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Vivement l'Ecole!

Comment et pourquoi l’image de l’école se dégrade ?

8 Décembre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

Ecole : le moral des directeurs se dégrade, selon une étude

78% des personnes interrogées se disent inquiets quant à la situation de l’éducation et de l’école en France. La même proportion estime que la situation s’est dégradée au cours des 5 dernières années.

Rendue publique la semaine dernière, une enquête ViaVoice réalisée pour Libération, révèle des résultats tranchants. 78% des personnes interrogées se disent inquiets quant à la situation de l’éducation et de l’école en France. La même proportion estime que la situation s’est dégradée au cours des 5 dernières années. Un sentiment transpartisan, qui fait quasi-consensus à gauche, à droite, au Rassemblement national, ou parmi les sans-parti.  Seule exception : les soutiens de la majorité, qui sont 58% à partager ce ressenti. Adrien BROCHE, chargé d’études à l’Institut ViaVoice, nous explique ce que le terme de dégradation recouvre.

Prenons du champ, regardons au-delà des 5 dernières années. En 2019, dans la vivante et vivifiante revue en ligne AOC, paraissait un article intitulé « Faut-il avoir confiance dans l’éducation ? », signé François DUBET. Selon lui, 3 postulats fondaient la confiance dans l’école. Le premier : celui de la croyance dans les progrès de l’égalité. Le deuxième : celui du développement du capital humain. C’est-à-dire, et je cite François DUBET, que « les longues formations scolaires soient un investissement utile à chacun et que les plus qualifiés soient mieux payés. » Dernier postulat : l’école comme vecteur du progrès des Lumières, de la Raison, de l’esprit démocratique.

Or, dans leur mise en œuvre, les trois ont généré de la déception de masse. L’égalité ? Je ne reviens pas ici sur les études PISA, les statistiques qui tracent le déterminisme de classe de l’école républicaine, les inégalités sourdes produites par la complexité du système, par la distinction et le jeu des filières, des options, des établissements…

La rentabilité des diplômes, ensuite ? Globalement, c’est vrai, il vaut mieux faire des études. Et l’école demeure, j’ouvre les guillemets, « rentable ». Mais le chemin entre la formation et le marché du travail n’est pas fluide. Combien de diplômés, notamment généralistes, vivent la précarité, l’incertitude, la difficulté à trouver un emploi ?

L’accès à la raison, enfin ? L’école n’a plus le monopole de la transmission. Le téléphone lui fait concurrence, l’écran expose d’autres vérités. Comme l’explique François DUBET, « le métier des enseignants perd ainsi de son prestige et de son autorité morale. » On saisit mieux, donc, les sentiments que les Français ressentent pour l’école et expriment dans l’enquête ViaVoice.  Des sentiments que nous explicitent Adrien BROCHE.

Par ailleurs, selon la même enquête, deux Français sur trois considèrent que la place occupée par « l’école et l’éducation […] dans la campagne présidentielle » n’est « pas assez importante ». Selon Adrien BROCHE, c’est un sujet dont la gauche devrait se saisir sans attendre pour espérer peut-être s’extraire des bas-fonds.

Alors, Guillaume, et maintenant ? Eh bien, affrontons les problèmes, dans leur démesure. Parlons du futur de la formation professionnelle et pas uniquement de l’avenir de l’ENA. Accompagnons-les vaincus de la méritocratie plutôt que de nous contempler dans le miroir de nos grandes écoles. Abordons le sujet de la valorisation du métier d’enseignant sans le circonscrire à ceux de la rémunération ou d’autorité.  La liste est longue, mais il faudra la parcourir, et bien au-delà. Car il n’y aura pas de refonte, de refondation, de sursaut, de renaissance, de projet de société digne de ce nom, sans école proche de ses citoyens. Car c’est l’école, qui est et qui reste, justement… le point de départ de tout le reste.

Quentin Lafaye

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