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Vivement l'Ecole!

Bilan Blanquer: une "Ecole" toujours plus libérale...

28 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Education : les réformes lancées par Jean-Michel Blanquer « restent à  concrétiser » | Les Echos

 

Depuis 2017, tout devient de plus en plus compétition. Pas une émission de télévision sans la mise en concurrence de compétiteurs. Le tout appuyé sur des “valeurs” très discutables au passage. Le gagnant ou la gagnante de l'émission-phare de TF1, “Koh Lanta”, est toujours le plus roublard, voire le plus menteur et traître à la parole donnée.

 

Tous les ans paraissent les incontournables et redoutés “classements” des établissements scolaires et universitaires, classements des meilleures "prépas". A quand le palmarès des meilleures écoles maternelles? Classements absurdes, quasiment falsificateurs.

 

Me revient en mémoire un article paru dans Le Monde du 19 janvier 2010, écrit par Alain Cadix, ancien Président de la Conférence des Grandes Ecoles, et malicieusement intitulé: "L'ascenseur social ne démarre pas au 15ème étage" *. Il y évoquait, je cite, "un réel et préoccupant déséquilibre social". Mais l'Université française, car Alain Cadix parlait des Grandes Ecoles, n'est pas en reste. En théorie non sélective, rappelons néanmoins qu'elle effectue un tri social après la licence. 18% des étudiants en master et 12% en Doctorat sont enfants d'employés et d'ouvriers alors que ces mêmes catégories sont sur-représentées en BTS, IUT et autres formations comptables. Dans ce système, scolaire puis universitaire, “malheur aux vaincus”! Vaincus vite ignorés, oubliés puis éliminés. En effet, contrairement aux pays nordiques où tout est mis en oeuvre pour élever le niveau de l'ENSEMBLE des élèves et des étudiants, la France sélectionne les meilleurs qui SEULS et en immense majorité dotés du même capital de départ, atteignent les “sommets”, à de rares exceptions près, exceptions auxquelles l'institution réserve quelques places afin de pouvoir corriger sans doute et à peu de frais l'image d'une Ecole à plusieurs vitesses sociales. 

 

La compétition organisée par les plus hautes autorités de l'Etat commence tôt. Entre la maternelle et le CM2, l'écart est de 16,4 points sur 100 en mathématiques entre les enfants d'ouvriers et ceux de cadres supérieurs. (De 14 points sur 100 en français). Le retard pris dès le “coup de pistolet” est en général impossible à combler. Cherche-t-on seulement à le faire? Oui répondra monsieur Blanquer, avançant son initiative de dédoublement des CP/CE1 en zone dite "REP+". Si l'intention semble louable et généreuse, elle se heurte au réel: 70% des élèves en difficultés ne sont pas en "REP+" et ces dédoublements ont eu pour conséquences, au-delà de résultats mitigés, des dégâts collatéraux non négligeables. Habiller Pierre pour déshabiller Paul n'a jamais fait une bonne politique. 

 

Mais la plus grande perversion du système tient moins à la compétition elle-même que par ce qu'elle engendre en amont. En effet, le diplôme étant en France un sésame incontournable et un marqueur social fort, les familles mettent en lace des stratégies, parfois dès la maternelle (!!!), permettant de maintenir puis d'augmenter les potentialités de leurs enfants. Ces parents sont dans leur immense majorité sur-diplômés, financièrement à l'abri du besoin et très au fait des moyens à employer à l'intérieur du système scolaire pour en éviter les pièges. Je devrais dire "étaient" car depuis quelques années, la fièvre du “Tu seras le meilleur mon fils”/“Tu seras la meilleure ma fille” gagne toutes les classes sociales. La course aux cours particuliers, aux inscriptions sur des sites vantant leurs “merveilleux” résultats est désormais engagée pour des familles jadis épargnées ou écartées de cette folie compétitrice.

 

Alors que les essentiels sont ailleurs.

 

La modernisation indispensable de nos méthodes d'enseignement en permettant le développement de pédagogies adaptées, la transformation radicale de nos lieux d'enseignement (l'architecture scolaire est un sujet encore trop peu étudié), la transformation nécessaire des programmes, bref une vraie "révolution scolaire" passant d'abord par une "révolution des attitudes“ font partie de ces ”essentiels". Hélas, tout cela a souvent été freiné par le monde enseignant lui-même. Déçu des nombreuses "réformettes" incohérentes, nombreux sont ceux qui ont prêté une oreille attentive aux déclinologues et ont choisi les voies d'un conservatisme prudent mais poussiéreux, s'enfermant dans une nostalgie fantasmée de l'école d'hier. Pour ceux-là, la compétition est un “confort” qui leur permet de croire qu'en éliminant, si possible très tôt les élèves en difficultés, nous parviendrions à construire une "société des meilleurs" par les meilleurs et pour les meilleurs. N'a-t-on pas récemment entendu madame Pécresse, candidate à l'élection présidentielle, proposer un retour de l'examen d'entrée en 6e ?

 

Erreur gravissime de jugement. Dans toutes compétitions, il ne peut y avoir d'excellents “premiers” qu'à une condition: que ceux-ci soient poussés par d'excellents seconds, troisièmes, quatrièmes et ainsi jusqu'au dernier.

 

A vouloir trop éliminer, à éliminer D'ABORD, c'est l'ensemble de l'édifice scolaire qu'on fragilise dangereusement. Si le résultat de l'élection qui vient amène au pouvoir une équipe à nouveau libérale, l'Ecole, au sens large du terme, en serait encore plus victime qu'elle ne le fut depuis 2017, avec un ministre plus intéressé à la construction de son image sur divers plateaux de télévision qu'à celle d'une Ecole échappant à l'air vicié du temps.

 

Christophe Chartreux

 

L'ascenseur social ne démarre pas au 15e étage !... par Alain Cadix (lemonde.fr)

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