur depuis cinq ans. Cocasserie notable, l’une des preuves de cette réussite serait le «bond de géant» qu’aurait réalisé l’Université Paris-Saclay, «qui s’est directement hissée à la treizième place cette année» dans le classement de Shanghai des universités. Un «bond de géant» d’une place, puisque cette université était classée quatorzième l’an passé.

Fort de ce bilan, Emmanuel Macron veut «redoubler d’efforts pour qu’à l’horizon de dix ans, notre université soit plus forte, qu’elle attire à elle les meilleurs étudiants et talents internationaux». Pour ce faire, le candidat s’est engagé à débloquer plus de moyens, sans détailler combien, mais il a surtout affirmé que les efforts financiers «ne se suffis[ai]ent pas à eux-mêmes».

Autre chantier : l’accès à l’emploi. «L’université doit d’abord préparer nos jeunes à exercer leur futur métier. […] En somme, elle doit devenir plus efficacement professionnalisante», a-t-il affirmé. Une volonté qui devrait déboucher vers l’ouverture de places en filières courtes, alors même que ce sont les diplômes les plus élevés qui protègent le plus du chômage. Globalement, c’est bien la professionnalisation, le lien avec le monde de l’entreprise et l’innovation qui sont mis en avant. Une vision «utilitariste» de l’université dénoncent certains. Le président, qui appelait les scientifiques internationaux à venir en France pour «make our planet great again», semble bien loin.

Big bang institutionnel

C’est le serpent de mer depuis quinze ans, et la «loi relative aux libertés et responsabilités des universités» portée par Valérie Pécresse en 2007 : Emmanuel Macron a appelé à, encore, revoir la gouvernance des universités. «Oui, nous devons aller vers plus d’autonomie en termes d’organisation, de financement, de ressources humaines», a-t-il lancé. L’objectif est évidemment de viser «plus d’excellence pour les universités». Des réformes en cascade qui ont toutes contribué à diminuer la démocratie et la collégialité dans la gouvernance des établissements et le suivi des carrières.

Mais le candidat Macron n’a rien dit de la précarité, l’autre face de toute politique d’excellence. Pourtant, lors des débats sur la «loi de programmation de la recherche» votée en 2020, l’essentiel du mouvement de contestation avait été porté par les personnels des universités qui travaillent sous statut précaire. Emmanuel Macron est resté sourd à leurs demandes. Il s’agit là d’une réelle continuité avec la politique menée depuis cinq ans par Frédérique Vidal : des réformes menées à marche forcée, sans concertations ni prise en compte des expressions collectives émanant des instances de la communauté universitaire.

Olivier Monod

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :