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Vivement l'Ecole!

Le seul intérêt de participer à une élection présidentielle, c’est de la gagner

15 Décembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Sociologie, #Philosophie

La primaire populaire veut départager et susciter un élan car « avec cinq  candidats déclarés à gauche, on est sûrs de perdre » - Paris (75000)

EXTRAITS

Développer des stratégies électorales d’union n’empêche en rien de poursuivre les luttes sur le temps long, estime le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie. Pourquoi ne pas y réfléchir plutôt que brutalement en interdire la possibilité ?

Quelques heures après que Anne Hidalgo a proposé l’organisation d’une primaire de gauche, les deux principaux candidats, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, se sont empressés de rejeter cette idée. Animés par les mêmes automatismes mentaux, ils ont employé des arguments superposables : que ce n’était pas la bonne méthode, que le rassemblement était impossible car les programmes étaient trop différents et surtout que, si rassemblement il devait y avoir, c’était derrière eux qu’il devait s’opérer.

Mais face au constat de la faiblesse objective des forces progressistes, comment ne pas être saisi d’un certain effroi qu’une telle proposition ait pu être rejetée aussi rapidement et aussi naïvement ? Comment est-il possible que changer de stratégie paraisse à ce point inenvisageable ? Peut-on même ne pas ressentir de la colère en ayant l’impression que cette attitude traduit une transformation détestable de l’activité politique en finalité sans fin, comme si celle-ci se réduisait à un jeu interne au champ politique vidé de tout sens. Chacun des candidats semble prisonnier d’un contentement naïf d’être présent médiatiquement, de faire des bons mots applaudis par ses militants sur Twitter, de répéter que son programme est le meilleur… Point. Peu importe de perdre, ou de tout faire pour créer les conditions d’un changement.

Jean-Luc Mélenchon (pour lequel j’ai voté en 2017 et que je soutiens) a déclaré il y a quelques jours : «C’est un trou de souris, mais on a une chance d’être au second tour.» Mais en formulant ce constat, celui-ci aurait dû se faire la remarque qu’être au second tour ne sert à rien. Reconnaître que la meilleure perspective de sa candidature est «d’être au second tour» devrait le pousser à opérer un tournant stratégique. Car le seul intérêt de participer à une élection présidentielle, c’est de la gagner, et d’organiser concrètement la possibilité de s’accaparer l’appareil d’Etat. Tout autre but est une perte de temps et une diversion d’objectifs. On se demande si la faiblesse de la gauche n’est pas telle qu’elle la conduit à être prisonnière d’une sorte d’acceptation anticipatrice de la défaite. Elle accepte que son ambition se résume à faire «un bon score» et ne se soucie plus de ce qui devrait pourtant être sa préoccupation principale : gagner.

(...)

Penser la politique de façon plurielle

Il faut penser la politique de façon présentiste et cesser les comparaisons historiques stériles. Nous n’avons jamais connu une situation comparable à celle d’aujourd’hui. Nous devons donc instaurer quelque chose de nouveau. L’argument selon lequel les forces de gauche sont décevantes par leur incapacité à s’unir revient avec une telle force et détourne tant d’électeurs du vote qu’une telle démarche susciterait par son existence même une dynamique puissante.

La politique n’est pas un jeu - ni électoral ni médiatique. Il y a des urgences, des gens qui souffrent et dont les corps sont exposés à la violence sociale, économique, écologique. On a parfois l’impression que l’appartenance du personnel politique à la bourgeoisie ou la petite bourgeoisie la conduit à se désintéresser de cette exigence vitale. Si nous ne faisons rien pour nous donner la possibilité d’améliorer les conditions de la vie, si nous nous laissons happer par les inerties du champ militant alors, en fait, nous acceptons de laisser sans nous battre autrement que fictivement le pouvoir à ceux qui sont déterminés à répandre les logiques de la souffrance.

(...)

Ce que les personnalités de gauche ont dit lorsqu’elles ont répondu tels des automates à la proposition d’Anne Hidalgo c’est : «Nous savons que nous allons perdre, nous l’acceptons et tant pis. Nous traitons la politique comme un jeu et un spectacle fait aux autres et à soi». C’est le contraire d’une démarche politique rationnelle et même d’une éthique de vie radicale, généreuse, soucieuse de celles et de ceux qui souffrent.

par Geoffroy de Lagasnerie, Philosophe et sociologue

Texte complet à lire en cliquant ci-dessous

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