Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

« Et ça marche, la laïcité ? » : des lycéens professionnels en débattent

11 Décembre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Laïcité

« Et ça marche, la laïcité ? » : des lycéens professionnels en débattent

EXTRAITS

A Pessac, en Gironde, le lycée Philadelphe-de-Gerde a organisé une matinée d’ateliers en hommage à Samuel Paty.

« Mais pourquoi on est là ? » Les 215 élèves du lycée professionnel Philadelphe-de-Gerde à Pessac (Gironde) accueillent fraîchement la séquence consacrée à la laïcité, jeudi 9 décembre. Sous l’impulsion d’une enseignante de lettres et d’histoire, Catherine Ambeau, épaulée par la proviseure adjointe, Isabelle Carlin, l’établissement a vu les choses en grand en cette Journée de la laïcité à l’école. Un quiz, la réalisation d’affiches, l’inauguration d’un parvis Samuel-Paty et la plantation d’un arbre de la laïcité rythment la matinée de toutes les classes présentes.

La distribution de la Charte de la laïcité, au début du cours, suscite des récriminations dans la classe de terminale métiers du commerce et de la vente. « On nous la donne chaque année », lance un élève dépité. Au fur et à mesure du quiz, pourtant, les élèves se prêtent au jeu. « Nous sommes toutes et tous laïques »« la laïcité est contre les religions »« le principe de laïcité favorise le vivre-ensemble »… Les élèves ont à chaque fois cinq minutes pour juger si ces affirmations sont vraies ou fausses et argumenter leur choix. « Oui, on est laïque, on est cool avec toutes les religions, on cohabite avec tout le monde », affirme Damien (les prénoms des lycéens ont été changés). « On est laïque parce qu’on est obligés », rétorque Amira. « Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas être libre de m’habiller comme je veux, même au sein de l’école », estime la lycéenne, qui porte le voile en dehors de l’enceinte scolaire.

Les discussions glissent rapidement sur le terrain des discriminations et du racisme. « Si un musulman fait quelque chose de mal, on va en entendre parler pendant des semaines dans les médias. Quand c’est un chrétien, on n’en parle même pas », déplore Samira. Damien abonde : « Si l’Etat est laïque, pourquoi on entend les cloches des églises sonner ? Et pourquoi il y a des sapins de Noël dans les écoles ou les mairies ? » Samira s’est forgé une conviction : « Les gens racistes ne sont pas laïques. La laïcité leur sert de prétexte pour créer des conflits alors qu’elle devrait permettre de les éviter. »

(...)

« Malentendus »

Deuxième temps fort : la création de slogans et de dessins autour de la laïcité. Après avoir débattu du sujet, les lycéens ne manquent pas d’idées. « L’Etat te donne la liberté de croire en ce que tu veux. Tu peux croire en toi ou croire en Dieu, et peut-être même les deux », « l’union fait la force, la misère la divise »« nous sommes tous la France »« tous égaux, tous fraternels » peut-on lire sur leurs affiches. Amira se montre réticente : « La laïcité, ça ne sert à rien. On peut vivre ensemble sans. On sait se respecter, on est des êtres humains. » Un enseignant de français engage la discussion avec elle autour du vivre-ensemble et de la liberté. Elle finira par trouver sa punchline : « La liberté de croire ou de ne pas croire et le respect sont la clé de la collectivité. » « Ça ne sert à rien de s’énerver ou de se mettre en colère », remarque le professeur. « Ces élèves peuvent avoir des représentations culturelles ou identitaires qui font obstacle ou créent des malentendus autour de la notion de laïcité. Notre travail est d’aller au-delà pour former des citoyens. »

A l’issue des ateliers, les élèves descendent dans la cour accrocher leurs affiches et assister à l’inauguration du parvis Samuel-Paty. Catherine Ambeau l’imagine comme « un lieu vivant, une agora », avec au centre « un arbre de la laïcité ». Ses élèves de 2de ont choisi de planter un olivier. Parmi eux, Alban prend la parole d’une voix peu assurée : « C’est un symbole de paix, qui dure longtemps et sera toujours beau aux yeux de tous. Nous plantons cet arbre en l’honneur de Samuel Paty pour montrer que ce qu’il a fait n’était pas inutile. » Malgré les divergences qui ont pu s’exprimer tout au long de la matinée, les lycéens applaudissent.

Sylvie Lecherbonnier(Pessac (Gironde), envoyé spécial)

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :