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Vivement l'Ecole!

Najat Vallaud-Belkacem : « Nous voulons que s’expriment toutes les idées contre l’extrême pauvreté »

29 Novembre 2021 , Rédigé par La Croix Publié dans #Politique, #Pauvreté

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Entretien

Lundi 29 novembre, l’ONG internationale One lance, en partenariat avec La Croix et make.org, une consultation citoyenne pour inviter les citoyens à faire de la lutte contre l’extrême pauvreté un enjeu de l’élection présidentielle. Najat Vallaud-Belkacem, sa directrice générale France, en explique les objectifs.

La Croix : Vous lancez une consultation citoyenne sur l’extrême pauvreté, dans le but d’en faire un enjeu de l’élection présidentielle. À quand remonte l’engagement de l’ONG One sur cette question ?

Najat Vallaud-Belkacem : L’ONG One a été fondée par Bono, le chanteur du groupe U2, au début des années 2000. Malgré les trithérapies découvertes quelques années plus tôt, l’épidémie du sida continuait de faire des ravages en Afrique subsaharienne où les soins sont inaccessibles. Plusieurs millions de morts qui auraient pu être évitées ne l’ont pas été. C’est pour faire cesser ce scandale que One est née.

L’extrême pauvreté explose, des populations entières qui n’accèdent pas aux besoins fondamentaux, et une iniquité vaccinale criante entre des pays riches, où 60 % de la population est vaccinée, et des pays pauvres, qui en sont à moins de 5 %… On n’en finira pas avec le Covid si on ne protège pas l’intégralité du monde. On n’en finira pas non plus avec les désordres du monde (famines, crises climatiques, violences, files de réfugiés…) si on ne s’attaque pas aux inégalités manifestes qui empêchent des populations de sortir de l’extrême pauvreté là où elles vivent.

Il y a pour moi une légitimité évidente à ce que la campagne présidentielle d’un des pays les plus riches du monde fasse une place à ces questions. Ce n’est pas utopique que de le souhaiter. C’est au contraire rendre justice à la façon dont les citoyens français, plus éclairés qu’ils ne l’ont jamais été, perçoivent désormais ces sujets.

Ils s’indignent du pillage des ressources naturelles du Sud par de grandes multinationales du Nord. Ils s’écœurent de voir quelques grandes fortunes profiter en milliards de dollars de la crise, sans être taxées comme elles devraient l’être par des pouvoirs publics impuissants. Ils éprouvent une nausée devant les débats interminables sur les migrants et réfugiés qui ne s’intéressent jamais au fond du problème : ce que fuient ces populations et comment on pourrait leur éviter d’avoir à fuir quelque chose…

Bref, plus que jamais, le désir d’un monde plus juste s’installe dans les esprits. Le « quoi qu’il en coûte » a permis de balayer les objections des libéraux. L’imagination doit être de retour pour penser les solutions de demain. C’est cela qu’ambitionne cette consultation menée avec la plateforme make.org, qui met les « civic techs » au service de la véritable citoyenneté : celle qui ne se contente pas de répondre par oui ou non à des sondages ou de glisser un bulletin dans l’urne mais qui, en s’exprimant sur le fond, permet de créer ces consensus dont on manque tant en ces temps de polarisation permanente.

Quelles sont les solutions que vous souhaiteriez voir émerger ?

N. V.-B. : À partir de lundi 29 novembre et jusqu’à mi-janvier, nous invitons chacun à se connecter sur le site stoppauvrete.make.org et à répondre à la question suivante : « Comment l’État, les entreprises et les associations peuvent-ils mettre fin à l’extrême pauvreté et aux inégalités dans le monde ? » La question est volontairement large car nous voulons que s’expriment toutes les idées, ciblant tous les leviers : pouvoirs publics, grandes entreprises, associations.

Le projet est de déboucher sur une quinzaine de propositions qui puissent donner à voir la lucidité et l’ambition des Français sur ces sujets. L’extrême pauvreté n’est pas une fatalité, la preuve c’est qu’on a réussi à la faire diminuer : dans les années 1990 elle concernait 36 % de la population mondiale et ce chiffre était tombé à 8 %, juste avant que le Covid ne vienne balayer des années d’efforts.

Il faut donc reprendre ce combat, actualiser nos moyens, chasser les angles morts, comprendre que c’est parce qu’on laisse s’installer l’extrême richesse qu’on s’empêche d’en finir avec l’extrême pauvreté. Lutte contre les flux financiers illicites, législations plus sévères contre le pillage des ressources naturelles, plus juste représentation des pays pauvres à la table des négociations internationales, levée des droits de propriété intellectuelle sur les traitements de grandes pandémies mondiales, etc., les idées sont légion. À chacun de s’en saisir.

Recueilli par Nathalie Birchem

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